‹ Le guignol lyonnaisChapitre 17 sur 21 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L n Lyonnais faisait, dit-on, chaque matin cette prière, en commençant sa journée : « Seigneur, préservez- moi d'un bourgeois ruiné, d'un riche parvenu, de la conscience d'un financier, des quiproquos des apothicaires, des bons soins des procureurs et des notaires, de ceux qui entendent tous les jours deux messes, et de ceux qui multiplient les serments ! »

Cette boutade, ajoute M. Vingtrinier (i), traduit bien le vieil esprit du terroir, froidement narquois, avec le sentiment de l'ordre et de la mesure, la méfiance instinctive de l'exagération, même dans les pratiques religieuses et même dans les affections.

On a dit que les Lyonnais étaient un peuple de marchands et de mystiques. Rien n'est plus exact (2). La conciliation entre ces deux extrêmes réside dans un naturalisme de bon aloi et dans un réalisme sain qui se rapproche des scènes hollandaises et des peintures de Breughel.

Le théâtre de Guignol nous offre comme un puissant miroir où les traits essentiels de notre tempérament à la fois idéaliste et bourgeois se trouvent agrandis.

(1) E. ViNGTRIXIER, Op. cit.

(2) Cf. mon étude parue, le i«' décembre 1906, dans la Grande

Ri vue sur le climat psychologique de Lyon.

Parlant de l'industrie célèbre à Lyon nos pères disaient « l'art de la soie », entendant par là que l'ouvrier en soie est un artiste, comme en formaient au moyen âge les corporations des divers corps de métiers. Hélas ! le vieux métier à main tend à disparaître, et avec lui le plus précieux de nos honnêtes traditions. Ceux qui demeurent sont toujours conduits par de doux et bons canuts très attachés à leurs souvenirs. J'ai pu m'en rendre compte en composant ce livre, alors que je visitais quelques intérieurs de la Croix-Rousse, afrn de recueillir la fleur de l'esprit lyonnais et me mettre dan^, le vrai climat psychologique.

Mais combien d'années encore durera cet état de choses! On me permettra bien, en terminr nt, de pousser après M. Edouard Aynard et après tant d'autres, mon cri d'alarme.

Déjà Clair Tisseur écrivait en 1894, dai:^ son Littré de la Grand* Côte : « Lecteur, regarde avec respect ce canut. Tu n'en verras bientôt plus. Lorsque j'étais borriau (apprenti, forme lyonnaise de bourreau, parce que le borriau, lorsqu'il remonde, saigne les fils comme le bourreau un chrétien), voilà 52 ans en çà, il y avait à Lyon 60.000 battants frappants la trame. En 1890, année prospère, qui a bénéficié du succès de l'Exposition, il n'y en avait plus, selon une enquête de la Chambre de Commerce, que 12.000. Et depuis lors la disproportion est bien plus grande. Si j'en croyais une stati tique de l'Office du travail, à l'heure où j'écris (juin 1894) il n'y aurait d'occupés que 3.000 métiers à la main. »

J'ai hâte d'ajouter, et cette constatation aurait fait

LE GUIGNOI i N s\ \1^ 91

plaisir à Riiskin, que les métiers à main ne sauraient disparaître entièrement, car alors l'industrie lyonnaise se priverait du meilleur de sa gloire. Seuls, en effet, les métiers à main peuvent accomplir certains travaux de luxe, et les métiers mécaniques sont incapables de rivaliser avec le mœlleux et le brillant de l'étoffe sortie du « bistanclaque ».

Quoi qu'il en soit le théâtre de Guignol deincuio une mine inépuisable d'études philologiques, sociales et psychologiques. Il est le dernier rempart de la tradition, et lorsque celle-ci aura été tuée par l'esprit moderne, c'est notre « Thalie des champs de foire » qu'il faudra interroger pour connaître le fond du tempérament lyonnais.

Nous nous sommes efforcés de donner un aperçu des richesses encloses dans ces scènes, bouffonnes en apparence, mais où éclatent à chaque ligne de charmantes leçons de sagesse pratique. Traditions, mœurs provinciales, langage expressif et sûr, la cervelle de bois de nos marionnettes a emmagasiné tout cela avec les qualités de notre race.

Comme l'écrit avec raison Glaudius Canard, de l'Académie du Gourguillon : « Pourquoi n'élèverait-on pas une statue à Guignol ? Il a plus d'esprit que Voltaire, il a l'esprit de tout le monde, mieux encore, l'esprit de tous les Lyonnais (i) ».

(i) Il serait à souhaiter que la municipalité lyonnaise se décidât enfin h donner à une rue de Lyon le nom de Monrguet, le fondateur officiel du théâtre Guignol.

Index Bibliographique

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Encore que nous ayons, à dessein, au cours des pages précédentes, indiqué le plus grand nombre de références possibles, nous avons cru utile de dresser ici un index bibliographique des principales études concernant le Guignol lyonnais. Cet index a été établi avec soin ; sans pouvoir assurer qu'il soit complet, on croit que tel quel il pourra rendre service aux chercheurs et érudits.

Cette bibliographie est divisée en quatre parties. La première contient tous les ouvrages qui de près ou de loin ont touché au théâtre de Guignol (historique, mœurs, langage). La seconde a trait au répertoire proprement dit et à l'académie du Gourguillon si intimement mêlée au développement de nos marionnettes. Dans la troisième nous citons quelques-uns des journaux politiques lyonnais qui empnmtèrent le nom ou le langage de Guignol pour disserter sur les événements sociaux. Cette presse très spéciale eut plus ou moins de succès. Quelques-uns de ces périodiques n'eurent qu'une vie éphémère, mais offrent aux amateurs de satires un âpre et abondant aliment. Dans la quatrième partie sont mentionnés quelques-uns des meilleurs articles que suscita l'opportunité du centenaire de Guignol, ou mieux de Mourguet, célébré à Lyon le samedi 24 octobre 1908,

I. — Livres utiles à consulter sur le Guignol lyonnais ou sur les traditions s'y rapportant (mœurs du canut, langage, etc..)

Charles Magnin : Histoire des Marionnettes en Europe depuis V antiquité jusqu'à nos jours. Michel Lévy frères, Paris 1862. in-i6,

Lemercier de Neuville : Histoire anecdotique des Marionnettes modernes, avec une préface de Jules Claretie de l'Académie française. Calmann-Lévy. Paris 1892, in- 16.

Ernest Maindron : Marionnettes et Guignols. Ouvrage illustré de 8 planches en couleurs et de 148 planches ou figures en noir, d'après les documents originaux. Félix Juven, s. d. Paris, in-4.

Ludovic Halévy : Guignol. Lyon. Société des Amis des Livres, 1890, plaquette in-12.

André Hallays : En Flânant. Paris, Société d'édition artistique in-8.

GÉROME CoQUART : Deux Artistes. Laurent Josserand, — Henri Delisle, brochure in-8 de 7 pages.

Anatole France : La Vie littéraire, t. 11 et t. m, articles sur les Marionnettes, Calmann-Lévy, Paris. in-i6.

Clair Tisseur (Nizier du Puitspelu) (i) : Presque tous ses ouvrages sont à consulter sur ce qu'il appelle les Vieilleries lyonnaises. Mentionnons les plus importants :

(i) Sur Clair Tisseur et ses ouvrages, je rappelle qu'on consultera avec fruit l'ouvrage de M. Edouard Aynard : Une Famille littéraire à Fyon. Les quatre Tisseurs. Lyon, Storck, 1S96, in-8. Ajoutons que M. Latreille, professeur au lycée de Lyon, prépare sur Clair Tisseur un ouvrage qui rendra justice au plus curieux de nos écrivains lyonnais. A consulter également sur Clair Tisseur une brève étude qu'Anatole France lui a consacré dans sa Vie littéraire.

Ld6 Oisivetés du sieur du Puitspelu lv"vvaf\. Georg, Lyon 1883, in-8.

Les Vieilleries lyonnaises, 2^ édition, bcrnoux et Cumin, Lyon 1891, grand in-8.

Coupons d'un atelier lyonnais, préface de C. Prost, Lyon, Storck, 1898 fort in-8.

Fragments en patois du Lyonnais, Lvon 1886 grand in-8.

Dictionnaire étymologique du patois lyonnais. Georg, Lyon 1887- 1890, in-8

Le Littré de la Grand Côte, Lyon 1904, in-8. I-.. et J. ViNGTRiNiER : Les Canuts. Roman ayant pour sujet la fameuse insurrection populaire à Lyon. Dentu, Paris 1S87, in-12.

Emmanuel Vingtrinier : La Vie lyonnaise, autrefois, aujourd'hui. Bernoux et Cumin, Lyon 1898, grand in-j.

Le Lyon de nos pères, illustré de 20 eaux fortes et 300 dessins à la plume et au crayon de J. Drevft. Bernoux et Cumin, Lyon 190T, in-4. LÉON BoiTEL : Lyon vu de l'ourvif'res, Lyon 1833, in-8. Auguste Bleton : Lyon pittoresque. Préface de M. Coste- L.\BAUME. Illustré de 5 eaux fortes, 20 lithographies et 300 dessins à la plume de Joannês Drevet. Lyon, Bernoux et Cumin, 1896, in-4. Monsieur Josse (i) : A travers Lyon, Lyon, Dizain et Richard 1889, grand in-8, illustré de 124 dessins de J. Drevet.

J.-B. Onofrio : Essai d'un glossaire des patois du Lyonnais Forez et Beaujolais, Lyon, Scheurinp, 1864, in-8. met : Glossaire des gones de Lyon, d'après M. Toulemonde, Paul Phily, Lyon 1907, in-8.

(i) M. Coste Labaume.

Le Croquis lyonnais : Lyon d'aujourd'hui, Lyon qui s'en va, Lyon d'autrefois. Texte de Rod, P. Bringer, F. Desvernay etc. 270 dessins par G. Girrane. Lyon 1890, in-4.

T. DE ViSAN : Le Climat psychologique de Lyon. Grande Revue, i^^ décembre 1906.

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