PENSEES RELIGIEUSES DUNE JEUNE DAME
Je pense bien comme vous, chère amie, q nous devons nous occuper tous les jours de notre fia ; la mort ae connaît point d'âge, mais au notre surtout, on doit y penser sérieusement, puisqu'ayant alteint plus de la moitié de notre carrière, le temps qui nous reste doit être bien court. Je me répèle souvent ce que notre chère
Henriette disait à ma sœur , qu'il faut se préparer à la mort tandis qu'on est en santé , car on n'en est plus capable quand on est absorbé par la maladie.
11 y a longtemps , chère amie , que j'ai senti que nous étions incapables par nous-mêmes de nous sauver : dès ma jeunesse, ma respectable grand'mère me disait que ce n'était que par la grâce que nous pouvions l'être , mais je n'étais pas encore à même de la comprendre ; dès lors, l'âge , l'expérience de mes fautes réitérées , de mon impuissance d'exécuter la plupart de mes bonnes résolutions , l'imperfection de mes œuvres, mes réflexions sur moi-même, et mes lectures religieuses, m'ont donné la conviction intime du besoin que nous avons de la miséricorde divine , et qu'il ne peut y avoir d'autre remède à notre misère que l'oblation que notre Sauveur a offerte pour nous. Tous les jours je demande à Dieu de m'accorder le secours puissant de son esprit , sans lequel je ne puis rien , d'augmenter ma foi et de purifier mon cœur, en me détachant des choses de ce monde pour m'élever toujours plus à lui. J'espère que vos bonnes prières , jointes aux miennes , ne seront pas sans effets,
et qu'en avançant en âge j'avancerai aussi dans la piété.
On peut juger du bonheur que procure la lecture de l'Écriture -Sainte dans les positions les plus critiques de la vie , par la lettre suivante que Jane Gray , cette jeune , si belle et si intéressante princesse, écrivit à sa sœur la veille de son exécution, en lui envoyant un exemplaire du Nouveau-Testament :
« Ma sœur , ma chère Catherine , je t'envoie un livre dont l'extérieur n'est pas enrichi de dorures , mais dont l'intérieur l'emporte infiniment sur l'or et les pierres précieuses : c'est l'Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c'est l'alliance que Dieu a daigné traiter avec nous, misérables pécheurs. Si tu le lis avec un esprit humble et docile , il te conduira à la seule félicité digne de ce nom , à la jouissance de la vie éternelle ; il t'enseignera à bien vivre et à bien mourir. Par lui tu acquerras des richesses qu'aucun homme ne pourra te ravir , que les voleurs ne perceront point , que les vers ne rongeront jamais. Demande avec ardeur, comme David , l'intelligence de cette loi sainte et la
grâce d'agir d'une manière qui y soit conforme. Ne te laisse pas séduire par les déceptions de ton âge , encore si tendre ; ne te confie pas en ta jeunesse comme si tu y trouvais quelque assurance de parvenir à un âge avancé. Car , si Dieu les appelle , les jeunes gens se voient enlevés aussi promptement que les vieillards courbés sous le poids des années. Applique-toi donc avec soin à te préparer à ta fin. Rejette tout ce qui est du monde, repousse avec mépris la convoitise de la chair, déprends-toi de toimême, mets tes délices dans le Seigneur ; déplore auprès de lui tes fautes , sans toutefois t'abandonner au découragement ; sois joyeuse en la foi, sans rien présumer pourtant, et désire toujours, avec saint Paul , de mourir pour être avec Christ, en qui le fidèle est assuré de vivre toujours. Veille à toute heure , afin que quand la mort surviendra , comme un larron durant la nuit, tu ne sois pas trouvée endormie , manquant d'huile ainsi que les vierges folles , mais que tu sois revêtue de la robe de noces , et que tu ne sois pas exclue du festin. Puisque tu portes le beau nom de chrétienne, marche fidèlement sur les traces de ton divin maître , porte avec lui ta croix , dépose sur lui le
fardeau de tes péchés, et demeure-lui inviolablement unie. Ne pleure pas sur ma fin , ô ma sœur bien-aimée ; réjouis-toi plutôt avec moi de ce qu'elle va me faire passer de la corruption à l'incorruptibilité, car j'ai la parfaite assurance que , par la perte de cette vie qui ne dure qu'un instant, je gagnerai celle qui ne finira jamais ,' et où je désire ardemment que tu entres un jour avec moi, En attendant, que l'amour du Seigneur te garde , afin que tu vives et que tu meures en sa crainte , et que tu persévères sans cesse dans l'intégrité d'une vie chrétienne. Adieu , ma sœur ! mets toute ta confiance en celui qui est notre seule force. »
O Dieu , qu'elle est solide et abondante la nourriture que tu dispenses à nos âmes avides de perfection et de félicité! Comme ta parole éclaire notre esprit, console, réjouit notre cœur! qu'elles sont pures et douces les joies qu'elle nous procure ! Oh I comme l'homme se sent heureux, combien il s'élève au-dessus de lui-même lorsque les rayons de la vérité pénètrent dans son âme, lorsqu'il aperçoit la vertu dans tout l'éclat.de sa beauté, et que, se rapprochant de
son origine céleste , il aspire à une perfection et à une félicité toujours croissantes! Comme les jugements qu'il porte dans ces heureux moments sont vrais et réfléchis , et les sentiments qui Taniment nobles et élevés! le feu de la charité divine, d'une charité qui embrasse tous les mortels , pénètre, dilate son cœur et le remplit de la plus douce félicité.
Nous croyons que, non contents de connaître Jésus et de professer extérieurement sa doctrine, l'essentiel pour nous, c'est de pratiquer ses préceptes et de suivre fidèlement ses traces si nous voulons porter à juste titre le nom de chrétien ; que celui-là est le meilleur chrétien qui aime Dieu de tout son cœur, et son prochain comme lui-même , et qui , toujours disposé à faire des sacrifices pour le bonheur de ses frères , s'efforce d'imiter son maître dans ses sentiments et dans toute sa conduite.
Nous croyons que la charité est la première et principale loi de l'Evangile , qu'elle fait le caractère distinctif du chrétien , et que nous devons , par conséquent , nous unir d'esprit et de cœur avec tous ceux qui invoquent le nom
de Jésus, quelque diversité qu'il y ait dans leur croyance et leur culte.
Enfin nous sommes convaincus que tous les gens de bien , quelque culte qu'ils professent , parviendront à la félicité éternelle ; mais que le chrétien fidèle est le seul qui jouira du plus parfait bonheur dans cette vie et dans l'autre.
Telle est la foi que nous avons en Jésus - Christ , et c'est dans la profession de cette foi que nous voulons vivre et mourir , afin que , lorsque le Seigneur viendra juger le monde, il nous reconnaisse pour ses fidèles disciples et nous introduise dans son royaume céleste.
L'Éternel est bon , il a compassion de toutes ses œuvres ; faire du bien , c'est la suprême félicité , et c'est pour nous un devoir aussi doux qu'indispensable de lui témoigner notre gratitude.