‹ Le guide pratique de la santéChapitre 49 sur 91 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Comment soigner les malades.

142. Il n'y a pas de plus haute vocation que celle qui consiste à assister ceux qui ne peuvent pas s'aider eux-mêmes. Savoir porter secours aux malades est un art que devraient convoiter toutes les personnes sympathiques, hommes ou femmes. Il est vrai que la femme, par sa nature, est mieux adaptée à soigner les malades que l'homme.

Le but de l'auteur n'est pas de mettre ici par écrit les instructions nécessaires pour former une garde-malade diplômée, mais simplement de donner quelques renseignements aux personnes qui désirent se rendre utiles, et qui ne sont pas à même de suivre un cours d'études régulier. L'expérience est, après tout, l'école la v.; meilleure et la plus pratique, et on ne la trouve que dans la chambre du malade.

Si l'on veut réussir dans vocation d'infirmière, il faut être forte, en bonne santé,

En union étroite avec Celui qui répandit le bien autour de Lui.

13 — P G Frcnch

ly% Le Guide de la Santé.

calme, aimable, sympathique, propre, tranquille, prête à apprendre, et par-dessus tout, en union étroite avec Celui qui répandait le bien autour de Lui.

Etudiez soigneusement les chapitres qui précèdent et ceux qui suivent, de manière à comprendre le fonctionnement normal du corps et la nature des différentes maladies. Il est nécessaire d'en repasser le contenu plusieurs fois avant qu'il soit bien fixé dans l'esprit. Observez attentivement, et votre fonds de connaissances ira en augmentant. Profitez de vos erreurs. 143 Chacun doit s'étudier à agir sans bruit; mais cela est surtout nécessaire à une infirmière. Que vos mouvements soient doux et rapides. Ne heurtjez pas les chaises ; ne fermez pas bruyamment les portes, et ne faites pas claquer les fenêtres. Portez des talons en caoutchouc, tant pour votre confort que pour celui des autres.

144. Etudiez les dispositions de vos patients, et sachez quand vous devez parler et quand vous devez vous taire. En général, les personnes très malades n'aiment pas qu'on leur parle, sauf pour leur demander ce dont elles ont besoin. Evitez surtout de leur parler de cas graves dont vous avez connaissance. Ceux qui s'approchent des malades doivent toujours être gais et optimistes et porteurs de bonnes nouvelles.

145. Le devoir de l'infirmière est de veiller à ce que la chambre du malade soit gaie, propre, en bon ordre, bien ventilée, et que la température n'en soit pas au-dessus de y0° F., ou de 60°, si le malade a la fièvre. Ne donnez pas un traitement froid dans une chambre froide.

146. La garde-malade devrait s'assurer que le lit soit fait, que les draps de lit soient frais et tenus unis, et que les couvertures soient bien aérées.

147. Pour faire un lit sans sortir le malade, roulez le patient sur un côté du lit, enroulez le drap sale près de lui, étendez un drap propre à sa place, puis remettez le malade au milieu du lit; cela fait, enlevez le drap sale, et étendez le drap frais. Il est parfois nécessaire de soulever le patient au lieu de le rouler. Il vaut mieux alors, pour l'infirmière et pour le malade, si ce dernier est un adulte, qu'il y ait deux personnes pour le faire.

Comme ni soigner les malades. 1/9

148. L'infirmière devrait prendre som de la toilette du rsa lade, changeant sa robe de nuit, etc. et lui préparer les repas si c'est nécessaire, même le nourrir si le patient est faible ou invalide.

149. Les malades alités par la fièvre boivent plus facilement en se servant d'un tube de verre courbe. Cela leur épargne la nécessité de s'asseoir, de se faire soulever et d'autres inconvénients.

150. Les malades au lit, surtout en cas fièvre ou après un accouchement, devraient faire usage d'un bassin pour les selles. Pour protéger le lit placez un morceau de toile cirée, du drap caoutchouté, ou deux ou trois feuilles de papier de journal sous le malade. Sachez que les selles se font parfois difficilement dans cette position. En donnant un lavement il ne faut placer l'irrigateur que deux ou trois pieds au-dessus des hanches du malade pour que l'eau coule lentement. Enduisez la canule de vaseline, de savon ou d'huile. Après un lavement, nettoyez bien l'anus et ne permettez jamais que ces parties restent malpropres.

151. Pour les malades au lit il est parfois nécessaire d'employer un urinai pour recevoir les urines. Cela est très commode, et épargne la force du patient.

152. Une infirmière devrait avoir un ou plusieurs thermomètres médicaux exacts, et savoir comment les employer. Pour faire descendre le mercure, tenez avec les doigts le bout large du thermomètre ; secouez vivement la main, comme en "claquant des doigts". Avant d'employer le thermomètre, n'oubliez pas de faire descendre le mercure. La température normale par la bouche est de 98.6° F.

153. Immédiatement après son emploi, le thermomètre doit être désinfecté. Employez de l'alcool, deux pour cent d'acide carbolique, ou une solution de deux pour cent de formaline. Avant d'employer le thermomètre rincez-le dans de l'eau froide bouillie, et rincez de nouveau après usage.

La température peut être prise dans la bouche en plaçant

180 Le Guide de la Santé.

le thermomètre sous le bout de la langue, et serrant les lèvres. Trois minutes est d'ordinaire assez longtemps. Ne prenez pas la température dans la bouche immédiatement après que le patient a eu de l'eau froide ou chaude dans la bouche, mais attendez quinze à vingt minutes.

La température peut être prise sous l'aisselle. Ayez soin d'essuyer préalablement avec une serviette, placez bien le thermomètre en dessous du bras, et maintenez le bras serré contre le corps et un peu en avant. Il faut l'y laisser cinq minutes.

La température peut être prise à l'aine, au rectum ou au vagin. Pour les enfants très jeunes, il vaut mieux la prendre au rectum, ainsi que chez les malades qui ont perdu connaissance ou qui ont le délire. Tenez le thermoomètre, et maintenez-le en place de trois à cinq minutes. Teniez compte du fait que la température rectale est à peu près d'un degré plus élevée que celle de la bouche, et n'oubliez pas de faire la déduction quand vous en prenez note.

Pour les malades tuberculeux, le meilleur moment pour prendre la température est à 8 heures du matin et à 8 heures du soir. Pour les malades atteints de fièvre, il faut prendre la température toutes les heures ou toutes les deux heures, à moins que la fièvre soit légère, et que le malade se sente bien.

En général, il n'est pas bon que l'infirmière dise au patient le degré de sa température ou l'état de son pouls.

154. En tâtant le pouls, pratiquez d'abord sur vous-même jusqu'à ce que vous soyez habitué à un pouls normal. Employez l'index, ou les deux doigts de la main droite, mettez-les près du bord du poignet qui se continue par le pouce. Employez toujours une montre et comptez une minute, ou comptez pendant vingt secondes et multipliez par trois. Quand le pouls est très rapide, comptez plus longtemps, ou répétez deux ou trois fois pour être certain. Chez les enfants qui ont la fièvre, le pouls est souvent difficile à compter. Dans un cas pareil, il peut être nécessaire d'écouter sur le cœur. Le pouls peut aussi pris à l'artère temporale, sur la tempe.

Le pouls normal, chez l'adulte, est de 70 par minute. Chez un enfant en-dessous d'un an, il marque à peu près cent et quinze. Jusqu'à six ans il est près de cent par minute. Chez

Comment soigner les malades. 181

l'adulte, à une température de 100°, le pouls varie de 80 à 100; à une température de 102° F., il varie entre cent et cent dix; à la température de 104° F., il marque entre cent vingt et cent trente. En général, à l'origine de la tuberculose, le pouls est très rapide.

Pour compter les respirations, comptez les élévations de la poitrine par minute. La normale chez un adulte est à peu près à dix-huit. Chez un enfant en dessous d'un an, elle est environ quarante.

155. N'éveillez pas les malades pour prendre leur température, ou pour les nourrir, ou leur donner de la médecine, ou un traitement. Si le sommeil est dérangé par plus ou moins de délire, ne tenez pas compte de cette règle.

156. Ne laissez jamais un malade avoir froid aux pieds. Aucun malade, ni personne ne peut bien dormir ayant les pieds froids. Le meilleur moyen de les chauffer est de les placer dans de l'eau chaude, 105° F. à 110° F., pendant cinq à dix minutes, puis essuyez-les. S'il faut le faire dans le lit, employez un bassin. Après ceci, on peut les tenir chaud, en y plaçant un bouillote, entourée d'une flanelle.

Ne donnez jamais un traitement à froid au malade quand il a froid, est frileux, a les lèvres bleues, ou a la chair de poule. Donnez des fomentations sur l'épine dorsale, un bain de pieds chaud, ou une friction chaude.

15/. Ne donnez jamais un traitement froid à un fiévreux qui transpire. Essuyez-le de temps en temps avec une serviette, et laissez continuer la transpiration. Si la transpiration a lieu de nuit dans la tuberculose, essuyez avec une serviette ; donnez ensuite une friction froide, ou un frottage à chaud au vinaigre.

158. En donnant un traitement à l'eau employez un thermomètre à eau, pour être exact, et ne devinez pas la température. Un thermomètre ne coûte que quelques sous. Si vous n'avez pas de thermomètre, sachez que de l'eau chaude dans laquelle vous pouvez tenir le coude ne brûlera pas. Des tissus meurtris ont perdu leur sensibilité, et ainsi des applications chaudes peuvent brûler le patient sans qu'il le sache. N'oubliez jamais cela.

182 Le Guide de la Santé.

159. En traitant des cas contagieux, comme la fièvre typhoïde, la diphtérie, la tuberculose, la petite vérole, la pneumonie, la fièvre scarlatine, la fièvre jaune, etc., désinfectez toujours les mains après avoir été en contact avec le malade, et avant de manger. Lavez-les avec de l'eau savonneuse, puis employez une solution d'acide carbolique à deux pour cent, de la formaline à un pour dent, ou du bichlorure de mercure à 1/1000. Les deux dernières solutions rendront les mains dures et rugueuses. Ne vous touchez pas la figure avec les mains.

160. Dans la fièvre typhoïde, désinfectez les selles et les urines. Employez du chlorure de chaux dans la proportion de une livre pour seize pintes d'eau ; versez-en d'une chopine à une pinte après chaque selle; couvrez et laissez reposer pendant une heure. On peut employer du bichlorure de mercure à 1/1000 ou du formol. Le chlorure de chaux est le meilleur marché et le plus sûr. Brûlez les crachements des patients tuberculeux et de ceux atteints de pneumonie.

161. Soyez toujours aimable mais ferme, surtout en donnant des traitements nécessaires à un patient qui ne les aime pas.

Pour préparer le patient à être examiné, déshabillez-le sur le lit, couvrez-le d'une couverture jusqu'aux hanches, et mettez un drap ou une serviette sur la poitrine.

Pour un examen vaginal, relevez les genoux, et enroulez un drap autour des genoux.

162. Quand un malade est sous le traitement du docteur, c'est le devoir de l'infirmière de suivre les instructions qu'il a suggérées, et de ne pas donner d'autres traitements excepté avec son consentement. Quand un docteur a confiance en l'infirmière, il peut lui donner beaucoup de liberté dans les traitements à donner au patient. Dans un cas d'accident ou de maladie soudaine, la garde doit faire de son mieux jusqu'à l'arrivée du médecin.

163. Une infirmière ne devrait jamais critiquer le docteur qui traite le patient, même si elle ne croit pas bonne sa méthode de traitement. Une infirmière sage et adroite peut aider beaucoup un médecin surtout si elle connaît l'hydrothérapie.

Comment soigner les malades. 183

164. Une infirmière devrait savoir comment employer une seringue hypodermique et comment passer un cathéter. Les deux instruments doivent être complètement désinfectés en les faisant bouillir. Faites bouillir l'aiguille hypodermique, assurez-vous qu'elle s'adapte étroitement, qu'elle est en bon état et n'est pas rouillée. Après que la seringue est chargée, tenez-la avec l'aiguille en haut, forcez le piston plongeur assez loin pour faire sortir tout l'air. Le meilleur endroit pour une injection est l'avant-bras, tout juste en dessous du coude vers l'extérieur, ou bien la cuisse. Désinfectez la peau avec du savon, de l'eau et de l'alcool, pincez la peau entre l'index et le pouce, et enfoncez-y hardiment l'aiguille; injectez vite, retirez rapidement, et maintenez le doigt sur l'ouverture du trou pendant quelques secondes.

Si le médecin vous demande de passer une sonde (ou cathéter) à un patient, lavez d'abord le cathéter, puis faites-le bouillir. Désinfectez-vous bien les mains; faites de même pour les parties génitales du patient. Si c'est nécessaire, employez de la gaze stérilisée. Ne touchez pas le cathéter avec les doigts, mais huilez-en l'extrémité d'un onguent stérilisé, et passez -le doucement et sans force. Pour les femmes, il vaut mieux employer un cathéter en verre.

165. Dans les traitements médicaux et chirurgicaux une infirmière doit toujours anticiper les besoins des malades, arranger l'oreiller et les couvertures, unir les draps, aider le malade à se mettre dans une nouvelle position, ou lui donner à boire. De beaucoup de façons on peut rendre le patient confortable. Toutes ces petites gentillesses, faites gaiement, laisseront une impression permanente. Une infirmière devrait pouvoir répondre aussi aux besoins de l'âme du patient. N'imposez jamais votre opinion au patient, et ne discutez jamais. C'est le devoir de l'infirmière de tenir note du pouls, de la température, de la respiration, de l'urine, des selles, de la nourriture, de la médecine, et de tous signes fâcheux.

Page 1