‹ Le gypse de Paris et les minéraux qui l'accompagnent: (première contributionChapitre 9 sur 19 · C. — Opale ménilite · texte numérisé non relu

C. — Opale ménilite

La ménilite est une variété d'opale en concrétions, offrant des formes bizarres (pi. XV); elle se rencontre à deux niveaux distincts, dans les marnes feuilletées situées entre la première et la seconde masse du gypse Indien et au milieu des lits de magnésite du calcaire de Saint-Ouen.

La première mention qui ait été faite de cette substance est due à Delarbe et Quinquet qui la décrivirent (1) en 1787 sous le nom Ae pechslein de Mesnil-Montant^ « variété de pierre à fusil qui ne fait pas feu ». Leur type provenait du premier des gisements indiqués plus haut. Le nom de ménilite fut employé par Delamétherie dans sa Théorie de la Terre (2), il

(1) Journal de Physique y XXXI, 219, i787.

(2) Théorie de la Terre, II, 169, 1797.

Nouvelles archives du mlséum, 3« série. — IX.

indique en note que celte dénomination a été donnée par de Saussure en souvenir du premier gisement où ce minéral a été trouvé; il en distingue deux variétés, l'une brune se rencontrant à Ménilmontant, et l'autre blanche provenant des carrières de gypse d'Argenteuil.

La ménilite a été signalée plus lard dans les calcaires de Saint-Ouen par Cuvier et Brongniart (1) qui l'ont trouvée englobant des Lymnœa à Saint-Ouen et dans le canal de TOurcq au delà de Sevran.

La ménilite des divers gisements parisiens présente quelques particularités assez caractéristiques. A Ménilmontant, elle constitue des rognons tuberculeux, isolés ou groupés en grand nombre dans l'argile magnésienne schisteuse, ils sont aplatis suivant le plan de la stratification de celle-ci (fig. 7, pi. XV) ; cette argile est gluante dans la carrière, elle prend par dessiccation une structure papyracée et happe à la langue. Les nodules de ménilite dégagés de l'argile présentent la trace des lits successifs de celle-ci (fig. 2, pi. XV) et l'examen microscopique fait voir que celte structure se poursuit parfois jusque dans le nodule lui-même. La ménilite de ce gisement a une cassure conchoïdale brune, cireuse, et une surface un peu bleuâtre.

Les nodules de Villejuif sont de plus grande taille que ceux de Ménilmontant, leur surface est blanche, leur cassure d'un jaune brunâtre plus clair. Ils sont parfois isolés en curieuses concrétions dont la figure 8 de la planche XV représente un type commun : ils atteignent souvent des dimensions bien supérieures à celles des nodules de Ménilmontant.

A Argenteuil, les nodules rappellent ceux de Ménilmontant, mais leur cassure est blanchâtre ; l'argile qui les renferme étant moins schisteuse que dans ce dernier gisement, pas plus que ceux de Villejuif, ils ne présentent à l'extérieur les traces de la stratification de leur gangue.

Dans les calcaires de Sai7it-0uen^ les rognons de ménilite sont souvent de très grande taille, leur surface est fruste, tantôt blanche, tantôt rougeâlre. La figure 3 de la planche XV représente un échantillon de ce genre provenant de la plaine Saint-Denis, la figure 6 de la même planche un fragment d'un nodule de plus grande taille englobant des Lymnœa longis-

(l) Descript, géoL des environs de Paris, 214, i822.

€ata^ il provient de la tranchée creusée en janvier 1836 dans la plaine Monceau pour la construction du chemin de fer de Versailles. Ces nodules renferment des pseudomorphoses de gypse (page 240).

L'examen microscopique des rognons de ménilite montre que cette substance est essentiellement constituée par de l'opale concrétionnée monoréfringente, au milieu de laquelle on observe des traînées de l'argile ou de la magnésite qui renferme les nodules ; la magnésite présente alors les propriétés optiques qui seront étudiées plus loin. Dans les échantillons du calcaire de Saitit-Ouoi contenant des pseudomorphoses gypseuses, on observe parfois aussi des produits siliceux (quartz et lutécite) qui ont été décrits page 2iO, mais alors le minéral prend un aspect spécial le rapprochant de la calcédoine, et constitue le silex corné de Cuvier et Brongniart. Enfin, il existe aussi parfois dans la ménilite des tests de fossiles (hydrobies), des graines de chara, etc.

L'origine de la ménilite, formée par concrétion au milieu d'argile magnésienneetcalcaire, postérieurement au dépôt de celle-ci, explique les variations de composition mises en évidence par les analyses suivantes qui ont été faites sur les échantillons des localités les plus classiques.

Analyses de la méDilite :

a. des marnes Indiennes de Ménilmontant par Klaproth.

b. de Ménilmontant par M. Damour {Bull. Société miner., VII, 239, 1884).

c. des Buttes-Chaumont idem

d. de Villejuif idem

e. d'Argenteuil idem

f. du calcaire de Saint- Ouen idem

g. dq la plaine Monceau idem

h. d'un échantillon trouvé dans les alluvionsde la plaine d*Ablon (Seine-et-Oise) {idem).

SiO^ 85.5 76.00 59.10 78.25 74.50 75.47 67.09 83.08

AIW 1.0 i.lO 1.40 0.60 1.55 0.15 » »

FeW 0.5 2.50 6.60 0.90 0./.5 0.70 0.80 1.00

MgO » 6.79 8.17 8.28 10.30 8.83 9.00 6.73

CaO 0.5 1.40 4.10 0.76 1.22 2.89 8.20

CO» c 1 3.22 0.59 0.94 2.30 »

Perte 1.5 » » » » » » »

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