TEMPLE SAINT-JEAN
doive aiccepter comme un point âe foi inoontestablé» il en est rejailli du moins sur le monument lui-même une sorte d'auréole qu'il perdra peutr-étre à vos yeux au premier aspect , mais qu'un
examen plus réfléchi lui restituera bientôt. Et pourtant, malgré cette importance icelle, malgré les titres qu'il pouvait faire valoir en faveur de sa conservation, ce monument précieux eut un jour besoin d'emprunter la voix éloquente du roi du barreau poitevin (M. Boncenne) et des hommes d'intelligence rangés sous sa bannière, pour obtenir grâce devant les rigueurs de la ligne droite et les exigences delà petite voirie. N'allés pas croire pourtant, et votre plan à la main vous en oonviendres avec nous, qu'il fallût absolument , coiiime aucuns le prétendent à mal , comprendre le vieux temple entré deux, parallèles bâties , qui auraient réuni la rue Bourbon -Orléans au Pont-Neuf; non... Des convenances plus ou mo'ms convenables avaient rendu nécessaire une rue tortue quand même, sans doute aftn de ne pas renoncer à la louable coutume en vigueur de temps immémorial dans notre bonne ville , ainsi que vous pouvex eu' Juger vou8->méme, ami lecteur, d'après les échantillons qui sont passéasous vos... pas. fél est l'exposé vrai du fait qui sert , bien à tort, vous le voyez, de texte aux dédamatlons rectilignes des anti-antiquaires.
Mieux apprécié par TEtat, qui compte le laisser mourir de sa bonne mort, à moinsque par malice artistique il ne le fasse revivre pour la damnation éternelle des rccto-linéo-philes et des... rouliers , ce monument est devenu en 1S36 le Musée des Antiquaires de rOuest , et nous pourrons y voir , en le visitant lui-même , des restes fbrts curieux; mais pour y pénétrer nous devonsnous adresser au concierge ; là sur la droite , dans cette petite échoppe.
Tout ben concierge fait de droit partie de Phonorable confrérie chargce de chausser de bols ou de cuir le genre humain : le nôtre appartient à la seconde catégorie; mais comme , au lucpri» des lois contre le eu ni ni, il allie à son titre de concierge celui d'aldesacristain , voire de maître des cérémonies dans les pompes funèbres, il lui arrive bien quelquefois d'élre absent : dans ce cas, nous ferons le tour du Musée comme si nous voulions examiner la partie opposé à sa façade ; nous suivrons cette rue tortueuse (la rue des Foun), nous déboucherons sur la place derrière
TBM»LB S4IKT-IBA1I.
la cathédrale, puis, suivant le long du chevet de l'église , tournant à droite dans la première rue qui se nomme de la P$aHette 5te- Madegonde , nous frappeion» à droite au n* 16. Ah! noua allions oublier, point essentiel pourtant, de voas donner le nom de votre eieeroneU.* Pour un conelergede Musée d'antiquités le plus vieux dé France assurément , il fallait un nom qui ne jurât pas trop avec la chose, et qui fùL pour ainsi dire lui-même couvert de la patine antique; nos confrères, gens d'esprit s'il en fût jamais, l'ont trouve sans efforts.,, leur concierfre répond au nom de TÀmour... l'amour, vous le savez, cher lecteur, c'est aussi vieu» que le monde. Munis de notre ekwùne mvani auquel nous ferons Uea d'adjoindre un livret qui eoûtera quei^ues centimes , que voua ne regretterei pas probablement , tu que vous trouvères dans ce livret notre prose moyen^âge , entrons dans le Musée.
Nous avons d'abord examiné avec soin son aspect extérieur, et fait la part aux divers siècles. Aux plus ancien*?, appartient ie bâtiment rectangulaire , ce que Dufour appelle le quadrifrons -, aux derniers, la façade si pauvre du côté de la porte, avec sa campanille rustique. Nous avdns remarqué ee système de maçonnerie bicarré oompoiéede oouehesde larges pierres plates^etde briques, dont remploi , dans les déeorations des frontons, oonstitue une • sorte de eonstmction polychrdme; nous avons vu que les pilastres noyés dans la maçonnerie ne brillent pas précisément par leur aplomb et leur à-propos ; nous avons vu par quel artifice les fenêtres en plein cintre étaient devenues plus tard des oculus; mainteaast la porte est ouverte, entrons. L'aspect de cet intérieur, oùsont exposés les restes précieux qui forent autrefois d'immenses monuments, ou des œuvres d'art pins ou moins remarquables , est vraiment pittoresque. Notre album tous en rappellera plus tard les principaux traits. Vous reverres par la pensée, le chapiteau roman qui se dresse sur la console à droite , le bas-relief de Ste-Trittise que représente notre gravure (rofr ci-contre)^ la blanche statue de la bonne dame Jeanne de ViYône, et le marbre qui conserve la mémoire de Claudia VareniUa. Maintenant, aux détails du livret, i^outons ceux qu'il n'a pu nous fournir, parce que chaque jour a enrichi la collection. D'abord et en entrant , jetons nn coup d'œil sur cette Jolie cheminée du xvi* siècle (1557); elle pro*
TEMPLE SAIMT'JEAN. . 45
Vient du château de Chistray , près Châtellerault , et a été donnée en 1844 par M. le comte du Crozet. (En 1844 il y avait encore en France des comtes, notez le fait.) Cette composition n'est pas certes Tœuvre de Jean Goujon, elle ne vaut pas ce que vous verrez bientôt, mais elle a un mérite de naïveté et une richesse de ciseau que bien des artistes éœinents pourraient envier. Plus
loin , dans la 2* division du monument , nous trouvons une stèle représentant un personnage tenant à la main un instrument
46 TBIPLI »AIIITWIAII.
que quelques antiquaires ont regardé comme un spécimen de Vascia. L'ascia était selon eux un instrument sous la protection duquel les vivaDts plaçaient les tomk>e8 des morts qu'ils Toulaient honorer par dessoins de conservation parUe4]lier8; iub oieid dedi* care* D'autres ont pensé que la forme de cet instrument, qui se rapprochait de celui de la croix, permet^dt aux premiers dûrétiens d'éluder les difficultés graves qu'ils eussent éprouvéesà placer leurs cendres sousia protection d'tm -signe Illégal et proscrit. Cette stèle, dont nous donnons un croquis, provient du cimetière de Civaux, le même dont notre album reproduit l'aspect si saisissant au mi- ^Btt des ténèbres douteuses qu'illumine l'astre de la nuit.
MuM loin , Toid le dppe funéraire de raruspice Sabinna, qi|'
TEMPLE 8AIMT-JBAN. 47
était probablement, au 1I« siècle de notre ère, le chef d'un collège de prêtre?* à Poitiers. Ce cippe a étç Uouvé en 1841 , à 3 mètres de profondeur, dans la maison des Filles de la Croix, enfoncé dans un blocage du mur de rcnceintc visîsrotîip; c'est précisément À racle de vandalisme dont il fut victime au temps des irruptions bartarea» qu'il doit son état de conseryation parfaite. En raison de aa haute Importance pour notre fité, nous en reproduisons le croqols.
Dans Tabside du temple, del)out à gauche, se dresse le torse de la statue en marbre blane de Louis XIII. C'était celle que le cardinal-ministre avait fait placer au dessus de la porte d'entrée de
son ruval château de Richelieu. A celui qui lui prétait son nom pour le faire régner défait but la France, le crand minisire accordait Thon ne ur de faire trôner sa statue de marbre dans son propre palais ducal. C'était un échange de politesse auquel , si Louis XIII perdait quelque chose» la France a beaucoup gagné ce
4$ TEMPLB SÀi:<T-iEAN»
nous semble, La société des antiquaires de TOuest a acheté au poids du marbre cette œuvre d'un maître. Elle l'a arrachée du milieu des ruines que la cupidité a faites dans les lieux qui virent
naitre et briller Armand du Plessis, cardinal de Richelieu. Peu après celte acquisition , à laquelle noi s sommes lier d'avoir attaché notre nom, un artiste de Tours nous céda la tète , qui ajoute un prix réel à ce monument historique. Elle avait été séparée du tronc au moment où l'on guillotiDait autre chose que des statues.
Maintenant, ami lecteur, Indines-Tous devant cette pierre grossière et informe qui ne dit rien à vos yeux , mais qui va parler à votre intelligence , à votre cœur.... à moins que vous ne soyes pas Français , ou que vous n'apparteniez à cette secte qui prétend que la France ne date que de soixante ans.
Ce granité, d*un noir verdàtre et micacé, faisait partie du montoir qui existait autrefois, suivant l'usage , devant V hôtel de la Rose$ et ce fut de c« bloc mémo» que la célèbre pucelle d'Or* léans, Jeanne d'Arc, s'élança sur son palefroi (1428) pour commencer cette série de hauts fàits qui devaient sauver la nationa* lité française , en conduisant à Reims et à Paris le petit roi de Bourges. Que de choses dans les souvenirs rappelés par cette pierre brute et grossière l Nous verrons plus tard le lieu où s'élevait Vhôtcl de la Rose,
Jetons un coup d'œil sur tous les restes qui couvrent les consoles en pierre élevées autour du monument; reconstruisons par la pensée , avec les briques et les tuyaux en terre , les hypocauates dont Ils firent partie;
TEMPLE SAUIT-JEÀIU
plaçons sur les toits qui ont abrité nos pères ou leurs vainqueurs , ces tuiles plates et convexes (tegulœ et imbricesj, dont l'agencement habile les protégeait contre les dangers d'un climat pluvieux i
mt ees fragments divers , reoônposûro les meules de eamp qae les Romains emportaient avee eox danslears marcbes guerrières, «
Maintenant, accordons un examen détaillé aux inscriptions »
aux colonnes milliaires , aux marbres , aux mosaïques trouvés dans nos fouilles , aux représentants vénérables de l'époque romaine , du moyen tige , de la renaissance; parmi ces derniers , donnons une attention spéciale aux débris du magnifique chà-* teau de Bonnivct. C'est à peu près tout ce qui reste de cette demeure princière, bâtie par le favori de François 1*% et qui faisait dire à son orgueilleux rival , le connétable de Bourbon « que la eage était trop JteUe pour Voiseau L'oiseau est allé mourir dans les champs de Pavie, au milieu du désastre que, malgré sa devise, festina lente, il avait provoqué par sa bouillante et trop hâtive Imprudence ; la cage , brillante de tout le luxe du ciseau italien...., voici à quoi elle est réduite aujourd'hui. Tristes pensées, que dominera sans doute le souvenir du noble et consolant billet du roi'VhevaUer s « Tout est perdu, fore r honneur. »
&n TEVPLB SAlMT-iEAlf.
Il est temps de s'occuper enfin du musée lui-même; îl est plus digne d'inlérct encore «nio les débris qu'il renferme. Des antiquaires font remonter l'épociue de sa construction au règne de Gnllien . vers la Qndu in'siècle, et ils pensent qu'il fute4>nsacré à la mémoire de Claudia Varenilla^ épouse du gouverneur delà province aquitaniqae , dont il serait le tombeau. Ce serait là le Monument pu-hlie qui fut décerné par la ville de Poitiers , élevé par Gensor Pavius et à ses firaîs à sen épouse , et où fut érigée sa statue, ainsi que le constate rinscriplion gravée sur le marbre funéraire. D'antres auteurs estiment , malgré cette inscription , que le Temple Sl-Jean ne «nurnil être attribué k une pareille destination , et i qu'il fut dès l'origine un temple clirétien. Ces diverses thèses ont été soutenues parles plus savants adeptes de Tarchéologle; nous n'avons donc point la prétention de nous ériger en Juge suprême entre nos maîtres , mais il nous sera permis » sans doute , d'avoir notre opinion et de la résumer en peu de mots.
Il faut écarter d'abord dans l'appréciation de Tarchitecture du Temple St-Jean , la nef ajoutée après coup du au xi' siècle peutélfe , et la petite abside actuelle , laquelle a été incontestablement ornée intérieurement et extérieurement , h la même époque , avec les colonnes, les corniches elles décorations de la partie occidentale, alors que cette partie a été démolie pour être remplacée par la nef et par les trois arcades actuelles.
Les pcintum et fresques, même celles du haut , auxquelles on avait voulu attribuer un caractère particulier beaucoup pins ancien et LcauLOup moins chrétien qu'à celles qui décorent la partie inférieure , sont également , à notre avis, postérieures à la construction de la nef , et sont aussi en harmonie avec le symbolisme connu et employé dans les édillces religieux d'une époque reculée, mais qui ne nous parait pas de beaucoup antérieure au XI* siècle Quant à Tappareil même de la construction primitive de l'édifice, 11 nous semble appartenir à la période gallo-romaine , où l'on bâtissait encore des monuments importants romana more.
Nous avons lu dans le recueil manuscrit de D. Fonteneau (nous ne citons point la pnîie , mais le fait est exact) , une note qui autoriserait à croire que le Temple de St-*Jean fut construit avec les
TEMPLE SàlNT^-lBAll.
débris méaie& de ramphiilléâtre romain. Or^ nous Tavons dit à propos de ce monament , ce fut vers le ¥i« siècle que dut être consommé cet acte de destruction, impossible tant que le peupl&roi , ses Jeux et même le souTonlr de sa grandeur pesèrent lur les yaincus , mais qui devint facile au moment où la décadence de Fempire romain réveillait , avec des idées d'indépendance nationale, le mépris qu'une religion nouvelle vouait aux temples des faux dieux et aux arènes, où avait été versé depuis si longtemps le sang de ses martyrs. Le coup d'œil le moins exercé aperçoit, en entrant dans le temple , qu'il est composé de pièces de rapport, de chapiteaux qui ne sont pas en harmonie avec les fûts des colonnes qul^ les supportent et qui ont dû nécessairement être enlevés à un monument d'un style et d'un goût plus purs , pour orner les murail* les nues d'un monument usurpateur. Celte observation , justiûant au besoin la note du savânt Bénédictin , sape l ar sa base le système qui consacre à Varenilla un tombeau que nos pères n*ont point élevé pour elle. Et, en eCTet, ce tombeau construit à une époque oû le goût et l'observation des règles de Tart étaient en^ oore en vigueur n'eût pas manqué de présenter dans son ensemble et dans ses détails un caractère en harmonie parfaite avec les exigences de l'art romain. .
D'ailleurs , les signes du christianisme y brillent dans toute leur splendeur non seulement sur le fronton méridional , décoré de la croix du Christ , mais encore sur les chapiteaux près de l'abside qui sont ornés du poisson symbolique («x^vV monogramme de
Nous inclinons donc vers l'opinion des écrivains qui voient dans
le temple de St-Jean un monument construit près de l'église cathédrale (qui a toujours été placée où elle est aujourd'hui ) , consacré dès son oiicine au culte chrétien, à la cérémonie du baptême par immersion, et plus tard par infusion, un baptistère enfin.
La piscine octogone , la tradition, le nom du saint sous le vocable duquel elle se trouve placée , Tabsence de preuves positives . pourjustiûer qu'à une époque.reculée, l'inscription funéraire de Claudia Varenilla, que nous y avons fait transporter en 1836 de la cathédrale on elle se trouvait, y eût été déposée , tout sembla concourir à demuutrer la Juâiesâu de celle aUiibulion. Les fresques
Ô2 SAINT-HILAlRE-ENTRE-LES-ÉGUSis.
^eFon trouve superposées àpluneun couches aotorlBcnt à peDser «pie rédiflce dût en être décoré à une époque bien ancienne. Celles
qui existent ont un caractère vraiment intéressant pour l'ctude de Tari. I.rs moins modenieb ^ont celles qui tapissent le carré long où 80 trouve la piscine, elles sont pniit-être du x« au xi<= siècle; celles de l'abside nous paraissent oH'rir les caraclèrcs propres au xui* siècle, mais elles recouvrent des compositions de la même époque que les précédentes*
Avant la révolution, Téglise de St^ean portait le titre de paroisse; mais Toffice divin ne s'y célébrait que le 24 juin , jour de Ja fête de Saint-Jean-Baptiste. Le nombre prétendu des communiants était de 25. Elle devint plus tard une fonderie, sa piscine semblait faite pour cela , puis un fourneau pour les soupes économiques, cette piscine s*y prêtait encore mieux; eniin elle devint une décharge de la cathédrale, jusqu'au jour où un homme intelligent, M. le préfet Alexis de Jussieu, Tenleva à ces indignes usages et la sauva (1S34), an prix de 7,032 fr., y compris les frais d'appropriation et de premier établissement du Musée (1886].
9alni-Hllalre-eiitrc-ies-i:gllse0. — En sortant du temple
Saint-Jean , à Textrémité de l'impasse à droite qui conduit à la cathédrale , nous apercevrons, sur notre main droite , une petite porte moderne surmontée d'un fragment de sculpture ancienne. C'était la porte d'un bâtiment religieux décoré du titre de paroisse, réunissant , disait-on, 60 communiants, mais qui n'était qu^un très modeste oratoire et ressemblait plutAt à une salle qa*à une église. Cette paroisse s'appelait Saint^HUaire^re-Uf- Eglises, en raison de sa position entre Is cathédrale et le temple Saint-Jean. Celte église bâtie, puis cédée au chapitre de la cathédrale au X* siècle par un clianoine de Poitiers, avait été confisquée à Tepoque de la révolution. Elle a été vendue en 1823 à la fabrique de la cathédrale, par le propriétaire, moyennant une modique Indemnité.
Ml temple fiet«»Jeen h SetaiS-Flenre. Retournons sur nos pas; Il convient d'aborder la cathédrale d'un autre côté que celui qui nous présente cette porte latérale d'une architecture plus
DU TBHP1.B SAIHMBAM A SAINT-PISEliB.. &S
que modeste; tournons à droile , suivons la rue neuve, que d'irrespectueux gamins ont déjà nommée , à défaut de baptême légal , la rue Mal persée (rorthi^raphe ne fait rien aa moi, U restera quand même), Toarnons à droite ; nous Bommes dans la me du Coq, Poorqool estrelle ainsi nommée? Estrce en raison du coq qoa TOUS pouvez voir encore étendre ses ailes de pierre à Tangle d'une maison de la renaissance qui forme elle-même l'angle de la rue du Coq et de la rue Saint-Pierre , et sur laquelle cet emblème est sculpté en petit relief? Ce coq était-il une enseigne achalandée , ou bien le coq avait-il été sculpté à cause du nom de la me P Question oiseuse , n'estrii pas vrai , cher lecteur ? ne vous semble*t*jl pas naturel « à tous qui n'êtes peut-être pas antiquaire à trente-six karats , qu'à côté de ta rue SainUPierre se place la rae du Coq, de même que Femblème religieux de cet animal domestique accompagne toujours le prince des apôtres?... Si notre idée vous paraît plus qu'ingénieuse, nous vous permettons d'en rire. Aussi bien, depuis quelque temps, nous somme* furieusement sérieux , et Dieu sait quand vous pourrez vous dérider avec nous ; profites donc du moment» ce sera toqjonrs cela de pris,
. €kmmUre «e BlMe. — VIs-à-tis du lien où iTâMt le coq dcmt nous tous parlions à Tinstant, à l'angle opposé , à gauche , s'élève une maison portant le n* 1 de la rue Saint-Paul, Cette maison était autrefois décorée d'une façade en bois , à étages surplombant les uns sur les autres , et vous lirez dans beaucoup d'auteurs que là est encore conservée la chambre de la fameuse Diane de Poitiers, à qui elle appartenait Cette chambre existe en effet; les poutrelles de son plancher sont peintes ; des entrelacs, des rosaces, des trophées composés d'un sceptre surmonté d'une fleur de lys et posé sur un arc et une flèche en iautoir , des chiffresen majuscules romaines, des initiales formant une sorte de devise , un certain luxe de dorure et de peinture sur les cheminées et sur les volets , tout cela avait fixé l'attention de nos ancêtres, et piusieursy avaient vu le cbilTre amoureux du roi Henri 11.
&I CHAMBRE DE DIANE. ^ ÉGLISE SAlMT-SAVUf.
Ce chiffre, joint à ce que le nom de Diane de Poitiers rendait présti« mable de la part de celte femme célèbre , dans la ville dont elle semblait, bien a turl cependant, la suzeraine, tout cela avait porté à croire que cette maison avait effectivement appartenu à la maîtresse du ÛIs de François \", Mais un examen plus réfléchi fait avec une sagacité prof onde par rundenosplusérodits confrères [M. de la Liborllère), noas semble aTolr démontré d'ane manière évidente que le chiflTre ayant été mal \n, les données artistiques et locales ayant été Insafllsamment appréciées, tout doit porter à penser que la maison et la chambre attribuées à Diane de Poitier6ontdù cire habitées par Diane de France, fille légitimée de Henri 11 et de Philippe Duc, demoiselle plémontaisn. Diane devint plus tard duchesse de Chàtellerault et d'Angouléme» gouvernante du Limousin, et elle s'illustra par son caractère et par les services qu'elle rendit à la France* Nous en avons déjà parlé à propos de Tauberge de VM^ phant , qui s'est trouvée sur notre passage. Il est donc inutile de s'y arrêter plus longtemps , de même que si vous craignes d'être indiscret en frappant à la porte des hôtes actuels de l'ancien logis-prîncier« il faut nous hâter de poursuivre notre course*
de Salnt-Savln. — En face de la maison de t>ian$^ débouche la rue de St-Savin ; elle doit ce nom à TégUse parolasiale placée sous le vocable de ce saint, et qui est située à 150 pas environ sur la main gauche. Cette église, qui n'oSirait rien de remarquable, est aolourd'hui un magasin. La paroisse comptait
50U communiants.
A rani^'lc do cette rue de St-Savin et de la rue de St-Pierre , ne voy( 7-voLis pas quelques statues gi ossif i es , encore debout dans la maçonnerie d'une sorte de grange? C'était là l'église de Sainteluee » mentionnée dans une bulle du Pape Gélase H donnée à Marseille le 23 octobre 1119 » en faveur de l'abbaye de Nouaillé , à laquelle cette église appartenait. Elle avait été fondée pouf recevoir douie pauvres. C'est tout ce qu'en dit Dnfour , et nooa ne nous y arrêterons pas plus que lui.
Hdtel dd In Préfeettire autrefuis PnlalA KpiMcopal. — Voici la Place de Saint-Pierre. A droite, ces grilles maigres et reliées par des faisceaux de lances en pierre , ces guérites de cou*-
FLACE SALNT-PIERRE. — i»RÉf ECTCRt. 65
tli«iinc» protègent ÏHôiel de la Préfeeture^ qui était ayant la ré- ToluUon t et c'était beaucoup plus convenable » le Palais épUcihpal. Â partir de la grossè tour , à la base de laquelle yous apercevez les traces des constructions qui y adhéraient autrefois, s'élevait encore en 1830 , une clùLure lourde et massive, défendue par une sorte de guichet ou poterne , recouvert d'un dôme en pierre. Ce n'était pas d'un bon goût, c'était du xvn* siècle; mais cela avait un caractère imposant , et au besoin on eût pu , à l'abri de ces murailles épaisses , soutenir contre une émeute le siège devant lequel n*eùt point reculé Mgr de la Roche-Posay , évéqae de Poitiers » quand il s'agiasait en 1C1& de conserver à S. M. le roi sa ville épisoopale , dirigée par des dévouements fort douteux. Aujourd'hui , s'il fallait protéger la fidélité de la cité à u'irapoi le quoi , cïoyer-vous que ces faibles barrières Tussent d'un grand secours I>our l'énergie d'un préfet? Et pourtant, qui oserait affirmer que les tambours de Mgr de la iioche-Posay ne sonneront jamais la charge. C'est ainsi que le peuple appelait au temps de la Fronde le tocsin de l'église cathédrale*
L'bôtel de la Préfecture n'offre rien de remar<{uablet et c'est OT. Tain qu'on essaiera d'en tirer parti ; car « au point de vue monumental , ce sera toujours triste et maussade. Il renferme d'assez vastes appartements de réception, mais ses bureaux sont insunisants pour l'encombrement que la paperasserie administrative y entasse chacine jour. Les archives départementales p dépôt lilstorique très précieux , confiées aux soins de l'un des hommes les plua distingués de l'école des chartes (M. Rédet] » occupent l'ancienne chapelle de i'Evéché, qui a été divisée en deux étages pour les recevoir. Voici un sommaire des principaux documents que contiennent ces archives.
Classées conformément à rinslruciion de M. le minislre de l'intérieur du 24 avril 1841 , elles se divisent en archives anciennes ou historiques et en archives modi mes on administratives. Les archives anciennnes se divisent en archives civiles et en archives êcelésxastiques. Celles-ci comprennent deux séries : cUrgé séeu^ Uer et ekrgé régulier^ et se composent ensemble de 2967 liasses et de 828 registres. Dana la s^rie du dergé séculier sont classés lea titres de l'évéché de Poitiers , du chapitre de la cathédrale» de
tGUSE SAINT-PIEREE,
la chambre ecdésiastique da diocèse » dn grand et da peUt-flèminaire , des églises collégiales de St-HUaira » Ste-Radegoode , Notre-Dame et St-Pierre-le-Pucllier de Poitiers, Noire-Dame de
Chàtellerault , Notre-Dame de MonUnoriUon , Notre-Dame de Mirebcaii , Notre-Dame de Morthemer , Sainte-Croix de Loudun et | Saint-Pierre de Chauvigny , des cures et fabriques , des chapelles. La série intitulée clergé régulier comprend : i"* Les abbayes d'hommes : Aogles , Saiot-Benoit de Quinçay » Saint-HUaire delà Gdle» Gharroux, Salnt-Cyprien^rEtolle, Fontaine>le-Comle, la Mercl-Dien , Montlemeof » Moieaax, Noaaillé, le Pin » Sainte Savln, etc; 2** les prieurés; 30 lesconyents d'hommes; 4«]es abbayes de femmes : Sainte-Croix et la Tnniié de laitiers , Fontevrault; 5" les couvents de femmes; G" les commanderies de l'ordre de >faltc composant le grand prienré d'Aquitaine, et les commanderies de l'ordre de Saint- Antoine de Viennois ; 7° les hospices et aumôoeries. — Les archives civiles sont partagées en qaatre séries» Court et juridietiani: sénéchaussée , préstdial el cour couserratoire des privilèges royaax de TunlYenité de Poitiers, i5 liasses; 2* administraHons: bareaa des finances et intendance de la généralité de Poitiers , 250 liasses et 180 registres ; 30 instruction publique : faculté de médecine, colb'ge royal de Poitiers, 97 liasses et il registres; 4^ féodalité, familles: aoo liasses et 26 registres. Total pour les arctiives civiles» 662 liasses et 217 registres.
Bsltoe CtMkéérwAe te MAl-PIem. — Laissons rEtéché- Préfecture pour songer à quelque chose de ndeux. Voici FégUac cathédrale de St^Pierre, C'est là que siège le seul des chapitres
de Poitiers qui ait été conservé par le concordat. Avant la révolution, il comptait environ 30 prêtres, tant dignitaires que chanoinos et chapelains on hebdomadiers. Mais ses revenus , diminués par les lourdes charges du passé et par les brèches successives qui y avaient été faites, étaient peu considérables. Cependant, comme malgré cette pénurie réelle, les cérémonies dn culte s'y faisaient avec beaucoup de dignité^ et qu'il y avait une sorte de rivalité sur beaucoup de points avec le chapitre de Salnt-Hilahre , le peuple appelait MM. les chanoines de Saint-Pierre , les glorieux. Ce
ÉGUflC SAI!l1^*ViniRI.
titre se Justifiait , populairement parlant^ par certaines disti ne* lions dans le costume , qui n'appartenaient pas aux autres chapitres* Gelai de SainIrPierre portait Thiver on habit de chœor composé d'un grand manteau de drap noir* dont les devants étaient doublés de Tel^rs cramoisi « d'un camail en rotonde fermé pardevant avee des bootons rouges , et terminé en arrière par une longue pointe triangulaire. Uncnpuchon , faisant partie du camail, doublé de velours cramoisi comme le manteau, recouvrait compléU^ment la téle. Cet liabit de chœur se prenait à la Toussaint et se quittait à Pâques.
Ce parvISf qui se développe sous nos ]feux, a été décoré en 1B31 d'une longue suite de marches d'escalier en pierre avee homes reliées par des chaînes de fer; il était autrefois protégé contre les envahissements de la voie publique par de forts parapets. On y voyait les lions et la chaire, signes de la juridiction qui s'exerç^ilt devant les églises les plus importantes. Nous verrons bientôt, devant celle de Ste-Radegonde, un type encore assez bien conservé de ces sortes de constructions , qui déterminaient l'enceinte où se passaient certains actes religienx ou civils.
Ce parvis est encomhré aujourd'hui ; des amas de matManx de toute sorte annoncent qu'un immense travail se prépare ; et en etfet, la belle rosace qui surmonte le grand portail va être reconstruite. Altérée par le fâcheux incendie qui dévora en 1681 le grand orgue , elle menaçait de s'écrouler bientôt. Espérons que cette restauration, coûteuse mais nécessaire, fournira l'heureuse occasion de restituer à la façade de notre cathédrale son véritable caraetâfe» m déchargeant son faite inachevé des additions monatroenses qui récrasent» et en la couronnant d'un fronton digne dTdle. Pent-étre aussi fera-^pdle disparaître du front déshonoré de la tour principale, ces quatre ignobles éteignoirs emblème fort juste assurément de l'artiste qui les y posait naguère.
sans partager complètement l'enthousiasme trop louangeur qui a présidé à l'appréciation récente de cette fn^de monumentalCi et que Ton pardonne aisément à une sorte de paternité littéraire t nous nesanrlons approuver ni les dédains dont éUe a été Tobjet » ni le silence injurieux qui lui a ravi sa véritable place an milieu de ses briUaiites rivales, SI elle a les défauts, elle a aussi , et à
6a ÉGMt SAlMt-MCKlIB.
un haut degré, les qualités de son époque. Au peu de symétrie de SCS tours mutilées, et des membres qui la composent on peut oppo&er rbarmonieux ensemble de ses portails , les heureaaet conceptions qui en ont inspiré les toochants détails , et Ton pent dire d'elle que » si elle a été mal Jogée » c'est qu'elle aura été mal étudiée.
Ne tombons donc point dans ce reprocbe , et Itérons-non» ensemble, cher lecteur, à un examen dont votre curiosité au moins tirera quelque profit. Et d'abord, interrogeons l'histoire du monument, demandons-lui les phases diverses par lesquelles il a dû passer; c'est un moyen sûr pour guider plus tard notre marche.
On a lieu de croire que la cathédrale actuelle de St-Pierre , qui atoqjours été placée sous le même vocahle, a été bâtie » selon les respectables traditions du catholicisme» sur remplacement même où fût édifiée l'église prlmiU?e, dès les premiers Jonra de la prëdicaCon évangélique de St>Martial , l'apôtre de l'Aquitaine (111* siècle). Elle éprouva , comme tontes les Eglises de Poitiers , les fortunes diverses que lui iiienl le» guerres intestines et les invasions barbares, et fui plusieurs fois incendiée , jusqu'à ce que la piété maguitique de Guillaume-le-Grand , duc d'Aquitaine, la ût renaître de ses cendres en 1018. Elle fut dédiée au bout de d années, le ii» octobre 1021 . Son étendue , restreinte alors, on bien «neore la nature des matériaux dont elle fut composée, expliquent seuls la rapidité de sa«onstrnctlon et celle de son anéantissement» En effet , après sToir .été témoin pendant le XI* siècle deplusteors faits importants, après avoir vu se réunir des conciles, après avoir été visitée par saint Bernard, qui y commença la conversion de Guillaume vm , comte de Poitou , elle disparut pour faire place à l'éditice immense qui dévoloppe sous nos yeux sa sévère et quelque peu massive architecture.
Ce fut en 1162 que les fondements en furent Jetés par ABénor d'Aquitaine , comtesse du Poitou » et par Henri II , roi d'Angleterre » son époux ; mais les trairaux marchèreot lentement pendant les guerres et les querelles intestines suscitées par l'occapaliuu aiiglaibe , et cependant le grand autel put être dédié avant 1199, et le chœur était clos en 1241. Le ^iuni roi Louis IX et son i frère Alphonse y comte apanaifiste de Poitou, contrîbaèreai par