CHAPITRE PREMIER Gypse de laines (éoeènes et miocènes
1° Cristaux des marnes et des argiles.
L'étude des cristaux de gypse des marnes éoeènes et miocènes de la région parisienne montre que, tandis qu'il existe la plus grande analogie entre les formes des cristaux de gypse du lutétien supérieur (caillasses), du bartonien (sables de Beauchamp et calcaire de Saint-Ouen) et enfin du ludien (étage du gypse), de nombreux cristaux des marnes miocènes et notamment beaucoup de ceux des marnes vertes présentent des différences
notables avec ceux de l'éocène, particulièrement en ce qui concerne les macles. Ces différences tendront peut-être à s'atténuer par Texamen d*un nombre de gisements plus grand que celui que j'ai eu l'occasion d'étudier, elles m'ont toutefois paru assez intéressantes pour nécessiter un exposé distinct de ces deux catégories de gisements.
A. — Gisements éocènes.
Les cristaux distincts de gypse du lutétien supérieur (caillasses) et de la base d\xba?*tomen sont, à de rares exceptions près, pseudomorphosésen produits siliceux ou calcaires ; ils se rencontrent en individus groupés et facilement isolables dans des marnes calcaires plus ou moins modifiées.
Dans le calcaire de Saint-Ouen^ ils ne sont généralement pas libres, mais sont englobés dans des rognons d'opale (ménilitc)*et épigénisés.
Le gypse ludien au contraire est généralement intact ; les cristaux distincts s'observent dans les marnes intragypseuses ou à la surface de contact des lits gypseux et de celles-ci. Ils se rencontrent un peu à tous les niveaux du ludien, mais les grandes lentilles généralement maclées (gypse en fer de lance) abondent particulièrement dans une couche de marnes située entre la première et la deuxième masse du gypse : de beaux cristaux se trouvent aussi dans les marnes de la troisième masse (Montmartre, Noisy-le-Sec).
Les carriers parisiens désignent sous le nom de grignards les cristaux mal formés qui constituent souvent de véritables lits continus, ainsi qu'on peut l'observer à Argenteuil, à Noisy-le-Sec, etc., dans la troisième masse du gypse.
La couleur la plus habituelle du gypse ludien est le jaune clair, elle devient parfois presque blanche et dans d'autres cas d'un jaune d'or plus ou moins foncé. Les cristaux présentent parfois des zones d'accroissement, de forme et de couleur différentes.
A l'est de Paris, se trouve dans le gisement de Thorigny près Lagny une variété de gypse laminaire d'un blanc de cire, opaque en lames un peu épaisses, plus rarement incolore et transparent, qui n'existe pas dans les environs immédiats de Paris.
Quand les cristaux sont engagés dans le gypse en roche, ils ont souvent leur surface extérieure intacte ; lorsqu'ils se trouvent dans les argiles, au contraire, leur surface est souvent recouverte d'une couche rugueuse ocracée, parfois accompagnée de pyrite et de produits siliceux (voir plus loin).
Les petites lentilles des argiles Indiennes sont souvent opaques ou seulement translucides. Les grands cristaux et notamment les variétés donnant les macles en fer de lance sont au contraire transparentes et parfois d'un limpidité parfaite sur plusieurs centimètres d'épaisseur; celte limpidité est surtout grande à travers les faces de clivage </* (010) très planes et remarquablement brillantes, tandis qu'elle est beaucoup moindre à travers les faces extérieures, arrondies et offrant une surface dépolie. Dans les échantillons englobés dans le gypse en roche et souvent accompagnés de gypse niviforme (fîg. 3 et 4, pi. VllI), la transparence est telle qu'il est possible de distinguer h travers une face g^ (010), sousune épaisseur de plusieurs centimètres, les moindres détails de la gangue sous-jacenlc.
Enfin, pour terminer ce qui concerne la couleur du gypse parisien, je ferai remarquer que les crislaux qui se forment dans les fentes du gypse Indien par recristallisation actuelle du gypse dissous sont généralement parfaitement incolores. Ils seront étudiés dans le chapitre III, je ne m'occuperai ici que des cristaux que l'on peut considérer comme formés normalement au moment du dépôt des couches qui les renferment.
a, Crùtaux simples.
La forme lenticulaire est à peu près constante dans les cristaux des marnes éocènes, qu'il s'agisse des niveaux lutéliens (caillasses), bartoniens (sables de Beauchamp, calcaires de Saint-Ouen), ou ludiens.
Dans le Indien, se trouvent les cristaux les plus nets au point de vue de la forme (Montmartre, Buttes-Chaumont, Belleville, Ménilmontant, Romainville, Noisy-le-Scc, Montreuil), etc. Les lentilles dérivent du type II de l'argile plastique, qui sera étudiée dans le chapitre II, par disparition plus ou moins complète des faces de la zone prismatique, il
ne reste plus alors que les faces tf, '211; et diverses formes des zones p(f et (f(/y toutes plus ou moins arrondies.
\ji figure 7 (A et B de la planche VIII est la reproduction d'une photographie un peu réduite d'une lentille de ce genre, limitée par les faces r/,''2Il , e^ 01! ,// ' 'îllj : elle présente en outre depelitesfaces/yi (110.. Les formes de ces lentilles sont du resle assez rarement aussi nettes, le plus souvent, il est à peu près impossible de faire sur elles aucune mesure.
Les formes qui concourent à la production de ces lentilles sont : dans la zone />//*, les faces e* '01 1 j, et parfois e*'^ OSTi ; dans la zone i/ (C ', la forme n —- (//</* ^^ ^) 233), la forme très fréquente a.>^ ^^^^) <?st extrêmement voisine de celle zone ; dans la zone a'y* , la forme A* * (1 1 1; ; dans la zone a^ 'y\ la forme a^ '211) presque constante ; peut-être enfin les formes '7=(/yW' y V^34)elS = {A' \V V '') (10.21.26. Voici les angles calculés (1; que ces diverses faces font avec//' (010) et avec ;?î (110 .
li<r40'
OJ'Ô'
ias'^aâ'
IOi««'
fS
fli
lOS-H'/
L'arrondissement des faces est du resle facilité par la grandeur des angles obtus des diverses pyramides énumérées plus haut et par suite de leur angle avec les faces do la zone de symétrie qui leur sont tangentes, ainsi qu'avec les autres faces adjacentes. On a en effet les valeurs suivantes :
es adi 145*50' r-ii *#i * i j«>*'o»w^'
ioT-ril'
o5 adj 143*24' L,,,^,
Ot;, ^o adj 101*50' ■"
f MW 135*i2' r^, n^ sur a" 1 43*48'
\jia'' ' 157*30' Y n., a} ' 103*54'
Pour vérifier l'orientation des faces courbes de ces lentilles, on peut employer le procédé suivant qui n'est, bien entendu, qu'approximatif; il consiste à déterminer par le clivage une lame mince g^ (010) de
(I) La lorme adoptée |»our le gypse est celle choisie par Des Cloizeaux {Bail. Sjc, minci\ IX 475 4886^ a: b : c = 0,74442 : i : b,4l2U. a:i/ = 0G*9'. mm= lll*30'j.
la lentille à étudier et à l'examiner au microscope en lumière polarisée parallèle après avoir produit par une piqûre d'aiguille des clivages A* (100), et e^ (Oii). On détermine ensuite les angles d'extinction par rapport aux contours rectilignes de la lame, constitués par les arêtes des zones a"" g^ (i).
On sait que dans le gypse, le plan des axes optiques est parallèle à g^ (010) et que, dans cette face, la bissectrice aiguë positive, ng, fait avec Taxe vertical un angle de 52°30' ; connaissant d'autre part les angles que font avec h' (100) les faces de la zone de symétrie, on en déduit les valeurs suivantes pour les angles d'extinction du clivage g^ (010) par rapport aux arêtes des zones indiquées plus haut (fig. 1).
FiG. 1. — Face g^ (010) du gypse parallèle au plan des axes optiques.
ngh' 52^30'
ngp 13^39'
nga^ 24°
ng tt'/^ 3o°19'
nga' 46M8'
ng a ng a
nph' 37030'
npp 76021'
npa'' . . . 660
np a»/* 62018'
np a^l^ 54041'
vpa' 43012'
np a'i' 32025'
npa'l' 14056'
Dans le cas le plus général, les lentilles sont aplaties par suite du grand développement et de l'arrondissement des faces de l'une des zones indiquées plus haut et d'une façon toute particulière de la zone g^Ui] il y a souvent même allongement suivant l'axe de cette zone.
La figure 2 représente une série de lentilles de plus en plus allongées et arrondies (Montmartre, Ménilmontant, Pantin, Romainville, Noisyle-Sec, etc.).
(1) La pyramide (j est très voisine de la zone a» '*(/', les pyramides a*'' et 8 de la zone a^i^yK Nouvelles arciuves du muséum, 3« série. — IX. 27
Dans d'autres cas, au contraire, toutes les formes qui concourent à la formation de la lentille ont un égal développement et en même temps leurs arêtes d'intersection sont arrondies. La lentille prend alors la forme de deux cônes réunis par la base. La figure 10 de la planche Vlll représente le type le plus régulier de ces lentilles coniques. L'échantillon photographié est engagé dans une marne calcaire provenant de fouilles faites à l'hôpital Saint-Louis ; il a été étudié par Haûy (1).
Les cristaux lenticulaires de gypse dépassent souvent un décimètre de plus grande dimension. Ceux du lutétien supérieur (caillasses), tou-
FiG. 2. — Leutilles de gypse plus ou moins allongées.
jours pseudomorphisés en produits siliceux ou calcaires (Passy, Vaugirard, Gentilly, Vanves, etc.), sont le plus souvent groupés, constituant des masses enchevêtrées ou crétées pouvant peser plusieurs kilogrammes. La figure 3 de la planche VI et les figures 1 et 3 de la planche XII, donnent une idée de l'aspect varié de ces enchevêtrements de lentilles.
Des groupements analogues se trouvent aussi dans les marnes Indiennes (Montmartre, Pantin, etc.), mais dans celles-ci, les cristaux sont plus souvent isolés et ils présentent très fréquemment la macle suivant a*^* (201) qui va faire l'objet du paragraphe suivant.
De grandes lentilles aplaties et groupées d'une façon curieuse ont été rencontrées jadis à la Glacière de Gentilly. Elles sont enlièrement pseudomorphisées en calcite ou en produits siliceux; elles sont distribuées en grand nombre dans une marne calcaire, parfois orientées
(1) Traité de minéralogie, I, 545, 1822.
suivant des plans à peu près parallèles. Dans d'autres cas, elles sont groupées d'une façon bizarre, de façon à donner des formes arborescentes extrêmement variées. Les figures i et 2 de la planche XIII représentent deux échantillons de ce genre bien caractéristiques. Les grandes lignes de ces groupements ne sont liées par aucune loi géométrique, mais on voit que fréquemment les petites lentilles coupent les grandes sous des angles qui sont ceux qu'exige la macle suivant a^^^ qui va être étudiée plus loin. Les variations de ces angles plans dans la figure précitée sont dues à ce que les cristaux sont vus suivant des directions quelconques; ils n'ont pas tous leur face g^ (010) dans un même plan.
Des groupements analogues à ceux-ci, mais dans lesquels le gypse n'est pas pseudomorphisé, se trouvent dans les assises ludiennes. Notre collection en possède notamment un échantillon provenant de Ménilmontaut.
Les cristaux de très petite taille que l'on rencontre dans les marnes intragypseuses et qui y sont parfois prodigieusement abondants (Argenteuil) présentent souvent la forme conique assez régulière.
p. Macles.
Une des caractéristiques cristallographiques les plus intéressantes du gypse Indien réside dans la grande fréquence de la macle, dont les clivages ont très souvent la forme bien connue d'un fer de lance ; elle paraît moins abondante dans le gypse lulétien et bartonicn. Cette macle a pour face d association a*^* (201), avec axe de rotation normal à cette face.
On peut en distinguer trois types, basés sur la forme des individus élémentaires.
Type I. — Le premier type est de beaucoup le plus commun, c'est lui qui depuis longtemps, à cause de la forme des clivages 7*, est désigné par les ouvriers carriers parisiens sous le nom de fer de lance quand les individus sont de grande taille et de pied d'alouette quand ils sont plus petits ou enchevêtrés.
Les grands échantillons se rencontrent particulièrement dans une couche de marne située entre la première et la seconde masse du gypse, mais on en trouve aussi à d'autres niveaux, et notamment dans les marnes
de la troisième masse. Les échantillons qui ornent les anciennes collections proviennent de Montmartre et des diverses carrières de Belleville, des Buttes-Chaumont (carrières de Montfaucon), de Pantin, de Montreuil, etc. Aujourd'hui, ces carrières sont fermées, c'est surtout dans celles de Noisy-le-Sec et de Romain\ille que ces échantillons peuvent êlre trouvés en abondance quand les travaux d'exploitation atteignent les niveaux qui viennent d'être indiqués- Les pieds d'alouette se trouvent à divers niveaux dans les marnes et souvent à leur contact avec des bancs gypseux. Les macles sont parfois implantées sur leur gangue dans la position des figures i et 2 de la planche IX, de telle sorte que la pointe du clivage g^ semble fichée en terre.
Les macles en fer de lance atteignent souvent de très grandes dimensions, les plus gros échantillons que possède la collection du Muséum mesurent dans un clivage g^ (010) 40 centimètres de plus grande dimension, et il en existe de plus grands encore.
La caractéristique de ce type de macle réside dans ce fait que les cristaux qui la composent ont la forme lenticulaire décrite plus haut, mais sans
prédominance des formes a^ (fig 3) ; de plus, toutes leurs faces sont arrondies, le plus souvent presque méconnaissables, enfin le prisme m (110) est généralement absent ou réduit à de très petites facettes.
La figure 7 de la planche VIII montre le type le plus habituel de ces cristaux élémentaires . Les figures 1 et 2 de la planche IX représentent divers aspects de la FiG. 3. —Macle suivant a*/« (201) : face g» (010). macle. Daus la figurc 1 , la photographie a été faite de façon à mettre en évidence la ligne de jonction des deux cristaux; la figure 2 montre au contraire une lentille couchée à plat sur laquelle est implanté un autre cristal, qui a été clivé suivant gr* (010) pour montrer la forme caractéristique du fer de lance.
Dans ces clivages g\ l'angle saillant de la pointe, et l'angle rentrant de la partie supérieure sont variables, et dépendent de la nature des faces qui limitent les cristaux lenticulaires élémentaires. On voit, en effet, d'après les figures 3 et 4, que ces angles sont égaux à 2 (180^ — «*^*a"), (f étant la face de la zone jf?^* en zone avec g^ et avec celles des faces courbes de la lentille qui limitent le cristal à leur point de rencontre avec la ligne de macle «*'*. Le tableau ci-joint donne la valeur de quelques-uns des plus fréquents de ces angles.
a^/*â'/* 34^58' a'â^ lOâ'^S'
a* «' o6»32' pP 122^50'
On voit ainsi en tenant compte de la déformation due à la position de l'échantillon photographié que le fer de lance de la figure 2 de la planche IX est limité à sa pointe par a^'* (403) et à sa partie supérieure par des faces courbes de la zonejo^* {e\ e^^^).
Cette "liste d'angles montre aussi pourquoi il existe une assez grande variété dans l'angle terminal du pointement des clivages g'*: cette pointe est généralement aiguë et surtout distincte quand les faces a,, dont l'arête d'intersection avec g' est ^*^- *" " ^''^' f"''^^^ ^''' '
•*' ^ face (/*.
parallèle au plan de macle, n'existe pas ou est
peu développée (fig. 4). La figure 2 de la planche XII montre le clivage e^ (OU) très distinct dans une pseudomorphose calcaire d'une macle provenant des caillasses de Vaugirard.
J'ai fait représenter dans la planche XIII (fig. 8) un cristal de forme tout à fait exceptionnelle provenant de Montmartre (1); contrairement à ce qui a lieu d'ordinaire dans les macles de ce type, les faces m (HO) y sont très distinctes et larges, les faces u moins arrondies que d'ordinaire et les faces g^ (010) assez larges.
Les macles qui nous occupent sont loin d'avoir toujours la régularité
(I) n n'est pas impossible que ce cristal provienne des marnes veWes.
théorique des échantillons représentés ci-dessus, le plus généralement les deux individus composants n'ont pas la même dimension, l'inégalité déjà marquée dans la figure 8 de la planche VIII s'accentue et Ton trouve souvent une grosse lentille englobant une ou plusieurs lentilles plus petites ; tantôt ces petits individus sont placés du même côté, tantôt ils se trouvent alternativement à droite et à gauche de l'individu principal. Ces variations de forme s'observent surtout dans les échantillons de petite taille. Il n'est pas rare d'y rencontrer par exemple deux lentilles entrecroisées de telle sorte que leurs clivages g^ montrent deux*pointes placées bout à bout avec (fig. 5) ou sans pénétration. Les groupes de ce genre peuvent se reproduire plusieurs fois dans un même échantillon.
On trouve parfois dans les marnes ludiennes un grand nombre de lentilles maclées, enfilées à la suite les unes des autres suivant l'arête y^ a* - : tantôt elles ont une parfaite régularité de formes, tantôt au contraire, comme dans la figure 1 de la planche VIII, quelques individus du groupement présentent un développement exagéré par rapport aux autres. Enfin les lentilles maclées s'enchevêtrent souvent d'une façon quelconque.
La figure 3 de la planche XII représente en grandeur naturelle un curieux échantillon que mon collègue M. Stanislas Meunier m'a communiqué, il provient d'Andrésy (Seine-et-Oise). On y voit disséminées dans une marne calcaire une série de petites lentilles de gypse, maclées suivant a^^^ et emboîtées les unes sur les autres, mais au lieu d'être régulièrement enfilées les unes à la suite des autres suivant une droite comme dans le cas précédent, elles le sont suivant une ligne courbe et capricieuse qui donne à ces groupements de curieuses formes palmées. Les caillasses de la Glacière à Gentilly [34.108] et celles des environs de Nanlerre ont fourni autrefois de magnifiques échantillons du même genre qui peuvent être facilement dégagés, leur gangue étant
FiG. o. — Macle suivant a*'*, avec pénétration : face g^.
une marne argilo-calcaire peu cohérente; lorsqu'elle a disparu par lavage, on distingue les lentilles maclées formant des empilements palmés les plus élégants.
Type IL — Les cristaux du type II sont moins abondants que ceux du précédent ; comme eux, ils se trouvent, soit disséminés dans les argiles, soit implantés sur le gypse en roche. Tous les échantillons que j'ai observés viennent de Montmartre, des Buttes-Chaumont, du Pré- St-Gervais, de Pantin, de Noisy-Ie-Sec, de Romainville, leur surface est arrondie, luisante, mais ne présente aucun produit d'altération.
Ces cristaux sont essentiellement caractérisés par un très grand
FiG. 6. — Macle suivant a*/* (type II).
Figure théorique de la face g^.
FiG. 7. — Macle suivant aV« (201) : (type H).
allongement suivant une arête a^ a^ ; la forme a^ existe souvent presque seule, oscillant avec a}^^ (201). Quelques cristaux sont extrêmement aplatis, parallèlement à cet hémidome qui n'est jamais plan, mais qui constitue des surfaces gondolées et très irrégulières.
Les cristaux du type II ont la forme de lames de couteau arrondies et plus ou moins aplaties. Ils sont terminés par un angle rentrant généralement formé par des faces arrondies e^ (011) ou «^^*(904). Les clivages g^ (010), au lieu d'offrir la forme en fer de lance, affectent celle de la figure 6, dont les plus grands côtés sont parallèles à la ligne de macle. Les cristaux de ce type peuvent dépasser 20 centimètres suivant une arête a*^^ g\ J'en ai observé qui ont été brisés, puis ensuite naturellement ressoudés; ils sont souvent associés aux maclcs du type I.
Type m. — Les cristaux de ce type sont, comme ceux du précédent, allongés suivant Tarête a^ a^ et caractérisés par un large développement des faces 7n (HO), grâce auquel l'angle rentrant des macles précédentes n'existe plus (fig. 8). Les cristaux sont alors terminés par un poinlement à quatre faces. Dans la face g^ (010), les arêtes mm des deux individus font entre elles un angle de 104''o2\
L'unique cristal isolé de ce type que j'ai eu l'occasion d'étudier se trouvait dans un lot de cristaux du type précédent provenant de
Pantin. Les faces m sont profondément creusées de cannelures verticales; les faces ^3 sont arrondies, creusées, elles aussi, de figures de corrosion. Ce cristal est transparent et légèrement teinté en jaune ; la ligne de macle n'est accusée que par l'existence d'un nuage jaune foncé. H mesure 4 centimètres suivant
FiG. 8 -Macle suivant «^/« y^^^^^ . ^,;. ,, ^ .^^^ ^^ ^j^ j^^^j^g par
(type IllJ Projection surf/'. ^ r r
un large clivage g\ C'est à ce même type que se rapportent des cristaux des marnes supra-gypscuses qui seront décrits plus loin.
B. — Gisements oligocènes.
De fort beaux cristaux de gypse se rencontrent localement dans les marnes supra-gypseuses et surtout dans les marnes vertes. Les carrières de Belleville, de Ménilmontant, des Buttes-Chaumont, ont fourni jadis de superbes échantillons cités pour la première fois par Pasumot (1) aux Buttes-Chaumont. Cet auteur y signale aussi des cristaux distincts recouvrant la partie supérieure de petits lits gypseux intercalés à divers niveaux dans les mêmes marnes. Ces cristaux se trouvent surtout après l'hiver à la surface des marnes éboulées et délavées par les eaux. Ils sont d'ordinaire incolores, et par cette particularité ressemblent à ceux de l'argile plastique. Ce n'est que rarement qu'ils sont un peu teintés en jaune. Les
(1) Journal de Physique, XXX, 84, 1787.
grandes lentilles des marnes vertes de la butte d'Orgeniont à Argenteuil, de Massy près Longjumeau présentent des zones d'accroissement plus ou moins jaunes, ainsi que des inclusions argileuses.
Les échantillons que j'ai examinés proviennent des anciens gisements de Montmartre, des Buttes-Chaumont, de Belleville, de Pantin, d'Argenteuil; un certain nombre d'entre eux se trouvent dans les collections d'Hauy et de Rome de l'Isle, j'ai recueilli moi-même les autres à la butte d'Orgemont à Argenteuil. J'y ai observé trois types.
a. Cristaux simples.
Type I. — Ces cristaux sont tout à fait analogues aux cristaux lenticulaires des argiles Indiennes, mais les faces w (HO) etgf* (010) paraissent y être plus fréquentes. Ils sont incolores ou à peine teintés en jaune pâle. La figure 5 de la planche VIII représente un superbe cristal transparent de Belleville, photographié en grandeur naturelle; les faces arrondies
FiG. 9. — Gypse des marnes vertes.
paraissent y être constituées par A*' - ( 111 ),
«i/9 (549), a^^^ (203); les faces «3 représentées en B sont nettes et brillantes ; les faces parallèles sont au contraire très arrondies. Dans d'autres échantillons [61.223], les faces a^ sont toutes arrondies. Cependant ces cristaux sont généralement nets de formes.
Il n'en est plus de même pour d'énormes lentilles arrondies que j'ai rencontrées récemment à la butte d'Orgemont à Argenteuil, dans la partie supérieure des marnes vertes^ et immédiatement au-dessous d'un lit de gypse qui surmonte ces dernières. Ces lentilles souvent très altérées (voir à Pseudomor phases calcaires)^ sont fragiles : elles dépassent parfois 50 centimètres de plus grande dimension, et ne diffèrent comme aspect et comme couleur des grands cristaux Indiens, que par l'existence de zones d'accroissement de teinte jaune ou blanche : beaucoup d'entre elles sont irrégulières et riches en inclusions argileuses.
Quelques-uns de ces cristaux présentent des faces m et rappellent la
Nouvelles archives du muséum, 3" série. — IX. 2t8
forme des individus composant la macle reproduite par la figure 8, de la planche X.
Type II. — Le type II est identique au second type de gypse de l'argile plastique(voirchapitrell); les cristaux aplatis suivant^* (010), peu allongeas suivant Taxe vertical, présentent les faces ;r/(l 10) très développées, les faces «3 (211) brillantes, tandis que les faces de la zone a^' g^ et souvent en outre uw^ sont extrêmement arrondies (fig. 10). Parfois les cristaux, au lieu d'être allongés suivant Taxe vertical, sont un peu allongés parallèlement à la normale à //* (100) [Montmartre, Buttes-Chaumont (marnes à Cyrene)j Pantin (marnes blanches)].
Une mention doit être faite pour des cristaux légèrement teintés en
jaune pâle qui établissent le passage au type I; ils sont très allongés suivant Tarête «3^3 (fig. 9), leurs faces a^ sont à peine arrondies (sur un des côtés d'un de ces cristaux, j'ai observé entre g^ et «3 une face faisant avec g^ un angle d'environ 122", mais qui est trop arrondie pour pouvoir être déterminée exactement), ils présentent en outre w, a^^* et des traces de m.
Les marnes vertes de Montmartre, de Ménilmontant, de Pantin, renfermant des cristaux de ce genre, incolores ou verdâtres, réunis en rosettes, atteignent jusqu'à 10 centimètres de diamètre. Les cristaux sont distribués d'une façon quelconque, montrant à l'extérieur du groupement leurs faces m (HO) très nettes : c'est très probablement le gypse en rose des anciens auteurs.
Type 111. — La collection Haûy renferme un cristal de Montmartre présentant la forme du gypse trapézien si fréquent dans l'argile plastique (fig. 5, pi. XIV).
p. M ad es.
Les cristaux maclés sont très fréquents. Le plus grand nombre des échantillons que j'ai étudiés personnellement se rapportent au type suivant.
Macle suivant A* (100). — Cette macle est celle dont il sera question plus loin, dans l'étude du gyjise de l'argile plastique.
Fig. 10. — Gypse des marnes vertes (type H).
Les individus qui la constituent, appartiennent au type II : ils sont accolés suivant la face //* (TOO) postérieure du premier individu, de telle sorte que les faces ajî, font toujours un angle saillant à l'extrémité inférieure du groupement, tandis que l'extrémité supérieure de celui-ci est constituée par a"'\ a,;,, a'^' ou u : dans le cas de a''% l'angle a'f' ?/^ étant de 17o'38', les sommets supérieurs des deux individus semblent être sur la continuation l'un de l'autre, l'arrondissement des faces rendant presque insensible le faible angle saillant qui devrait exister normalement. On observe parfois de petites gouttières a^ â^ contiguës à la ligne de séparation des deux individus. Ces cristaux présentent donc un aspect hémimorplie (fig. 1 1) : il n'en est cependant pas toujours ainsi ; la macle peut en eftet se produire non seulement par accotement, mais encore par entrecroisement des deux individus, de telle sorte que les deux extrémités du cristal sont semblablement terminées par des pointements aj/gÂj/o, ou a^^^a^^^ : j'ai trouvé dans la collection Haûy un cristal offrant cette disposition.
Les macles de ce genre présentent deux variétés, la première est caractérisée par le grand développement des faces m par suite de l'allongement de la macle suivant l'axe vertical (fig, 9, pi. VIII) ; laseconde présente une forme triangulaire (fig. H) par suite du grand développement des faces a^ et la disparition souvent complète des faces m (HO) (fig. 4, pi. IX).
Les macles de la seconde variété sont
, FiG. 11. — Macle suivant h^ (100),
généralement plus complexes ; un grand par accoiement, du gypse des nombre d'entre elles s'enfilent suivant l'axe '"^^"^^ ^^'•^^^• vertical pour donner des groupements curieux dans lesquels les individus constituants vont souvent en décroissant de taille.
11 n'est pas rare de trouver des groupements de ce genre dans lesquels on voit alterner des macles appartenant aux deux variétés ; les angles rentrants latéraux sont produits par les faces a, et le plus souvent les faces courbes de la zone a'^^'g^.
iiCs macles, et particulièrement celles de la seconde variété, sont produites par accoiement si intime qu'il est souvent impossible de voir à Tœil nu la ligne de séparation des deux individus constituants, dans une
FiG. 12. — MacU suivant A*, par en
lame de clivage, le groupement n'apparaît que grâce aux propriétés optiques et à la direction des clivages e' (OU) qu'il est facile de déterminer par le choc.
Les individus maclés suivant cette loi atteignent souvent de grandes dimensions, Téchantillon d'Argenteuil figuré dans la planche IX (fig. 4) mesure dans g\ 16 centimètres suivant l'axe vertical et 21 suivant une direction perpendiculaire; il a été recueilli par M. Lebrun, préparateur au Muséum.
La collection Haûy renferme un cristal provenant de Montmartre formé par le groupement cruciforme de deux cristaux du type III (fig. 5, pi. XIV). Ils sont traversés par une lame plus mince ayant la même
trecroisement, du , ,
gypse des marnes orientation, mahs constituée par une macle par accoleveries de Mont- j^g^jj ^j ^^^ entrecroisement. Ce groupement rappelle celui qui a été décrit par Laspeyres dans le gypse d'Eichstàdt [Tschermak. miner, petr. Mittheil^ 115, 1875).
Macle suivant a^^* (201). — La macle suivant a^^* (201) correspondant au type I du ludien (macle en fer de lance) se rencontre dans le gisement de la butte d'Orgemont dont il est question page 217, et à Massy près Longjumeau : elle offre les divers aspects signalés dans les marnes du gypse. Notre collection possède une très belle macle provenant do Montmartre [61.195] correspondant au 3* type de macle du gypse du ludien ; les faces a^ sont nettes, très planes et éclatantes, les faces m (110) sont largement développées et la ïace g^ (010) ne paraît pas due à des clivages. Cet échantillon presque incolore mesure 3''™,5 de plus grande dimension. Les deux individus constituants n'ont pas exactement la même taille, de sorte que l'un repose sur l'autre laissant voir une petite bordure a^ et une face arrondie très irrégulière.
C'est probablement ce cristal qui est cité par Des Cloizeaux dans son mémoire sur le gypse, mais la figure qu'il en donne est schématique, l'angle rentrant représenté à la partie postérieure de sa figure 5 n'existe pas dans l'échantillon qui se termine irrégulièrement par des faces courbes (fig. 8).
Un autre échantillon recueilli à la même époque que le précédent à Belleville [61.198] est également transparent, un peu jaune; il mesure 4 centimètres de plus grande dimension. 11 présente la même macle ; les faces ^3 sont encore très planes et très développées, mais les faces m sont peu larges et Tangle saillant de la macle du type II (page 215) est très net.
Cette macle se rencontre aussi dans les curieuses boules cristallines d'un blanc verdâtre trouvées à Pantin (14.17), à Ménilmontant[35.1305] et à Montmartre (collection Haûy), celles-ci sont essentiellement constituées par des cristaux lenticulaires, identiques à ceux de la figure 5 de la planche VIII, dont les extrémités terminées par les faces m (110) font saillie à Pextérieur. Çà et là quelques cristaux offrent la macle qui nous occupe. Tous ces cristaux sont compliqués par de nombreuses interpénétrations à axes parallèles.
C. — Comparaison des formes du gypse parisien et de celles du gypse