CHAPITRE M 8AIIIT-nniRE»PQIIXIBK
et que cette sainte femme avait donné son nom au cimetière voisia de réglise de St-Grégoire , dans lequel on prétendait qu'elle était enterrée. Nous avons déjà parié du Seuf (sureau] appelé le Seuf" de-SainU'Loubeite que Ton montraii près du puits de la Celle.
Qaoiqu'a en soit, le diapitre de SalnUPiene-Paèllier , qae le peuple appelait par corruption de langage, Saint-Pierre^Pilier, possédait des propriétés asses considérables à Poitiers et sur plusieurs points du diocèse. Ses vignes étaient étendues et productives. Aussi , malgré les pertes qu'il avait éprouvées et les désastres qui , au XVI* siècle, l'avaient frappé comme toutes les fondations religieuses , ses revenus s'élevaient-ils encore, au moment de larévolution, à 7,1 12 iiT.5s« 6 d*ff sans y comprendre le vin dont il fut récolté en 1791, 156 barriques* Si Ton se rapporte à une époqueplus reculée, on s'imaginera facilement que rimporlancêet la valeur de ces dernières redevances étaient bien plus considérables ; aussi, l'immense tonneau destiné à les contenir avait-il une ret>utali(i[i qui rejaillissait nécessairement sur ses propriétaires. On les nppclait vulgairement les chanoines de Venionnoir^dQ Vouilletic, ou moins cérémonieusement les ivrognes. Nous avons entendu attribuer les deux premières qualifications à la forme du clocher de l'église collégiale, laquelle était snrmcmtée d'une toiture en diarpente et ardoise qui affectait exactement la forme d'une ouilletle ou entonnoir renversé. La causticité populaire ne nous parait point s'être donné la peine d'aller dénicher si haut le sobriquet malin dont elle frappait à tort ou à raison les chanoines. La dernière épithètc justi lierait du reste notre opinion à cet égard. Nous verrons phis tard que chaque chapitre de Poitiers était libéralement doté par le .menn populaire d'une qualification très significative.
Quant au fameux tonneau, il était déposé dans la'gr<inge dixmière du cliapiire. On en montre encore les bâtiments décorés des deux clefs , armes de MM. de Saint-Pierre-Paellier , au village de la Grange , auquel elle avait sans doute donné son nom , et qui est situé entre le faubourg de la Cueille et la Peloquinerie.
L'église de la collégiale , qui était construite en face de la rue de la Trinité « n'offrait du reste de remarquable qu'un cul-de>lampe qui ress^blait à une immense stalactite sculptée s'abaissant de la def de la Toùte. CSet appendice avait parud'unefaardiesse si
38 LS8 PILLES DE NOTRE-DAME (lA TRINITÉ].
téméraire qii'<m avait cm prudent de le faire soutenir fMur un arceau supplémentaire. C'était une précaution inutile , car la coupe des pierres et ragencement des nervures qui le tenaient suspendu au sonniiet de la voiite en avaient fait une œuvre d'une fiolidité inaliéraliie conâtatée lors de sa démolition.
Ee« MllM-Ae^léCffe-Mme autrefola l* vrlaMé.^Aacoln
.de la me de la Trinité, s'élève une oonstmction toute moderne , .dans laquelle il ne faut point ebereher antre cfaose que remploi •d'un vaste terrain sur lequel on a élevé de grands corps de bâtiments iicrcés de graiitles fenêtres. La chapelle elle-même, malgré les dépenses qui y ont été faites et le luxe f4ui y règne , offre trop de prise à la critique. Il est bon néanmoins de la visiter si elle est ouverte ; il y a toujours quelque chose à y gagner pour un homme de goût.
Aans ce vaste enclos , dont une partie devenue propriété particulière sert aujourd'hui d'habitation et de terrain de culture à un grand nombre de]ardinlersfleuristes, s'étendaient autrefois les possessions de l'abbaye delà Trinité qui fut fonilée, disent les auteurs, en dedans de l'enceinte visigothe, par Adèle, fille d'Edouard dit VAîKien ou le Vieux , roi d'Angleterre , et troisième femme d'Ebles Manzer, comte del^oitou, laquelle y embrassa l'état monastique et y fut enterrée. Nous avons vu qu'elle y adjoignit la coUégiale de ^aint- Pierr0'Puellier qui ne fut pas toujours d'aeoord avec sa suserainé, car des contestations sans nombre surgirent entre les religieuses et les chanoines. Cette fondation confirmée par le roi Lothaire en 963 , reçut des développements successifs , subit les chances communes a tous les établissements de ce genre, et existait encore néanmoins à l'époque de la révolution. Les bâtiments abandonnés alors par les pieuses HUes qui les occupaient , reçurent une destination en harmonie avec le goût de l'époque. En ce temps de large liberté , les prisons ne sufllsant pas à contenir tous ceux que Ton tenait à y enfermer» l'abbaye de la Triirîté devint une prison... de suspects. Vendue et livrée bientôt après , elle fit place à une vaste maison particulière qui a été démolle à son tour et noyée dans les immenses constructions actuelles. Plusieurs édiflces religieux héritèrent de ses dépouilles nous avons vu la feroieture
Là wÉmn^OÊCxm^^ m» vtLiis m. a t. wuMjcam. il
de la porte de son église décorer celle des Carmélites; nom Ter- Tons bientôt son ricbe autel à TégUse cathédrale , etmn groupe foTt .carieax du Sauveur au t<mheaut à TégUse de Notre-Demela-Grende.
Laeommanaotédetfflles de Noire-Dame , qui était avant la ré-
Yolution établie dans les bâtiments actuellement occupés par la gendarmerie départementale , à l'autre extrémité de la ville (rue des Carmélites) , se réunit après le concordat , dans rancionne maison du prieuré de Saintc-Hadegonde , près de l'église de ce nom, d'où elle est allée habiter, depuis quelques années seulement, le mte bâtiment qu'elle oeeupé. Avant la révolution , elle ee ilvMlt avec succès, comme aujourd'hui , à l'éducation des Jeunes demoieelies, et éllo tient encore comme alors une école gratuite pour les petites ÛUes.
liaRésurreetton. — Près de l'abbaye de la Trinité , s'élevait autrefois une petite et insignifiante église , du nom de la Hésur^ rectian, qui avait été primitivement bâtie aui frais de Frotier, ' lâianolne de la cathédrale , et consacrée le 12 novembrcQa? , par Albolo , éyéque de Mtiers* Le monastère tut dès Forlgine donné à Fabbaye deSaInt-Cyprien, dont il était un prieuré. C'était avant la révolution l'une des 24 paroisses de la ville ; elle comptait 400 communiants; mais elle était alors à la nomination des religieuses de la Trinité. Le chevet de son église était bâti sûr les murs de renceinte de la ville*
' àem tfllle*-4ie-lt«SM-»a«ie h MmS-Mmi^nelen* — »
En quittant les FilUf-de-Notre^Dame , suivons , pendant quelques instants , sauf à revenir sur nos pas , la rue à gauche , en remontant brusquement au Nord; elle se nomme rue Raison partout. Que signifie ce nom bizarre? Nous ne saunons le dire; mais si vous jetez les yeux sur cette vaste maison, à gauche (n^^ i)^ qui était autrefois l'hôtel de la famille Dansais de la Viilatte, vous lires sur les créneaux inoflensifs, qui prot^ent sa pacifique entïée, ces mots: Tout par roifon i58i ration par foui* On prétend qu'à Provins, en Champagne, plusieurs maisons portent ccftte inscription , dont nous ne saurions expliquer le sens.
40 StAIMT-SiMPLIClEM..
Puisque TOUS voyagez , ami lecteur, 8i Jamais tous alllei à Pro*
vins, n'oiU)liez pas notre embarras d'aujourd'hui, ada de soumettre aux sphinx champenois Ténigme poitevine.
Revenons sur nos pas et suivons la rue qui se bifurque avec celle-ci» le long de la chapelle des tilles-de-Notre-Dame. Après quelques minutes de Biarche, nous arrivons à une autre rue qui coupe à angle aigu la rue Roehe'd^ Argent » et qui se dirige yen le Sud s c^est la me de Saint^Simpliden, qui aboutit an plan de ce nom.
Salnt-Slmpllelen.— Ce plan, établi sur remplacement d'un ancien cimetière appela, dt s 1327, le cimetière des Haumosniers^ avait autrefois près de lui une église qui a été démolie et sur remplacement de laquelle se trouve aujourd'hui une école de filles tenue par les sœurs grises de l'hôpital des Ineuràblee. Cét&it une des 24 paroisses de la ville ; elle ne comptait que 350 communiants, mais elle était Tobjet d'un singulier pèlerinage. Saint- Simplicien avait été, selon la tradition, décapite prôs de là, dans un pré voisin du pont Cyprien, et l'on montrait k gauche de ce pont, en sortant de Poitiers , un trou qui y avait été creusé par lo poids de la tête du saint. Or , au jour de la féte de $aint Spicien (comme disait et comme dit encore le peuple;» un grand nombre de pèlerins venaient de plusieurs lieues à la ronde meltre la tiêê au lroii»et.toucher du front Texcavation miraculeuse qui dflnraiilea guérir de la migraine et d'autres maladies analogues. Cette oMmoole était devenue si ridiculement indécente que l'évéque de Poitiers la prohiba formellement. On voit cependant encore des récalcitrants , mais le nombre devient de plus en plus rare.
Du plan Salnt-Simplicien, une rue se dirigeait autrefois en droite ligne vers la rue d'Argeat à laquelle elle se réunissait au point qui forme le retour d'éqnerre. Cette rue se nommait de Saini^Félage , du nom d'une église asseï ancienne, possédée dès 1119 par l'abbaye de la Trinité, ainsi qu'il résulte d'une bulle du 28 août donnée par Calixte 11. La paroisse de Salnt-Pélage ayant été réunie en 1C36 -\ celle de la Résurrection, les religieuses de la Trinité obtinrent en 1G38 , que la rue Saint-Pelage , fort mal habitée alors , fût réunie.Àieur enclos, Mous l'indiquons sur notre plan» La rue d'^r-
PONT SAINT-CYPUEN. ^ SAINT-SIlIPUCItlI. 41
gentk laquelle elle aboutissait , devait peut-être son nom à la situation des ateliers monétaires. En tout cas , aujourd'hui ce nom est line çariLîlantc ironie.
Si TOUS ne craignez pas les marches et contremarches , puisque nous avons parlé du pool deSaiot-Cyprien qui se trouve à quelques ^8 de nous , descendons par la rue Salnt-Simplicien Jusqu'au bou-* levard de Saioi Gyprien , tournons à droite et bientôt nous aperce- YTons Tobjet de nos recherehes. Le portail avait été abattu pendant le siège de 1569 ; il fut refait en 1573 parles soins du maire de Poitiers» de Lauzon , et coûta 7,000 livres. Ces petits trous ronds symétriquement agences , qui décorent les pierres de taille de cette porte, vous paraîtront sans doute trop régulièrement espacés pour être Tceuvre des baUes lancées par les soldats de Goligny ; c'est pourtant ce que vous aurez peine à faire croire à quelques ingénus de notre alède de lumières. Cette porte, après avoir été condamnée par le corps municipal dès 1788 , et sauvée par une opposition du comte d'Artois , prince apanagtste du Poitou , a été démdie sous la restauration pour donner un passage plus facile aux charrettes chargées. Le pont , œuvre monumentale fort maussade , était autrefois, comme tous ceux de la ville, décoré d'une statue de la sainte Vierge, en mémoire de la protection éclatante qu'elle avait accordée à la cité dans des jours de danger. Nous verrons le récit de ce fait miraculeux dans le cours de notre promenade.
Revenons maintenant an plan de Salnt^lmpllden.
Sur ce plan, dans nne maison située à gauche en remontant» nous ▼errons, st tous le déstres , un des échantillons les plus anciens de c-ette enceinte romaine-visigollie , dont le caractère, si étrangement bizarre, justifiera à \os yeux ce que nous en avons dit dans notre introduction. Après avoir examiné avec soin ces témoignages des luttes passées» nous reprendrons en montant notre rue Sainî'SxmpUeien 9 et, sur notre droite, au nous apercewons un éléphant» grossièrement harhoulUé sur le mur. Cette figure moderne» superposée sur une peinture heaucoup plus anclenne.qul représentait le même sujet, était renseigne de Tauberge de VEléphani^ dans laquelle, d'après une tradition religieusement transmise de père en fils, Henri de Navarre vint passer une nuit» tandis que la Ligue armait encore contre lui