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Le lendemain, le sujet La... présente encore des réactions de
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L’hypoproséxie, ou plutôt la paraproséxie de lhachiché semble évidente d’après ces chiffres. Il aurait d’ailleurs été très intéressant de prolonger ces expériences, puis de contrôler par les autres procédés de mesure de l’attention, afin de saisir dans son ensemble toute la synthèse mentale du sujet, bien qu’éparse et dissociée.
Le physiologiste et psychologue N. Lance ,
A. N. LANGE, — Problèmes de Philosophie et de Psycholo-
gie, &. 1, p. 4147, et : Sur l’action du hachich, Voprosy filosofi à psichologuü, Moscou, T. I. n° 1.
en plusieurs séries d'expériences, à continué ces recherches sur le hachich. Dans une très bonne auto-observation, il note, dix minutes après l’absorption de 30 centigr. de cannabine, un sentiment d’euphorie physique et mentale. Les forces physiques semblent considérablement augmentées. L'association des mouvements et l’association des idées sont cependant extrêmement pénibles. Il est impossible d'accomplir un mouvement un peu complexe vers un but indiqué; il est impossible de concentrer l’attention sur un objet déterminé. La perception passive du monde extérieur devient au contraire plus intense ; les contours des objets sont plus précis, leurs couleurs plus éclatantes.
À mesure que l’ivresse augmentait, il paraissait à Lance que sa pensée s’affaiblissait. Il avait des moments de vertige intellectuel, des pertes de connaissance qui lui semblaient durer dix minutes, un quart d'heure : en réalité, elles n’avaient pas dépassé cinq secondes. À un certain moment, il perd la notion du monde extérieur et des figures
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géométriques très brillantes se développent en arabesques devant ses yeux, évoluant au gré de son imagination. En même temps céphalalgie très douloureuses, tachycardie, sensation de ruisseaux de feu coulant le long de la colonne vertébrale, illusion d’être transporté très loin avec impuissance absolue à réagir. Un sentiment de tristesse indicible suivit, qui ne céda qu’à un lourd sommeil d’un quart d’heure. Le réveil fut subit avec retour presque immédiat à l’état normal.
Le lendemain Lance travaillait péniblement, sa mémoire surtout était très rebelle. Le surlendemain, il n’accusait plus aucun trouble.
Une expérience de M. Biner-SancLé ! nous fournit aussi une analyse précise de l’état mental et neuro-musculaire du hachiché.
Vers dix heures du soir, après diner, l'auteur et un de ses amis, le peintre T... prirent chacun une pilule d’extrait de hachich de 0 gr. 20 environ. Une personne présente écrivit alors des notes sous la dictée de M. Biner-
4. D' BiINET-SANGLÉ. — Action du hachich sur les neurones. Revue scientifique, 2 mars 1901.
SANGLÉ. En voici les principaux résultats.
Du côté de l’appareiïl digestif, à noter la sécheresse buccale, la salive épaisse et rare, une soif intense.
La sensibilité générale présente un état anesthésique très spécial qui consiste surtout en un engourdissement général, accompagné d’étonnement et d'inquiétude.
L’hypoesthésie musculaire est remarquable.
Le sujet, assis, a la sensation de tomber. $es mouvements volontaires sont incertains et presque ataxiques. [ls s’accomplissent cependant avec précision, même lorsqu'ils sont assez complexes.
La sensibilité tactile est au contraire hyperesthésiée.
La sensibilité visuelle présente des troubles importants. Les objets semblent grandis et déformés. Donc macropsie et, dit l’auteur, macropsie centrale.
La sensation spatiale est très modifiée. Les objets et les personnes paraissent très éloignés. Un brouillard jaune verdâtre entoure tous les objets qui projettent des ombres ver-
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dâtres. Les sensations s’attardent longuement. Les yeux fermés, la sensation persiste et la macropsie est encore exagérée.
La sensibilité auditive est hyperesthésiée jusqu’à la douleur, tintements d’oreilles et bruits de cloches.
La mémoire présente des oublis brusques, mais compensés par de curieuses bouffées d’hypermnésie. Chaque mot prononcé éveille immédiatement chez M. Biner-SancLé, qui est d'ailleurs un visuel, l’image visuelle correspondante. Les images atteignent une intensité telle que l’auteur leur donne le nom de « soushallucinations. »
Une hallucination véritable est notée. « Je vois, dit l’auteur, une plaine couverte de clochers, et j'entends sonner un glas. Cette hallucination a été probablement provoquée par des tintements d'oreilles. Les voix des assistants et les bruits antérieurs me ramènent bientôt à la réalité. J'ai gardé de cette hallueination le souvenir que j’aurais gardé d'une sensation. »
Les associations d'images, le jugement, le
raisonnement se précipitent avec une étonnante rapidité.
La suggestibilité est augmentée. M. Biner- San6Lé toutefois résiste aux suggestions qui lui sont faites.
Au point de vue de la motilité, l’auteur note l’'exagération des réflexes et le besoin de parler et de se mouvoir. La parole est rapide, un peu bégayante. Les gestes sont brusques et saccadés; ils ne s'accordent pas avec les paroles. Le rire spasmodique n’apparaît chez M. Binst-SanGLé qu’au bout d’un temps assez long. « Tout d’abord ces éclats de rire sont assez rares, inégalement espacés et s’accompagnent de l’émotion joyeuse qui d'ordinaire précède le rire. Mais bientôt ils se rapprochent, se reproduisent à intervalles égaux, et deviennent par leur répétition singulièrement pénibles. » M. BINET-SanGLé éprouve alors une fatigue douloureuse des zygomatiques.
Lorsqu'il se lève du fauteuil dans lequel il est assis, il lui est impossible de se tenir debout. Pour monter à sa chambre qui est au premier étage, on doit le soutenir et l’ascension est
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lente ct pénible, bien qu’elle lui semble très rapide, ce qui est à noter comme caractéristique exceptionnelle. Notons d’ailleurs que M. Bingr-Sax6Lé, ayant absorbé un extrait probablement purifié, et n’ayant pas été guidé dans son ivresse par les suggestions esthétiques que subissent la majorité des expérimentateurs, a surtout ressenti les effets physiques de lintoxication. Or il se peut que les altérations de la notion de temps sous l’influence du hachich soit double : il y aurait illusion du temps plein dans Pivresse plus psychique et illusion du temps vide dans l'ivresse plus physiologique.
L'état normal reparut vers le matin, de fa- «on intermittente. Puis c’est l’ivresse qui ne paraît plus que par bouffées que M. Bixer-SaxeLË nomme ses « vagues de folie. » Lorsqu’arrive la vague, l’état cénesthésique redevient ce qu'il avait été pendant la soirée et le rire spasmodique reprend. Cet état dure jusque vers neuf ou dix heures du matin. Un état dobnubilation sensorielle, de confusion dans les idées ot de grande fatigue lui succède,
compliqué d’un état saburral des voies digestives.
Ces « vagues de folie » accusées par M. Br- NET-SanNGLÉ et d’autres expérimentateurs consistent en somme en la sensation d’une vapeur montant des pieds à terre : elles se résolvent done en une aura. M. Boxxasies les a analysées de très intéressante façon. Dans toutes ses expériences, la montée de l’aura s'accompagne d’une sensation d'expansion agréable; la descente de tristesse et d'inquiétude vague. L’hallucination serait en pleine intensité quand Paura a gagné la tête !.
Le peintre T... qui avait pris du hachich en même temps que M. BINET-SanGLÉ présenta tout d’abord d’importants troubles circulatoires. Le réflexe respiratoire est supprimé de sorte que les mouvements d'inspiration ct d’expiration ne s’accomplissent que grâce à une action nerveuse d’origine corticale. Ces troubles ne durèrent que quelques instants, s’accompagnant cependant d’orthopnée et de con-
À, BONNASIES. — loc. cit.
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gestion de la face. Le sujet présente en outre de l’incoordination musculaire, des crises de rire spasmodique intermittent et des hallucinations visuelles. Dans ce cas encore l'ivresse est nettement physiologique.
C’est toujours, à notre avis un mauvais procédé que de prendre le hachich sous forme d'extrait, de teinture ou de pilules lorsqu'il s’agit d'expériences sur l’homme. Tant qu’on n’aura pas isolé le principe actif du cannabis indica — et, quoi qu'on en ait dit, on ne l’a pas encore isol£ — le dawamesc ou les produits orientaux seront toujours préférables pour les recherches psychologiques des laboratoires. Seulement lorsqu'il s'agira d'essais thérapeutiques ou d'expériences sur des animaux les extraits, essences ou teintures pourront être employées avec quelque utilité.
L’auto-observation de M. Binet-SanGLé est la dernière des principales descriptions pouvant servir à établir une symptomatologie complète de livresse hachichique. Notons encore cependant parmi les personnes de notre con-
naissance ayant fait usage du hachich, en
dehors de toute préoccupation thérapeutique, quelques faits intéressants.
Unde nos amis, sous l’influence du hachich, se sentait si éloigné de toute chose qu’il lui semblait ne plus être sur terre. Ge trouble peut-être rapproché de la sensation d'isolement cosmique, bien connue en pathologie mentale.
Un autre, au lendemain d’une ivresse hachichique, dans cet état spécial d’euphorie crépusculaire que connaissent bien les hachichins, et que donne seul le hachich, écrit sur les feuillets qu’il nous communique :
« Maintenant, oui, tout va bien! Je suis heureux... Vraiment, moi seul, je possède à l'heure actuelle un bonheur extraordinaire... J'ai la sensation confuse que tout à lheure j'ai appris une certaine chose grâce à quoi, vraiment je puis le dire, ma félicité est sans mélange. qu’était-ce? Bah!... pas une chose en particulier.. plutôt un ensemble... (vague, fuite d'idée).
» … Pourtant avec ma modestie qui me fait promener incognito, et vraiment pas reconnu des passants... je puis m’avouer à part moi
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que je suis le centre du monde... ce n’est pas que j'en tire de l’orgueil, bien au contraire, je voue à cause de cela, à tout et à tous, unc reconnaissance illimitée... Ma gratitude déborde de toutes parts comme une marée impétueuse.
J’ai envie d’embrasser les arbres qui projettent autour de moi leurs décoratives et fantasmagoriques silhouettes... Douces étoiles ct toi, lune, ah! que votre lumière est douce et combien vous êtes généreux de me vouloir guider si joliment au milieu des merveilles du monde.
» Et les passants et les passantes qui bénévolement viennent autour de moi jouer le jeu de la vie et évoluent si vraisemblables et pour moi seul... Ah! je voudrais sauter au cou de chacun, lui témoigner combien j'apprécie un tel procédé... Il y a aussi des estropiés et des traîtres, vilains personnages qui s'empressent là tout autour... oui... tout à fait comme dans la Réalité. Reconnaissons que ces personnages sont admirablement rendus et qu’au total tous los interprètes méritent les suffrages de Monsieur Incognito. »
Nous avons déjà noté la forme mélancolique que prit l'ivresse de deux dames sous l'influence du kif. Un médecin de nos amis accusa des troubles dépressifs non moins graves. Une autre présenta des phénomènes vasomoteurs très accentués et très désagréables, et rien d’autres, sous l'influence de la cannabine.
Si, d’une façon très générale, nous cherchons maintenant à réunir les symptômes de l'ivresse hachichique, nous pouvons dire qu’elle s'accompagne :
1° de troubles psychiques tels que hallucinations, délire, illusions, illusions d’espace et de temps, dissociation des idées, aproséxie, excitation, sommeil, amnésie et hypermnésie, suggestibilité, hyperémotivité euphorique ou mélancolique, ete.;
2° de troubles sensoriels, hyperexcitabilité, | hyperesthésies, anesthésies;
3° de troubles neuro-museulaires, motilité, mouvements convulsifs, rire spasmodique, etc.
4° de troubles respiratoires, circulatoires et
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digestifs (appétit à faible doses, inappétence et dyspepsie aux doses plus élevées);
5° de troubles secrétoires divers et très variables ;
6° de troubles génitaux, excitation aux faibles doses, anaphrodisie aux doses très fortes et surtout dans l’intoxication chronique.
La diversité même de ces troubles est un argument de plus en faveur de l’opinion que nous soutenons : le hachich procure à Pindividu qui l’ingère une étonnante plasticité mentale, illui donne pour un moment la suggestibilité et surtout l’auto-suggestibilité d’un hystérique. Remarquons de plus lanalogie qui rapproche des tares hystériques certains phénomènes sensoriels ou moteurs observés au cours de l’ivresse hachichique. L'étude comparée de ces troubles ne pourrait être que favorable tant à la connaissance de l’intoxication hachichique qu’à celle de l’entité clinique hystérie, que de récents débats (Congrès de Lausanne, Genève et Amsterdam, 1907; Société de Neurologie, 1908), ont si peu précisée.
La question de dosage est capitale dans la prévision des effets de l’intoxication aiguë. Les amateurs européens qui ne peuvent se procurer les produits orientaux se servent le plus souvent de pilules de cannabine. Les doses de 15 à 20 centigrammes s’accompagnent simplement d’excitation cérébrale et des premiers effets psychiques de livresse ; le délire véritable avec hallucinations et idées obsédantes, ne parait généralement qu’à la dose de 40 centigrammes et au-delà. La dose nécessaire à provoquer le délire, ainsi que sa nature émotive, sont du reste variables avec les mdividus, nous l’avons déjà vu.
L'usage du hachich ne devient pas d’emblée indispensable comme cela arrive si fréquemment pour la morphine ou lopium. Il n’y a guère non plus de danger d’accoutumance, puisque l'organisme semble devenir de plus en plus sensible aux effets du toxique à mesure qu’on en prend. « Pour obtenir les mémes cffets sur moi et sur les personnes qui en prenaient en même temps que moi, écrit M. CHanLes Ricner, il fallait d’abord la même
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dose (en 1873). En 1880, la moitié de la dose suffisait. Enfin, l’année derrière (1882), avec le quart de la dose qu'avait prise simultanément un de mes confrères, j’ai été certainement plus enivré que lui t. » Les chiens sur lesquels expérimente M. Ricner semblent aussi devenir de plus en plus sensibles à l’intoxication hachichique. Une chienne de douze kilogrammes, ayant déjà pris du hachich deux fois depuis un mois, reçoit la même dose qu'un chien de cinq kilogrammes : le résultat est à peu près le même.
Les effets de l’ingestion de hachich peuvent se prolonger un assez long temps. Trente heures après l’ingestion, un petit chien de cinq kilogrammes présente encore de la paraplégie des membres postérieurs.
Dans la dernière expérience faite par M. CHar- Les Ricuer sur lui-même, les phénomènes toxiques se prolongent d’une façon qui semble exceptionnelle. Le soir à huit heures, M. RicHer prend 50 centigrammes d’extrait alcoolique.
L’ivresse commence à onze heures et dure à