‹ Le guide du voyageur à PoitiersChapitre 9 sur 32 · J^LISE SAINT-PIERRE. 'A · texte numérisé non relu

J^LISE SAINT-PIERRE. 'A

leor munifleence à VcBoyre pieuse ; mais malgré ce puissant concours, à la lin du \m* siècle, les deux travées les plus rapprochées de la façade manquaient encore , et les deux premiers étages des tours, qui devaient leur senfirpouraiûsi dire d'arcs-l>ûutants, étaient seuls achevés.

La fa^^de n'existait point alors; mais sous radmiaistratlon do bienheoreox é?éqae Gauthier de Bruges (de à 1301) , sous répiscopat d'Aroaur â*Aux (cardinal et camérier de Clément V» de 1307 à 1312), Tœuyre immense prit de grands développements, et elle devait être à peu près terminée, lorsque le i juin 13G3, Jean de Lieux, évêque de Poitiers , y fit son entrée solennelle, puis(ii3e dAs î35t , les chapelles aii.Vidales des transsepts étaient décorées de peintures et d'ornements.

An-dessus de la toiture du chœur s'élançait, à nne époque fort reculée, une flèche en charpente » dont l'existence est accusée par Tétat des lieux et par les gravures les plus anciennes* Elle 8'élevait, y compris la croix de 10 pieds, à 307 pieds au-dessus do pavé de l'église et devait couper, d'une manière fort heureuse à notre avis, la ligne de faite de la toiture, à laquelle elle enlevait beaucoup de sa lourdeur. Atteinte le ISfévrier 1713 de la foudre qu'elle devait pourtant éloigner de Tédifice à en juger par la destination des cloches qu'elle renfermait ( les petites cloches qu'on sonnait , lorsqu'il advenait tempt de totmerre ), elle fut considérablement endommagée et démolle définitivement en 1769.

Une bulle dUrbaIn V donnée vers IdéS, confirmant les indul* gences accordées à ceux qui contribueraient par leurs aumônes à la construction de l'église , autorise à croire qu'à cette époque il restait encore quelque chose i\ faire : et en effet le couronnement de la tour du Nord appelée pour ce fait la tour neuve ne fut achevé qu'au commencement du xv* siècle.

Enfin le mardi 18 octobre 1379 » jour de la féte de l'apôtre SI* Luc^ l'évéquede Poitiers « Bertrand de tfaumont , consacra an mlllea des pompes de la liturgie catboliquele temple yénérét dont la première pierre avait été posée 217 ans auparavant par un prince anglais, et qui venait d'être achevé, grâce à la protection efficace d'un iiis de France , du pieux comte de Poitou, Jean, duc de fierry, comte apanagiste de la province, devenue pour Jamaia

lÊGUSE SAINT-PIERRE.

terre fran^iae. Puis plus tard , tes voûtes reteatiHent an brait des éhants qui proclament l'aTènement à la eonronne da roi

Charles VU, lequel, par une sorte de sacre anticipé, reçoit des mains du vénérable évéque Simon de Cramaud, cardinal, la couronne qu'il devait aller demander plus tard et plua^oleiuieUemeDt à la basilique royale de Heims.

Daiis les siècles suivants » de nombreux privilèges et des dons précieux rehaossem l'importance de la cathédrale. Des argues» une horloge , un vaste Jubé, une sonnerie puissante, des fresques, des peintures historiées , de riches ornements d'or et de soie , des vases sacrés d'un goût exquis, des reliquaires vénérés , de^ stalles et boiseries gracieuses, des chapelles multipliées, des sépultures épiscopales avaient ajouté k la magnlflcence et à la po[ni)e toute particulière du culte qui faisait de cette église le plus remarquable de nos temples* Mais voici venir les hordes du eomtedeSte» Gemme et leurs sanglants exploits. A défont de l'inventaire des trésors des églises , que le chef des impies gascons avait réclamés » ses satellites se chargent de le dresser eux-mêmes, et bientôt (les 27 et 28 mai ii>G2), orgues , liorloi^e , jubé, sonneries, stalles , riches ornements , vases d'or et d'argent, vitraux scintillants » archives importantes , tout sera pillé, brisé, brûlé , fondu.

Examen fait des peites matérielles éprouvées dans ces Jours néfastes, 11 sera reconnu qu'elles s'élèvent àlasonmiey énorme pour ce tempfr-là , de 50,448 livres 10 soli , ce qui équivaudrait à peu près à 176,569 fr. 50 c de notre monnaie.

Après cette triste épreuve,1a désolation régnera pendantlongtempi dans le temple du Seigneur ; puis de nouvelles craintes saisiront les cœurs , lorsque les boulets de l'amiral de Coligny (1569) prendront pourpointsde mire, lechevet, les combles, les tours de la vaste cathédrale , craintes bientôt dissipées au chant de l'hymne d'actions de grâce qui xetentlra sous ses voûtes sauvées. Alors la cathédrale oubliera peu à iieu ses désastres passés» mais les embellisse* ments qu'elle recevra ne seront pas tm^ours heureux. Le gpût du XVII* et du xvin* siècle y appliquera son cachet fort triste sou<* vent sous le rapport de l'art, et fort peu convenable aussi sous le point de vue relitîieux.

Puis, lorsque la révolution jettera sa lave brûlante sur le sol

É6U&B SAUiT-PUBRE* 61

français , notre cathédrale, privée de son pontife el de ses prêtres exilas, verrasélevur ëous ses voûtes Tautel de la religion philosophique. Dépouillée de ses ornements, de ses tombeaux profanés, elle deviendra tourà tour salle décadaire , temple delà laisoiiy liea de réunion â«s assemblées civiques s sa démolition seia proposée^ et elle échappera comme par miracle an sort qui a frappé tant de monnments remarquables. Pois , lorsque le calme aura succédé à la tempête , lorsquede meillenrs Jours brilleront sur laFrance, die sera^rendue au culte du viai Dieu, et lentement , grâce à l'étendue des mau\ soulFerts et à la pénurie des ressources pour y apporter leinède , elle reprendra, sous radininisliation de pieux pontifes , sinon sa splendeur primitive, du moins cette noble simplicité qui en fontrun des temples les plus majestueux du Très- Haut»

Et maintenant qu6 nous savons Thistoire 4u temple sainte sea Tieîssiludes diverses , ses Jours glorieux , ses Jours de deuil, nons pouvons désormais procéder à Texamen matériel de ses diverses parties. Mais, auparavant, nous ferons ensemble, si vous le voulez bien , cher lecteur, ce que nous pourrions appeler un petit voyage autour de lui. laissons, pour le moment, sa façade, nous y reviendrons.

Voici , à gauche , vers le transsept, sous cet auvent maussade, one porte latérale; approchons-nous, c'est la porte St^Miehel*

€ette porte , qui s'appelait ainsi parce qu'elle donnait entrée an clergé ét la pandsse de ce nom, dépendante du chapitre, fut, pendant les longues années qui s^écoulèrent avant l'achèvement

de Tcdilice, la principale porte, et clic dut cUc dès l'uriginc, et par ce motif san> doute, décorée de tout le luxe de sculpture que vous voyez déploy(', sur ses chapiteaux:. A droite, c'est îa Saluta' tion angélique, l'adoration des Mages , la visite de la Vier^fe à sainte Elisabeth, A gauche , Hérode reçoit les Mages; le diable essaie d'atteindre, en se gjiissant le long du trône. Jusqu'à roreUle éii tyran , pour lui souiller de mauvaises pensées. Seraitce parce que lé trène ne s'est pas toujours trouvé asses élevé pour protéger les chefs des États contre la diabolique escalade , que l'on songeraitàle placer désurinais bien haut sur un fauteuil? iiusloin, Heroiie tient conseil avec le prince des prétrcis qui lui explique les'

prophéties toucliaal la vemfe du Messie; dans ce conseil, le

ÉGLISE SAiNT-PIERRS*

diable encore a voix consnitative au moins ; mais tandis que

les Mages se hâtent d'accomplir leur pieux pèlerinage, Hérode, BOUS Tinspiraiion malfaisante de Tenneml du genre humain , donne l'ordre du massacre impitoyable qui s'exécute sous ses yeux; et cependant la sainte famille gagne la terre hospitalière qui la ravit à son persécuteur. Cette dernière oomposition, qui est bien supérieure à celle du côté droit , et qui n'est pas due probable^ ment an même ciseau , mérite un examen particulier sons le rapport de sa conception , de son agencement et de ses détails. »'

Faisons maintenant le tour de cette maussade construction, qui ne devrait pas se trouver là , quoique ce soit le presbytère; puis tournons brusquement à droite , dans la rue dite derrière St-Pierre , autrefois de la Psallette de St-Pierre , à cause de rétablissement religieux qui s'y trouvait; après avoir jeté un coup d'œil sur cet annexe qui renfermela sacristie des messes et la salle capltulaire» œuvre du xiv* siècle , qui n^offre rien extérieuremeot qn! soit digne de flxer votre attention » nous examinerons avee boiii le chevet.

Quant à ce chevet , c'est autre chose. Ce chevet, de 49 mètres de hauteur sur 39 mètres de largeur et 4 mètres d'épaisseur à la base, est composé de quatre plans superposés, dont le second est percé de trois fenêtres en plein cintre qui éclairent les trois nefe. Ce qui vous frappera dans cette partie de l'édifice » c'est son caractère sévère , m^tueux , et cet aspect imposant qu'il doit à la rectitude de ses belles lignes et à la pensée de rinaltérable solidité de ses larges assises. Lorsqu'il fut construit, c'était une innovation hardie de substituer ainsi aux riches absides que Viwl roman avait jusqu'alors soudées aux nefs des temples comme autant d'appendices obligés, cet immense contrefort dépouillé de tout artifice de constructionqulpûtgarantlrcettepartie contrôla poussée des voûtes et des charpentes, et dont pas une pierre cependant n'a perdu l'aplomb qu'elle reçut-an xn* siède, malgré les boulets de Coligny qui n'y ont lalasé que quelques traces de leur action impuissante.

Revenons mu intenant sur nos pas vers la façade, il est temps de lui accorder l'examen qu'elle réclame. Trois portails correspondant aux trois nefs intérieures» composent la base de cet ensem*

ÉGLISE SAINT-PIEREË.

ble majestueax» et , malgré les ra'vages des protestaDls, nous pourrons y lire presque couramment, une de «es grandes épopées

reri-;icuses que le catholicisme plaçait toujoui» a l'entrée tle 6Câ temples , sous les yeux de ses enfants.

Dans le portail du milieu , le sculpteur a reproduit en trois tableaux successifs la trilogie des derniers temps du monde. Ou y yolt en effet, dans le linteau même, la Résurrection des Morts. Ils seoonent la poussière de la tombe , et s*élancent péle-méle , de leurs cercueils entr'ouverts, au bruit delà trompette mystérieuse. Plus haîit , séparés de la première seène par des moulures nébuleuses , apparaissent le Ju^emeni de Dieu et la séparation des bons (favec les méchants. Ceux-ci , les maudits du Dieu vengeur, vont être précipités dans rabîmc des douleurs , représenté par ce léviattian dont la gueule béante a déjà re<;u ses Yictimes et s'apprête à engloutir celles que vont lut livrer les satellites du démon. Ces artisans du mal saisissent sans pitié les malheureux damnés, les chargent sur leur dos et les Jettent en pâture an monstre Insatiable et toujours dévorant. Parmi ces damnés , il en est de toutes classes , de toutes conditions : la sévérité scrupuleuse de l'artiste n'a pas reculé même devant une représeatation que quelques-uns appelleront peut-être de la satire , et que , plus exact, nous nommerons du nom de bonne et sainte liberté. Sous cette mitre, nous reconnaissons un évéque indigne j sous ce costume religieux, une fille du Seigneur devenue dès ce monde une fille deSatan. La leçon eat dure , elle devait Fétre , poor Justifier aux yeux du peuple le principe d'égalité devant la Justice de Dieu , la seule qui lui fût prêchéc alors , la seule, il faut bien le dire au risque de blesser quelques rares convicU'oi», qui puisse être jamais possible.

Mais la scène a changé: voici la contrepartie de ces douleurs amères , de ces grincements de dents éternels; les boucs ont été séparés des brebis i à droite du fils de Dieu se rangent les élus, sous la protection de l'ange qui tient à la main une épée nue. Parmi ces élus figurent encore un évéque , une religieuse... Ceuxlà ont été dignes de leur mission sainte et ils reçoivent la couronne immortelle duc à leurs vertus. Puis, au sommet du tyiii|ian , au plus haut des Gieux , règne dans sa gloire , assis sur son trône

iCLISB SAINT^FIIMKK.

étincelant, le &ouveralii juge, arbitre des destinées du monde, dispensateur des peines et des récompenses, selon les mérites de chaeun. Il est entouré des anges, ministres de sa Yolonté paissante» qui tiennent en main les instruments de la Paaston , tandis qu'à genoux à ses pieds , sa tendre mère Joint ses humbles et trréstotlbles supplications àeeilflsdo disciple bien-«lmé , et prie pour ses enfants chéris.

Ce vaste bas-relief est encadré dans quatre voussures séparées par des courrînts de vigne sauvage qui serpentent de la retombée Jusqu'au sommet de Tare. Chaque voussare elle-même se termine an point d'intersection par un buste du Sauveur bénissant à la manière latine, et vers lequel se tournent les regards et la pose de soixante-huit personnages » encadrés dans des niches ornées de dàis taillés à Jour. Ce sont les douse apôtres > reeonnaissahles aox attributs qui les caractérisent , les docteurs de la lot nouvelle , tenant en main le livre de science, les prophètes aux phylactères déroulés, plusieurs saints de l'Ancien Testament, puis de saints évéqaes et religieux avec leurs mitres et capuces. Dans cette auguste assemblée iigurent David , Salomon, S. Joseph tefi^nt une branche de lys , gracieux emblème d'où s'échappe par ua symbole plus gracieux encore l'Enfant Jésus « puis enfin un grand nombre de saints vénérés par l'Eglise*

Le petit portail à gauche représente la dormtitofi (le trépas) de fat Sainte Vierge et son couronnement, ici-bas, autour de cette dépouille mortelle prête à s'envoler au cid , se pressent les apôtres, les disciples , les anges de Dieu ; puis plus haut , sur son trône radieux , le Sauveur a fait asseoir sa divine mère et il a placé sur sa tète un riche diadème , tandis que les anges du tympan et de la dernière voussure balancent leurs encensoirs pacfu-« més* Outre les anges , cinquante-deux statuettes placées sous de gracieux dais sculptés et ornant leaqtiatre voussures, représeolent des vierges saintes , des pontifes, des religieux » des cénohiles et des confesseurs , dans l'attitude du recueillement et de la prière»

Le petit portail à droite représente le trait principal de la vie de saint Pierre, patron du temple. Vimagier a saisi le moment où , selon les saintes écritures, J.-C. choisit le pécheur de Galilée pour en (aire le diel , la base de son égliâe , et pour lui en con^r i

^LI8B' SÂlMT-PIBlftE

le gouvernement* Le Sauveur est entouré de plusieurs de ses disciples, parmi lesquels on est autorisé à voir le patron du sculpteur Itii-mém^, suivant uoe eoutume assez usitée dans les CBovres de celte nature. Au-dessus de cette scène terrestre» apparaît, ' comme dans le tympan de la dormition, la glorification du prince des apôtres , dont les reliques précieuses , déposées dans un reliquaire m.ngnifiquemeiiL ib coré, sont exposées à la vénéralion des peuples que représente assurément celle foule d'hommes et de femmes dans Tattilude de la prière. Peut-cire ce reliquaire reproduit-il même la figure de la chasse d'or massif , ornée de pierreries , donnée à l'église cathédrale par Jean de Berry, comte de Poitou y et où était renfermée une partie de la barbe et de la mÀcholre du saint apôtre » relique prédeuse que la tradition disait apportée de Rome par saint Hilaire lui-même, et qui Joue un rôle important dans l'histoire de la cathédrale. C'était sur cette châsse que le» évéques prétalent serment au jour de leur installation so* lennelle.

Coîiflile dans le portail précédent , le sommet de chaque vous- SDiis est décoré d'un buste du Christ vers lequel se portent les regiQrds de cinquante-deux personnages placés sous de gracieux sculptés à Jour« Ces personnages représentent les vierges sages et les vierges folles, de saints guerriers, de pieux évéques , et enfin des atiges aux ailes à deoii-déployées. • Il y a dans ces trois compositions, d'un genre différent, et dont quelques parties même ne sont peut-être pas dues au même ciseau , ime verve, un entrain, un mouvement remarquables, et CCS qualités, réunies à un sentiment profurulément religieux, sont plus que sufTisantes pour racheter des défauts, qui, du reste, sont dus à l'influence irrésistible des traditions artistiques et même des intentions préexistantes, auxquelles V imagier ne pouvait guère se soustraire.

Et puis flgurei^vous cet inunense bas-relief rèhaussé d'or et de pourpre , étalant aux rayons du soleil les couleurs les plus brillantes , reflétant les splendeurs étincelantes du ciel , les noires profondeurs des enfers, ajoutant par les puissants contrastes du coloris aux reliefs de la sculpture , et vous aurez une juste idée • de reffet que devaient produire sur les imaginations et les cœurs

M ÉSU8B SAlMT-FinUS.

ces œuvres nées du catholicisme et que le catholicisme saTait ai bien faire tourner au proût de ses utiles eoseignements. . Pénétrons maintenant dans l'intérieur du temple* Arrêtonsnous jin instant sur la première marche de l'escali^ qui nous conduit à la nef latérale* Admirons le magnifique effet de ces Toûtes , de œs arcs» de ces nervures , qui se croisent, se brisent, s'enchevêtrent sans confusion , de ces piliers semblables aux arbres d'une forêt de palmiers , entre lesquels circule l air, contre lesquels se brisent les rayous etincelants ou amortis du jour pour produire , au travers des vitraux colorés , leurs effets de lumière variés* Complétons cet examen du premier coup d'œil , en nous plaçant Bons la voûte en coquille qui supporte le buffet d'orgue* Peutrétre aves-vous visité bien des cathédrales; vous aves dû en voir de plus somptueusement décorées , de plus riches par les détails et la profusion des ornements , vous n'en aves pas trouvé qui eussent un caractère plus majestueusement grandiose. Ce caractère , que personne ne lui contestera, notre église de St-Pierre le doit à la sobriété de ses d( corations, à rélévation inu^lée des voûtes de ses bas-côtés , aux proportions gracieuses de ses piliers, sveltes malgré leur puissant diamètre y enûn à cet artiûce de construction, trop habile pour être purement symbofiquOt qui, en diminuant la largeur des nefs vers le chevet en même temps que s'abaissent brusquement les voûtes > i^oute à la fuite des U« gnes et à la profondeur de la perspective.

Cependant elle ne fut pas toujours aussi nue , aussi dépouillée. Avant la dévastation que lui lit subir le protestantisme (1562), elle montrait avec orgueil ses nombreux autels, ses tableaux, son jubé, alors et depuis encore, les tombeaux richement sculptés , et les pierres funéraires qui gardaient la mémoire de ses pontifes» les peintures brillantes qui couvraient les parois de ses hautes murailles ; tout cela a disj^ru successivement dans des Jours néfastes, Jours de deuil pour la religion , pour la patrie , pour l'art*

Vous déploreres, et vous aurez raison , la fâcheuse pensée qui porta M. de la Roche Posay, évêque de Poitiers, à placer, en IG23, le grand autel sous la i^raude voûte du transsept. Il était auparavant, suivant les prescriptions liturgiques, élevé au fond de la l^isilîque où il produisait vm effet plus coov^iiable sous tous tes

rapports. Vous regretterez aussi » sans doute , que le tobu d'un pa^ trioie de 1183 a'ailpas .été exaucé» et que eette immeiise d lourde grille * si disgracieuse à l'œil » ne se soit pas alors métamorphosée en piques citoyennes; font cela sera mis à sa place lorsque des temps meilleurs permettront au prélat qui gouverne aujourd'hui le diocèse de suivre les inspirations de son bon goût. Quant à la balustrade qui règne autour de l'édifice et à la tribune de l'orgue^ œuvres qui coûtèrent, avec le badigeon, près de 20,000 fr. et furent exécutées de 1770 à 178ti, nous n'en dirons qu'un mot. U est à souhaiter que la restauration du xix* siècle fasse disparaître au plus vite celle du xvuis et c'est bien ce qui arrivera.

Vous feres avec nous le même souhait à ce petit temple grec , en marbre et en plAtre (quel assemblage I) que vous voyes & droite. Ce sont f dit-on , des fonts baptismaux. Il faut le croire puisqu'on lediU

Dans les bas-côtés , vous remarquerez le bon goùl des sculptures variées qui décorent la corbeille des cbapiteanx, et les mille formes singulières imposées aux modiilons par le symbolisme religieux et souvent aussi par le caprice de i^imagier. 11 faut bien ee garder en eflèt, cher lecteur, de voir avee les yeux de ces ultras qui se chargeraient de trouver des Intentions symboliques Jusque dans une toile d'araignée^ et qui seraientde force à écrire des vo* lûmes pour le prouver. Au milieu de cette arcature en plein cintre qui cache d'une façon si heureuse le nu des murailles , vous déc(»uvrirez deux arcs en ogive... Deux seulement, c'est bien peu , et encore ne sont-ils là que par nécessité. L'architecte, voulant que le sommet des arcs de son arcature se trouvât sur toute la ligne à une hauteur égale , a dû nécessairement , là où l'espace qui lui était dcnmé pour développer sa courbe s'est trouvé plus restreint , substituer l'ogfve au plein cintre. Ne seraitroe pas une nécessité semblable qui aurait donné la première idée de l'ogive et enfanté les admirables résultats qu'elle sut produire lorsque, d'accidentelle qu'elle était , elle devint un système?».

Nous voudrions vous donner une idée de l'ensemble de nos remarquables vitraux et des rapports qui les lient entr'eux, mais peut-être préférez-vous connaître en même temps tout ce qui pusMa flom vos ywx* Le premier vitcaU que voue veyes masqué

tiaUSE SAINT-PIBftlIS.

par on oratoire queToD a eu tort de laisser élever dans la préfecture» malgré la danse qni grève ceita eoncession , représente l'histoire de Moïse» la révolte des Hébreux sous rimpulsioa de Goré , et ThislDire fort inoomplète de Balaam : oe vitrail et ceux qui suivent doivent être une oeuvre du xiii* sièete. ' Dans le transsepl de dioiie se trouve la chapelle dite des apôtres, aussi appelée la chapelle de paroisse , parce que c'est là que se trouve, depuis 1804, l'autel paroissial. Dès 1361 , cette cliapello était décurée des images en pied de ses patrons. Votre regard, quelque peu attentif, découvrira les traces de ces Images sous le badigeon qui les couvre. Ne croyes-vons pas , qu*à moins d'être bien maussades , ces pùwretraieieuTs dn xiv* siècle devaient être et étaient préférables aux caricatures de pierre que Mgr de 8t-Belln , évéque de Poitiers, fit placer duns les premières années du XVII* siècle sur les tristes consoles qui les supportent? Et ne seraitce pas faire acte de bon goût que de les reléguer où l'on relègue ordinairement les choses de cette sorte.

L'autel provient du couvent des Jacobins, sur lequel il fut conûsquë révolu tionoairement; et, en vérité, sous le rapport de la convenance artistique aussi bien que des principes saiinrés d'un droit qui n'est si vivement attaqué aujourd'hui que parce que le mépris qu'on en fit naguère a été trop efflrontément proclamé » trop facilement sanctionné (veuilles noter cette réflexion » cher lecteur), nous préférerions voir cet autel partout ailleurs que dans notre église cathédrale. Cette œuvre, qui dans son genre n'est pas précisément sans mérite , accuse doublement l'époque à laquelle eiledoit naissance (le xvn' siècle), etcerteselle n'est pas à sa place. Le devant de cet autel est dû au ciseau d'un l^oilevin établi à Nantes , M. Thomas Louis. Nous verrons plus loin une autre production de cet artiste intelligent et religieux.

Le tableau encadré dans le réiable est assurément te tableau capital de Véglise cathédrale qui est fort pauvre sous ce rapport, il représente un sujet traité par le fameux Domlniquin, rimUiuiUm de la dévotion du rosaire par SUDominiquê, Plurienrs parties de cette vaste composition , et notamment le i^iuupe à gauche , sotît remarquables.

Le vitrail du^fond représente VhisiQire de Job et la toucbante

^GLiSE SAINT-PIBRRE. 69

parabole de YEnfata prodigve; celai du côté .représenta des légendes très difflcîles à reconnaître, mais qui semblent avoir rapport k St-Pienre et à St-Paul.

Inotile d'examiner cette loarde chaire en pierre et carton placée en 1835 , ces statues de vierges ou de saints venues on ne sait d'où, etqiii devraient y retourner au lieu de trôner sur ces disgracieuses et massives consoles; cet autel de N.-D. de Pitié, qui provoque le sentiment dont il porte le nom , et qui a été exécuté en laaa ; ces confessionnaux en bois de cbéne devenu bois de noyer après avoir passé par le vert-pomme ; ces chapelles absidales dédiées à Ste-lladeleine et à St-Laurent , dont raOrense Image s'enlamine des reflets de faux marbres.

Arrétons-noos on instant. Pour placer les autels de cesabsidioles , on a di2 faire disparaître i'oroemeatation en arcature qui les décorait comme le reste deTéglise, et vous remarquera sans doute que. par un artifice de construction fort ingénieux , l'arcbitecte, tout en substituant aux absides arrondies le chevet que nous avons admiré extérieurement , avnit su prendre dans Ténorme épaisseur de ee chevet la place suffisante pour y découper des abaidioles intérieures ; mais il a perdu son temps et sa ptine stût il avait compté sans ses successeurs MM. les architectes du < xviu* et du xix« siècle.

Ce tableau sur bois aux dimensions colossales et qui représente la résurrection du Sauveur au milieu d'une immense légion de saints^ avec accompagnement de chœurs et de chants, serait pour vous une énigme si vous ne saviez que son donateur s'appelait Toussaint Johannet, chanoine de St-Pierre et directeur des musiciens du chapitre. C'est un e«-«oro. Le vitrail qui illumine Je ahcQur de ses verres historiés représente rhistoire de la $te-En«^ fancede J.*€. et les principaux traits de sa passion. L'inscription que vous lises au point d'intersection des nervures de la vodte reproduit, selon l'opinion de rbfstorien de la cathédrale, le nom de Tarchitecte de l'église, adam. Quand à ^inscription gravée à la clé de la voûte voisine , elle a délié depuis longtemps les déchiffreurs d'énigmes. Nous n'essaierons point de vous livrer ses secrets inconnus.

Nous sommes en face de l'autel dslaSie*Vierge. Là encore bril-

É<iUS£ SAINT-PIERRE.

lent le marbre et l'or» mais pour le coup c'est du ml » vrai marbre... Seulementles colonnes étalent en marbre noir» les soubaeee* mentsen marbre rouge, et on lésa peints en marbre blanc. La destination de cet autel, dédié à la mère de Dieu, exigeait cela , a-tHm dit.. Notez bien sur votre caincl de touriste ce fait étrange. Nous gagerions volontiers que vous ne retrouverez son frère jumeau nulle part ailleurs, et ce sera assurément fort honorable pour nous.

Vous ne serez peut-être pas iàché de savoir ce que signifient ces mots peints sur TarchitraTe , auiel privilégié» Un rescrii d« pape Giéf^lre XVI, du 22 Janvier 1834, a accordé une Indulgence plénlère à perpétuité , applicable aux défunts par toutfirétre qnl y célèbre la sainte messe , même sans ornements noirs.

Le vitrail qui domine la chapelle de la Vierge représente J.-C. crucifié , au moment où Longin vient de lui percer le fl;mc , puis sa résurrection et son ascension , la mort de S. Pierre et de S. l*aul et les donateurs en habits royaux. On croit que ces figures sont celles de Henri II d'Angleterre et d'Aliéner d'Aquitaine , son épouse. Ce vitrail daterait alors delà fin du tn* siècle , et il est cité comme une des rares verrières de cette époque reculée.

Le vitrail à dioite contient des détails de la vie de S. Pierre au* quel il semble plus particulièrement consacré; mais on y ▼(rit figurer aussi les noms des. Jean, S. André, S. Antoine et autres saints; le vitrail à gauche représente l'histoire de S. Fabien, pape , martyrisé sous l'empire de Dèce , en 250.

Cet autel si maltraité offre de véritables qualités dans sa composition , mais il a le tort grave de n'être pas dans l'église de l'abbaye de laTrimtéf dont il faisait partie avant 1793 et avec laqnirile son style et son sujet étaient sans doute plus en barmonie. -Cest donc encore une dépouille opime. La balustrade de cet autel pnn vient de Fabbaye de SHe^CrM»,,, Eneore une dépoollle.

Derrière nous, jetez un coup d'œil sur cette grille surmontée d'un christ en ivoire, œuvre remarquable de la serrurerie du win* siècle. C'était celle qui séparait le chœur de Vt\hhnye de Ste-Croix d'avec réglise consacrée au culte public. Elle avait été faite en 1734 BOUS le gouvernement de l'abbesse , Marie-Tbérèae-Radegonde de Baudéan de Parabère» dont les armoiries courouDaient cette

taJ&S SAINTrPinUK. tl

belle coniposition. Vous en reconnaîtrez encore les traces aux supports représentant deux ours enchaînés. Les clefs en sautoir substituées à ces armoiries devraient disparaître, à moins qu'on n'ait voulu faire oublier l'origine fâcheuse do ce meuble usurpé. Les boiseries qui soudent cette grille aux stalles da chœur lie sont pas plus à leur place ; ^Ues provieimeni des CapttcUu^

SI nous pooTODS .obtenir entrée dans la salle duGhapItre , nous « y verrons nnesnlle fort intéressante de poriraits représentant nn asses grand nombre d'É?équ es de Poitiers, depuis Simon de Gramond (1385) jusqu'à nos jours. Il est fâcheux que le plus ancien de ces monuments historiques ait perdu sous une restauration ti'op radicale une partie de son mérite antique.

En sortant du Chapitre , donnons une prière aux pasteurs qui reposent dans le caveau , autrefois chapelle souterraine de Salnt- Siite, aflécté depuis quelques années à la sépulture des Evéques. Le tombeau élevé en 1845 à la mémoire de Mgr de Booillé sollicite notre attention. Nommé évéqoe de Poitiers en 1817, mort en 1842à ràge de 88 ans» Mgr de Bouillé avait mérité , par nne administration toute paternelle , ce témoignage de vénération élevé à sa mémoire par le clergé et les fidèles de son diocèse. Ce inonument est dû au ciseau de M. Thomas Louis, l'auteur du bas-relief de l'autel de ?a paroisse. Nous pnrtncjeons l'opinion émise par un écrivain sur un anachronisme de saison et sur les anges qui servent de tenants aux armoiries du prélat; le sculpteur fera bien de les retoucher , et il les retouchera ; mais nous n'adhérons nullement à ciurtalnes critiques de cette oBuvre, quoiqu'elles se produisent avec rappareil de doctrines artistiques fort sonores.

La verrière qui suit contient rhlMoIre de Loth et d'Abraham , avec les détails que raconte la Bible sur Sodome , Abimélech , Sara, Isaac, Eliézer. On regarde ce vitrail comme appartenant à la première moitié du xm* siècle.

Sur le même côté jetez en passant un coup d'ceil sur ce tableau peint sur bois en 1590 pour célébrer la conversion de Henri 1V« €et e« oofo > dû au pinceau d'un peintre nommé de iax , est nne démonstratli^i fort Intelligente et fort bien sentie du dogme cathollqne de rSucharlstie dans ses rapports avec la Sainte-Trinité» n y a dn mérite dans cette œuvre.

to^lSK SAIlCT-PinAB.

VE9 wto peint à Fhaile , qui se troave appliqué sur la muraille où il a été retrouvé par >J. l'abbé Auber, il y a peu d'années»

n uflVe pas un grand inldrôt.

* Si nous pouvons pénétrer dans le chœur, les stalles offriront à notre examen un sujet fertile. Leurs légères colonnettes surmontées de k gracieuse ogive , encadrent des anges tenant des couronnes dans leurs mains» puis des monstres* des anlmanx symboliques» des sujets religleax habilement acniptés » mais qu'une épaisse conche de peinture a défigurés* Parmi les animaux symboliques , vous remarqueres sur ranclenne stalle do doyen du Chapitre un petit hibou , oiseau solitaire et taciturne qui aime la nuit , craint le soleil et le jour , le mouvement el le bruit; serait-ce une allusion? Ces stalles , œuvre capitale , Tune des plus remarquables de France, sont dues au ciseau d*un sculpleur de la première moitié du xui« siècle. En raison de cette date et de la manière dont elles sont exécutées, ces stalles sont un monument précieux auquel il est à regretter que plusieurs siècles , et surtout le dix-huitième , aient ajouté leurs tristes produits , liturs trônes lourds et écrasés» leurs boiseries Jaunes et vertes , leurs oves greos » leurs pots à flammes.

Sur le côté nord , derrière les stalles qui ont été découpées habilemeni à cet effet , l'on a placé récemment un bel orgue d'accompagnement dû à la générosité d'im des membres du Chapitre {M. de Larnay ) , générosité qui s*est produite dans plusieurs autres dons fort importants.

Cette chapelle , au fond du transsept nord , était dite primitivement de Sê'Àndré, à caule d'utie relique insigne de cesaint^; eUs lut appelée plus tard dei Étêquês » Mit parce que ffusieuft y iéiMent ensevelis, soit plutôt parce qu'après les ravages des prete»> tants, les statues de huit Evéques (sans doute les huit Bvéques honorés d'un culte public k i^oitiers ) y avaient été placées. Elle se nomme chapelle du Sacré-Cœur depuis qu'en I8IG y fut établie la dévotion au Sacré Cœur de Jésus; l'aulel qui la décore et qui est d'un bien pauvre style, provient des Capucins, dont la cathédrale hérita en 179^. Jetés un coup d'œil à droite sur le tableau du I}e»UrdBla Veuvt (Fleury, tgi9). Cette toile n'est pas sans quelque mérite ; quant au Vetr$ iteau qui lui sert de pendant , U

ÉGLISIS SAlNT'Pi£RRE. — OEGUES. 7^

De Tant aMorément pas son titre. Comme tout cela est pAleet froid

en comparaison de cca vitraux étincelants, qui représentent, au fond de la croisée, Thistoirc l«>uchanle de Joseph , à (îroilc la légende d'un saint martyr , et celle de S. Blaisr, tvèquc de Sébaste » en Aiménie , légende fort renommée au xiw siècle et que nous rc verrons bientôt sur les vitraux de Ste-Radegonde. Le vi- Irail qui &uit , dans le bas-cèté , contient rhistoire de Josué, ses guerres et ses victoires dans la Terre promise. N'aperceves-Tous point sur votre droite un dessin bizarre traeé à la pointe sur le mur de la troisième travée, ai^-dessus do soubassement qui règne autour de rédifk e. On a lieu de croire que c'était la représentation, répnre du labyrinthe (ni chemin de JcVu^a/e/M, qui se trouvait autrefois dans la cathédrale de l^oiticrs comme il en existait dans beaucoup d'autres. C'était effectivement une sorte de labyrinthe s'élevaot en saillie dauA la ne( en détours multipliés, et dont les fidèles suivaie^it les mille méandres dans cet esprit de foi qui leur faisait appliquer cette pratique pieuse à la mémoire du tri^et que parcourut L-Cl pour se rendre au Calvaire et des douleurs de la Passion. C'était alors sans doute une forme spéciale de prières, une dévotion qui nous semble ri ssuscitée aujourd'hui sous le nom de Chemin de la Croix.

Or^ae. Avant de sortir de ce temple auguste , n'oublions pas de donner quelques instants encore au magnifique instrument qui en fait retentir les voûtes sonores des sons puissants de ses riches accords.

La première mention d'un orgue dans l'église Saint-Pierre est

faite à la date du 4 juin 1363, à l'occasion de l'entrée d'Aymeride Mons, évéque de Poitiers.

Nous ne savons si c'eiriii le même qui fui détruit en 15G2, lors du pillage des protestants. Un orgue beaucoup plus complet succéda à celui-ci. H fut exécuté par Crespin Carrelier de Rouen, qui * avait fait en 1609 le grand orgue de Saint-Hilairc. il fut iivré le Ti HTril 1613 au prix de 6^800 liv. tournois, il fut accepté par mes* sire Jean Titdouse»clianoine et organiste de Téglise métropolitaine de Rouen, pour le chapitre de Poitiers, et, pour Crespin Car* relier , par messire Florent Bienvenu, chanoine dé Notre-Dame de

74 ÉGLISB SAINT-PIEREE. ORGUES.

Laon et organiste de la Sainte-Chapelle de Paris. Cet Instrunient remarqaabte fut réduit en cendres, le 20 décembre 168 par la négligence de Torganigte qui oublia d'éteindre les charbons qu*il y

avnil lai^sés.

Le chapitre de Saint-Pierre (lut se contenter longtemps, après cet accident, du petit oreue plne»* du eùle du juhr , qui servait à accompagner le piain>chant ; cl ccl instrument inicarfait servît aux cérémonieâ du culte jusqu'à la réception du grand orgue aotnel. Un aete capitulaire du 16 novembre 1786 décida la reconstruction de cet orgue, et le traité fut signé avec Henri-Claude* Fjrançols Clleiiuot , facteur d'orgues du roi, le 18 avril 1187. Une vente de bois à Smarves produisit 48,286 Itv. 8 s. 5. d. ; une sous* cription, 12,000 liv.;le chapitre donna 1,517 liv. 10 s. 4 d. La menuiserie exécutée par Favre coûta 21,300 liv.; l'instrument, 34,192 liv., ce qui, avec les mrnus liais , éleva le prix total à 5(i,8ôO liv. 4 s. 0 d. 11 fut pendant quatre années en coni^t^uction, et ce fut François Cliequot qui l'acheva après la mort de son père; il fut terminé le 20 novembre 1780. Enfin , il fut reçu le 7 mars 1701 par MM. LardI et Véron , organistes de Poitiers.

C'était une triste éf^ue pour des œuvres de ce genre. Bientôt après, Véglise fut fermée aux fidèles; ainsi, à peine l'orgue de Saint- Pierre avait-Il accompagné pendant quelques jours les chants religieux , que ses majestueux accords se mêlaient au Lmit des chansons tacriléges par lesquelles on célébrait le culte des déesses très peu divnies de la Ui^piihlîqne. Ce fut A ce prix qn'il échappa, et h grand peine encore, aux mains barbares qui voulaient faire de ses tuyaux sonores des balles patriotes, et ce résultat fut aussi obtenu en parlle par l'intervention do menuisier Favre, dont le juste orgueil se trouvait flatté des compUments que lui valait son œuvre.

Restltuéau culte catholique, l'orgue de Saln^Plerre a été restauré par Nyssen d'Angers, en 181 8, et accepté le 35 septembre par MM. Véron et Maresse , organistes, puis relevé et mis à neuf par Piene-I raut^ois Dallery, facteur d'orgues du roi, et reçu par Messieurs Véron et d'Aubigny , organistes de Poitiers, le 4 novembre 1822.

Cet instrument remarquable auquel il ne manque aujourd'hui que quelques réparations et modifications asses simples, mais coû-

ÉUMt SAIIIT-nniU.— ORfiWS.

teuses el nécessaires, qu'on oblientlrasaiis doute d'administrateurs éclairés , est un grand seize pieds; il se compose de 44 jeux distribués sur 4 claviers à la maia d'ul à mi » et d'us davier de pédales de deux octaves et demie.

Ses luyaox en étain forgé donnent ani sons une rondeur admirable et un édat sans rudesse , auxquels i^outent encore la bonne disposition et l'heureux emménagement des divers jeux qui le composent.

Les sculptures du Buffet de l'orgue , ainsi que de la chaire de la grande nef, sont ducs au ciseau babile de Berthon, artiste poitevin» lequel, à Texemple des maîtres , n reproduit, sous la figure des anges qui Jouent sur leurs instrumeats, les portraits de ses jeunes enfants.

Si le genre d'ornementation qu'il a adopté est loin d'être irrépTOebable, quant au style mis en rapport ateo Tintérieur de l'égiîEe de Saint-Pierre» on ne peut nier du moins que l'artiste n'ait

révélé dans son faire un talent remarquable , et n'ait ajouté paria ricbesse des décors au mérite intrinsèque de l'œuvre du fameux Clicquot.

C'est à tous ces avantages réunis que l'orgue de Saint-Pierre de Poitiers doit d'être classé , par les facteurs et les organistes les plus ieélèbres,au,nombre des instruments de ee genre les plus beaux «I les plus parfaits qui soient eonnos non seulement en France * nais à l'étranger. .

Si tous pouves obtenir rantorisation de monter dans les eomblec et de visiter la cbarpente , nous vous recommandons d'unis manière spéciale la partie qui couvre les transsepts , el surtout le sanctuaire. Lors même que vous seriez architecte, vous trouveriez assurément quelque chose à gagner à cette visite , et nous vous la conseillons.

Votre curiosité doit aussi irons porter à aller Toir de près , dans la grosse tour, ie bourdon » qui aux Jours solennels annootee les jprandes fêtes catholiques. Fondu en 1794 par les ordres de Monseigneur Jérôme^Louis de Foudres de Gourcenay , éTéqne de Poitiers, ce bourdon est un des plus considérables de France. Si TOUS ne pouvez l'entendre sonner, vous jugerez de la rondeur du ao2 naturel que donnent ses volées, lorsque vous saurez que sa

circonféreDce est de G mètres » que sa hauteur est d'un mètre 6& eeau, que sou battant a 35 e>^nt d'épaisseur sur 83 eent.'de tour» et que ce bourdon pèse près de 9,000 kilogrammes* Avant la révolution, cet Instrument sonore {était avec une libre

expansion à la ville entière ses sons graves , prélude des plua touchantes solennités; il était bien place pour cela , car il dominait la tour, qui Tenserre aujourd'hui , de toute la hauteur d'une forte charpente revêtue d'une mince toiture en dôme, qui ne formait nul obstacle aux puissantes vibrations de Tair. En 1811 » nn préfety dont il faut dire le nom , car il est digne de cet honiîeur , M. Mallarmé , trouva que son voisin était trop bruyant pour ses oreilles administratives, et il obtint, ce que n'obtiendrait aasorément pas son successeur aujourd'hui (Il est vrai que c'était alors le bon temps.... pour les préfets}, il obtint, disons-nous , la condamnation du malencontreux bourdon, lequel fut dcifcendu à urands frais et à grand'peine dans In sj.nîne de pierre, d'où ses sons étouffés , ne s'écbappant qu'avec peine du côté opposé au palais administratif, ne gêneront plus pendant quelque temi>« encore les bôtes passagers qui l'habitent.

Voir pour plus de détails VffisMre de la CaihédraU de Poi» tiers t parH.l'abVé Auber, i nsérée dans les ¥i^m. de la Sœ* âêt iiitiq, de VOuett, 184B et 184 u, et dont notre notice n'est qu'un résumé.

Sortons de l'église cathédrale en nous dirigeant v< rs la porte qui s'ouvre dans la nef latérale de droite, après la chapelle de paroisse, et tout en marchant, rappelons les faits 4uà peuvent servir à rinlelligenoe de ce qui va suivre,

Bvè«M0 die PolsleM.— Après avoir esquissé l'histoire de la

cathédrale de Poitiers , il est tout naturel de parier des prélats qui opt ocni [lé ce siège important dont ou a détaché plusieurs parties pour constituer les diocèses de Maiilezais et Luçon, et d'autres portions qui sont annexées aujourd'hui aux diocèses de Bourges^ de Tours et d'Angers.

La foi chrétienne fut préchée au milieu du m« siècle , dans le Poitou, par St-Martial , l'apètre de l'Aquitaine, qui sans doute y recueillit les fruits abondants qui naissaient partout sous ses pas*

MvÈgQES DB POITIERS.

Le siège épiscopal de Poitiers, l'un des plus ancieiii; des Gaules, a été établi, selon les auteurs les plus compétents , peu après le milieu du itr siècle. En admettant Texistence des s évéques qui d'après eerlaias chronologistes précédèrent saint Ililaire,on comptait Jusqu'à ce Jour 118 évéques, dont deux occupèrent le siège deurfois à deux reprises diffigrentes* Danscenombre sept forent déoorésde Ih pourpreromafne; un, saint Emmeran, fut martyr de la foi qu'il alla prêcher en Bavière , et plusieurs portent des noms chers à plus d'un titre à la catlioliclté. Le premier de tous , saint Hilaire , docteur de rédise , ronrcsseiir do lu foi catholique qu'il a défondue contre l'arianisme avec une vigueur et un talent qui l'ont fait nommer par saint Jérôme le Uhàne de réloquence latine , souffrit poursafol les persécutions etrexiUetmourutdelamqrt des saints le 13 Janvier 367 ou 368. On a de lui un grand nombred'ouyri^ delà plus haute importance. Un savant prélat [Mgr Gousseaui évéque d'Angouléme] lui attribue à juste titre la composition du Te Deum, cet hymne magnifique qui exprime aux jours de leurs triomphes la reconnaissance des peuples chrétiens, comme il dut exprimer le triomphe et la reconnaissance du grand évéque À son retour au milieu de son troupeau bien-aimé (l). . Un rescrit delacongri^tion des rites du 29 mars I86f , appruu^ ▼é par le Souverain-Pontife le 4 avril; vient de confirmer le titre éd docteur de Fégliêe au grand évéque de Poitiers, qui fut an milieu des tempêtes du monde « le grand champion de Té- » glise, la trompette de l'Occident contre les Ariens, et qui au » témoignage de saint Jérôme porta de tous côtés les lumières » de la foi par l'aulorité de sa confession , par la prudence de sa » vie, par le renom de son éloquence, nous léguant (Vadnm ahles » écrits que l'on peut parcourir sans se heurter une seule fois » le pied» et lire sans y soup^sonnêr une c^bre d'erreur* »

Saint VenanceFortunat(599) a honoré son siège par sa piété profonde » les lettres par ses poésies sacrées , reflet brillant de la lit* térature antique , et par ses autres compositions consaorées en partie à la mémoire des plus saints personnages.

Saint Pierre 11 mérita par sa fermeté contre Guillaunie-le-Troubadour qu'il osa pour crime d'aduUère excommunier au milieu de

(0 Voir Jtfrwt. deiaSceiéiédtfS JnU de VOuttsl, iS56.

EVÉQUES DE POITIERS.

son église, en présence de la foule assemblée» â'éUreexIléà Ghau- Tlgny où 11 monrut ea U15. Les hisloriens rapportent qu*att nuw ment où révéque commença la formule d'excommunication, le comte tira son épée pour Ten frapper. L*évéqoe ayant réclamé

quelques instants de recueillement, acheva lu. fuimulc et dit au comte: frappe, j'ai fini. Le comte remit son épée au foui reau en disant au courageux pontife : «jene t'aime pas assex pour vouloir Renvoyer en paradis, «Cette scène éiûou vante reproduit bien exactement la physionomie de ces temps éloignés , ce mélange de foi et d'impiété qui s'alliait alors dans les natures farouchea des grands de la terre , et Tinfluenee salutaire que savaient exercer les prêtres du Seigneur sur ces âmes Hères et brutales inacccasibles à toute crainte purement humaine.

Gilbert (le la Porée né a Poitiers , évêque en 1141, savant distingué , soutint touchant le mystère de la Sainte-Trinité des erreurs assez graves qui furent combattues par saint Bernard et qu'il rétracta noblement au concile de Reims qui les avait condamnées Cl 148).

Gauthier de Bruges pieux et savant religieux de Tordre des Frères Mineurs, nommé évéqueen 1371, mort en 1306, mérita par ses Tertns le titre de bienheureux. [V. les détails qui le oonoer-nent à l'article des Cordeîiers,]

Simon de Craniaud , cardinal , patriarche d'Alexandrie, prit une part très active aux débats du grand schisme d'Ocxïident dont il contribua k préparer re^LtincUon par son infatigable ardeur. Ce fut lui qui présida en 1395 l'assemblée importante qui se tint à Paris à cet eflèt. (Y, la notice qui lui a été consacrée par M. l'abbé Auber, Mémairei des Antiquaires de POuesi , 1. 1840.)

Jacques iouvenel des Ursins , archidiacre de Paris , président de la chambre des comptes, patriarche d'Antioche , mort en 1466, rappelle un nom illustré par de grands services rendus ;i la France.

Si Guillaunie de Clugui fut un des conseillers du terrible Luuis XI , qui l'employa dans ses afTaires les plus importantes (1479], Pierre d'Ainboisc, frère du cardinal (1481), rappelle le nom du ministre habile et sage qui fut aussi le conseiller bien écouté de Louis XII, le pére dtt jpeupie.

Henri-Louis de Chasteigner de la Roche-Posay , appartenant à nne de noa plus Illustra (àidllles poitevines , sa souTlnt du saqg

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