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CONSERVATION DES CÉRÉALES APRÈS LE 3ATTAGE ET LE NETTOYAGE

Les céréales constituent des éléments très précieux dans la nourriture de l’homme et des animaux pendant toutes les saisons de l’année. Il ne faut donc pas qu’elles perdent de leur valeur, et pour cela il importe de prendre les moyens de le conserver en bon état pendant un an. Dans les années d’abondance, il reste généralement une certaine propoïition de nos récoltes ; dans les années de disette, ce surplus trouve bien sa place. Par co iséquent, si l’on sait conserver ces excédants de récoltes dans un bon état, on pourra les vendre dans les temps de pénurie et en obtenir des prix très élevés tout en rendant service à nos concitoyens.

La conservation des céréales demande des soins tout particuliers. Les grains, après leur récolte et même long-

temps après le battage, contiennent toujours une grande quantité d'humidité, qui les dispose à chauffer ou à moisir. De plus ils sont exposés aux attaques des rongeurs et des insectes et subissent par là de grandes diminutions.

Pour préserver les grains de l’échauffement et de la moisissure, qui détruisent les meilleures qualités, il faut commencer par faire sécher le grain; pour cela on doit savoir se ménager des greniers d’une dimension proportionnée à l'étendue de la culture. Il faut que ces greniers soient élevés, garnis d'ouvertures descendant jusqu’à fleur du plancher, et d’une porte-lucarne, avec poulie, sur la façade principale pour le montage des poches. Les fenêtres sont munies d’un châssis que l’on ouvre dans les temps secs et que l’on ferme dans les temps humides ; chacune d'elles est encore garnie d’une toile métallique destinée à empêcher l'invasion des insectes et des rongeurs, rats ou souris. Enfin il doit y avoir dans les greniers de bons ventilateurs. On construit les greniers solidement et l’on fait les planchers en madriers embouffetés. Sur ces planchers on étend les grains en couche mince, qui dans les premiers mois après le battage, ne doit pas dépasser 12 à 13 pouces, parce que c'est alors que l’échauffement est le plus à craindre, et encore faut-il remuer le grain à la pelle très souvent. Plus tard on pourra ramasser le grain et le mettre sur une épaisseur plus forte ; mais, dans tous les cas, il ne faut pas que cette épaisseur soit trop considérable, car le grain est généralement si pesant que la charpente du grenier ne pourrait pas supporter un poids aussi énorme.

Enfin une dernière condition pour bien conserver les grains, c’est d’entretenir une propreté parfaite dans toutes les parties du grenier. Si le grenier est placé au bout d’un bâtiment, il faudra que ce bâtiment soit plafonné. Autant

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que possible, on éloignera les greniers des chemins publics, afin de préserver le grain de la poussière ; on les éloignera aussi des marais et de toutes les matières en putréfaction. Il faut ôter à tous les rongeurs, rats ou souris, le moyen d'atteindre les greniers, et pour cela on substitue quelquefois les échelles aux escaliers, afin de pouvoir les retirer quand on n’en a pas besoin ; une porte-lucarne est très utile dans ce cas-là.

Les animaux rongeurs et l'humidité ne sont pas les agents de destruction les plus redoutables pour les grains ; plusieurs insectes exercent des ravages considérables et occasionnent des pertes énormes, Trois insectes surtout s'attaquent aux grains, à savoir : le charançon ou calandre du blé, la fausse-teigne des grains, nommée aussi papillon du blé, ver du blé, et l’alucite, appelée encore teigne, papillon ou pou volant des grains.

1. LE CHARANÇON. — Le charançon est un insecte de l’ordre des coléoptères. Comme la plupart des insectes, le charançon subit trois métamorphoses importantes : dans la première, il se présente à l’état d'œuf très petit. La femelle dépose un œuf dans la rainure du grain et l’ÿ fixe au moyen de gomme. Au bout de quelques jours, l’œuf éclot et produit un petit ver, appelé larve, d’une ligne de longueur. En sortant de l’œuf, la larve pénètre dans le grain en perçant la peau extrêmement fine du lieu où l’œuf est attaché ; au bout de quinze à vingt jours, cette larve a dévoré toute la farine du grain, sans qu'aucun signe extérieur l'indique. Parvenue alors à toute sa croissance, elle se change en nymphe blanche, transparente, ou en une espèce de chrysalide. A cette troisième métamorphose, l’insecte ne mange pas ; mais, après douze ou quinze jours d’immobilité, la nymphe se transforme en insecte parfait, sort du grain et

recommence ses ravages, mais d’une manière visible alors, puisqu'il ronge les grains à l'extérieur ; c'est dans cet état qu'il s'accouple et dépose ses œufs sur les grains,

Ainsi le charançon détruit beaucoup de grain lorsqu'il est insecte parfait, et il en ravage aussi une grande quantité à l’état de larve. La vie de cet insecte est très courte ; le mâle meurt le lendemain de la fécondation ; la femelle, le lendemain de la ponte ; mais le dégât que font les larves n’est pas moins prodigieux, On a calculé que d'avril en septembre, la génération d'une seule femelle occasionne une perte de 6,045 grains de blé. C’est énorme, mais c’est le cas.

Les moyens de s’opposer à la destruction causée par le charançon sont ou préservatifs ou destructifs, c'est-à-dire qu'on peut empêcher le charançon de s’introduire dans le grain et le détruire quand il s'y est introduit. Il faut employer les premiers moyens avant que le grain soit attaqué. Pour cela on n’a qu’à introduire dans le grain quelques plantes aromatiques dont l'odeur forte chasse le charançon, comme par exemple, l’absinthe ou l'herbe St-Jean. Quant au second moyen, on ne doit pas prétendre détruire le charançon à l’état de larve, parce qu’alors enfermé dans le grain, il est trop bien protégé; mais on peut le détruire quand il est insecte parfait, Dans cet état, on remarque que le charançon aime l’oisiveté et la chaleur; on profite de cette observation pour lui tendre un piège, et voici comment : quand on s’aperçÇoit que le grain est attaqué, on le ramasse en un tas circulaire : on le laisse ainsi une couple de jours sans le remuer. Alc:s, au milieu du cercle formé par le grain infecté, on place un petit tas d’orge dont le charançon est très friand ; ensuite, trois À quatre fois par jour, on remue le tas circulaire avec des pelles sans toucher

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au monticule d'orge, Le charançon, troublé dans son repos, cherche de nouveau la tranquillité et se rend pour cela dans le tas d'orge. Au bout de quelques jours, tous les charançons ont transporté leurs pénates dans l'orge ; alors on les fait tous périr en jetant sur l'orge de l’eau bouillante, Pour que cette opération ait tout le succès désirable, il faut la faire dès les premières chaleurs du printemps.

On peut encore empêcher les dégâts du charançon en entretenant dans le grenier une température qui ne dépasse pas 51 ou 52 degrés Farenheit ; mais pour en arriver là, il faut que le grenier soit au-dessus d’une fenêtre.

On a trouvé aussi un autre moyen plus sûr, pour détruire le charançon, dans l'emploi de l'acide sulfureuse. Nous ferons connaître ce procédé quand nous parlerons de l’alucite, En attendant, nous dirons un mot d’un procédé encore plus efficace que l’acide sulfureux. On se sert d’une substance anpelée sulfure de carbone, qui possède la propriété de détruire sûrement tous les insectes. Dans une expérience, on a soumis 3,000 minots de blé à l'influence du sulfure de carbone, dont on avait employé 120 Ibs, et tous les charançons sont morts. Pour faire cette opération, on a introduit le grain dans de grands tonneaux en les remplissant aux trois quarts ; on s'était procuré une petite boîte en fil de fer, en mailles très serrées, contenant une pinte ; on a rempli cette boîte d’ouate imbibée dans une livre de sulfure de carbone, cette quantité suffit pour 2,000 lbs de grain ; après cela on a fermé la boîte et on l’a mise dans le tonneau, Quelques minutes après, on a roulé le tonneau ; douze heures plus tard, on a encore roulé le tonneau ; vingt-quatre heures après, on a vidé le tonneau et l’on y a introduit une nouvelle quantité de grain. Tous les charançons et surtout ceux qui s'étaient introduits dans le grain à l’état de larve,

ont été détruits, et la qualité du grain n’en a été nullement affectée.

On se procure du sulfure de carbone chez tous les marchands d'huile de charbon. Comme cette matière est très inflaminable, il faut avoir la précaution de l’éloigner de toute lumière.

2. FAUSSE-TEIGNE DES BLÉS.—La fausse-teigne des blés ou papillon du blé est aussi un insecte, mais il appartient à l'ordre des lépidoptères, c’est-à-dire possédant quatre ailes, dont deux grandes et deux petites, indépendantes les unes des autres. Ces ailes sont couvertes d’une poussière écailleuse, comme tous les papillons. La fausse-teigne a, comme le charançon, quatre périodes distinctes dans le cours de son existence, Voici comment MM. Girardin et DuBreuil analysent ces différentes métamorphoses :

‘ La larve, ou la chenille, marque sa présence dans le tas de blé en liant entre eux plusieurs grains par une espèce de coque soyeuse, autour de laquelle on trouve de petits ronds blanchâtres, qui sont ses excréments. Quand on sépare ces grains attachés entre eux, on voit qu’ils sont entamés en partie, et on trouve souvent, dans l’un d’eux, la petite larve. Celle-ci, pour se changer en chrysalide, abandonne les grains. A ce moment, le nombre des chenilles sur les tas de blé, sur les murs, le long des poutres, et préférablement sur les parties en planches, est plus ou moins considérable ; comme elles ressemblent assez à de petits vers, on leur a donné le nom de vers du blé, et on dit alors que le ver monte. Bientôt, après s'être suspendue par la partie postérieure de leur corps, elles se métamorphosent en “hrysalides, qui ne tardent pas à fournir des papillons. Ceux-ci ne sortent pas des greniers et s’y cachent, pendant le jour, dans les endroits les plus sombres.

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Dans cet état, comme à celui de chrysalide, la fausse-teigne ne mange pas ; elle n’attaque le grain que sous la forme de larve ; mais ses ravages sont assez faciles à arrêter, ou au moins, à diminuer par les manipulations qu’on donne au blé dans les greniers, on détache ainsi l’un de l’autre les grains que la chenille a réunis ; celle-ci se trouve à découvert, est froissée enire les grains remués, et périt. A l’époque où elle abandonne les grains pour monter le long des murs et des planchers, pour s’y changer en chrysalide, on peut encore en détruire beaucoup. ”

Pour détruire la fausse-teigne, on a encore des cylindres très forts, à peu près comme les moulins à écaler l’orge. On fait passer le grain entre ces cylindres, et la fausse-teigne est détruite.

3. L'ALUCITE. — L’alucite est aussi un papillon comme la fausse teigne, et ses habitudes ont beaucoup d’analogie avec cette dernière. Elle est de couleur plus claire que la fausse-teigne, elle n’est pas tachetée et possède entre ses antennes deux petites cornes. L’alucite passe aussi par quatre états différents. La femelle dépose un œuf dans la rainu'e du grain; cet œuf éciot et produit une larve qui s'introduit dans les grains, mange la farine et n’en sort que lorsqu'elle est transformée en insecte parfait. Aussi, dans chaque grain attaqué, on est toujours sûr de trouver la larve de l’alucite, ou bien sa chrysalide, ou bien la dépouille de cette dernière.

L'alucite ne reste pas constamment dans les greniers ; elle sort lorsque la température s’est réchauffée, parcourt les champs, dépose ses œuts su: .:5 épis et entre ensuite dans les greniers vers l’autaraine, lorsque les froids se font sentir, C’est alors qu ile commence ses ravages sur le grain; mais pendant nos ‘udfs hivers, un grand nombr«

d’alucites périssent surtout lorsque nos greniers ne sont pas

chauffés.

Nous n'avons que deux moyens de reconnaitre la présence de l’alucite dans les grains : d’abord, par la légèreté du grain ; en en jetant une poignée dans un plat, il flottera s’il est attaqué par l’alucite ; en second lieu, par la forte chaleur qui se développe dans le tas de grain, lorsque l'alucite devient insecte parfait. On ne dctruit pas l’aiuci.e par le criblage, le pelletage et le brassage, car l’insecte re: te dans le grain, et rien ne peut l'en faire sortir. La plupert des moyens suggérés pour obtenir sa aestruction sont ou inefficaces ou dangereux.

On a proposé, par exemple, de soumettre !e grain à re très forte chaleur. Pour cela on prend un cylindre en fer, qu'on chauffe jusqu’à 1220 Farenheit, et ensuite on fait rouler le grain dans ce cylindre. La chaleur détruit l’insecte sans endommager le grain ; mais c’est un moyen dangereux, car si la température était de quelques degrés plus élevée, le grain serait grillé et ne pourrait plus germer.

Quelques agronomes emploient un procédé moins dangereux ; ils ont recours à l’acide sulfureux. Pour cette opération on prend un tonneau dans lequel on introduit une petite quantité de soufre ou une mèche soufrée ; on y met le feu, et bientôt le tonneau s'emplit d’acide sulfureux ou de vapeurs de soufre. Après cela, on emplit le tonneau aux trois quarts de grain, on bouche la bonde et on roule. On pourrait se servir de deux tonneaux, pour que l'opération se fasse plus rapidement. Il n’y a aucun insecte qui puisse résister à l’action de la vapeur de soufre, Ce procédé n’est pas dangereux pour le grain, mais l’opérateur doit se garder de respirer la vapeur de soufre. On peut aussi employer pour ce travail le sulfate de carbone.

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