POUR HONORER LA MÉMOIRE U*UM DE SES ENFANTS LES PLUS ILLUSTRES
H. Boucenne méritait cet hommage de ses concitoyens. Après avoir brillé dans les luttes dramatiques du barreau à l'époque oô
la juslicc venait de rentrer dans ses sanctuaires profanés , apiès avoir acquis une réputation incontestée comme orateur éloquent , il se livra à rcnseiLniement rt composa un livre qui fait autorité. Sa Théorie de la procédure civile est une conception hardie qu'un esprit supérieur pouvait seul tenter de réaliser. Il a su élever à l'état de science une étude qui semblait (Condamnée aux stérilités de la pratique^ et son œuvre révèle dans la partie réputée la plus ingrate du droit Thenreuse alliance de Técole historique et de réc-ole rationnelle. (F. notre article dans le DicL des fam. du Poitou f t. r% p. 388.)
Miil-iileolMk — En quittant la place d'Armes , dirigeons^ noua par l'angle sud est dans hi rue de la lamproie ; puis , à quelques pas plus loin , en suivant la rue û'Evreus , dont l'écri-
teau a été réccinmeiil , et c/était un peu lard , orthographiqucment rectifié par rintervention municipale , nous nous trouverons bientôt à l'hôtel de la Lamproie. Nous y touchons, là, sur la main droite. Pi-nétrong dans cette cour qu'une grande porte toujours ouverte semble nous solliciter de visiter à loisir.
Au fond 9 n'apercevez-vous pas des colonnes supportant une voûte hémisphérique noircie par le temps? L'une d'eUes ne remplit plus depuis de longues années déjà son rèla préservateur; se serait-elle afTalssée sous le poids du lourd fardeau qui la pressait ? Non j les architectes du %i* siècle hâtifesaient solidement , ils l^àtissaient pour eux et pour nous, pour nous, ingrats, qui n'avons P^ su reâpecler leurs (suvres... Vous voyez bien que ce sanctuaire
IB SAlNT-NiCOi>AS.
d'un temple chrétien devenu ce que vous le voyez aujouKrinii, devait être néccssairemenl mutilé. Dans une remise, il faut pouvoir faire euli cr une voilure : or , rcntre-coionncment de Tabside deia vieille église de Saint>r<icolas n'ayant pas la voie , force a bren été de couper une colonne et de lui substituer les étais horizontaux qui la remplaoent aujourd'hui et pioduisent un si bon effet... Dans notre album. Hàtons^nous de dire que eelte mutilation n'est pas l'œuvre des propriétaires actuels de riiètel« ils ne l'eussent pas commise.
Cette ruine est tout ce qui reste de la collégiale de Saînt-Nicoîns, fondée, avant 1030, par Agnès de Bourgogne, troisième femme de Guillaume- Ifr-Grand, comte de Poitou , qui la dota et y plaça douze chanoines. Cette collégiale ne fut pas longtemps florissauie; des désordres graves forcèrent le pape Urbain II à. la supprimer par sa bulle du 16 novembre 1093, et à disposer de ses biens en faveur de l'abbaye de Montierneuf , qui avait elle-même été fondée, comme nous le verrons plus tard, par le fils d'Agnès. C'est à cette ' suppression que se rattache un fait raconté déjà dans notre his- : toire de Tablmye do Montierneuf et que vous aimerez peut-être à lire ici , à titre d'échantillon des mœurs et coutumes de ces temps déjà si loin de nous. Il est extrait d'une bulle authentique du pape Urbain II donnée à Saintes, le 18 des kal. de mai 1096* Les moines de Montierneuf héritiers , de par la décision papale , des revenus et rieheases de la collégiale de Saint-Nicolas, avalent hérité en même temps de leurs charges et obligations. Parmi ccllcs-ci Oguraient le cens de quelques vignes à payer , et des processions à faire avec MM. les chanoines de Saint-Hilaire. Des difRcnltés surgirent; elles furent graves comme le «ujet , et on en saisit le pape Urbain II lui-même lorsqu'il vint à Poitiers en 1096. 11 était entouré des prâats et seigneurs les plus considérables du temps , et ce fut cette auguste assemblée qui prononça la sentence. « Le cens serait perçu sdon la coutume ; quant aux processions, comme il semblait peu convenable que des moines les ilsssent avec des clercs, chaque partie fut dégn£»ée du lien qui semblait les unir mutuellement, mais pour mainicnir une sorte de religieuse confraternité entre les deux corporations, lorsqu'un membre deTuoc d'elles viendrait à décès, ToIBce des morts serait célébré pour le
SAINT-IIICOLÀS, — h6T£L O'ÉVaROX. 19
<k^fani dans l'une et l'aulre église , au son des cloches ; et si l'un dfîs chanoines de Sainl-Hilairc voulait abandonner l'élal séculier, il pourrait se retirer aupi^ès des muiaes de Montierneuf c«>inine au seîD de ses frères. »
Malgré la crainte respectueuse que devaient inspirer la présence da chef de l'église et le caractère de l'auguste assemblée qu'il présidait. Messieurs de SaintrHilalre insistèrent avec force et ne voulurent entendre aucune proposition d'arrangement... C'était dans rordre, ils étaient cliaiiuines et... ciianuuies poitevins... Donc* ils » n'avaieiU que faire des prières des moines de Moutierneuf , et » ils n'entendaient point prier pour eux. »
Ce fui alors que le pape , voyant dans rentêtement coupable des chanoines la preuve qu'ils avaient en vue les intérêts de la terne plutôt que ceux du ciel, leur rappela avec sévérité une allégorie qui eût dû les faire rougir de honte: « Un loup, leur dit-Il, fut » placé chez un instituteur pour apprendre ses lettres ; mais lor^ • que celui-ci disait A, celui-là répondait agneau ; cl si le maître » disait B , l'élève répondait porc. Vous faites comme ce loup; je » vous propose psaumes et oraisons , et vous réclamez des ehoscs » qui certes ne sont d'aucun proût pour le salut des àmcs... » La dédaioQ fut maintenue avec menace d'anathèmesi les plaintes se renouvelaient.
Devenue l'église d'un simple prieuré, celle de SaIntrNIcolas était enooreeonsacrée an culte avant la révolution ; on y ^sait la messe le dimanche, et à certaines fêtes de Tannée il s'y rendait des processions.
En sortant de l'hôtel de la Lamproie , à droite, nous apercevons un vaste atelier de carrosserie. Ne le dédaignons pas, il est tenu par un homme qui a prouvé tout ce que peuvent rintelll-* genee et l'activité , et qui a su , dans un Immense rayon , couvrir toutes ttoe routes de ses produits justement estlmÀ. M« Bahin fabrique la plupart de nos voitures publiques.
0» Maintenant nous sommes en farc de l'hôtel des Vreux,,, Pour- ^y^ioi cette ditference entre l'oittiographe municipale, qui est^ans 4^^io la meillcuro, puisqu'elie est officielle, et Torthographe
20 tES ARÈNES,
moins aathenttqne de I*h6te1ier. Gela exige une explication préa* lable. La voici : Au xv siècle , postérieurement à 1442 , l'abbaye
de Nouaiilé devint propriétaire do l'hôtel des Arènes et des Arènes elles-mêmes. Plus tard , dans le siècle suivant, l'un des abbés commendataires de cette abbaye, Raoul du Fou, évêque d'E- Treux , Ai bâtir sur les ruines du vieil hôtel des Arènes une maison noQTelle, dont une partie subsiste encore, et qui fut appelée tout naturellement du nom de son propriétaire » hiftêl dEvretêx. Mais peu à peu la corruption' du langage populaire changea ce nom en celui de Thétel des Vreux , qui devint un substantif» bienlùt fivnonvmc d'ani iquités romaines , ainsi que Tattcslc l'inscription en grands caractères qui recommiinde aux préférences des voyageurs à pied et à cheval l'antique demeure du noble préhit*
Après aipolr réfléchi aux nuits sans sommeil que nous évitons à nos confrères , les étymologistes , en leur étant l'idée de chercher sous ces mots ce qui ne s'y trouve pas et ^ qu'ils pourraient peut-être Men y découvrir quand même , pénétres dans la cour
de l'hôtel d'h^vieiui au fond, à main droite, vous apercevez les restes d'une grande voûte plongeante avec une pente de 25 c( ritimètres par mètre. Les vastes dimensions accusent la dcîjtination primitive. C'était une des cotrées principales de Tarène. Çà et là régnent encore la corniche aux profils simples sur laquelle reposait la retombée de la voâte , et rappàrell de minnfo loptde , dont le placage solide a ntelsté aux siècles « an feu , et à Tlntempérle des saisons» Après avoir examiné le caractère grandiose de cette coa* struction et la nature de l'appareil qui la compose , suivez à gauche la courbe décrite par ce monument et visitez, les voûtes de moindre dimension qui pe coupent, se brisent, s'enchevêtrent les unes dans les autres et servent aujourd'hui de magasin à fourrages. Après cette visite » revenes sur vos pas et ouvrez une porte à droite de la petite tourelle, qui donne entrée dans la salle qu'occupe une loge maçonnique. Après avoir traversé l'épaisseur même d'une partie du monument, sons une petite voûte, vous pénétrerez dans l'intérieur de l'amphithéâtre. /
Un escalier, grossièrement pratiqué par l'usagiî dans le ma.sj-jif même des constructions, s'offre à vos yeux, à droite f mon&es
LES ÀEÈMSB.
sans erainte , Il est solide encore , et les reins de la grande voûte qui dominait à rnistant vos regards, ne s'écrouleront point sous vos pieds. Du haut de cet observatoire , nial^rc les mesquines demeures (lui , semblables à des plantes parasites , se sont soudées aux flancs décrépits du colosse , vouB distinguez aisémeDt le caraelère impoiaQl et maJesUieiii de ce vaste édifice. La forme elllp* tique de Tartne et des diTers étages est retracée à Tceil par des ruines éparses qui sent placées eomne autaDt de Jalons sur le vaste emplacement qu'occupaient autrefois dans leurs jeux gigantesques le peuple-roi vainqueur et le peuple gaulois vaincu.
Cet amphithéâtre, que nous croyons, malgré l'opinion vulgaire qui l'attribue à Galiien, l'œuvre des empereurs Adrien et Antonin, (de 117 à 161 ), était remarquable par son étendue. Des fouilles partielles » faites sous nos yeux avant le beau travail publié en JS4S par MH. Bourgnon de Layre et Lamôtte » nous avaient autorisé dès 1837 à réduire à des proportions moins vastes le diamètre de l'arène proprement dite , mais cette conjecture , née de nos observations et consignée alors dans un rajiport resté inédit, puis justifiée plui^ tard par les immenses recherches de nus deux confrères, loin d'enlever au monument un degré d'importance en rétrécissant l'espace consacré au spectacle, augmente au contraire rmtéiét qu'il nous olTre. Elle donne en effet une plus juste Idée du grand nombre de specijateurs qu'un étage de plus conviait aux Jeux sanglants des gladiateurs.
11 est désormais prouvé que le nombre des gradins sur lesquels les spectateurs s'asseyaient était de 60 ; et , d'après les calculs qu'autorisent les amphithéâtres cx)nnus où se trouvent encore indiquées les plàces de chaque spectateur, celui de Poitiers, à 40 centimètres par spectateur , devait contenir plus de 40^000 personnes assises et 12,000 debout. Outre la porte d'entrée septentrionale à laquelle correspondait, dans le prolongement du grand axe de l'arène, l'entrée méridionale; outre les deux entrées mirinslmpor* tantes existant aux extrémités orientale et occidentale du petit axe, 124 vomitoires assez larges pour donner passades à trois personnes de front permettaient à ces 62,000 spectateurs , marchant avec la vitesse du pas militaire , de se placer ou 4e se retirer en moins de deux minutes. C'est ce qui explique eonmient, malgréles