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dialecte lyonnais, et ceux de M. Vachet (i)
Dans le temps que ce livre était conçu, une grande effervescence agitait les amateurs de cette sorte de littérature. Ironie des choses, un journal de Paris — naturellement — s'avisa que ce pouvait bien être l'époque du centenaire de notre Guignol. En quoi il se trompait, ou tout au moins retardait, car si nous trouvons Mourguet officiellement installé en 1908, rue Noire, il est plus que probable que l'auteur de notre vieux répertoire jouait déjà Guignol depuis quelques années. Le costume seul de Guignol suffirait à nous faire reculer cette date. Il indique en effet la mode des canuts de la fin de XVIIIe siècle, encore que je n'ignore pas qu'à cette date la mode dans l'habillement, principalement dans celui des canuts, changeait moins vite que celles du XXe siècle.
Si vrai il y a qu'aussitôt après cette leçon venue de l'étranger et ce rappel aux convenances de la tradition,
du Puitspelu correspond à ce qui est aujourd'hui la rue Palai.n- Grillet. Un vieux puits, malpropre, lui avait donné son nom. Les canuts disent Pipelu. Ivrogne de Pipelti est une injure fréquente dans la bouche de Madelon. Au cours de ce travail nous ferons de nombreux emprunts à l'œuvre de Clair Tisseur. On aura de? renseignements sur sa vie et sa f>enséc en consultant l'ouvrage de M. Edouard Aynard : Une famille littéraire à Lyon. I^s quatre Tisseur. Storck, Lyon, 1896, ainsi que la Préface de M. C. Prost en tête du livre de Clair Tisseur : Coupons d'un atelier lyonnais. Storck, Lyon, i8qvS. I^ livre de Nizier du PuiTSPELUoù se trouve étudié le langage de Guignol s'intitule : Le Littré de la Grand' Côte, à l'usage de ceux qui veulent parler et écrire correctement.
(I) Ad. Vacuet : ^/05sui>f rffs go»»' / ni-
monde. Paul Phily, Lyon, IQ07.
la ville de Lyon se sentit bourrelée de remords. Et la presse lyonnaise, assez lente à marquer le pas d'ordinaire, de s'émouvoir, d'entrer en ébullition, d'exciter les mémoires ingrates, bref d'arriver — pour une fois — à un résultat qui fut que des fêtes magnifiquement officielles eurent lieu à Lyon en octobre 1908 en l'honneur de Guignol et de son créateur Mourguet I (i).
On pense bien que le retentissement de ce centenaire tardif fut enregistré jusqu'à Paris, grâce à la Fédération Régionaliste Française qui a su grouper toutes les provinces de France sous le môme étendart. « Le gone chenu (2) » de l'ancienne rue Ecorche-Bœuf est apparu dans la coquette salle des Annales, présenté dans une charmante causerie par M. Justin Godart, qui joint au titre solennel d'académicien du Gourguillon, celui plus commun de député de Lyon (3).
(i) I.a grande soirée de gala en l'honneur des cent ans de Guignol eut lieu le samedi 24 octobre 1908 au théâtre du Gymnase. M. Maujan, sous-secrétaire d'Rtat à l'intérieur, y assista ainsi que M. Herriot, maire de Lyon, M. Lutaud, préfet du Rhône, le général Galliéni, M. Auzière, premier président de la cour d'appel, M. Cazeneuve, député, etc., etc..
{2) Ainsi désignons-nous Guignol. Gone est peut-être un des très rares mots lyonnais venus du grec : yovoç, enfant. Ne pas oublier, dit Nizier du Puitspelu dans ses Vieillcrùs lyonnaises, que Lyon avait une colonie grecque si considérable que l'on y prêchait en grec et qu'il y avait des écoles grecques. Une remarquable particularité du mot gone, c'est qu'il est confiné dans la ville même. A deux kilomètres au delà, on ne sait plus ce que c'est qu'un gone. Le mot ne se retrouve dans aucune langue romane, dans aucun patois d'oc ou d'oïl.
(3) Cette représentation, organisée à l'Université des Annales par les vSoins de la Fédération Régionaliste française, eut lieu le dimanche 21 mars 1909, sous la présidence de M. Louis Marin,
Quelques semaines durant, nos journaux n «uicnL assez de leurs six pages pour chanter l'épopée de Guignol et les uns de narrer une anecdote oubliée, les autres, par la plume autorisée de fins lettrés (i), de sortir dos documents neufs.
Il reste peu de chose à glaner dans ce champ si souvent piétiné, mais seulement à mettre (h l'orflrc parmi les gerbes et à les lier gentiment.
Puisse ce petit livre, lever un coin de voile sur l'aimable décor de cette ancienne vie lyonnaise, dont la marionnette de bois qui a nom Guignol contient l'âme (2).
député de Nancy, président de cette importante société. M. Maurice Barrés, de V Académie Française, qui avait accepté la présidence de cette fête régionaliste, avait été empêché au dernier moment de venir présenter son confrère de l'Académie du Gourguillon. La conférence de M. Justin Godart a paru en brochure chez l'éditeur Rey. Lyon, 1910.
(i) Je fais allusion, en particulier, aux excellents articles parus dans l'Express de Lyon et signés Pierre Abrins. Celui-ci grâce à l'obligeance d'un avocat fort érudit, M. Antoine Lestra, eut connaissance d'un assez grand nombre de documents inédits sur les origines de Guignol, documents dont nous ferons notre profit au cours de cette étude.
(2) Je dois de nombreux remerciements aux personnes qui ont bien voulu faciliter ma tâche, en mettant à ma disposition leurs souvenirs ou leur érudition : particulièrement à M. Cantinelli, bibliothécaire de la ville de Lyon, à M. le D' Gros, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts, à M. Camille Roy le charmant directeur de la Chanson, à M. Grataloup, professeur de sciences à la Faculté catholique de Lyon, à M. François Morel, l'infatigable collectionneur, et à M. R. du Marais.