‹ Le guide du voyageur à PoitiersChapitre 11 sur 32 · LA MANDILLE. — LB PONT-HBOF · texte numérisé non relu

LA MANDILLE. — LB PONT-HBOF

en vain, croyons-nous, que sa guculo, insaliable autrefois, atfcnd depuis de lonsucs années sa pitance des temps passés. LUe la trouverait ditTicilement , même une (ois par an, dit-on , dans lea reliefs des friandises, qui surchargent rarement la ta))|e de ses nouveaux bdtes*

lis MaMdille. — C'est ici le lieu de parler d'un usage qui a certains rapports avec la procession de la GramV Gueule ^ nous voulons parler de cequ*on appelait à Poitiers la MandUlc, Dans diverses solennités , avant la révolution, et surtout au jour de la procession du vœu de Louis Xlll, qui rivnitlieii en l'iionneiir de la sainte Vierge, le 15 août, deux représentants descorps de métiers , qui étaient alors officiellement constitués en corporations légales , ayant le nom de maîtrises, se mêlaient au cortège , vêtus de costumes taillés sur des patrons fort étranges , rappelant les coupes do moyen âge, et composés de pièces de rapport aux couleurs les plus tranchantes et les plus ridiculement bariolées. Les bonnets de ces personnages afVectaient des formes encore plus excentriques , et c'était à qui leur donnerait le caractère le plus bouffon. Sur ces bonnets étaient répréscnlés en relief les principaux instruments en usage dans la corporation. Cette exhibition * très pittoresque» sinon très religieuse, excitait, comme on le pense bien , l'attention curieuse et les regards de la foule.

Nous ignorons quelle était l'origine de cette farce grotesque, mais nous sommes porté à croire que , très anciennement, c'était un pieux honneur rendu à la mère de Dieu par les chefs des maîtrises j puis en raison de l'altération successive (iu'avait éprouvée dans la suite des temps leur costume, primitivemeut officiel, ce costume, devenu extraordinaire seulement au bout de quelques siècles, avait fini ,1a bonne volonté y aidant , par dégénérer en une véritable mascarade, indigne de la solennité à laquelle elle était mêlée , mais dont on n'avait pu la distraire, sans doute , en raison de son origine , et des pieuses intentions qui la couvraient de leur égide.

Le Pont-H'cuf. — Puisque nous toucbons au Pont-Neuf, que nous apercevons à quelques pas devant nous , accordons-lui un

LE PONT-MEUF.

€oap dTceil. Quoique son nom ne eoit pas heureux » en ce sens qu'il exprime une idée de jeunesse que d'autres monuments de ce

genre peuvent revendiquer h plus juste titre que lui , ce nom seul, à défaut de la courbe de ses voûtes, indiquerait ns?ez qu'il e>t d'une date récente. Il y a quelques jours, une plaque de cuivre trouvée dans la maçonnerie de ce pont, lorsqu'en 184S il fut restauré pour être allégé à l'extrados et consolidé à la base » a été déposée au Musée des Antiquaires de TOuest; elle résumé en quelques mots l'histoire de ce monument $ la voici :

l'an UIL SEPT CBNT SOIXANTE DIX HUIT ^ sous LE REIGNB DE LOOIS SEIZE A ttt

comiEESGii CE pont aux vrais OtS

HABITANTS DE LA flLLE SOUS l'aUTOEITÉ DE MONStfcflR DE LA BOURDOMNAYB COMTE DE BLOSSAG INTENDANT DE Lk PROVINCE

sons l'administration de monsiki r ijïonard

FRANÇOIS XAVIÉK l'ALLlI DUl^^RC MAIHE SOUS LA DIRECTION DE MONSIEUR BARBIER INGÉNIEUR EN CHEF PAR LE »IK(iR GALLET EXTR&PREfiiEUR.

L*AN UDCGLXXTIII.

Du haut de ccl observatoire notre œil embrasse un gracieux horizon. C*eët bien là le paysage que le crayon de notre bienveillant collaborateur a su rendre avoc son exactitude pittoresque. Là s'encadrent à gauche la vénérable basilique dédiée à sainte Radegonde , patronne de Polders » avec son abside romane , sa nef reprise à plusieurs fols» sa tour élégante et sa (lèche aiguë , destinée à recerolr les petites cloches appelées primes; puis ce d6me tout moderne qui abritait naguère les pieuses iilles de Notre-Dame, lorsque dans leurs modestes débuts, elles étaient réduites A se contenter de la demeure dn.^ prieurs de Sainte-Radegonde; à droite, sur l'autre rive, c'est une longue et abrupte ceinture de rocsescarpés parmi lesquels vous remarquerez , sans doute , ce bloc qtit se dresse à pic semblable à un menhir druidique : c*est la Rodie de Gdlgny , lAcuiratse de Pamiral , à Tahrl de laquelle le chef des protestants disposait, pendant le mémorable siège de 1609 , ses attaques et ses batteries Impuissantes. C'est bien là encore le cours

SB

un peu trop calme de notre Clin que menacent d'expulser de son lit séculaire des joncs audacieux. La pacifique rivière ne semblet-ellc pas, suppliante , tendre vers vous ses bras dessécMs ^ pour vous demander de joindre vos instances aux nôtres afin que si sa canalisatiOD , dont on parle depuis des sièdes, oe devient pas bientôt une vérité , on la débarrasse ao moina promplement de aee bôtes Ineommodca*

Aalnte-Radegoade.-— Dirigeons-nous maintenant à droite vers réglise de Ste-Radegonde , par cette rue en zigzag qui se nomme rue des Carolus» Si nous avions le temps d'explorer les maisons qui l)ordent celte ligne, nous y trouverions les traces inoontestables de l'enceinte romaine. Leur existence conflrme les données bistoriqoea relatives à la construetlon de l'élise qui s'offre à nos regards» C'est l'église de Ste-Radegonde , bâtie vers 560 » par l'épouse dn roi Clotaire » en dehorft de IVnceinte de Poitiers » sons Tinvocation delà mère de Dieu ; elle fut appelée pour ee fait, Sie-Marie-Hors'deS'Murs. Elle fut dès le principe destinée aux clercs qui desservaient le monastère de Sle-Crolx, fondé, comme nous l'avons vu , peu auparavant par la reine , lorsqu'elle quitta son royal époux pour se consacrer à la vie religieuse. C'était en raison de cette origine que, Jusque dans les derniers temps, le prieur , dignitaire le plus élevé du Chapitre , était à la nomlnatioa de l'abbesse de Ste^Croix. Ce Chapitre ne passait pas pour être très aceommodant ; c'est ce qu'indique au moitis l'épitliète de chicaneur, accolée psr la malice populaire au nom de ses mem* bres.

Lorsque le lombeau de sa fondatrice eut été déposr dans l'église, elle s'agrandit cl fut enfm placée sous le vocatile de la sainte reine. Ravagée pendant les invasions successives des Sarrasins et des Normands, et pendant les luttes dont 1* Aquitaine fut le théâtre sons le roi Louis le Débonnaire (ix* siècle) , elle avait reçu en 8381a dépouille de Péi^in I**, roi d'Aquitaine, mort k PolUeis, le 13 décembre*

Pendant cette triste période de nos annales , le précieux dépôt

qu'elle renfermait avait ilé soustrait à la fureur de l'ennemi et caché dans ïca profondeurs de la crypte , où il fut heureusement

BAINTfi-IIADEISOllDB

retrouvé au mois de mars 101? par Ips soins de VabbesRC Bél larde, ainsi que l'attestent doux inscripiK ns récemment découvertes, Enda, apjrès un nouvel incendie (i083), Téglisc fiitrclnvéc et dédiée avec solennité le l& des calendes de Tannée 1099. Puis elle reçut à diverses époques des modifications importantes et subit d'affreuses mutilations do la part des protestants , lors du pillage de 1562.

Avant de pénétrer dans ce sanctuaire vénérable examinons Tcnsennblr <Ju monument; il acensc lui-même les diverses révolutions dont il a éléTobjpt et la victime. Le long de la rue étroite qui règne devant sa façade, on. aperçoit un parvis dont le sol creusé en contrebas eat défendu par de solides remparts. A leur sommet apparaissent encore les restes mutilés des anges qui serraient de tenanti à Técn royal de France, et des lions accroupis « symbole de la Juridiction , inter teonef , qui s'exerçait sur ce siège de pierre taillé dans l'épaisseur du mur en face du portail. Nous avons déjà parlé de ce symb<»îe h l'article de Téglise de St-Pierre ; nous en venons plus tard rapplication et l'explication à propos de l'église de St-Porchaire,

Le style de la tour du porche, si remarquable par la pureté de ses . formes et par sa conservation , justifle les textes bistoriqucs; il répond en effet au xi* siècle , et sa partie supérieure qui est octogone, semble réfléler les traditions byxantlnes. Le portail qui a été en quelque sorte plaqué à la base de la tour dénote le faire du XVI* siècle par la forme des ogives , par ses balustres à Jour et par les arêtes prismatiques défies enroulements sculptés en relief. Ainsi, lorsqu'on 1502 , la fureur des j^rotestants se ruait sur ses sculptures à peine achevées , c'éînit l'œuvre d'hier , l'œuvre des mains de quelques-uns d'entre eux peut-être, qu'ils mutilaient lâchement.

11 est à désirer, bien que ce portail ne soit pas à sa place, qu'il pnisse être restauré, à moins qu'on ne le fasse disparaître ; mais en tout cas. Il faut abattre , ainsi qu'on en a le projet , le baldaquin en bois et ardoises qui le surmonte d'une façon peu monumentale.

Dans la nef on doit admirer l'ampleur que donnent au temple l'absence de has-côlés et la hardiesse de ses voûtes élancées. Cette ampleur a été augmentée encore par la restauration récente (1849}

qui a placé Tautel &u*deB8ii8de la crypte , sotis la voûta de l'abside,

entre les colonnrs historiées et armoriées dont on a fait revivre les couleurs et les formes.

Au temps du chapitre, le chœur des chanoines était isolé au milieu de IVglisc qu'il cncomljrait liltéralement de ses murailles élevées , goruies intérieurement de boiseries el de stalles. Il se ter* minait du côté de la nef par on jubé.

L*autel de la paroisse , laquelle comptait i,hùù communiants f était placé au fond de Téglise dans Fabsidlole , aujourd'hui chapelle de la Sainte-Vierge , cette chapelle , où vous voyes de loin briller l*asur d*un ciel bieu-de-Prusse et des peintures à Tavenant.

Le visiteur le moins versé dans la science archéologique distinguera facilement dans la construction de l'église de Sainte- Radegonde le style d'époques bien différentes; la nef, par exem* pie, est en pi^rtie de beaucoup postérieure à l'abside , à laquelle elle a été asses maladroitement soudée , et la portion la plus près de la tour a subi elle-même ultérieurement de largi^s modifications* Les voûtes « les arcatnres qui ornent la surface des murs latéraux, la décoration des piliers, tout accuse un degré de parenté très rapprochée entre l'église de Sainle-Radegonde et celle de Saint-Pierre.

A droite, dans la nef, existe une sorte de petite chapelle protégée par une crille en fer ; c'fHait autrefois un tombeau pratique, suivant la coutume , dans l'épaisseur du mur latéral. Deux statues en pierre , rehaussées de couleurs tranchantes » représentent N.-S. J.-G. et sainte Radegonde. Ëntre les deux personnages , se trouve une empreinte ayant la forme d'un pied tracé dans la pierre; cette empreinte est recouverte d'un fort grillage en fer. Ce monument, qui a été transporté en 1792 dans l'église de Sainte* Radegonde, faisait jadis partie de la chapelle du Pas-de-Dieu qui existait dans l'cnilus de SahUc-Croix , et dont nous avons parlé précédemment à l'nrticlo de celle abbaye. Il a conservé la faveur populaire dont il était autrefois l'objet, ainsi que l'attestent les traces non équivoques des cierges qui y brûlent constamment , et les sous déposés par la main do pauvre aux pieds de l'image vénérée,

Jetons un coup d^cBll sur l'ensemble du monument » sur ses pein-

8AlNT£-aADËG0MD£. 91

tara récemment restaurées soos la direction de M /Falibé Anber ,

historiographe du diocèse, cl sur seshrillants ritraux. Le plus petit représente la vie légendaire de saint Biaise, évôque de Sébastc et martyr, auquel était consacré un auirl dan- 1 ( nfunccment pratiqué près de la chaire. (Vous avons deja vu ce sujet mit un vitrail de l'église de â^atHM'ierrc ; c'était autrefois la chapelle de Sainte-Madeleine, On y place actuellement , au jeudi saint , le reposoir. Au-dessus du cintre » brille uno asses bonne copie de la Cène de Philippe de Champagne. On prétend que cet artiste a donné aux apôtres les traits des solitaires de Port*Royal; c'était sans doute un acte de foi à sa manière.

Le grand vitrail a dû être donné de 1311 à 131G , par Philippe- Ic-Long , comte de Poitou , dont on voit briller partout les armoiries écartelées de France (d'azur semé de fleurs de lys d'or) et de Poitou {de gueules semé de tours d'or). Ce vitrail représente le Jugement dernier; ce sujet, très rare dans les vitraux, est un des plufi complets qui existent* Au centre de la rosace , on voit le donateur à genoux devant sainte Radegonde, L'histoire de J.-G* complétait cette vaste composition , aujourd'hui défigurée par suite du pillage de 1563. La troisième fenêtre contient les principales scène» de la vie légendaire de sainte Radegonde, qui est continuée pour ainsi dire sur la fenêtre qui fait faco à la grande rosace du jugement dernier. L'autre vitrail , bien que dans un état de conservation satisfaisant, ne pculètrc expliqué.

Si la sacristie est ouverte (à droite , avant la balustrade qui règne devant la crypte de l'église) , entrons-y. Ce petit monument ollire un charmant échantillon de rarchiteeture de transition* Les nervures de ses voûtes agencées avec art sont supportées par des demlHwtonnes'engagées reposant elles-piémes sur des figures formant consoles^ parmi lesquelles on croit, mais sans preuves» que quelques-unes sont historiques et représentent Aliéner d'Aquitaine et révéquc de Poitiers Gilbert de la Porée. A la clef de la voûte on voit le Père lilernel, et aux quatre angles les symboles des évangélistes. Cette sacristie restaurée en 184 i , sous la direction de la société des Antiquaires de l'Ouest , mérite d'être citée pour sa parfaite conservation au milieu des atteintes de tous les genres de vanda* llame qui ont successivement passé sur nos temples.

SAINT Ë-AADËGOflDË.

SI le sacristain se trouve sous notre main , dnnandons-loi oommunication du tableau du miraeU de Vouillét désignation impropre mais qui sera comprise : c'est un Tieu% tableau représentant un roi à chpval, un laboureur avec ses bœufs et un champ de blé. Que signiQent-ilsJ'—La tradition raconte que poursuivie par son royal époux , la reine Rndcconde était sur le point d'cltc atteinte, lorsqu'elle arriva près d'un laboureur qui semait de l'avoine. Voulant échapper aux mains fraticrides de Clotairo , la sainte dit au pa^rsan: « lorsqu'on vous demandera si tous aves tu passer la » reine » répondes que vous n'aves vu personne depuis que îrous » semiesce blé; » puis elle entra dans le champ. La semence à peine répandue se prit à croître aussitM et s'éleva à une hauteur telle que la fugitive fut complètement cachée , ce que voyant , Clotaire comprit l'intci vcntion miraculeuse du protecteur deRadegonde et se retira. Le souvenir de ce miracU^ qui e«t consacré dans les vitraux de notre église, el qui figurait dansTofflce propre célébré dans cette collégiale , a été pieusement cou* sènré par 1rs habitants du bourg de Vouillé , qui montrent en- Gore aujourd'hui un champ dont les laboureurs n*ont Jamais pu» disent-ils , redresser les sillons qui étaient conloumés afin de mieux dérober la fugitive aux regards du roi. Une autre tradition plus plausiljle , en raison du séjour que la sainte fit à Saix, place le lieu de ce miracle, au Champ carré , près de Saix , sur la route de Poitiers à Loudun. — (Sur cette question et sur celles qui concernent Ste-Badegonde» voir la vie do cette sainte par M. Ed. de Fleury , recteur de l'Académie des Deux* Sèvres)*

Pénétrons maintenant dans la crypte où reposent des resips vénérés. Au milieu do cintre qui surmonte l'escalier , vous lires sur

une plaque en marbre noir la fomlation faite en l(]38 jtarla reine Anne d'Autriche en mémoire de la guéri son de son iils bien aimé Louis XIV , yutTîPon miraculeuse qu'elle devait à l'intcrccsision efficace de la sainte* Une lampe d'argent , allumée nuit et Jour, et deux messes solennelles fixées au 20 Juin et au 13 Juillet de chaque année , devaient conserver àperpétuUé le souvenir de la reconnaissance royale*.* Et en eflét , trois lampes d'argent descendaient autrofois de la voûUi devant le mattre-autd. La plus

SAINTMADEGOMDE

grande a?ait été donnée par Anne d'Autriche. Son IIIb Lonis XIV, qot avait Youé son premier dauphin à sainte Radegonde , afait en* Toyé à cette ^lise un poupon de vermeil , de grandeur naturelle, qui ayait été placé dani une niche grillée pratiquée dans le premier pilastre à droite du sanctuaire; de l'autre côté, on voyait un tableau représenlant la princesse de Conti oiïrant aussi à la sainte son nouveau-né. Que sonl devenusles lampes d'argent , les riclics dons de Louis XIV ; qur; ?ont devenus les pelils-fll? de Louis XIV, eui-mémeâ ? Demandez-le aux révolutions qui ûairoot par tuer autre chose que des rois...

An bas de l'escalier, À droite, dans l'épaisseur du mur, un tombeau grossier contient le corps de sainte Agnès , première ab^ besse de Ste-€rolx ; à gaudie, vis-à-vis, leposesalnte Dlsclole, disciple bien aimée de sainte Radegonde.

Cctle lourde balustrade de marbre blanc qui entouré Tautel , cette statue desamte Radegonde, œuvre attribuée au célèbre Girardon , tout cela a été donné par la mère de Louis XIV, et chaque Jour, le pauvre emprunte au\ doux produits de l'abeille des champs l'humble e«-volo qu'il vient suspendre pieusement aux malDS de cette statue royale qui fut elle-même Vew^oko d'une puissante princesse.

Sons cette vodte, à la lumière des cierges toujours brûlants , contemplons avec une pieuse émotion le sarcophage en marbre noir qui renferme une partie de ce qui reste de l'une des plus grandes saintes de la chrétienté. Ce sarcopliage, qui est peut-être celui-là même qui reçut la dépouille mortelle de la sainte lorsqu'elle fut élevée hors de terre , fut ouvert le 28 mai 14 12 à la demande de Jean, duc de Berry« comte de Poitou, Ce prince désirait et avait obtenu phupar erainu qu'autftmmtt , disent leschroniqoes , la permission de prendre le chef ti les deux anneaux de la reine; mais 11 fut obligé par forée divineet tntracttleiife dese contenter d'un des deux anneaux de la sainte, laquelle reltrafct main pour retenir celuy de la religion. Le corps fut trouvé plus odorantquela basmCj et il était entier ^ voilé ^ eouronné^et ses mains jointes. A un siècle et demi de h\ , le 27 mai 1502, les protestants pénétraient dans la crypte vénérée , brisaient le couvercle du tombeau, arrachaient les ossements de la sainte, et les faisaient brûler

91 I>S SAINTB-IUDECOMOE AU POMT-JOUfi£RT.

ao milieu de la nef. SauTés furtivement par des mains fidèles»

quelques-uns des débris du précieux trésor furent scellés dans un li'liquaire de ploriil) rt drpoi?és de nouveau en grande pompe, le 28 février 1565, dans le tombeau où ils ont été depuis respectés , même par les fureurs révolutionnaires. Des miracles incontestables ont constamment prouvé , depuis lors et jusque dans ces derniers temps, la sainteté de la glorieuse patronne de Poitiers, et Us Justifient l'Immense aflluence de pèlerins qui de plosleors déparlements éloignés viennent chaque tannée pendant le mois d*août prier sur son tombeau. Ce pieux usage» que rien n'a pu affaiblir , ajoute au poids des considérations artistiques que nous avons souvent invoquées, pour que l'on rende k la crypte de Sle- Radegondc son caractère primitif , en lui restituant l'ampleur de ses formes si tristement mutilées.

Sle-RAdesmde m PMae-Mnlier*. « En sortant de r^lse de Ste-Radegonde , par le grand portail , nous Irouf ons à droite une rue dite du Pigean^Blanc} son prolongonent, qui abontlt à la rue du Poiif-Jouberl » comprend des traces souterraines de Tantlque enceinte romaine. Mais, comme 11 n*y a rlea à cet égard qui mérite un examen spécial , nous remonterons , si ▼0U8 le jugez à propos, vers St-Fierre, par ia rue qui débouche diagonalement en face de Ste-Radegonde ; c'est la rue de la Psallette Ste~liadegonde, Apr('S avoir fait quelques pas, au milieu des étalages de cierges, de médailles et d'objets de piété, qui nous disputeront la largeur déjà étroite de la rue, nous apercevrons sur la ganehe un grand portail , décoré do signe de la Rédcmption. CTest la porte d'entrée de la'communauté des Damei dê VUnion chrétienne ^ congrégation vouée essentiellement à Fédneatlon. Ces religieuses, qui n'étalent point cloîtrées, occupaient, avant la révolutk>n , dans la rue des Trols-Gheminées , une maison sans aucune apparence ; elles tenaient alors , comme aujourd'hui^ un pensionnat de jeunes demoiselles et une école de charité pour les petites ûlles. C'est en 1630 que Marie Lumague , veuve du chevalier François de Pollalion, conseiller du toi. Jeta les premiers fondements de Ir communanté de la Frovidenu dont celle de VU^ niùn ChréiiênM dérive ImanédiatemenU En effet, transférée de

DB 8AINTK-RADB60fiiO£ AU POMT-JOUBEliT*

Lyon à Charonne , près Paris , la Providence fut dirigée par saint Vincent de Paul qui proposa à quelques pieuses filles de celte commuuaulé de s'associer d'une manière plus intime dans le but d'atteindre une perfection plus grande. C'est de cet acte, de celle déclaration insérée dans la préface des règles et coBStiiu lions de cet ioetitut, qu'il prit le titre d Union Chrétienne, Gouvernée par de saintes filles, cette association bénie déjà par rhomme de Dieu dont le nom est si cher à la chrétienté « protégée par U^uis XIV , par de paissants seigneurs , par de pieux prélats , fit de grands progrès et compta bientôt des maisons dans un grand nombre de villes de France. I\)ilicrs fut l'une des premières dans lesquelles Tinslitut se développa et où il atteignit jusque dans ces derniers temps , par des succès mérités , le but que se proposaient ses fondateurs*

N^allons pas plus loin; suivons à droite la rue Ste^Radegonde» Ce nom vénérable a purifié « depuis quelques années seuleme«it » celui qu'elle portait autrefois. Elle s'appelait alors rue PoiK«e- PeniL Ce nom , qui se retrouve dans un asseï grand nombre de •

villes , est trop crûment expressif pour que nous croyions devoir en donner TétymoloLMe. Avouons cependant qu'elles étaient bizarres les mœurs plus que naïves qui afTicbaient aussi publiquement de pareilles choses , et qui toléraient le repaire seriii-olBciel du vice , près du sanctuaire le plus vénérable. Maintenant, il est vrai , si de telles naïvetés ne blessent plus les regards , si notre brillante civilisation est plus réservée dans le eboii des mots » n*a't-elle pas substitué dans les dioses de trop larges compensations?

Au milieu de cette rue, à droite, s'élèvent de vastes bâtiments

neufs; ils étaient destinés à une corporation religieuse, vouée à renseignement, et qui a existé pendant quelque temps à Poitiers , il y a peu d'années» sous le nom de Dames de l'Immaculée Con^ ception»

Jetons maintenant un dernier regard sur l'église cathédrale; déplorons l'inspiration mauvaise qui l'a si dlsgraeleusement encombrée de ce o6té , en y élevant une maison corlale , fort commode assurément pour le pasteur, mais fort incommode pour le

temple, qu'elle prive d'uir el de soleil , et suivons la première rue

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