GUIDE DU CULTIVATEUR L'AGRICULTURE
Nous n'apprendrons rien de nouveau à nos lecteurs en leur disant que l’agriculture est la plus belle, la plus noble et la plus indispensable des professions. Cette vérité est devenue, pour ainsi dire, un axiome. C’est l’agriculture qui procure le pain à la famille et qui constitue la principale richesse d’un peuple, Elle possède de ‘eux titres de noblesse. En effet, 1 Genèse nous apprend qu'après avoir créé l’homme, Dieu le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et le garder : Ut operaretur et custodiret illum. Plus loin Dieu dit à Adam: ‘ Parce que tu m’as désobéi, la terre est maudite à cause de toi ; tu n’en tireras chaque jour ta nourriture qu'avec un grand labeur, tu mangeras ton pain à la sueur de ton front: Aaledicta terra in opere tuo; in laboribus comedes ex ea cunctis diebus vite. In sudore vultus
lui vesceris pane.
Ainsi donc, de toutes les professions exercées par l’homme, de toutes les industries qui couvrent aujourd’hui la terre, l'agriculture est le seul travail qui ait été divinement imposé au Roi de la création. Dès l’origine du monde, le travail
tes
agricole devient l'indispensable obligation de son existence, A l’agriculture seule, dit un auteur célèbre, a été confié le noble soin de nourrir le genre humain et d’entretenir dans chaque homme cette lampe mystérieuse qu’on appelle la vie.
Les philosophes, les littérateurs, tous les savants de l’univers, sont forcés trois fois par jour de venir adresser à l'homme de la campagne, au cultivateur, cette prière que lui-même n'adresse qu'à Dieu: Donnez-nous aujourd’hur notre pain quotidien.
Dieu a voulu par là associer le cultivateur à l’œuvre de sa providence et se servir de lui pour distribuer ses immenses bienfaits sur toute la surface du globe terrestre.
Quelle sublime mission pour le cultivateur ! Et comme sa profession est noble !
Aussi l’agriculture a-t-elle été en honneur chez tous les peuples. Les patriarches, ces grandes figures de l'Ancien Testament, cultivaient la terre. Dans l'Orient, les chefs mêmes des nations se sont fait une gloire de se livrer aux travaux agricoles. A Rome, les hommes les plus illustres n’ont pas dédaigné les travaux des champs, et bien souvent le peuple est allé chercher à la charrue des sauveurs de la patrie.
Frédéric, roi de Prusse, disait dans une de ses lettres : “ De toutes les professions, c’est l’agriculture qui est la plus utile à l’homme dans un Etat, qui le nourrit, qui l’enrichit ; et la force réelle d’une nation est celle qui a pour base l'agriculture, parce qu’elle est au-dessus de tous les accidents étrangers. Si j'avais un homme qui me produisit deux épis de blé au lieu d’un, je le préfèrerais à tous les génies politiques... |
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commerce, plus d'arts mécaniques, plus de sciences, plus ue bons principes, de police et d'administration, car tout se tient dans la nature et dans la politique.
# Vous aurez pour les agriculteurs les sentiments qu'avait ce bon Henri IV, lorsqu'il voulait que tous les laboureurs eussent le dimanche la poule au pot.”
L'état d’ouvrier des champs, de cultivateur, est non seulement honorable, mais il est encore indispensable au bonheur des familles et au borheur des peuples. On peut à la rigueur se passer de l'industrie et du commerce, mais jamais de l’agriculture. Autrement, les peuples disparaitraient bientôt de la terre. On a beau accumuler trésor sur trésor, on ne pourra jamais vivre sans les produits agricoles. Qui n’a pas besoin de hlé, d'huile, de fruits, de légumes, de la laine des brebis et de la chair des animaux? Ces choses indispensables à la vie de l’homme, c’est l’agriculture qui nous les donne.
Il y a quelques années, le premier magistrat d’un des départements de la France adressait aux agriculteurs réunis en assemblée spéciale des paroles bien vraies et bien belles ; naturellement elles trouvent leur place dans cette courte étude. C'était le dimanche, et tous venaient d'assister à la messe :
“ Messieurs, dit-il, ce n’est pas à vous que je donnerai des leçons sur l’agriculture ; je viendrais plutôt vous demander des conseils ..., J'aime mieux vous parler de ses bienfaits.
“ Quand la France était déchirée par la guerre civile, l'industrie s’est découragée, mais l’agriculture n’a pas dételé ses charrues ; elle a redoublé d'efforts, et, bénie par la Providcnce, elle a eu de si belles récoltes que, dans les plus mauvais jours, la vie était pour rien; elle a nourri non