V- Gypse de diverses lagtmes
L'île de Sel au Cap-Vert fournit de beaux cristaux lenticulaires incolores de gypse; les faces a^ (211) ne sont pas plus développées que les faces a^'* (203) toujours ternes et arrondies ; les faces m et^* sont souvent peu larges (fig. 9), il existe aussi des lentilles â surface complètement arrondie semblables à celles de Batz. Une mention toute spéciale doit
(1) Ann, chim, et phys, XIV, 383, 1878.
LE GYPSE DE PARIS ET LES MINÉRAUX (JUI L'ACCOMPAGNENT. Îà27
être faite pour deux macles suivant a'-^ (201), identiques l'une à la figure 8, Taulre au type II de la macle du gypse Indien (figure 6).
Notre collection possède une série de beaux cristaux de gypse, recueillis par Al. d'Orbigny (1) dans la Saline d'Andres Paz, située à 6 lieues de Carmen de Patagones, près de l'embouchure du Rio Negro (République Argentine). Ils atteignent 30 centimètres suivant leur arête d'allongement a^a^. Cette dernière forme (aj domine, ses faces sont très planes, alors que les faces à^'^ (302) sont irrégulières, ternes et bosselées; g^ existe parfois, mais généralement par clivage.
2^ Gypse en roche.
La distinction établie plus haut entre le gypse éocène et celui du miocène de la région parisienne au point de vue de la forme des cristaux isolés dans les marnes, n'a pas de raison d'être quand on examine les dépôts entièrement gypseux. Le gypse en roche des divers niveaux géologiques présente une grande constance de caractères extérieurs et de structure. Je ne veux du reste qu'indiquer ici les grands traits de celle-ci, sans entrer dans des détails circonstanciés.
Le gypse en roche se rencontre particulièrement dans le Indien où il est exploité ; il y forme des masses dont il a été question plus haut et qui ont une épaisseur moyenne d'environ 30 mètres. Je renvoie à la coupe classique de Montmartre donnée par Cuvier et Brongniart (2) pour l'énumération des caractères extérieurs de chaque couche de cet ensemble, me contentant de rappeler que la première masse, la plus importante, présente de volumineuses fentes de retrait (3) qui depuis longtemps lui ont fait donner le nom de hauts piliers .
Les échantillons dont la composition sera étudiée plus loin ont été recueillis à Montmartre, à Clignancourt, aux Buttes-Chaumont, à Belle-
(i) Voyage dans V Amérique méridionale^ lU, 61, 48'i2.
(2) Op. ciL, 228.
(3) De curieuses fentes de retrait, rappelant Jes cassures perlitiques des roches volcaniques, s'observent dans les marnes intragypseuses : la figure 5 de la planche XVI représente un échantillon de gypse recouvert d'un enduit de marne blanche offrant cette structure; il a été recueilli par A. Brongniart dans des fouilles faites en 1834 au nord du parc deSaint-Cloud. Desfentesde retrait analogues, mais non identiques, ont été trouvées à Argenteuil dans les marnes à PAo/adawj/a ludensis.
ville, à Ménilmontant, à Romainville, à Noisy-le-Sec, à Montreuil, à Argenteuil, à Sannois.
Dans les marnes blanches supragypsemes blanches et bleues^ dans les marnes à Cyrene et dans les marnes vertes^ le gypse en roche forme aussi de petits lits peu épais.
Le gypse en roche du lutétien et du hartonien est connu depuis la publication faite par M. Munier-Chalmas (1) du résultat des sondages effectués par MM. Dru et Arrault. A Paris, les dépôts gypseux du lutétien supérieur peuvent atteindre 7 à 8 mètres ; ils ont été reconnus à la gare de TEst, au quai Jemmapes, à Brévannes, à Choisy-le-Roi, etc. Le gypse et ses marnes peuvent atteindre 2", 50, dans la zone moyenne des sables de Beauchamp de Choisy-le-Roi et la même épaisseur dans le niveau du calcaire de Ducy à Belleville et au quai Jemmapes, et 1",50 à 4", 25 au niveau du calcaire de Saint-Ouen dans ces deux dernières localités. Les échantillons que j'ai étudiés proviennent du lutétien traversé par les fondations de l'abaltoir de Vaugirard.
Le gypse en roche de la région parisienne présente un aspect des plus caractéristiques. C'est une roche dont le type moyen d'un blanc jaunâtre est éminemment cristallin. Le grain est variable ; tantôt en effet le secours d'une loupe est presque nécessaire pour distinguer les éléments qui la constituent, tantôt au contraire la roche est saccharoïde et ses éléments atteignent 0"",2 de plus grande dimension. On rencontre même quelques variétés (gypse porphyroïde) dans lesquelles une grande quantité de cristaux porphyroïdes de gypse, pouvant atteindre plusieurs millimètres, se trouvent au milieu d'une pâte à grain uniforme.
Laroche est parfois tenace, mais le plus souvent, elle est facile à briser et même à émietler sans le secours du marteau, elle met alors en liberté une poudre cristalline dans laquelle brillent les clivages g^ du gypse.
Dans les lits minces et au contact des bancs de marne, le gypse se charge de marne calcaire et il est facile de trouver tous les passages progressifs entre le gypse pur et la marne ne contenant que quelques cristaux lenticulaires clairsemés.
(i) C. Rendusy CX, 663, 1890.
Le gypse parisien est fréquemment calcarifère, cette particularité a depuis longtemps attiré l'attention et Delaméthrie l'avait jugée suffisamment intéressante pour qu'il ait désigné (1) la roche qui nous occupe sous le nom de Montmartrite.
L'examen microscopique (2) fait voir que quelles que soient les variétés macroscopiques considérées, leur structure est peu variée, la grandeur relative des éléments, l'existence ou l'absence de cristaux porphyroïdes venant seules les différencier. Le gypse automorphe est formé par des lentilles qui ne diffèrent en rien de celles qui ont été étudiées à l'état isolé; il faut noter cependant la rareté de la macle suivant a'^% si fréquente dans les cristaux libres.
Ces lentilles sont pressées les unes contre les autres, sans aucun ciment dans le gypse friable. Lorsqu'il existe de la marne, celle-ci moule les lentilles gypseuses dont les formes sont alors toujours très nettes, les cristaux n'ayant pas été gênés dans leur formation par des individus voisins. Cette structure est visible à l'œil nu dans les lits minces de gypse qui se trouvent dans les marnes et particulièrement dans celles du miocène ; ils sont souvent formés par l'enchevêtrement miarolitique de lentilles atteignant quelques millimètres de diamètre.
Quant à la calcite, elle se présente en grains, en rhomboèdres aigus plus ou moins nets, elle moule le gypse ou est englobée par lui. Il me semble probable que dans beaucoup de cas, cette calcite est d'origine secondaire et constitue le commencement des épigénies qui seront étudiées plus loin.
La monotonie de cette composition n'est interrompue que par l'existence de deux minéraux, le quartz et la célestite.
Le quartz est connu depuis longtemps sous forme de nodules ellipsoïdaux aplatis, dont la figure 4 de la planche XV reproduit une cassure. Ces rognons désignés sous le nom de silex corné par Cuvier et Brongniart, de fusils par les ouvriers carriers parisiens, se rencontrent à la base de la première masse du gypse. J'ai rencontré le quartz micros-
(1) Leçons de minéralogie^ U, 380, 1812.
(2) Je ne m*occupe pas des propriétés optiques de ce gypse qui n'offrent rien de spécial : je ferai seulement remarquer qu'il est nécessaire de monter à froid les préparations microscopiques des roches : sans cette précaution, le gypse subit des modifications profondes et prend alors laspect maclé des deux grands cristaux de la figure 1 de Ja planche X ou même se transforme complètement.
230 NOUVKLLES AKCHiVES DU MUSEUM.
copique dans le gypse de tous les niveaux du Indien. Je le considère dans tous les cas comme d'origine secondaire et en reparlerai plus loin.
J'ai découvert la cêlestite comme élément microscopique du gypse dans quelques échantillons que j'ai recueillis dans la basse masse d'Argenteuil ; elle y constitue des grains irréguliors ou de petits prismes qui, d'après le profil de leurs sections, me paraissent avoir la même forme que ceux qui seront étudiés plus loin. Les sections //' notamment, perpendiculaires à la bissectrice aiguë positive, sont limitées par des faces ^* (01 1 ), faisant entre elles des angles plans de /(>" et de 10 i\ ^.a célestite se dislingue bien du gypse qui l'englobe par son indice médian ( 1,024], beaucoup plus grandque celui du gypse (1 ,524) ; la biréfringence maximum (0,009) de ces deux minéraux est la même; elle est égale aussi à celle du quartz qui se trouve dans la môme roche. Celle-ci contient également quelques ponctualions de calcite. La figure 1 de la planche X représente une lame mince de cette roche, vue en lumière polarisée parallèle, quelques grains de célestite s'y distinguent du gypse par leur plus grand relief.
L'existence de célestite dans le gypse a une certaine importance théorique, sa cristallisation simultanée de celle de ce dernier minéral, conforme à la théorie (1), évite d'avoir recours à une hypothèse compliquée pour expliquer l'existence dans les marnes supérieures du Indien et dans les marnes vertes de l'oligocène, des rognons de célestite dont l'élude sera faite plus loin.
Les observations qui viennent d'être faites au point de vue de la composition et de la structure du gypse s'appliquent aussi bien au gypse des différents niveaux du Indien qu'à celui du lutétie?i et de l'oligocène.
11 existe cependant dans la région parisienne, àThorigny, près Lagny, aux environs de Meaux, une variété de gypse présentant une structure tout à fait différente de celle-ci. Ce gypse offre du reste un aspect extérieur également différent, il est blanc, compact et ressemble assez au gypse triasique pour avoir été depuis longtemps désigné sous le nom iV albâtre de Lagny. Sa structure microscopique rappelle, elle aussi, celle
(I) M. Dieularail a montré, en eiïet, que quand Teau de mer s'évapore, de très petites quantités de strontium se déposent sous forme de carbonate et de sulfate, eu môme temps que ia calcite et surtout que le gypse.
du gypso Iriasique; la rocho ost composée par des plagos xénomorphes de gy(>se, enchevêtrées et rappelant la structure de certains quartzites. Au milieu de ce gypse compact, se rencontrent de larges masses de gypse laminaire d'un blanc opaque ; elles renferment parfois des plaques incolores, jaunes, translucides ou transparentes ; c'est au milieu de ces masses (|ue j'ai rencontré des grains de célestite et des cristaux cristal litiques (Vanhydrite ; ils sont faciles à distinguer du gypse par leurs trois clivages rectangulaires, leur haute biréfringence [n^ — ^^=0044), leur réfringence plus grande (N = 1,587). Le signe de leur bissectrice est positif comme celui du gypse, Técartement des axes est faible. Ce cas d'anhydrite est le seul que j'ai observé dans le gypse de la région parisienne : contrairement à ce qui se passe dans la plupart des gisements triasiques, le gypse n'est pas ici le produit de l'hydratation de l'anhydrite.
Le gypse de Lagny est célèbre par les cristaux de quartz qu'il renferme. Ils seront étudiés plus loin.
T Pseudomorphoses de gypse.
La région parisienne renferme de très nombreuses pseudomorphoses de gypse en produits siliceux ou calcaires ; les pseudomorphoses siliceuses sont de beaucoup les plus intéressantes. Elles se rencontrent à tous les niveaux gypseux éocénes et dans quelques-uns d'entre eux, le gypse intact n'existe même plus aux affleurements.
L'existence de ces pseudomorphoses siliceuses a été signalée pour la première fois par Pasumot (1), qui trouva à Passy, près du château de la Muette, de remarquables échantillons dont notre collection possède une belle série. C'est d'après la forme lenticulaire, que cet auteur décrivit le minéral comme gypse, en faisant remarquer que les cristaux présentent souvent des vides intérieurs, tapissés par des houppes de petits cristaux limpides. Peu après son premier mémoire, Pasumot annonçait (2) que d'après les essais de Sage, le minéral était exclusivement formé par du quartz et il le désigna sous le nom de qiiartz grenu en cristaux leîiticu-
(^) J. dephyaique, XVI, ni-i, 1780.
laires^ c est sous cette dénomination, du reste, que Rome de Tlsle l'indique dans sa Cristallographie (!)•
Pasumot cite ce minéral dans de nombreux gisements, notamment à Saint-Ouen, sur les hauteurs d'Herblay, en allant à Conflans-Sainte- Honorine, ainsi que près de Germigny sur la Marne; il l'assimile au quartz en rose des environs de Compiègne, de Saint-Germain-en-Laye et le signale dans les environs d'Issy et de Vaugirard- A ses yeux, ce quartz était d'origine secondaire et dû à des infiltrations superficielles.
Ce fut Haûy (2) qui établit la nature pseudomorphique du minéral de Passy en montrant son analogie de forme avec le gypse lenticulaire de Montmartre, analogie qui avait déjà frappé Pasumot.
Tous les échantillons signalés par les auteurs précédents proviennent du lutétien supérieur (caillasses).
Cuvier et Brongniart (3) ont signalé des pseudomorphoses du même genre dans les fondations de l'Arc de Triomphe (sables de Beauchamp d'après M. G. DoUfus, qui en a retrouvé (4) au môme niveau à Bois- Colombes et à la briqueterie de Suresnes).
Des pseudomorphoses analogues ont été trouvées, vers 1836, au niveau du calcaire de Saint-Ouen {barlonien) ^ dans les travaux du creusement du tunnel du chemin de fer de Versailles qui se trouve dans le parc de Saint-Cloud. Elles n'ont jamais été décrites, la collection du Muséum en possède une très belle série recueillie par Huot. Notre collection renferme aussi une nombreuse série d'échantillons du même genre rencontrés par Ch. d'Orbigny, en janvier 1836, dans la tranchée du chemin de fer traversant la plaine Monceau; ce sont sans doute ces pseudomorphoses que cet auteur cite (5) dans la coupe qu'il a donnée de cette tranchée.
Plus récemment, l'attention a été de nouveau appelée sur les pseudomorphoses de gypse du lutétien et du bartonien^ par M. Munier-Chalmas (6) qui a montré qu'elles se trouvent exclusivement sur le bord
(1) Cristallographie, H, i31.
(2) Traité de minéralogie, 1, 437, 1801.
(3) Descript, géol. des environs de Paris, 149, 1822.
(4) Notice sur une nouvelle carte géol. des env. de Paris, 1835-43.
(5) Bull. Soc.géoL, VII, 161, 1836.
(Oj Bull. Soc. géol., XVU, 1889, et C. Rendus, CX, 663, 1890.
des vallées quaternaires, aux affleurements des niveaux lagunaires qui renferment des bancs de gypse intact là où les eaux superficielles n'ont pu les dissoudre et les transformer. Le même géologue a signalé à Gentilly, au-dessous du fort de Bicêtre, des pseudomorphoses analogues dans deux niveaux lagunaires des sables de Beauchamp^ l'un situé dans la partie moyenne de ceux-ci (zone à Melania hordacea)^ l'autre intercalé dans les calcaires de Dticij. C'est dans ces pseudomorphoses, considérées jusque-là comme formées par du quartz normal ou par de la calcédoine, que ce savant a trouvé le minéral décrit par M. Michel-Lé vy et lui sous le nom de lutécite.
Enfin, je montrerai dans ce mémoire que des pseudomorphoses analogues aux précédentes se rencontrent à divers niveaux du Indien et de l'oligocène.
Il ressort de ce court résumé historique que les pseudomorphoses de gypse existent à tous les niveaux gypsifères de l'éocène et de l'oligocène ; et qu'elles sont particulièrement abondantes dans les caillasses et dans le calcaire de Sainl-Ouen.
A. — Pseudomorphoses siliceuses.
Les produits siliceux qui constituent cette catégorie d'épigénie du gypse sont constitués par divers minéraux du groupe du quartz et par de l'opale.
Les premiers consistent en quartz normal à formes nettes ou cristalliliques et en diverses variétés fibreuses du même minéral, la calcédoine et les deux produits désignés par MM. Michel-Lévy et Munier-Chalmas sous le nom de quartzine et de lutécite (1).
Ces minéraux fibreux diffèrent essentiellement les uns des autres par l'orientation de leurs fibres par rapport à la direction des axes de l'ellipsoïde des indices ; dans la calcédoine^ l'allongement des fibres a lieu suivant w^, dans \sLquartzi?ie suivant Wg, dsiusls, lutécite enfin, suivant une direction du plan n/i^ faisant avec n^ un angle qui ne paraît pas établi encore d'une façon définitive et qui semble être intermédiaire entre 29"* et 45°
(1) pp. cit, et Bull. Soc. miner,, XV, 159, 1892.
NouvBLLBS ARCuiVEs DU MUSÉUM, 3« sérle. — IX. 30
(32M'aprèsM. Wallerant). L'élude optique de ces divers produits siliceux n'étant pas l'objet de ce travail, je renvoie pour la discussion de ce sujet au mémoire détaillé de MM. Michel-Lévy et Munier-Chalmas et à celui plus récent de M. Wallerant (1) dans lequel ce savant a étudié d'une façon spéciale la corrélation existant entre la biaxie de ces produits siliceux et le pouvoir rotatoire du quarlz. Les matériaux que j'ai personnellement recueillis sur cette question seront décrits dans le tome III de ma Minéralogie de la France qui paraîtra l'an prochain.
Notons toutefois que la lutécite se présente parfois en cristaux macroscopiques, ayant la forme de pyramides hexagonales surbaissées, irrégulières, dont les angles sont difficiles à mesurer, à cause de l'aspect
calcédonieux des surfaces et de nombreuses stries (l'angle de deux faces adjacentes du pointement paraît osciller entre 123° et 127**). Ces cristaux ne sont jamais isolés, ils s'enfilent en plus ou moins grand nombre suivant leur axe pseudo-hexagonal ou encore s'empilent suivant une des faces de la pyramide (fig. 13, d'après MM. Michel-Lévy et Munier-Chalmas). La figure 1 de la planche XV reproduit la photographie d'une pseudomorphose de gypse de Clamart, montrant un grand nombre de cristaux de lutécite dont la forme est très visible à la loupe. L'échantillon photographié m'a été donné par M. Munier-Chalmas.
Les figures 2 et 4 de la planche X représentent des sections parallèles ou perpendiculaires à l'axe vertical des cristaux de lutécite, photographiées en lumière polarisée parallèle ; elles montrent la disposition des groupements complexes qui les constituent (Clamart). Les préparations photographiées m'ont été communiquées par M. Michel-Lévy, et sont celles qui ont été représentées dans le mémoire précité ; il en est de même pour l'échantillon reproduit figure 3 de la même planche et qui
Fig. 13.— Groupements macroscopiques de lutécite.
(1) EulL Soc minéraLy XX, 52, 1897.
montre une section basique de quartz entourée par une zone de lutécite (Lizy-sur-Ourcq).
Voyons maintenant comment sont distribués ces divers produits siliceux dans les pseudomorphoses gypseuses : celles-ci ne sont généralement pas massives, la somme des min^aux néogènes n'était pas égale à celle du gypse disparu : il en résulte des cavités constituant des géodes parfois tapissées de cristaux.
a. Pseudomo7'phoses sans opale.
Les pseudomorphoses dans lesquelles les produits siliceux sont tous cristallisés sont celles du lutétien, du Ivdien et enfin une partie de celles du bartonien.
Dans les pseudomorphoses des divers niveaux du lutétien et dans celles du bartonien, les grandes lentilles gypseuses sont non seulement en partie transformées en produits siliceux, mais encore imprégnées de calcite, dont les rhomboèdres e* tapissent les cavités ou recouvrent la surface ; il est nécessaire de faire disparaître la calcite par un traitement à l'acide chlorhydrique pour pouvoir étudier les minéraux siliceux. C'est ainsi que les cristaux de Vaugirard, figurés dans la planche XII, ont subi ce nettoyage préalable.
Il existe de nombreux passages entre 'ces pseudomorphoses dans lesquelles dominent les produits siliceux et celles qui ne sont plus constituées que par de la calcite.
Dans quelques gisements, et notamment à Passy, le calcaire n'accompagne pas toujours ces produits siliceux.
De grandes différences locales existent dans la nature des minéraux siliceux qui constituent les pseudomorphoses. Tantôt en effet, on n'y trouve que du quartz cristallisé, tantôt au contraire seulement de la lutécite, alors que dans d'autres cas, le quartz et la lutécite sont associés entre eux et avec de la quartzine.
La pseudomorphose s'est effectuée souvent par la périphérie et dans beaucoup de cas s'est propagée le long des clivages g^ (010), h} (100) ou e* (011) ; cette disposition peut être étudiée avec une grande facilité dans
les pseudomorphoses du bartonien qui seront examinées dans le paragraphe suivant.
Les pseudomorphoses de Passy ont souvent des surfaces extérieures parfaitement lisses, elles sont alors constituées essentiellement par du quartz cristallisé dont les pointements distincts s'observent parfois dans les cavités des lentilles ; cette particularité avait été signalée par Pasumot dans sa description de 1786 : beaucoup d'entre elles sont extrêmement riches en lutécite, dont les cristaux sont indépendants ou groupés autour du quartz comme dans la figure 3 de la planche X.
J'ai étudié de nombreux échantillons recueillis par M- Jecker dans les fondations des abattoirs de Vaugirard ; c'est de là que proviennent les beaux spécimens qui ornent aujourd'hui notre galerie (planche XII). Ces pseudomorphoses se trouvaient dans un lit épais de quelques décimètres, situé à environ 7 mètres au-dessous du niveau actuel de la cour de l'abattoir : elles étaient très abondantes. Les lentilles gypseuses atteignent souvent 20 centimètres de diamètre. La composition intime des pseudomorphoses de ce gisement est peu compliquée; on n'observe guère que du quartz, groupé parfois autour d'orbicules fibreux et concrétionnés de quartzine, semblables à ceux que MM. Michel-Lévy et Munier-Chalmas ont décrits dans les pseudomorphoses de Clamart (fîg. 4 de la planche III du mémoire précité). Après traitement par l'acide chlorhydrique, les produits siliceux se présentent sous la forme d'une masse poreuse, constituée par de petits cristaux de quartz enchevêtrés. Ils sont généralement cristallitiques, les faces des pyramides sont très souvent creuses, et les nombreuses cavités de ces cristaux peuvent être comparées à celles du quartz de Poretta considérablement exagérées.
Ces cristaux sont généralement implantés sur les parois du cristal de gypse, sans aucune relation géométrique avec lui ; assez fréquemment on les voit accolés sur elles par une face/? ou e^'^. Ces formes cristallitiques, très visibles à la loupe, sont plus distinctes encore dans les lames minces taillées dans les pseudomorphoses avant traitement par les acides.
Des cristaux du même genre, mais présentant une disposition plus régulière, se rencontrent à l'état isolé dans les pseudomorphoses presque exclusivement calcaires des caillasses des carrières de Vanves près la
porte de Versailles et dans celles de Clamart; les échantillons de ce dernier gisement exploré par M. Munier-Chalmas ont été décrits récemment par M. Wallerant (1). Les échantillons que j'ai examinés m'ont été donnés autrefois par M. Munier-Chalmas ou ont été recueillis par M. Jecker à Vanves. Ces petits cristaux de quartz sont cristallitiques, parfois implantés plus ou moins perpendiculairement à la gangue; les faces prismatiques sont brillantes, striées, mais peu développées, les faces de la bipyramide ont en partie disparu : chaque cristal est ainsi réduit à un prisme creux dont la cavité présente des stries en gradins en rapport avec la symétrie du minéral ou des lames dentelées, il a l'apparence d'une coupe dont la cavité est plus ou moins irrégulière. Plusieurs cristaux ainsi constitués se réunissent souvent à axes plus ou moins parallèles s'emboîtant les uns dans les autres, donnant naissance à des groupements en forme de bouquets de fleurs, extrêmement élégants de forme.
L'insertion de ces cristaux sur la paroi de la lentille gypseuse se fait parallèlement à une face ;? (lOU ) ou ^*^* (01 1 1 ) : cette face est remplacée par une pyramide hexagonale surbaissée, constituée par des gradins successifs et simule une pseudobase. Il me semble inutile de décrire longuement ces formes, en tout point identiques à celles du babelquartz de Beralston qui présente cette structure quand les cristaux sont implantés sur des cubes de fluorine (Voir Des Cloizeaux, Mém. sur le quaiHz^ fig. 68). Les formes cristallitiques du quariz qui nous occupe s'expliquent aisément par les difficultés rencontrées par la cristallisation du minéral qui ne pouvait s'accroître que lentement, au fur et à mesure de la dissolution du gypse dont il occupe aujourd'hui la place.
Dans les échantillons des abattoirs de Vaugirard que j'ai examinés, je n'ai pas trouvé de lutécite nettement caractérisée. Il n'en est pas de même dans de grandes lentilles trouvées en 1834 dans le même quartier et qui sont presque exclusivement formées par ce minéral qui s'isole dans des géodes en cristaux fort nets. Ils sont semblables à ceux de Clamart, localité où M. Munier-Chalmas a recueilli les beaux échan-
(1) ^ulL Société minéral., XX, 173, 1897.
tillons qui ont servi à rétablissement de ce type minéralogique- L*axe vertical des cristaux de iutécite est généralement disposé normalement à la paroi contre laquelle ils se sont formés. La figure 1 de la planche XVI représente une géode de Iutécite obtenue par attaque d'une de ces pseudomorphoses par Tacide chlorhydrique.
Les caillasses de la Glacière de Gentilly ont fourni autrefois en abondance considérable des pseudomorphoses gypseuses d'une grande beauté : elles sont riches en Iutécite et en quartz et oflFrent beaucoup de ressemblance avec celles de Passy . J'ai observé un lit gypseux entièrement quartzifié et recouvert superficiellement par des cristaux lenticulaires, euxmêmes transformés en cristaux de quartz, enduits d'orbicules de Iutécite.
Notre collection renferme des pseudomorphoses similaires provenant des environs de Grignon [34- 106; 38. 14], de Pontoise (avec jolis cristaux de Iutécite). de la forêt de Saint-Germain, etc.
La calcite de ces diverses pseudomorphoses ne présente aucune particularité intéressante. Elle moule les produits siliceux ; parfois elle a comblé complètement toute la partie du cristal de gypse qui n'était pas remplie par ceux-ci, mais le plus souvent, il reste des cavités dans lesquelles elle se montre en petits rhomboèdres aigus e* (0221).
L'examen des couches Indiennes fournit quelques faits intéressants concernant le mode de formation des pseudomorphoses qui nous occupent ici (voir aussi plus loin aux Pseudomorphoses calcaires). Dans les marnes intragypseuses d'Argenteuil, jetées dans les déblais des carrières, on rencontre fréquemment des échantillons durcis dans lesquels toutes les lentilles de petite taille ont été enlevées par dissolution. Des lames minces taillées dans ces marnes offrent en lumière parallèle la même structure que les marnes intactes, la place des cristaux de gypse actuellement vides ayant absolument conservé leur forme. On comprend comment des circulations d'eau, saturée de produits calcaires ou siliceux, peuvent, par le rempHssage de ces cavités, produire les pseudomorphoses qui nous occupent; les marnes à Pholadomya ludensis renferment du reste des blocs dans lesquels de semblables pseudomorphoses calcaires sont en voie de formation. Toutes les pseudomorphoses ne se forment point par remplissage de cavités laissées libres par dissolution du gypse.
Quand un cristal de gypse est exposé aux eaux pluviales, on voit que la dissolution se propage plus rapidement suivant la direction du clivage g\ de telle sorte que toutes les faces se creusent de profonds sillons, parallèles à la trace de g\ C'est dans les fentes de ce genre, formées à la surface de macles en fer de lance de Pantin, que j'ai trouvé de jolis cristaux nets de lutécite dont l'axe vertical est implanté perpendiculairement à g\ Dans d'autres échantillons, les cristaux de lutécite se sont produits sans orientation par rapport au gypse, au fond de la gouttière de la macle. L'origine secondaire de ces produits siliceux n'est pas douteuse. C'est également dans ces mêmes cristaux, que j'ai trouvé les imprégnations de limonite et de pyrite qui seront étudiées plus loin.
Les lames taillées dans le gypse saccharoïde des divers niveaux du Indien recueilli à Montmartre, Belleville, Argenteuil, etc., de môme que dans le gypse du lutétien de Vaugirard, renferment presque toujours du quartz dont l'origine secondaire n'est pas douteuse; tantôt il moule les lentilles du gypse, tantôt au contraire il les épigénise; on peut trouver toutes les étapes de leur transformation en cristaux de quartz, pressés les uns contre les autres et renfermant des inclusions de calcite. On y voit les cristaux de quartz se grouper autour d'un centre pour former des rosettes régulières.
Les pseudomorphoses quartzeuses généralement éparses dans le gypse, se concentrent et deviennent macroscopiques, à la base de la première masse du gypse, pour constituer ces concentrations siliceuses appelées fusils par les carriers parisiens.
Ces rognons siliceux (figure 5, pi. XVI) ne sont autre chose (1) que des pîirties de la roche plus ou moins entièrement quartzifiées, ils ont une surface unie et renferment souvent à leur centre du gypse resté intact. On y voit, au microscope, des cristaux nets de quartz, sur lesquels s'orientent d'une façon régulière de la quartzine et de la lutécite. Ces
(i) M. Cayeux a indiqué déjà (C. Rendus, CXX, 391, 1895) la nature cristallisée et Torigine de ces nodules et critiqué le nom de silex qui leur a été donné par les vieux auteurs; il y a lieu de faire remarquer que ceux-ci et notamment Guvier et Brongniart (op. cit., 46) ne confondaient pas au point de vue minéralogique ces concrétions siliceuses avec les silex de la craie (silex pyromaque); ils les appelaient silex cornés et désignaient sous ce nom les produits siliceux compacts dont le microscope nous décèle aujourd'hui la nature cristalline. G*est sous le même nom du reste que ces auteurs désignaient une partie des lits siliceux des caillasses, etc.
deux produits s'observent en outre en abondance sous forme de rosettes, de sphérolites ou de petites masses concrélionnées irrégulières.
Pour terminer ce qui concerne le développement secondaire de quartz dans le gypse, il y a lieu de signaler ici les remarquables cristaux de quartz du gypse de Thorigny, près Lagny. Ils atteignent plusieurs centimètres, offrant les mêmes particularités que ceux des caillasses lutétiennes de Passy (voir page 247) et sont fréquemment associés à de la calcite. Les blocs constitués par le mélange de ce minéral et du quartz ne se distinguent du reste en rien de ceux des caillasses, et il faut admettre que ce gisement plus encore que ceux des environs immédiats de Paris est actuellement le siège de transformations chimiques analogues à celles qui ont fait disparaître le gypse des affleurements de Téocène moyen.
p. Pseudomoiyhoses renfermant de F opale et des produits siliceux
cristallisés.
Notre collection possède une très riche série de pseudomorphoses de gypse, recueillies par Ch. d'Orbigny, dans les lits de magnésite des calcaires de Saint-Ouen, rencontrés dans la plaine Monceau par la tranchée du chemin de fer de Versailles. Ils occupent tous la partie centrale de gros rognons de ménilite qui englobent parfois des moules de Lymnœa longiscata comme le montre la figure 6 de la planche XV, et la figure 4 de la môme planche (des sections de ce fossile se trouvent à la partie supérieure de l'échantillon photographié).
Par suite de la nature siliceuse de leur gangue, ces pseudomorphoses ne peuvent pas être isolées comme celles du lutétien, leur forme est indiquée seulement par celle de la cavité tenant la place du cristal de gypse. Elles sont en effet creuses, les produits siliceux se sont déposés tout d'abord à la périphérie des cristaux, puis ont cheminé le long des clivages, constituant ainsi des cloisons qui, grâce à la disparition postérieure du reste du cristal (disparition effectuée sans substitution cette fois), restent aujourd'hui disposées dans la cavité comme autant de lames parallèles. Les cristaux du gypse épigénisé affectent la forme de grandes
lentilles, ayant parfois plus d'un décimètre de longueur, elles présentent fréquemment la macle en fer de lance suivant a*--. Suivant les échantillons, les produits siliceux ont pénélré dans le cristal en cheminant dans le clivage g^ ou au contraire dans un clivage e* (01 1 ), mais en général dans ce dernier cas, un seul de ces clivages e^ a servi de passage aux produits de transformation. Les figures 4 et 5 de la planche Xfl représentent des échantillons dans lesquels les cloisons siliceuses montrent les deux dispositions qui viennent d'être indiquées.
Examinées à l'œil nu, ces cloisons sont d'un blanc laiteux, translucides; dans quelques-unes d'entre elles, on peut voir à la loupe de petits mamelons cristallisés, arrondis, parfois transparents.
L'étude microscopique des lames minces, taillées dans ces cloisons, fait voir qu'elles ne renferment pas de quartz, mais qu'elles sont constituées par des lits parallèles à leur aplatissement formés par un mélange d'opale concrétionnée et de calcédoine. Les meilleures sections pour étudier cette association minéralogique sont les sections perpendiculaires au plan des lames. Dans celles-ci, on voit que l'opale, légèrement teintée en jaunâtre, est constituée par des globules assez réguliers, pressés les uns contre les autres et disposés tangentiellement au plan de la lame, ils se réunissent localement pour former des lits absolument continus; globules ou lits d'opale sont enveloppés par de la calcédoine ou alternent avec celle-ci.
La calcédoine est elle-même globulaire et ses sphérolites sont disposés comme les globules d'opale, à moins qu'ils ne tapissent des cavités irrégulières et, dans ce cas, ses fibres sont disposées perpendiculairement aux parois de celles-ci. Dans quelques échantillons, la complexité de structure est plus grande, car on voit apparaître un nouvel élément, la lutecite. Celle-ci présente, elle aussi, la même orientation que les deux minéraux précédents, c'est-à-dire que l'axe vertical de ses lentilles pseudohexagonales est disposé perpendiculairement au plan de la lame. Les propriétés optiques permettent aisément de distinguer ces deux minéraux. Il n'est pas rare de voir l'opale disparaître et la pseudomorphose est alors exclusivement constituée par les deux minéraux cristallisés, la lutécile formant assez souvent le recouvrement de la lame dont l'intérieur est alors constitué par de la calcédoine sphérolitique ; il
Nouvelles archives du muséum, 3« série — IX. 31
y a même dans des cas plus rares des alternances successives de fibres de calcédoine et de fibres de lutécite.
Dans des échantillons exceptionnels [37. 4; 37. 17, etc.] la lutécite est extraordinairement développée; on y rencontre à foison des cristaux distincts de ce minéral (fig. 13), ayant environ 1 millimètre, ils sont pressés les uns contre les autres et il est possible d'observer avec la plus grande netteté la structure mise en lumière par les figures 2 et 4 de la planche XI.
Les cristaux de lutécite faisant saillie dans la cavité du gypse sont quelquefois recouverts d'un enduit fibreux de calcédoine, ils sont translucides et constituent de beaux échantillons de collection.
Le creusement du tunnel du chemin de fer qui traverse le parc de Saint-Cloud a fourni à la même époque que celle à laquelle ont été trouvés les échantillons qui viennent d'être étudiés, des pseudomorphoses gypseuses non moins remarquables. Elles sont, soit englobées dans une ménilite grossière, soit engagées dans une marne, imprégnée d'opale. Les nombreux échantillons que possède notre collection ont été recueillis par Huot ; les uns présentent à peu près les mêmes particularités de structure que les pseudomorphoses de la plaine Monceau, avec cette différence toutefois que toute la surface intérieure de la cavité libre, de même que celle des cloisons qui correspondent aux anciens clivages du gypse, sont uniformément recouvertes d'une couche de calcédoine mamelonnée d'un jaune très pâle [40. 70].
D'autres échantillons ne renferment aucune cavité ; les lentilles de gypse, généralement de petite taille, ne dépassant guère 2 centimètres de plus grande dimension, sont entièrement remplacées par de la lutécite, associée à une petite quantité d'opale et de quartz.
Dans ces pseudomorphoses, l'axe vertical de la lutécite est disposé parallèlement à celui du gypse, souvent le remplissage du cristal de gypse est formé par des cristaux de lutécite complets, empilés les uns sur les autres avec la même orientation, de telle sorte qu'une section de l'assemblage parallèle à l'axe vertical du gypse montre tous les cristaux de lutécite avec la structure représentée par la figure 2 de la planche XL Dans d'autres cas, toute la surface intérieure de la lentille est recouverte d'une croûte fibreuse de lutécite, le milieu seulement de la pseudo-
morphose étant occupé par des rosettes complètes du môme minéral. L'opale occupe généralement le bord du cristal épigénisé [48. 24].
Dans un seul échantillon [40. 71], j'ai rencontré du gypse intact, le milieu d'un petit nombre des lentilles de ce spécimen est occupé par du gypse limpide. La figure 1 delà planche XI représente une lame mince taillée parallèlement au clivage g^ (010) du gypse, elle met en évidence ce fait énoncé plus haut que l'axe vertical de lalutécite coïncide en direction avec celui du minéral primordial.
La lutécite ne se rencontre pas seulement dans les pseudomorphoses de gypse, ses cristaux sont aussi distribués, mais en petite quantité, dans la ménilite du même gisement. Elle y présente une disposition intéressante, ses cristaux isolés sont placés dans les plans de schistosité du minéral, de telle sorte que leur axe vertical est perpendiculaire à celui-ci. Ce fait prouve que dans la plupart des pseudomorphoses, constituées par de la lutécite, l'orientation de celle-ci n'est pas déterminée par un rapport de symétrie avec le minéral épigénisé. En se disposant de telle sorte que son axe vertical soit perpendiculaire aux faces e' ou g^ du gypse, la lutécite obéit simplement à la tendance, que montrent fréquemment les minéraux cristallisant dans une fente, à se disposer de façon que leur axe principal de symétrie soit perpendiculaire aux parois de celle-ci.
Les lames minces de l'échantillon auquel il est fait allusion ici [38. 24], taillées perpendiculairement à sa schistosité, montrent dans le champ du microscope plus d'une trentaine de sections semblables à la figure 2 de la planche XI, distribuées suivant des plans parallèles et parfaitement isolées au milieu de l'opale.
y. Pseudomorphoses en opale seule.
L'examen microscopique fait voir que Vopale neclique constitue des pseudomorphoses de gypse d'une nature toute spéciale.
L'attention a été appelée depuis longtemps sur ces curieux rognons globuleux, atteignant parfois la grosseur de la tête, qui se rencontrent dans les marnes associées au calcaire de Saint-Ouen^ de la plaine Saint- Denis (usine à gaz) et de Paris même [rue de Rome (M. DoUfus)]. Ils sont
légers, tendres, âpres au loucher et poreux; placés dans l'eau ils y flottent pendant quelque temps jusqu'à ce que le liquide, ayant rempli leurs pores en dégageant des bulles d'air, les fasse tomber au fond du vase. C'est à cause de cette propriété qu'Haûy les a désignés sous le nom de quartz neclique{i), bientôt changé en celui de silex nectique.
J'appellerai ce minéral opale nectique^ car il est exclusivement constitué par de l'opale pure. Le produit soigneusement débarrassé par lévigation d'une petite quantité de marne et par un lavage à l'acide chlorhydriquede traces de calcite, se dissout sans résidu apparent dans les alcalis et dans Tacide fluorhydrique. Des échantillons conservés depuis cinquante ans dans la collection du Muséum et préalablement desséchés sur l'acide sulfurique m'ont donné par la calcination une perte de 4,5 p. 100.
L'examen microscopique en lumière naturelle montre que les lames minces d'opale nectique offrent exactement la même structure que celles du type commun du gypse Indien. Il suffira pour s'en convaincre de comparer les figures 2 et 4 de la planche X. La figure 2 représente une lame de gypse d'Argenteuil (3° masse), la figure 4 une section d'opale nectique de Saint-Ouen. Tous les cristaux à forme lenticulaire de celle-ci sont monoréfringents, ils ont un indice de réfraction voisin de celui du baume du Canada, mais cependant plus faible. Ils sont pressés les uns contre les autres, sans aucun ciment, laissant entre eux des vides qui donnent à la roche sa porosité caractéristique.
Pour mettre en évidence ces vides, j'ai employé deux procédés; la roche a été taillée tout d'abord après avoir été maintenue pendant quelques minutes à la température du rouge ; il se produit ainsi une contraction de l'opale qui, sans détruire la forme des cristaux élémentaires, accentue les intervalles qu'ils laissent entre eux. Le second procédé consiste à monter la lame mince dans du baume du Canada dissous dans du chloroforme et coloré par de la fuchsine ou du vert de méthyle ; la matière colorante souligne ainsi tous les pores de la roche et permet en outre de montrer que les cristaux sont entièrement remplis par de l'opale.
Par analogie, avec les roches gypseuses décrites plus haut, on peut
(!) Minéralogie, H, 431, 1801.
supposer qu'originellement les petits cristaux de gypse opalisés étaient consolidés par de la calcite qui a été postérieurement dissoute.
L'opale nectique est parfois intimement associée à la ménilite et à des variétés brunes d'opale dans lesquelles Cuvier et Brongniart avaient dès 1822, signalé l'existence de gypse (1); ses nodules renferment parfois un centre compact.
5, Minéi^aux néogènes divers^ contemporains de la formation des pseitdomorphoses siliceuses.
Les phénomènes de dissolution superficielle et de transport moléculaire qui ont fait disparaître le gypse à ses affleurements et donné naissance aux pseudomorphoses qui viennent d'être décrites se sont eff^ectués non seulement sur les cristaux distincts de gypse, mais encore sur les diverses roches qui les englobaient. Des lits entiers de calcaires, de marnes, ainsi que les fossiles qu'ils renferment, ont été silicifiés. De plus, on trouve fréquemment, surtout dans les caillasses, des lits ou des amas extrêmement cristallins essentiellement formés de calcite et de quartz, creusés de cavités dans lesquelles se sont formés en cristaux distincts, divers minéraux, calcite^ fliwrine^ qiiartz^ lutécite^ célestite : c'est d'eux dont il s'agit ici. Les échantillons de ces produits néogènes ont un aspect très caractéristique qui ne change guère dans toute la région parisienne.
Calcite.
La calcite se rencontre sous la forme du rhomboèdre inverse e' (0221), en cristaux généralement de petite taille, transparents, et d'un jaune pouvant aller jusqu'au jaune d'or. 11 n'est pas rare de constater que les rhomboèdres sont constitués par le groupement à axes parallèles d'un grand nombre d'individus de même forme. Leurs faces sont souvent arrondies et ne donnent pas de bonnes réflexions. Il n'est pas rare cependant de trouver des échantillons sur lesquels sont implantés de petits cristaux de môme forme, opaques, et ayant leurs arêtes vives, leurs faces très planes.
(1) Op. cit., 215.
Ces rhomboèdres sont réunis parfois dans d'assez belles géodes comme celle qui est représentée par la figure 6 de la planche XVI. L'échantillon photographié provient de fouilles faites dans la rue du Val-de-Grâce. Les rhomboèdres s'agglomèrent souvent pour former des masses miarolitiques, très peu cohérentes, que le moindre choc transforme en sable cristallin : ce sont ces masses qui renferment les cristaux de fluorine.
On peut citer comme localités ayant fourni des géodes de calcite particulièrement belles : la Glacière de Gentilly, Vanves, Vaugirard, de nombreux points de la rive gauche de la Seine entre le Luxembourg et le Muséum, Passy, Neuilly, les environs de Saint-Germain-en-Laye, etc. Il est à noter que, dans la région parisienne, la forme presque exclusive de la calcite est le rhomboèdre e\ quelle que soit du reste la situation géologique du gisement considéré; c'est, on le sait, la forme des célèbres cristaux des sables de Fontainebleau (1).
Fluorine.
La fluorine en beaux cristaux est un minéral fréquent des caillasses ; il y a été découvert par Lembotin (2) à Paris même près du Muséum, au Marché aux chevaux. Les échantillons que j'ai étudiés viennent de ce gisement (collection Haûy), de Neuilly, d'Herblay, d'Arcueil et de Gentilly. Ceux de cette dernière localité m'ont été donnés par M. Munier-Chalmas.
Ce minéral constitue de petits cubes, simples, transparents, d'un jaune clair; ils atteignent parfois 2 millimètres d'arête; ils sont très fréquemment constitués par des emboîtements à axes parallèles de cubes plus petits; leurs faces sont généralement courbes et ternes. Ils sont toujours associés à la calcite, et souvent englobés par ce minéral, mais peuvent aussi reposer sur lui et sur le quartz : la lutécite est quelquefois implantée sur eux. Dans un même échantillon, la calcite et la fluorine ont en général une couleur tellement semblable qu'au premier abord elles se distinguent difficilement l'une et l'autre.
(1] Il faut remarquer cependanl que la calcile qui constitue les nodules calcairei des marnes vertes (Gharonne) et parfois des lits dans les marnes supragypseuses (Argenteuil) a la forme de la sidérose de Targile plastique (fîg. 6, pi. IX), mais les cristaux qui tapissent les fentes de ces roches présentent généralement la forme e^
(2) In Haûy, Minéralogie, III, 1801.
Ces cristaux de fluorine examinés en lumière polarisée parallèle présentent les propriétés optiques si fréquentes dans ce minéral, c'est-à-dire la division de la face cubique en une bordure biréfringente, entourant un centre monoréfringent. Dans la bordure biréfrigente, le plus petit indice ??p est disposé parallèlement au côté adjacent de la face.
Cette formation de la fluorine dans des assises sédiraentaires par concentration des traces de fluorure de calcium qu'elles renferment, est à rapprocher de celle .qui est connue dans les calcaires urgoniens du Salève dans la Haute-Savoie.
Quartz (lulécite, calcédoine).
Le quartz se présente uniquement sous la forme du prisme e^ (iOlO), accompagné du pointement habituel/? (lOil) et e*^- (OUI). Dans quelques cristaux qui ont été surtout trouvés à Neuilly, à Herblay, à Arcueil et qui peuvent dépasser 2 centimètres de longueur, les faces/? sont toujours plus développées que les faces e*^*, de telle sorte que le pointement est le plus souvent triangulaire. Il arrive même que e''* disparaisse complètement.
Ces cristaux formés librement dans des cavités ne présentent pas les formes cris talli tiques creuses qui sont si fréquentes dans les cristaux des pseudomorphoses du gypse.
Les cristaux de quartz et particulièrement ceux de Neuilly [35. 1,354] sont remarquables par leur structure ; ils sont en efl'et rarement homogènes, le plus souvent ils sont constitués par le groupement à axes à peu près parallèles d'un grand nombre d'individus dont les pointements ternaires sont comme emboîtés les uns dans les autres. Quand l'obliquité de l'axe vertical des cristaux groupés est notable, il se produit des gerbes de cristaux très variées de forme, mais dont les relations mutuelles ne semblent liées par aucune loi géométrique : ils forment parfois de véritables sphérolites en se groupant autour d'un centre. Les cristaux de Neuilly [40.152], d' Herblay, etc., sont souvent accompagnés et recouverts par des mamelons de lutécite et de calcédoine.
La figure 4 de la planche XV représente un fort bel échantillon de calcédoine de Neuilly dans lequel ce minéral forme de petites stalactites
délicates, translucides, d^un beau jaune pâle. Elles sont fréquemment creuses et permettent de constater avec une remarquable netteté les propriétés optiques de la calcédoine. Elles sont mélangées à de la calcite . et se sont parfois formées sur un rhomboèdre de calcite dont Taxe vertical est parallèle à l'axe de la stalactite. Une section transversale d'un semblable assemblage montre les fibres de calcédoine implantées sur les faces du rhomboèdre de la calcite.
Notre collection possède quelques échantillons d'une substance mamelonnée blonde translucide ayant l'aspect extérieur de la calcédoine et provenant des alentours du Val-de-Grâce. L'examen microscopique y montre des rosettes de cristaux de quartz et de cristaux de calcite entourées par un minéral en sphérolites à fines fibres négatives, dont la biréfringence est beaucoup plus faible que celle du quartz. Il semble qu'il y ait là une nouvelle forme de silice cristallisée sur laquelle je reviendrai prochainement.
Les variétés de gypse ludion de Thorigny près Lagny qui sont désignées sous le nom d'albâtre de Lagny renferment de très jolis cristaux transparents de quartz qui ont été signalés autrefois par Ch. d'Orbigny (1). J'ai pu en recueillir de bons échantillons grâce à l'obligeant accueil de M. Taté. Les cristaux transparents se groupent parfois en rosettes plus régulières que celles de Neuilly.
Au milieu de ce gypse, se trouvent des blocs auxquels il a été fait allusion plus haut, ils sont constitués par un mélange de cristaux de quartz hyalin et de rhomboèdres e^ de calcite, ne différant en rien des échantillons des caillasses (je n'y ai cependant pas trouvé de fluorine), aussi n'est-il pas douteux que ces minéraux n'y soient secondaires et formés de la même façon que ceux de Téocène.
Célestite.
Parmi les minéraux accidentels des caillasses, il y a lieu de faire la mention de la célestite dont je n'ai vu qu'un seul échantillon que M. Munier- Ghalmas a bien voulu me donner pour notre collection [96. 225]. Il a été
(I) Bull Soc. géol, VU, 224, 1836.
LE GYPSE DE PARIS Lï LES MINÉRAUX QUI L'ACCOMPAGNENT. 249
recueilli par M. Jannel à la halte d'Armenlières près Trilport (Seine-et- Marne), lors de travaux effectués le long de la voie du chemin de fer.
Cet échantillon est constitué par des cristaux de calcite en rhomboèdres jaune pâle, offrant la forme habituelle. Dans une géode se trouvent des cristaux distincts de célestite bleuâtre transparente atteignant 2"^™, 5 de plus grande dimension. Ils présentent les formes é (OU), or (102), très nettes ; les faces e^ sont ondulées et oscillent vers une pyramide qui est sans doute ^(133), mais qui ne peut être mesurée avec précision; les facesfl* sont au contraire très lisses et plus développées que dans les autres cristaux étudiés dans ce mémoire ; à leur intersection, se trouve une petite facette A* (100) striée parallèlement à l'axe vertical. L'un des cristaux est déformé par aplatissement suivant une face e^ (01 i). Un très petit cristal a pu être détaché du même échantillon, il présente, en outre des formes précédentes, de petites facettes m (HO).
B. PSEUDOMORPHOSES CALCAIRES.
Les pseudomorphoses exclusivement calcaires du gypse ne méritent qu'une simple mention, car elles ne présentent pas de minéraux spéciaux; elles sont cependant intéressantes, car on les voit se former de nos jours et elles permettent de suivre pas à pas le mécanisme des épigénies décrites plus haut.
Les échantillons que j'ai examinés ont été particulièrement recueillis dans le lutétien du sud et du sud-est de Paris (Bicêtre, Vaugirard, Vanves, etc.), et dans les sables de Beauchamp (Puteaux, Gentilly, sous le fort de Bicêtre). La figure 3 de la planche IX représente un magnifique groupement de lentilles gypseuses en partie transformées en calcaire et provenant de Vanves [37.8] . Ces pseudomorphoses sont pleines et l'examen microscopique montre qu'elles ont été remplies par la calcite en petits rhomboèdres, mélangée à quelques grains de quartz élastique.
J'ai observé la même structure dans un échantillon de la collection géologique du Muséum recueilli à Puteaux dans les sables de Beauchamp. Le quartz élastique y est beaucoup plus abondant que dans l'échantillon précédent.
Nouvelles archives du muséum, 3e série. — IX. 3-^
Les travaux qui ont été effectués à Vaugirard pour la construction des abattoirs ont mis à découvert, en 1893 et en 1896, non seulement les pseudomorphoses gypseuses du lutétien supérieur étudiées plus haut, mais encore de petits lits gypseux dans le bartonien. Les échantillons de ce niveau géologique ont été recueillis par M. Jecker sur le bord du chemin de fer (à environ 2 mètres au-dessus de la surface actuelle du niveau de la cour des abattoirs), dans un massif rocheux qui a été enlevé par les travaux de construction. Ces échantillons sont constitués par des pseudomorphoses exclusivement calcaires.
La figure 2 de la planche XII représente deux fragments de macles suivant a^ ' (201) dans lesquels la pseudomorphose s'est effectuée de la même façon que dans les pseudomorphoses siliceuses décrites plus haut. La dissolution du gypse s'est effectuée par la périphérie, par le plan de macle et enfin par un seul clivage e^ (OH); il en résulte un squelette divisé par des cloisons intérieures, correspondant aux plans a'- et e\ Ces deux échantillons sont limités par une face plane qui correspond à un ancien clivage g^ (010). On voit que les cloisons transversales sont bien parallèles à e*, car l'angle plan qu'elles font avec la trace de a^' est voisin de 120\ Elles font avec g^ un angle très obtus qu'il n'est du reste pas possible de mesurer avec précision, les cloisons en question n'étant pas planes, mais constituées par de petits rhomboèdres irréguliers, distribués d'une façon quelconque.
Des pseudomorphoses analogues à celles de Vaugirard ont été trouvées dans des rognons calcaires des marnes à Pholadomya ludensis d'Argenteuil. Dans ceux-ci, la place des lentilles gypseuses reste parfois vide, dans d'autres cas, elle est remplie par du gypse niviforme.
Notre collection possède un bel échantillon d'une marne grise ludienne de Montmartre englobant un grand nombre de lentilles gypseuses à surface noire qui sont entièrement transformées en calcite compacte [35.1521]. Ces lentilles sont extrêmement minces, leurs bords sont très tranchants ; elles atteignent 3 centimètres de diamètre (1).
(1) Blum a cité à Montmartre {Pseudomorphosen, 315) des pseudomorphoses de gypse lenticu-> laire en strontianite (SrCO^), sur Tautorité de Beudant; celui-ci {Minéralogie, H, 464, 1832) signale seulement des pseudomorphoses de gypse lenticulaire en céleslile, déjà mentionnées par Haiiy. Je n'ai eu enlre les mains aucun échantillon de ce genre.
Un autre échantillon provenant probablement aussi de Montmartre est constitué par des lentilles de gypse simples ou maclées suivant a*^* et engagées dans une marne : elles sont périphériquement transformées en calcite dont les fibres sont implantées sur un centre intact.
Enfin pendant la correction de ce mémoire, j'ai trouvé à la butte d'Orgemont à Argenteuil de très nombreuses pseudomorphoses calcaires de gypse en voie de formation. Dans la seconde grande carrière, un découvert a permis d'aborder la partie supérieure des marnes vertes qui est recouverte par un banc de gypse ; immédiatement au-dessous de celui-ci, les marnes vertes renferment en abondance les grandes lentilles de gypse dont il a été question page 217. Celles-ci aux affleurements se dissolvent, le long de leurs divers clivages, le long du plan de macle a'^^ et môme inégalement dans le plan g^ (010), se produit de la calcite en petits cristaux peu nets, qui peu à peu remplace le gypse. Il est possible de trouver tous les passages entre le minéral intact et des pseudomorphoses complètes identiques à celles de la planche XII (fig. l). La crête de la carrière étant formée surtout par des alternances de lits minces de marnes et de calcaires à Ostrea cyathala^ les eaux qui arrivent au contact des marnes vertes sont très riches en carbonate de chaux qui décompose aisément le gypse. Becquerel et plus récemment M, Damour ont montré avec quelle facilité un carbonate soluble transforme à froid en calcite un cristal de gypse. L'expérience répétée dans le laboratoire, à l'aide des cristaux de gypse de ce gisement et du carbonate d'ammoniaque, ne nécessite que quelques jours seulement.