‹ Le guignol lyonnaisChapitre 7 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'iiitcrct (luc présente, du point de vue rcgioiicilisic, un petit livre sur le Guignol lyonnais, est incontestable.

Plus qu'à aucune autre éjxDque, on sent aujourd'hui la nécessité de tâter le pouls de nos provinces, de se pencher sur la multitude de ces vies humbles et bien enracinées, d'où s'exhale un souffle pur, une âme fraîche et nullement asservie.

En ouvrant ses portes au poète Jean Richepin, l'Académie française, par la bouche autorisée de notre maître Maurice Barrés, n'a pas craint d'exalter les richesses morales de la petite ville. Celle-ci « répète éternellement trois, quatre idées de religion, d'autorité, de mariage, d'épargne et d'héritage. Elle chante obstinément la règle... Ici le cœur est plus lent d'un degré, mais c'est un cœur immortel. » Et l'auteur de Colette Baudorhe ajoute : « Je vénère quelque chose de sacré dans cette monotonie, cette insignifiance, cette petitesse. Tout cela prépare d'une manière très humble et très insensible les plus magnifiques récoltes. »

Or le folklore de nos provinces est une source inépuisable de documents sur la mentalité ou la psychologie du peuple français. Un livre sur Guignol ne saurait manquer de s'offrir comme une précieuse contribution à l'étude des mœurs et coutumes lyonnaises dans ce que celles-ci ont de plus original, de plus autonome.

En même temps qu'il s'efforce de satisfaire par l'exemple les vœux d'une multitude de lettrés que l'idée de décentralisation littéraire émotionne, l'historien de nos marionnettes locales poursuit une autre fin.

En effet, s'il existe de nombreuses études sur la question, aucun travail d'ensemble n'est encore venu synthétiser les articles épars dans quantité de revues. Il n'y a pas de livre complet sur Guignol.

On pourrait diviser en deux catégories les écrivains que l'histoire de nos castelets (i) a tentés : les étrangers et les Lyonnais.

Les étrangers, et par là j'entends ceux qui ne virent pas le jour dans notre ville, ont écrit de gros ouvrages sur la « Thalie des champs de foire ». Malheureusement l'étendue de leur travail les engageait à presser le pas sitôt qu'ils touchaient à quelque point d'intérêt purement local. Je citerai, pour mémoire, trois de ces auteurs.

Le premier en date, M. Charles Magnin, membre de l'Institut, nous offre une Histoire des Marionnettes en Europe depuis V Antiquité jusqu'à nos jours (2). Titre pompeux, ouvrage pédant qui traite des faits et gestes

(i) Le castelet est la baraque dans laquelle on joue Guignol. (2) Charles Magnin : Histoire des marionnettes en Europe, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Michel lyévy, Paris, 1862.

des comédiens de lx)is à travers l'humanité. Si l'auteur s*api>esantit avec complaisance sur la genèse des poupées dans les diverses régions du globe, sa vaste érudition s'évanouit au seuil de nos provinces (i).

M. Ernest Maindron dans ses Marionnettes et Guignols (2) reprend en l'émondant, mais aussi en le complétant, TouvTage de M. Magnin. Marionnettes et Guignols, joliment illustrés, sont pleins de fines analyses et de renseignements utiles. Le chapitre XIII est consacré à l'histoire et au type du Guignol lyonnais ; chapitre consciencieux mais sommaire.

Même remarque à propos de celui que M. Lemercier de Neuville consacre à notre théâtre populaire dans son Histoire anecdotiqtw des Marionnettes modernes (3). L'aimable auteur des Pupazzi, ainsi que M. Maindron, s'est renseigné aux bonnes sources ; tous deux citent

(i) Peut-être M. Magxin aurait-il allégué comme excuse que les pièces du répertoire lyonnais n'ont été réunies que plus tard. Les deux volumes du théâtre de r»uignol que nous devons à M. Onokrto n'ont en effet paru qu'en 1865 et 1870. Pourtant bien avant ces recueils, le répertoire de Guignol était déjà classique. M. Onofrio ne fut qu'une manière d'Hf^MARK qui assembla les chants épars de nos aèdes.

(2) Krnest Maindron : Marionnettes et i.uii^nnls, Juvcn, Paris /K). Pourquoi Guignols au pluriel ? Il n'existe qu'un seul Gui-

gTu»l, celui du père Mourguet ; tous les autres sont des emprunts ou des contrefaçons. M. le docteur Gros, dont nous aurons maintes fois à citer l'excellente conférence qu'il fît à l'Hôtel de la Chanson, à Lyon, le 4 décembre 1908, dit de son côté : <• Ouel singulier pluriel ! Il y a donc plusieurs Guignols ? Y a-t-il plusieurs Joseph Prudhomme. Je dirais presque plusieurs Napoléon I*'; plusieurs Victrir Hugo ? I%st-ce que Guignol n'est pas un type pur ? •

(3) Lemercier de Neuville : Histoire anccdotique des Mannettes modetnes. Préfarc i\v ThIps Clirctif. C.ilin.niu Ltvv.

i ar», 1892.

d'excellents extraits de notre théâtre classique du Gourguillon. Mais quoi ! ni l'un ni l'autre n'était lyonnais et n'a prétendu, au cours d'ouvrages encyclopédiques sur les marionnettes, nous offrir autre chose qu'une rapide esquisse de la physionomie morale de Guignol.

Reste la seconde catégorie d'écrivains, les lettrés d'origine lyonnaise. Aucun d'eux n'a cru devoir, non plus, consacrer un livre complet à la question, pour des raisons, il est vrai, toutes différentes.

Ces écrivains ont bravement pris le parti de n'écrire que pour leurs concitoyens. Or il suffit d'avoir fréquenté notre ville pour comprendre à quel point le Guignol du Gymnase et celui du Passage de V Argue sont populaires. La vie de cette poupée étant l'expression même de toute une classe de la société lyonnaise, pas n'est besoin de narrer l'histoire de Guignol. Cette histoire, canuts petits et grands la savent par cœur. Elle fait partie intégrante de l'âme des « taffetatiers », des « passementiers », des « velou tiers ». Car qu'est-ce que le fabricant de soieries, sinon le Lyonnais à la seconde puissance?

Nos auteurs ont donc cru inopportun de rappeler par le menu les fastes de notre théâtre. Leur attention s'est portée sur des points de détail, en particulier sur les questions de linguistique et de parler canut. On connaît les remarquables travaux, entre mille autres, de Clair Tisseur, alias Nizier du Puitspelu (i), le plus

(i) I^orsqu'il s'agit d'étudier nos vieilles coutumes lyonnaises c'est toujours à Clair Tisseur qu'il faut s'en référer. Il sut concilier à merveille l'érudit et l'artiste, et cette double personnalité chez un même homme est assez rare pour qu'on la signale. Le pseudonyme qu'il choisit pour signer ses principaux ouvrages montre bien l'affection qu'il portait à sa ville. L'ancien quartier

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