INTRODUCTION
L'ouvrage que nous livrons aujourd'hui à la publicité, renferme les véritables principes qui doivent guider tous les cultivateurs dans l’exploitation de leurs terres : car c’est tout simplement le résumé des cours enseignés dans une de nos écoles d'agriculture. Nous avons fait à ces différents cours quelques additions ou quelques soustractions, c’est-à-dire que nous avons revu, corrigé et compilé un traité qui existait déjà, mais qui n’était pas encore rendu public, tout en lui donnant une forme plus simple ou plus à la portée des . agriculteurs que tous les traités que nous po;sédons maintenant au Canada en fait de science agricole.
Nous avons aussi emprunté quelques passages au traité de MM. DuBreuil et Girardin, que l’on considère à juste titre comme des autorités en agriculture, afin de rendre notre ouvrage le plus complet possible.
Voilà les sources où nous avons puisé les renseignements que renferme ce volume. Comme nous n’aimons pas à nous attribuer un mérite que nous n'avons pas, nous rendons à
César ce qui appartient à César,
Notre but, en publiant ce travail, est de généraliser l'instruction agricole, au lieu de la limiter aux dix ou douze élèves qui fréquentent, chaque année, nos écoles d’agricul-
ture. De plus, en pénétrant dans les cercles agricoles, notre ouvrage pourra remplacer les conférenciers, qu'il est très souvent difficile de se procurer ; et l’on sait que, depuis
quelques années, les cercles agricoles rendent à notre agri-
culture des services signalés.
Nos gouvernants comprennent parfaitement toute l'importance qu’il faut attacher à l’agriculture, et voilà pourquoi ils n’ont cessé et ne cessent encore de la favoriser dans toute la mesure de leurs forces, en établissant des écoles spéciales, en fondant des fermes-modèles et en encourageant les cercles agricoles. Aussi, c’est avec un bien vif plaisir que nous constatons dans tout le pays un progrès immense dans
l'art agricole, surtout depuis quelques années.
L'exemple donné par nos fermes-modèles a produit un grand bien. Nos agriculteurs ont amélioré leur système de culture ; ils ont pour ainsi dire transformé leurs terres ; ils ont perfectionné leurs instruments aratoires, et, comme conséquence, leurs récoltes ont doublé, triplé même dans certains cas. Mais, malheureusement, tous les cultivateurs ne peuvent pas profiter des leçons qui leur sont données ; la distance de la ferme-modèle et le manque de ressources pécuniaires les empêchent souvent de suivre les bons exemples. Voilà pourquoi nous avons pris la résolution de venir en aide à tous les agriculteurs en publiant ce livre, que nous appelons le Guide du Cultivateur.
Dans ce volume, nous avons réuni tous les éléments
nécessaires pour faire entrer les cultivateurs dans la voie du
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progrès, sans augmenter leurs dépenses. Nous traitons tous les sujets qui peuvent intéresser l’homme qui se voue aux travaux des champs, et nous lui indiquons, dans le style le plus simple et le plus clair, la meilleure manière de défricher, de cultiver et de diriger une ferme. Nous parlons aussi des qualités que doit posséder le cultivateur, et des fautes qu’il lui faut éviter Pour arriver au succès, En un mot, nous enseignons au cultivateur tout ce qu’il lui importe de savoir pour améliorer sa position, en augmentant la production de sa ferme.
Nous croyons qu’en publiant ce volume nous rendrons de nombreux services À la classe agricole, et nous espérons en même temps que nos compatriotes aimeront de plus en plus la noble profession de leurs illustres ancêtres et qu'ils trouveront toujours une suprême consolation à léguer à leurs enfants l’héritage qu'ils ont reçu de leurs pères : l'air natal, le toit, le champ, le travail, des goûts simples, l'amour de Dieu et la paix du cœur.
“ Malheur à l’homme des champs, dit un moraliste, quand, égaré par les faux calculs d’une tendresse irréfléchie, il jette ses fils et ses filles comme une proie à la corruption des villes, en les livrant, corps et âme, aux dangers d’une domesticité trop souvent dépravante, ou, quand il expose leur avenir À des chances plus rédoutables encore, en les €nrôlant dans cette cohorte malheureuse d'artistes, de scribes,
de lettrés, pauvres de moyens et riches de prétentions, qui,
lassés de frapper à toutes les portes de la fortune, finissent
par prendre en haine une société où ils languissent et s'étiolent comme des arbres déracinés du sol.”
C'est le malheur que devraient éviter aujourd'hui un grand nombre de nos braves cultivateurs ; et, pour arriver plus sûrement à cette fin si désirable, il faut qu'ils améliorent leurs terres et qu’ils en doublent la production, c'est-àdire qu'ils suivent le mouvement progressif qui se fait actuellement dans presque toutes les parties du pays ; car ils augmenteront ainsi leurs revenus et pourront garder facilement à leurs foyers ces jeunes gens robustes et vigoureux qui prennent si souvent le chemin de l'exil, dans l’espoir de gagner quelques piastres, mais qui, la plupart du temps, reviennent quelques années plus tard sans le sou, avec une santé délabrée et parfois complètement ruine, et avec une aversion prononcée pour le travail des champs.
Restons donc au pays, travaillons à améliorer notre sort en perfectionnant notre système de culture, et avant longtemps le succès couronnera nos efforts. Nous vivrons toujours heureux au milieu de la famille et sur le domaine
de nos pères,