CHAPITRE XVIII
Les Remèdes de la Nature.
102. Le soleil. — Le soleil est la plus grande source d'énergie qui soit au monde. C'est grâce à ses effets bienfaisants sur la terre qu'est rendue possible la vie des plantes, des animaux et des hommes. C'est lui qui est la cause des courants d'air, des vents, des nuages et de la pluie.
La lumière du soleil est un merveilleux facteur de santé et de guérison. Tandis qu'elle est mortelle aux éléments de maladie, elle est une source de santé à toutes les formes normales de la vie. Exposés directement à la lumière solaire, tous les germes infectieux sont détruits par elle en quelques heures. Même les germes du sputtim (crachat) tuberculeux sont détruits en un jour ou deux par leur exposition en plein soleil.
L'énergie solaire qui se manifeste dans la vie des plantes est quelque chose de phénoménal. C'est elle qui, au printemps, réveille l'herbe et les semences endormies, et nous fait assister à une véritable résurrection de la vie. C'est elle qui attire du sein de la terre les semences de blé, d'avoine et de maïs, qui leur fait soulever la croûte terrestre et élever dans les airs leurs tiges verdoyantes. Si toutes les fissures minuscules représentées par la végétation qui sort de la terre étaient remues en un seul point, nous assisterions à un formidable tremblement de terre. Et cependant le soleil accomplit cette œuvre dans le silence et le mystère.
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La cristallisation de la lumière solaire, chose impossible à l'homme, s'accomplit néanmoins continuellement sous nos yeux dans le monde végétal. Cette lumière, unie au carbone, à l'hydrogène et à l'oxygène, s'accumule dans les plantes sous forme d'énergie potentielle, prête au service de l'homme.
Nous savons peu de chose de la lumière ; mais l'analyse y a découvert la présence de rayons de chaleur, de rayons chimiques et de rayons lumineux. Ce sont les rayons de chaleur qui réchauffent la terre. Les rayons lumineux l'enveloppent de lumière, tandis que les rayons chimiques donnent à l'herbe sa teinte verte, et des couleurs variées et admirables aux rieurs et aux fruits. C'est le rayon chimique qui donne en été à la peau un teint basané. Ces rayons communiquent une énergie vitale au système nerveux de l'homme et des animaux, et sont absolument essentiels à la vie. Loin de la lumière du soleil, les plantes, maladives et pâles, sont dépourvues de couleur, parce que privées du chlorophile, qui y développe la matière verte. De même l'homme, privé des rayons solaires, est pâle,^ maladif et anémique, parce que son sang est dépourvu d'hémoglobine qui en est la matière colorante.
Depuis l'invention des rayons X et de la lumière Finsen, il a été constaté que la lumière du soleil est un puissant agent thérapeutique ou guérisseur. Les maladies de la peau et autres maladies malignes sont moins communes parmi les personnes qui passent une bonne partie de leur temps au grand air et exposées aux rayons du soleil. Si tout notre corps pouvait être exposé journellement aux rayons solaires, comme l'est notre visage, nous serions bien mieux portants et bien plus heureux. La lumière répand la santé, mais les ténèbres propagent la maladie.
Un bain de soleil par jour devrait faire partie de notre programme quotidien. Ce traitement est surtout nécessaire dans la tuberculose ; la personne atteinte de cette affection devrait exposer la partie malade au soleil, qu'il s'agisse de tout le corps, de la poitrine ou d'un membre quelconque. Si ce traitement peut aider à guérir la maladie, il va de soi qu'il saurait la prévenir s'il était utilisé. Les gens qui passent
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leur vie dans des lieux mal éclairés manquent de couleur, d'énergie, de vigueur et de bonne humeur. Chacun devrait passer plusieurs heures par jour en plein air.
L'effet des rayons solaires est de calmer les nerfs, de relâcher la tension des vaisseaux sanguins, de récupérer les énergies vitales épuisées.
Ils chassent la mélancolie et ramènent le sommeil. C'est un véritable don de Dieu, qui ne coûte pas un sou. Aucun être humain ne peut être obligé de se priver du plus puissant restaurateur qui soit dans la nature. On devrait profiter de toutes les occasions possibles pour jouir chaque jour des bienfaits de la lumière du soleil. Asseyez-vous au soleil, couchez-vous au soleil, marchez sur le côté ensoleillé de la rue, évitez les parasols, et reconnaissez dans le soleil un ami et non un ennemi, un promoteur de santé et un destructeur de maladies.
103. L'air pur. — L'air pur est inséparable de la lumière du soleil. L'air est purifié par le soleil, la pluie et le vent. Le soleil en détruit les germes ; la pluie le baigne et en précipite sur la terre les impuretés; tandis que la brise le tient en mouvement, ce qui est absolument nécessaire pour le conserver pur et frais.
Toutes nos chambres, aussi bien que les chambres de malades, devraient être pourvues non seulement de lumière, mais d'une abondance d'air frais. L'air, aussi bien que le pain, est l'aliment de nos tissus et de notre sang.
104. L'eau et son usage. — L'eau est l'élément naturel le plus universel, le meilleur marché et le plus accessible. C'est le dissolvant le plus commun, soit dans le corps soit ailleurs. Il est indispensable à la vie des plantes et des animaux, et
Exposes-vous au soleil.
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constitue une forte proportion du poids et du volume de tous les animaux.
L'emploi de l'eau comme médecine est le plus antique remède connu à la science. Toutes les drogues de la pharmacie et toutes les méthodes thérapeutiques sont très modernes comparées à cet ancien médicament.
Si les partisans les plus enthousiastes de l'hydrothérapie ne vont pas jusqu'à prétendre que l'eau est la panacée de tous les maux qui affligent notre race, ceux qui ont fait une étude approfondie de ses effets et de ses réactions sur le corps humain, ont été obligés de reconnaître qu'elle est plus près qu'aucun autre de mériter l'honneur d'être appelée le remède souverain.
L'eau est l'élément distribué avec le plus de profusion dans la nature ; elle est presque partout d'un accès facile ; elle n'est pas coûteuse ; elle s'emploie avec succès à combattre un plus grand nombre de maladies que n'importe quel autre remède, et il est prouvé qu'aucune drogue ne peut produire une aussi grande variété d'effets physiologiques.
105. Hydrothérapie. — Ce mot signifie simplement l'emploi de l'eau dans le traitement des maladies. On a employé l'eau comme remède beaucoup plus en Allemagne et en Autriche que dans tout autre pays durant le siècle dernier.
Si une grande proportion des membres de la profession médicale, aussi bien que le peuple, est encore affectée d'hydrophobie (la peur de l'eau) c'est malheureusement attribuable aux empiriques et aux charlatans de l'hydrothérapie. Car il faut se souvenir qu'un agent aussi puissant que l'eau, s'il est manipulé imprudemment et maladroitement, peut aussi bien que la médecine causer un mal incalculable.
Il y a plusieurs raisons expliquant pourquoi l'hydrothérapie n'est pas employée, à l'heure qu'il est, plus largement par les médecins dans le traitement des maladies aiguës et chroniques. En premier lieu, on en fait à peine mention dans les écoles médicales ; elle n'est inscrite au programme des études que dans deux ou trois écoles de médecine. Il en résulte que, jusqu'à tout récemment, si un médecin voulait étudier l'hydro-
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thérapie, il était obligé de l'étudier par lui-même et de faire ses propres expériences, ou bien d'aller passer une année à l'étranger. Il n'y a que quelques années qu'à été fondée l'école de médecine de Loma Linda, Californie, qui enseigne à fond les principes et la pratique de l'hydrothérapie.
Une autre raison, c'est que la pratique de l'hydrothérapie sur une grande échelle, soit en privé soit dans un établissement, exige des infirmiers expérimentés. Les résultats auxquels s'attend le médecin peuvent être entièrement frustrés par des traitements mal administrés.
Pour se servir de l'eau d'une manière scientifique, il est absolument nécessaire d'avoir une connaissance approfondie de l'anatomie et de la physiologie. Il est surtout important de connaître l'anatomie du système nerveux, du système circulatoire et de la peau. Les quinze à dix-sept pieds carrés de peau qui recouvrent le corps d'un adulte sont un organe d'une haute sensibilité, intimement relié au système nerveux central, dont les millions de fibres aboutissent aux cellules épithé- Iiales. C'est principalement grâce à cette sensibilité que l'hydropathe réussit à produire des réactions physiologiques qui amènent la guérison.
Ce qu'est la harpe au harpiste, telle est la peau humaine à l'hydropathe. C'est une vaste surface réflexe sur laquelle sont représentés tous les organes, toutes les glandes et tous les muscles du corps. D'une façon générale, tout organe est en relations réflexes avec la peau qui le recouvre immédiatement. Mais plusieurs organes sont en outre en rapports réflexes avec des parties éloignées de la peau qui les recouvre. Par exemple, les paumes des mains sont en rapports réflexes avec la membrane muqueuse du nez et avec le cerveau ; la plante des pieds est en relations réflexes avec la vessie et l'utérus ; le tégument (la peau) qui recouvre le tiers inférieur du sternum, est en rapport avec les rognons. La connaissance de ces faits est très importante dans le traitement des maladies, car grâce à elle il est possible d'obtenir par les procédés hydrothérapiques des effets locaux ou généraux à volonté.
Un fait très connu, c'est qu'en se baignant le visage on
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obtient un effet rafraîchissant sur le corps tout entier. Un autre fait bien connu chez les femmes, c'est que la menstruation peut être arrêtée soudainement par le froid des pieds.
Or si des applications locales d'eau froide peuvent produire des effets aussi extraordinaires, on peut obtenir des effets bien plus considérables par des applications plus générales ; et si ces applications sont répétées de jour en jour, on arrivera à produire dans le corps des transformations physiologiques très importantes. Ce principe s'applique à toutes les opérations hydrothérapiques, qu'elles soient locales ou générales.
Non seulement l'eau constitue le soixante-six pour cent du poids entier de notre corps, et entre dans la formation de tous nos tissus, mais elle constitue un moyen excessivement commode d'exciter les centres nerveux, et de communiquer la chaleur au corps. C'est sur ces faits qu'est basée l'action physiologique de l'eau.
106. Quand l'eau appliquée sur le corps a la chaleur de la peau, son effet est neutre, c'est-à-dire qu'il n'est ni stimulant ni déprimant. Si l'eau employée est d'une température plus élevée que celle de la peau, on dira qu'elle est chaude ou très chaude, et si elle est moins élevée, on dira qu'elle est tiède, fraîche, froide ou glacée. Les extrémités nerveuses ne perçoivent pas la différence entre les extrêmes du chaud et du froid, et par conséquent les effets en sont les mêmes. Chez les personnes non accoutumées aux applications chaudes ou froides, ainsi que dans certaines maladies, la peau devra s'habituer aux variations du chaud et du froid. Cela est surtout visible à l'extrême sensibilité de la peau dans l'ataxie locomotrice.
Les effets physiologiques que nous désirons obtenir d'un certain traitement dépendront donc du fait que l'eau sera chaude ou froide, du degré de chaud ou de froid, de la force du jet en cas de douche, et de la durée du traitement. La plus grande partie des effets physiologiques des traitements hydriatiques est due aux réactions produites, ainsi qu'à leur influence mécanique sur le sang et la lymphe.
10/. Voici les principaux moyens hydrothérapiques utilisés
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dans le traitement des maladies aiguës et chroniques : la douche ; la douche fine, froide ou chaude ; la douche chaude et froide, alternativement ; la percussion locale ou générale ; le bain de Brand ; le bain de Bouchard, ou le bain gradué ; le bain neutre; le demi-bain; le bain de siège; le bain de jambe; le bain de pied ; le bain de bras et de main ; le bain à l'éponge ; la friction, la friction au linge, la friction au drap mouillé, la douche au seau (affusion) ; les compresses chaudes ou froides ; les compresses alternantes ; les compresses évaporantes et non évaporantes ; la ceinture humide ; le maillot sec ; le maillot mouillé; le maillot de tronc; le maillot de poitrine; le maillot de hanches ou pelvique ; le maillot de jambe ; le maillot au drap mouillé; lavements, irrigations, affusions. Tous cejs traitements, excepté le bain de Brand, le bain gradué et les douches, peuvent être administrés dans n'importe quelle demeure particulière.
Par Temploi de l'un ou de l'autre de ces moyens, on peut obtenir les effets suivants ; effet tonique, local ou général, sédatif, antispasmodique, nutritif, éliminatif, diurétique, expectorant, antipyrétique, antiphlogistique, hémostatique, emménagogique et analgésique.
108. Dans la description qui va suivre des différents usages de l'eau, nous ne nous arrêterons pas à décrire en détail les divers effets physiologiques de ces traitements, ni les diverses maladies auxquelles ils sont spécialement applicables. On y renverra par leurs numéros d'ordre dans la description des maladies.
109. Cure d'eau. — Quoique le besoin de boire de l'eau soit un de nos instincts naturels, il est de fait qu'on ne boit pas a^sez d'eau pure. Sir Lauder Brunton affirme que si l'on buvait une quantité suffisante d'eau, les maladies de la pierre seraient inconnues. Dans les grandes chaleurs et quand on transpire abondamment, on boit d'ordinaire assez d'eau ; mais il y a une quantité de personnes qui boivent très peu d'eau alors qu'elles devraient en boire abondamment, précisément parce qu'elles ont la peau inactive ainsi que les reins et les
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rognons paresseux. Un peu de jus de fruit additionné à l'eau peut la rendre plus agréable.
Un adulte devrait boire de une et demie à trois pintes d'eau par jour de vingt-quatre heures. Il est préférable d'absorber cette quantité d'eau à petites doses d'un quart de verre à un verre, à intervalles rapprochés, que de se noyer l'estomac tout d'une fois, surtout droit avant, durant ou après les repas. ■ Il est dangereux de boire de l'eau glacée quand on est en sueur ou dans un état d'épuisement. A moins d'être affligé de catarrhe d'estomac, chacun devrait former l'habitude de boire un demi verre d'eau fraîche au lever, une demi-heure avant le repas, et au moment de se coucher. L'eau fraîche est aussi agréable à l'estomac qu'elle l'est au visage.
Dans les endroits où il est impossible d'obtenir de la glace ou dans les climats chauds, on peut rafraîchir l'eau (improprement appelée de table) de la manière suivante: Faites une solution acétate d'ammonium à deux onces par pinte, trempez-y des linges que vous appliquerez autour de votre bidon, de votre cruche ou de votre carafe d'eau à boire. La rapide évaporation des linges mpuillés rafraîchira votre eau. Dans toutes les fièvres et les maladies aiguës, buvez de l'eau en abondance. Dans la fièvre typhoïde, par contre, l'eau très froide excite à un trop haut degré les évacuations intestinales. Dans le catarrhe d'estomac, un verre d'eau chaude bu avant les repas aura pour effet de nettoyer l'estomac de son mucus.
En cas de "brûlure d'estomac," ou de forte acidité du contenu de l'estomac à la suite d'un repas, deux ou trois verres d'eau chaude suffiront pour soulager la douleur gastrique.
Ne marchandez pas l'eau aux nourrissons et aux enfants. Deux ou trois cuillerées à thé d'eau tiède que vous donnerez au bébé deux ou trois fois par jour, alors même qu'il fait semblant de refuser, contribueront à lui former une excellente habitude. Les cris des bébés ont souvent pour cause la soif et non pas la faim. Quand un jeune enfant a des gaz sur l'estomac, vous pouvez le soulager immédiatement en lui donnant quelques cuillerées à thé d'eau assez chaude, et en le tenant debout ou la tête appuyée sur votre épaule.
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De l'eau de pluie recueillie dans des ustensiles propres est la meilleure eau, si elle ne vient pas immédiatement après une période de sécheresse. De l'eau bien distillée et aérée est très pure et très saine. De l'eau tirée d'un puits profond alimenté par plusieurs sources est d'une pureté appréciable, et n'a pas besoin d'être bouillie. L'eau de toute autre provenance doit avoir bouilli pendant quinze minutes pour être potable. On la rafraîchira à l'air.
L'eau tirée de puits de peu de profondeur, de petits cours d'eau, ou de fossés d'irrigation, surtout dans les climats tropicaux, est une source abondante de fièvre typhoïde, de malaria, de fièvre jaune, de dysenterie et d'autres maladies.
Un verre d'eau fraîche pris par petites gorgées est un excellent tonique pour le cœur, dont les battements seront plus forts et plus lents. Par contre, d'abondantes rasades d'un liquide chaud quelconque ont pour effet de les accélérer. Pour provoquer un vomissement en vue de débarrasser l'estomac d'aliments non digérés, buvez rapidement de deux à quatre verres d'eau tiède, en mettant une cuillerée de sel dans chaque verre, ou, à la place du sel, de la moutarde moulue.