Maïluciné visuel. 2. Fuphorique. 3. Halluciné
Planche I]. — Arabes aliénés (folie hachichique). {Collection du Dr A. Marie.)
4 Déprimé. 5. Mélancolique angoissé. 6. Mélancolique.
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plus nuisible que le hachichisme. Aussi le D° Warnocx estime-t-il que la politique la plus sage en Egypte est d'autoriser l’usage du hachich dans certaines limites, sans l’interdire absolument. Il est en effet admis que, contrairoment à Palcool, le hachich ne semble pas provoquer de désordres physiques notables ; les autopsies n’ont pas révélé de lésions macroscopiques caractéristiques et l’étude histologique des cerveaux et des moelles hachichés reste à faire. Des milliers de personnes font de ce poison de l'intelligence un usage journalier ct celles-là seules qui abusent ou les individus particulièrement susceptibles à son action toxique viennent échouer à Pasile. Il agirait done plutôt, selon la remarque du D' À. Mamie, comme un réactif révélateur des tares latentes. Voici d’ailleurs les conclusions du Rapport de la Cominission d’enquête indienne sur l’usage des poisons du chanvre : « L’usage modéré des drogues ne produit pas d'effets nuisibles à l’esprit, mais l'usage excessif indique ct accroît l'instabilité mentale : il tend à affaiblir l'esprit, il peut
même conduire à la folie. Il a été démontré que Paction des drogues dérivées du chanvre a été souvent très exagérée, mais il est hors de doute qu’elles produisent quelquefois l’aliénation. » (Vol. I, 264). ù
Quelques chiffres fournis par le D' Warnocx peuvent nous donner une idée, d’ailleurs très relative, de la proportionnalité des folies hachichiques en Egypte. Cest ainsi que nous relevons parmi les statistiques de PHospice des aliénés égyptiens du Caire, sur un nombre total de 2.564 aliénés du sexe masculin assistés pendant les six années 4895-1901, 689 cas de folie hachichique, soit environ 27 0/0. Il est d'autre part à remarquer que la folie en Egypte est trois fois plus commune chez les hommes qui font usage du hachich que chez les femmes qui l’emploient assez rarement. Gette proportionnalité devient assez significative lorsqu'on rappelle qu’en Europe laliénation est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes (35 pour 31 en Grande-Bretagne par exemple). En 1904, à l’asile d’Abbasieh, la proportion des malades par le hachich, sur
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le nombre total des internements était de 15 p. 100 ; en 1905 de 14 1/2 p. 100. En 1903, ce nombre s'élevait à 18 p. 100, en 1902 à 22 1/2 p. 100. La diminution est du reste moins réelle que les chiffres ne semblent lindiquer : elle est probablement due au traitement hors asile des cas de délire transitoire.
Il convient souvent de se demander quelle part revient au hachich dans l’étiologie de ces folies dites hachichiques. L'action plus nocive encore de l’opium et de lalcool est tant de fois surajoutée à l’action du hachich que le diagnostic absolu est des plus délicats. Le tableau ci-dessous que nous empruntons aux statistiques des Asiles des Indes, est une assez heureuse indication de proportionnalité entre les cas de folies hachichiques et optomahiaques.
Tableau des folies hachichiques et opiomaniaques assisté es en 1905 à l’asile de Penjdab (Inde).
CHARAS| GAUJA | BHANG | OPIUM | MANGÉ | MIXTE Internés antérieurs.| 50 ÿ 17 4 8 Entrants directs ....| 22 » 4 » 3 Entrées après crime. 8 » » | » »
Totaux.| 75 2 21 1 6
Total général 124/567
Sur ces 124 cas d'intoxication spéciale, une femme seulement est intoxiquée par le hachich. °
La clinique ne distingue généralement pas du reste entre les préparations adoptées par le hachichin ; et le diagnostic de folie hachichique est large. Il serait bon aussi de tenir compte du rôle qu’a pu jouer le hachich dans l'étiologie des folies non hachichiques des asiles d'Orient. Les chiffres statistiques ci-dessus ne nous renseignent donc qu’imparfaitement. Les psychologues devraient toujours se gar der de chercher dans les données statisti-
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ques autre chose que ce qu’elles expriment, c’est-à-dire soit des moyennes très générales, soit des aspects particuliers et non comparables entre eux d’un fait déterminé. Les pourcentages que nous venons de fournir indiquent cependant assez bien l'importance des désordres mentaux causés par Pabus du hachich en Orient. Ces pourcentages doivent être, à notre avis, au-dessous de la réalité, tous les déments n'étant pas internés.
Si donc le hachich peut donner quelques incontestables moments de bonheur, il peut aussi conduire aux formes les plus angoissantes de la folie et aux déchéances pitoyables de la démence. La folie hachichique est une conséquence de cetteloi de médiocrité, dont les philosophes évitent tant de parler ou déguisent sous les plus beaux noms, mais qui n’en régit pas moins toute la biologie, Chaque organisme a sa mesure, Chaque esprit a ses limites. Les dépasser n’est point permis. Il faut ètre médiocre vis-à-vis de soi-même ct c’est là la source des douleurs pour tant d’esprits d’élites. Le rocher que le gel fait trop dur éclate. L’ar-
bre, que les rayons d’un soleil propice ont couvert de trop de fleurs et de trop de fruits, meurt épuisé. L'homme qui méconnaît ses limites individuelles connaît tôt les fatigues et les maladies. Mais, tandis que la pierre ou l’arbre sont sollicités à dépasser les limites de leur nature par des causes extérieures, la cause qui pousse l’homme est en lui: c’est ce besoin métaphysique d’absolu et d’infini qui, selon les valeurs individuelles, jette l’un dans les excès de la sensualité, fait de celui-ci l’ambitieux jamais satisfait, de celui-là l'artiste hanté d’idéal, ou conduit le mystique à l’extase. Les œuvres de l’homme ne sont élevées que parce que son éternel désir d’une perfection métaphysique lui a fait dépasser les limites permises : l'humanité a connu ainsi bien des souffrances, mais elle y a gagné une majestueuse et mélancolique grandeur.
Certes c’est une des plus basses formes de ce désir humain qui pousse l’oriental amateur de hachich à l’ivresse quotidienne puis à la folie ; mais c’en est encore une forme. Et le sage serait, en l’occurence, celui qui, maîtri-
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sant son émotivité profonde, saurait à l'exemple des premiers épicuriens, ne‘demander aux drogues prometteuses de bonheur que la satisfaction d’un instant qu'elles peuvent accorder. Mais les sages sont rares, et peut-être moins intéressants que les moralistes ne nous le disent, puisqu'ils ne participent plus, ni de la faiblesse ni de la grandeur humaine.