LA CHICORÉE
La chicorée est, comme la laitue, une plante employée pour la confection des sal des. Il n’y a pas encore longtemps qu’elle a été introduite dans nos potagers, mais ses bonnes qualités la font propager rapidement,
VARIÉTÉS. — La culture a produit un nombre considérable de variétés. Ainsi, on voit de la chicorée verte, de la blanche, de la jaune, de la dorée, de la frisée, de la crépue,. de la crispée, etc. Ordinairement la forme et la couleur des feuilles n’ajoutent rien aux qualités des plantes : cependant, on semb'e préférer les vertes et les blanches aux autres couleurs.
CULTURE. — Il faut à la chicorée un sol riche, meuble, plutôt frais que sec. C’est là qu'elle donne ses meilieurs produits. Sur les terrains secs, son dévelsppement se fait lentement, et s:n produit est de qualité médiocre. Sur les terrains humides, la pourriture se déclare bientôt dans cette plante,
Nous semons la chicorée depuis le commencement ou le milieu de mai jusque dans le mois de juillet. On préfère pour semence la graine de deux ans à celle de la dernière récolte. Il semble y avoir ici une contradiction avec ce qui a été dit dans les notions prélim naires ; cependant, cette contradiction n’est qu'apparente. Les graines de chicorée mûrissent très irrégulièrement, Si on les sème l’année. qui suit leur récolte, 1l y a plusieurs graines qui, quoique mal. con tituées, possèderont la faculté germinative, mais qui ne: donneront que de chétifs produits, tandis qu’en les semant: la deuxième année, toutes les mauvaises graines perdront la. faculté de se reproduire ; il n’y aura que les bonnes qui la.
conserveront, et ce sont ces dernières seulemement qui poussent des plantes vigoureuses. La graine de chicorée conserve, dit-on, sa faculté germinative pendant 5 ans.
On sème la chicorée en pépinière ou à demeure. Dans tous les cas, lorsqu'elle est à demeure par semis ou par plantation, on doit lui donner les sarclages et les arrosages convenables. Le développement de cette plante est très rapide quand on ajoute à l’eau d'arrosage quelques poignées de fiante de pigeons ou de volailles ou un peu de guano. Il faut avoir soin, quand on arrose, de ne pas laisser tomber d’eau entre les feuilles ; car, autrement, la pourriture ne se fera pas attendre longtemps.
On blanchit aussi les chicorées, et ce n’est qu'à cette condition que les produits acquièrent de la valeur Pour faire cette opération, il y a des jardiniers qui recouvrent la chicorée d’une couche de paille ; mais ce mode de blanchissage communique à la plante un goût de moisissure très désagréable. Il vaut mieux lier ensemble les feuilles de chicorée de manière à faire blanchir tout l’intérieur et à sacrifier les feuilles de l’extérieur. Il est inutile d’ajouter que les pieds qui doivent produire de la graine ne sont pas soumis à l'opération du blanchissage.
LE CHOU Nous connaissons tous ces excellents légumes si généralement cultivés dans nos potagers et employés dans toutes nos cuisines pour la confection des soupes, des bouillis au bœuf et même des salades. Nous les avons déjà étudiés comme plantes de grande culture pour les besoins de la
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VARIÉTÉS. — Le chou produit dans les potagers possède de très nombreuses variétés, que nous rangeons en 5 classes : 10 le chou d'Allemagne où chou quintal ; 29 le chou de Milan, ou rouge, ou vert frisé ; 3° le clou &’ York, où chou rouge ; 4° le chou rave, qui n’est guère cultivé dans nos cliinats, et 5° le chou-fleur. Les trois premières classes sont connues sous le nom général de choux-pommés et reçoivent les mêmes cultures, La quatrième classe pourrait très bien réussir sous nos climats, mais elle y est encore inconnue ; sa culture est la même que celle des choux pommés, La cinquième classe exige des soins particuliers, qui nous forcent à étudier sa culture dans un article séparé.
CULTURE DES CHOUX POMMÉS. — Pour satisfaire aux besoins de la consommation, le jardinier doit s'occuper de la culture des choux de bonne heure au printemps ; pour cela, il fait ses semis sur couches chaudes avant même que la neige soit toute fondue. On sème sur de petits sillons éloignés de 6 à 7 pouces les uns des autres, dans lesquels on dépose la graine très claire si elle est bonne. On arrose avec de l’eau tiède pour hâter la germination. Après la levée, qui n’est pas lente lorsque les graines reçoivent les soins convenables, on découvre la couche chaude, tous les jours aux heures les plus chaudes, pour lui donner de l'air et pour affermir les jeunes plants. ‘Tant que ces derniers occupent la couche chaude, on les sarcle régulièrement et on les éclaircit même au besoin. Un bon plant a une tige robuste et grosse. Les plants qui croissent pressés les uns contre les autres sont longs, effilés et étiolés, ont une tige faible et cassante, et produisent rarement des plantes vigou-
reuses ; souvent même ils ne résistent pas aux ardeurs du soleil, Il faut donc éclaircir les choux sur la couche chaude, en laissant entre chaque tige une distance d'environ V2 pouce.
Lorsque les plants ont atteint la grosseur d’un tuyau de plume d'oie, on peut les transplanter alors en pleine terre, Mais il faut que le terrain soit préparé à l'avance et fumé abondamment, car le chou exige un sol riche, On n’emploie que les engrais de ferme qui ont subi un commencement de décomposition. Ordinairement, sur les sols argileux on met du fumier de cheval ou de mouton, et sur les terres légères on appl'que du fumier de bêtes à cornes ou de porcs. A ces engrais, il est bon d'ajouter une petite quantité de cendre, qui augmente considérablement l’action des fumiers de ferme, Autant que po:sible, on déposera la fumure à l’automne, afin qu’elle puisse se mélanger avec la terre au moyen des façons qu'on lui donne. Dans les sols de nature argileuse ou de consistance moyenne, on pratique un premier labour, profond, en automne, et un deuxième, ordinaire, au printemps. Si la fumure n’e t pas appliquée à l'automne, il faut au moins l'introduire dans le sol par ce labour ordinaire, que l’on exécute aussitôt que la terre est suffisamment réchauffée ; ensuite on abandonne le terrain à lui-même jusqu’au moment de la plantation.
Pendant cet intervalle, les mauvaises herbes entrent en végétation. Avant la plantation, le jardinier les détruit facilement par un râtelage énergique ou par un léger binage. Cette opération simplifie beaucoup les sarclages que la plante demande pendant sa végéiation. Lorsque l’époque de la plantation est arrivée, on trace au rayonneur, sur la terre fraîchement roulée, de petits sillons dont l’objet est tout simplement de marquer les lignes de choux. Les sillons
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sont plus ou moins éloignés, suivant les variétés qu'on cultive, Pour les petites variétés, on laisse un espace de 18 à 20 pouces, et pour les grosses, de 24 à 26 pouces.
Au moment de faire la plantation, on ar:ose cop eusement la couche chaude pour faciliter l'arrachage des plants et pour forcer la terre à s'attacher aux racines, On eniève ainsi les plants en mottes plus ou moins volumineuses, ce qui facilite les reprises. On transporte immédiatement les plants sur le champ qu'ils doivent occuper. Alors on fait sur les lignes déjà tracécs des trous assez profonds pour recevoir les plants ; on se seit pour cela d'un bâton appelé plantoir ; pour les variétés peu volümineuses, ces trous se trouvent à la distance de 12 à 15 pouces, les uns des autres ; mais pour les grosses variétés, comme le chou quintal et le chou de Milan, on les pratique à la distance de 18 à 20 pouces. On place son plant de chou dans chaque trou, de manière que la racine y soit dans sa position naturelle, et sans qu’elle soit pliée ; ensuite on presse la terre tout autour avec les doigts, et :i le sol n’est pas assez frais, on termine par un arrosage.
Voilà comment on opère sur les terrains parfaitement enrichis ; mais pour ceux qui n'ont pas encore acquis le degré de richesse convenable, on apporte quelques variantes dans les procédes. Ainsi, au lieu de faire des trous au plantoir aux endroits déterminés, on pratique des fosses à la gratte ; on dépose au fond de ces fos:es 2 à 3 poignées de terreau où de fumier décomposé ; on mélarge ensuite ces substances à la main avec la terre. La fosse se trouve alors presque complètement remplie, et l’on plante au centre. On agit de même dans les terrains exposés à la sécheresse, car les choux plantés dans des fosses reçoivent toujours plus d'humidité,
Pendant les premiers jours qui suivent la plantation, on parcourt le carré de choux, et on remplace tous les plants qui n'ont pas repris. Si le temps se maintient à la sécheresse, on arrose invariablement tous les soirs, autant que possible avec de l’eau exposée à l’ardeur du soleil pendant une demi-journée environ. On peut arroser avec de l’eau claire, mais on obtient de meilleurs résultats si on ajoute un peu de purin ou de fumier décomposé, du guano, de la fiante de pigeons ou de volailles réduite en poudre fine par le battage du fléau.
Pendant le cours de la végétation, on doit répéter les sarclages aussi souvent que la destruction des mauvaises herbes l'exige. Ces sarclages tiennent en même temps la surface du sol constamment meuble ; ce qui favorise beaucoup le développement des choux. Ordinairement on donne trois rechaussages, à une semaine d'intervalle entre chacun.
Le chou a de nombreux enneinis. La plupart des animaux de ferme aiment beaucoup cette plante, mais au moyen de bonnes clôtures on peut les tenir à distance. Il n’en est pa: de même des insectes, qui sont les ennemis les plus redoutables que le chou ait à combattre. Il arrive souvent que les choux, après avoir eu une végétation vigoureuse, arrêtent de croître, ne forment pas de pommes, se fanent et meurent Si nous les arrachons, nous apercevons vers le milieu de la racine une excroissance volumineuse, appelée patate dans le langage ordinaire. Cette excroissance est produite par la piqûre d'une larve. Il n’y a pas de remède contre ce mal; mais on a remarqué qu'il est plus fréquent dans les terrains fimés avec de l’engrais frais, surtout quand cet engrais n’a pas été bien mélangé avec le sol. Les couches chaudes, dans lesquelles le fumier de
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cheval n’est pas recouvert d’une épaisseur de terre suffisante, produisent presque toujours des plants de choux atteints de cette maladie, Pour protéger les plants contre la larve qui pique les racines, il faut que ces derniers puissent se développer complètement sans atteindre la couche de fuinier de cheval ; ce qui revient à dire que le fumier doit être recouvert d’au moins huit pouces de terre végétale.
D'autres insectes attaquent les feuilles ou la pomme du chou ; les plus voraces sont les pucerons et les larves d’un petit papillon appelé le péride du chou. Le seul moyen efficace de permettre au hou de supporter, sans trop souffrir, les attaques de ces insectes, c’est de hâter leur croissance par les travaux d’une bonne culture et par l'emploi d'engrais énergiques.
On sème aussi les choux à demeure, c’est-à-dire qu'après avoir préparé convenablement la terre, on répand la graine dans de petits sillons, comme on le fait pour les navets. Ce mode de culture exige plus de soins que le précédent, mais il dispense des travaux de la couche chaude, des fréquents arrosages après la plantation, du remplacement des plants, et, en somme, quand on veut bien se contenter d’une bonne récolte à l’automne, les semis à demeure, sous nos climats, sont préférabl:s aux semis sur couches chaudes avec plantation, |
On récolte les choux aussitôt que les pommes ont atteint leur plus grand développement. Les variétés hâtives, appelées aussi choux d'été, se récoltent dep: '; la fin de juillet jusqu’en septembre ; les variétés tardives ne le sont qu'à l'approche des fortes gelées de l'automne. Cependant il arrive quelquefois que les bomm:: 4e choux se fendillent : il faut alors les récolter imirédiatement, car l’eau de pluie s’introduirait dans l'in‘éticur de la pomme et la ferait pourrir.
Il est très recommandable que le jardinier récolte luimême sa graine de chou. Pour cela, à l’époque de la récolte, on choisit les plus beaux choux appartenant à la variété que l’on veut propager. O1les arrache et on les replante dans leur position naturelle au milieu d’un tas de sable sec déposé dans li cave. Malgré cette précaution, il est toujours très difficile de préserver les choux de la pourriture jus qu’au printemps suivant, à l’époque qui nous permettra de les replanter en pleine terre. Alors, dès qu'on s'aperçoit que la pourriture veut envahir le cho”, ca l'effeuille et l’on recouvre les blessures avec du goudron. On arrive ass2z soivent au printemps avec une tige nue qu'on replantera comme porte-graine ; cette tige ne nous procurera pas des semences aussi vigoureuses que si on avait pu conserver la pomme ; mais telles qr'elles sont, res graines valent encore mieux que celles d2s négociants. Les meilleures graines sont fournies par la tige centiile, La culture de ce porte-graine se fait de la même manière que celle des carottes, des betteraves et des navets.
CULTURE DES CHOUX-FLEURS. — Les premiers soins de culture pour les choux-fleurs sont les mêmes que ceux que nous accordons aux choux pommés cultivés sur couches chaudes, avec cependant des arrosages plus fréquents et plus abondants. Mais c’est après la plantation et la reprise que les soins demandés pour les choux-fleurs diffèrent de ceux des choux pommés, et cette différence existe surtout dans la fumure et les arrosages.
Le chou-fleur aime à végéter sur des terrains presque exclusivement composés de terreau ou de fumier bien pourri, c’est sur ces sols, on pourrait dire d’une richesse excessive, que l’on récolte ces volumineuses têtes de choufleur si recherchées sur nos marchés pour leur saveur et
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Le chou-fleur se plante toujours en fosses. On ouvre de larges trous à la gratte ; on remplit ces trous À moitié de fumier bien décomposé et bien divisé; on y ajoute une petite couche de terre, et l’on mélange le tout avec le fond de la fosse. C’est dans ces fosses ainsi préparées que l’on introduit les plants de chou fleur. La raison pour laquelle on préfère toujours ici le fumier décomposé, c’est que la plante a besoin, dès le commencement de sa végétation, d'une nourriture parfaitement préparée, et nous savons que le fumier décomposé possède beaucoup plus de principes salubres et assimi ables que le fumier frais.
Lorsque la reprise du chou-fleur est assurée, on ne doit pas lui ménager les sarclages : mais ce à quoi il faut s’attacher surtout, c’est de tenir le pied de la plante constamment humide, Les pluies fréquentes simplifieront beaucoup les arrosages ; mais, dans le cas contraire, on arrosera plus ou moins, suivant la nature du sol, plus dans les terrains secs que dans les terres fortes. Afin de conserver l’eau d’arrosage au pied du chou fleur, on entoure ce dernier d’un petit bourlet de terre d'environ 12 pouces de diamètre : c'est à l’intérieur de ce bourlet qu'on arrose. Pendant le sarclage il arrive qu’on brise cette butte de terre, il faut la ré:u Immédiatement, Les arrosages fréquents et abondants 074 tot ours pour effet de tasser le sol plus ou moins, et orscue celui-ci vient À sécher, il se durcit, et la plante ne itie plus qu'avec difficulté. On évite cet inconvénient € re nuant la terre autour de chaque pied lorsque le sol
s’est essoré suffisamment, ou encore en le recouvran: d’un paillis qui amortit la chute de l’eau.
Le chou-fleur ne donne pas de bonnes têtes lorsque ces dernières sont exposées directement aux rayons brûülants du soleil. Son produit est d'autant plus savoureux qu'il s’est développé plus à l'ombre. Dans ce cas, aussitôt que la tête commence à se développer, on plie vers le centre les feuilles qui entourent immédiatement les premières fleurs ; une semaine plus tard, on renouvelle l'opération en ramenant encore vers le centre les feuilles voisines, et ainsi de suite, tant qu'il y a des feuilles assez développées pour couvrir la tête du chou-fleur. Ces soins paraissent minutieux, et à la rigueur on pourrait s’en dispenser ; mais il ne faut pas oubli. : que le rroduit est toujours proportionné aux soins qu'on 4e la plante. Si on la néglige, le produit est faible en : «1 ‘ité et en qualité.
La récoite se fait au fur et à mesure des besoins de la consommation, et aussitôt que la tête a pris un développement convenable. Vers la fin de la saison de végétation, on récolte ce qui reste de choux-fleurs, mais toujours avant l’arrivée des gelées de l’automne, car cette plante ne leur résiste pas.
Les choux-fleurs ne se conservent que très difficilement, et leur conservation est de courte durée dans les caves. Après la récolte, on préfère les faire bouillir et les préparer en conserves au vinaigre,