‹ Le guide du cultivateur ou Cours d'agriculture [microforme]Chapitre 43 sur 113 · BATTAGE ET NETTOYAGE DES GRAINS · texte numérisé non relu

BATTAGE ET NETTOYAGE DES GRAINS

Le battage, comme on le sait, est fait dans le but de séparer le grain d’avec la paille et la balle. Ce travail s’effec-

tue de trois manières : par le fléau, au dépiquage et au moyen de machines.

BATTAGE AU FLÉAU.—Le battage au fléau était autrefois le seul employé dans toutes nos localités ; mais c'était un travail lent et fatigant. En effet, un homme est obligé de frapper avec force sur les épis avec un instrument peu pesant, il est vrai, mais qui le devient lorsque la fatigue arrive. Avec cet instrument, le batteur frappe en moyenne 37 Coups à la minute, 2,200 par heure et 22,000 par jour ; ce qui demande assez de nerfs. De plus la lenteur du travail

est tellement grande que, de nos jours, il serait impossible de trouver pour battre le nombre d’ouvriers nécessaire, et quand même on trouverait assez de bras pour exécuter ce travail, le prix de la main d'œuvre est tellement élevé que les frais du battage au fléau diminueraient énormément les profits. On peut calculer, en général, qu’un batteur au fléau met en moyenne tiois jours pour battre le produit d’un arpent. Or, en donnant le prix ordinaire de la muin d'œuvre, on paye la somme de $2.40 pour les trois jours, où en blé on donne la valeur de 2 minots ; par conséquent les frais du battage sont plis élevés que la valeur de la semence. Ce n.ode de battage est complètement disparu aujourd’hui ; on l’a remplacé par des machines. Cependart le fléau est encore en usage dans les localités où les machines à battre sont mues par le vent. Lorsque le vent fait défaut, on est forcé de recourir au fléau pour satisfaire aux exigences de la ferme. On emploie encore le fléau pour ébarber l'orge ; mais nous avons maintenant des machines qui exécutent très bien l'opération de l’ébarbage.

DÉPIQUAGE. — Le dépiquage est le mode du battage qu’on a employé dans les premiers âges du monde. Pour dépiquer le grain, on choisit un terrain bien uni, on le piétine fortement pour en rendre la surface résistante, On prend des gerbes et on les délie en formant un rond parfait ; et l’on fait trotter des chevaux ou des bœufs sur les plantes ainsi étendues ; le piétinement des animaux a pur effet de séparer le grain de la paille,

Ce mode de battage est un peu plus rapide que le battage au fléau ; mais il est encore trop long pour les besoins actuels. Aussi les peuples qui l’employent cherchent ils à le remplacer par des rouleaux repiqueurs qui remplissent le

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Le dépiquage ne s'emploie que dans les pays où les automnes sont très beaux.

BATTAGE AU MOYEN DES MACHINES.— Depuis quelques années, le battage au moyen des machines a complètement remplacé le battage au fléau au Canada, nous ne disons pas le dépiquage, parce qu'il n’a jamais été en opération sous iotre climat. C'est de l’Angleterre qne la première machine à battre a été importée au pays. Depuis cette époque, les machines à batt.e ont subi bien des améliorations ; mais ces amé iorations n’ont porté que sur des détails, le principe est resté le même; car aujourd’hui, comme autrefois, une machine se compose d’un tambour ou batteur, d’un contrebatteur, lesquels sont servis assez souvent par deux cylin-dres alimentaires, et d’un séparateur ou vanneur, Ce sont toujours les mêines parties composantes ; seulement on leur donne une forme ou une pose différente ; on les soumet à une vitesse plus grande ; on y ajoute de nombreux détails pour rendre le travail plus parfait, et par ce moyen, on parvient à obtenir des machines qui battent à la perfection, ne laissent rien dans la paille, font la séparation complète, empochent le grain et quelquefois même comptent le nombre de minots battus.

Parmi les différentes machines à battre, on distingue les machines à dents et les machines à battes. Les machines à dents ont un fort tambour garni de dents disposées régulièrement et passant piès d’une autre série de dents fixes ou contre-batteurs. Le grain, en passant entre ces dents, se trouve parfaitement battu. Dans les machines à battes, le batteur est plus gros que les machiries à dents ; il est ensuite muni d’un certain nombre de barres appelées battes,:

Ces battes sont en bois recouveit de feuillard ; quelquefois elles sont complètement en fer.

Les machines à dents brisent beaucoup plus la paille que celles munies de battes ; de sorte que, si la paille doit servir de nourriture ou de litière aux animaux, on préfèrera celle qui a été battue par les machines à dents ; tandis que, si la paille est destinée au marché, on la vendra plus facilement si elle est longue, et alors on choisira celle qui a été battue par des machines à battes.

Par suite du travail constant que l’on fait pour améliorer les machines à battre, on comprend parfaitement que toutes les machines n’ont pas la même valeur ; il y en a quelquesunes qui ont presque atteint la perfection, mais d’autres font un bien mauvais ouvrage, et ce sont les plus nombreuses. Le cultivateur devra donc savoir distinguer une bonne machine d’une mauvaise, et pour le guider dans son choix, nous allons lui donner quelques renseignements à ce sujet.

La machine à battre parfaite est celle qui fait le travail le plus rapide, qui ne brise aucun grain, qui n’en laisse aucun dans la paille et qui exige le moins de force possible. Aucune machine n'’atteint cette perfection; mais on doit choisir celle qui s’en rapproche le plus. Il y en a qui ne laissent pas plus de 2 pour cent de grain dans la paille ; d’autres, au contraire, en laissent jusqn’'à 15 et 16 pour cent. Les bonnes machines ne brisent pas le grain, tandis que les mauvaises en brisent 4 à 5 pour cent. Avec les bonnes machines, le battage d'un minot de blé coûte à peine 4 à 5 cts; avec les mauvaises, il coûte le double. Avant d'acheter une machine, si l’on pèse bien les avantages et les défauts qu’elle présente, on pourra faire un bon choix ; du reste, l'expérience nous est d’un grand secours dans cette circonstance.

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Quel que soit le mode de battage adopté, il est très important de choisir le moment où la séparation du grain et de la paille s'effectue le plus facilement. Tous les grains, on le sait, ne se battent pas également ; cette différence dépend de leur état et de leur mode de conservation. L’avoine est le grain qui se bat le plus aisément ; viennent ensuite l'orge, le seigle et enfin le blé. Le blé récolté et serré en temps sec se bat mieux que celui qu’on a coupé et serré en temps humide.

Les battages faits en temps secs sont meilleurs que ceux exécutés en temps humides. En hiver, pendant les gros froids, le battage s'opère mieux qu’en automne, pendant les pluies. Dans tous les cas, on devra accorder au mode de battage que l’on adoptera les meilleures chances possibles de séparer le grain d'avec la paille, C’est le principal but que l’on doit viser dans cette opération.

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