‹ Le hachichChapitre 40 sur 46 · Roux. Loc. cit., p · texte numérisé non relu

Roux. Loc. cit., p

voir essayer l’action thérapeutique du hachich dans ces cas.

20 centigrammes d'extrait pétrolique furent administrés au premier malade le soir à huit heures. Il s’endormit comme de coutume, mais fut réveillé par un violent cauchemar où il voyait des bêtes féroces monter sur son lit. Le jour suivant, 30 centigrammes produisent exactement les mêmes résultats.

Le second malade ayant pris successivement 30 et 40 centigrammes, les effets ont été identiquement les mêmes que ceux éprouvés par le premier malade.

Ces résultats semblent donc justifier l'excessive sévérité de Roux qui dit dans ses conclusions :

€ En raison des effets très variables suivant le mode de préparation de la cannabine, effets qu’il est par conséquent impossible de prévoir ; en raison des accidents que peut causer le remède el qui sont susceptibles d’amener la mort, si les doses sont poussées trop loin, je crois que la cannabine ne doit pas entrer jusqu’à nouvel ordre dans l’arsenal thérapeuti-

que. En effet, ou bien, ce qui doit être le cas le plus fréquent, on n’a entre les mains qu’un produit inactif, ou bien on fait usage d’un médicament dont les avantages douteux sont accompagnés d’inconvénients sérieux et certains. »

Pourtant les divers dérivés du hachich ont encore paraît-il, été prescrit dans l’accouchement comme excitant de l’utérus, pour favoriser les contractions ct empêcher les hémorragies utérines.

GERMAIN SÉE a aussi employé l’extrait gras contre les affections stomacales. Après un moment de succès, il semble que cette médication ait été abandonnée.

Le hachich et ses dérivés semblent done — au moins jusqu’à ce que le principe actif en soit connu — un médicament qui peut se caractériser par l’inconstance de ses effets. Dans tous les états dépressifs, nous pensons qu'il ne doit pas être employé ; comme hypnotique il semble bien que ses résultats soient plus faibles et plus inconstants que ceux des autres drogues employées. Restent les états

d’excitation où c’est, nous semble-t-ï}, Ÿ’inconstance même de ses effets qui doit servir au médecin, en lui permettant de sonder — mieux que par lhypnose qui n’est souvent pas possible — Ie fonds mental de son malade. Le hachich sera done à notre avis un moyen de thérapeutique médiat plus encore qu’immédiat.

Le D'Paur Meunier a l’amabilité de me communiquer à ce propos les notes prises au cours d’une longue série d'expériences qu'il réalisa en 1900 et 1901, avec N. Viascuipe, à l’asile de Villejuif.

Ces expériences, qui sont restées inédites, et dont nous sommes très heureux de pouvoir faire connaître les principaux résultats, avaient été cxtrèmement bien conduites. Pneumogrammes ct pléthysmogrammes, force dynamométrique, résistance électrique ct pression sanguine étaient pris sur chacun des sujets avant et après le traitement hachichrque. Malheureusement ces recherches n’ont pas été rédigées et les documents en sont aujourd’hui dispersés.

L'action du hachich avait été étudiée, au point de vue surtout thérapeutique sur des hystériques, des paralytiques généraux, une alcoolique, une idiote, une maniaque chronique, un dément précoce.

Dans la paralysie générale, le hachich a seulement exercé une action calmante d’hypnotique. Sur quatre malades mis en observation, une seule prend une pilule de 0,20 de cann. ind. sans aucun résultat. Une seconde, vingt-quatre heures après l’ingestion, reste calme ce qui ne lui était pas arrivé depuis huit jours. Une troisième, généralement agitée, dort toute une nuit et reste inerte à son réveil au lieu de l'agitation habituelle. La quatrième prend le hachich à deux heures ; vers trois heures, elle commence à s’apaiser ; à quatre heures elle somnole, très calme. Le résultat nous semble donc ici assez net : l’excitation coutumière n’est pas exagérée et le calme vient assez rapidement, Il est vrai que ce calme ressemble peut-être un peu à de la stupeur.

La malade Ch., éthylique, prend 0,10 egr.

de cann. ind. à 2 heures. Vers six heures, maux de tète; mais elle reste calme. La nuit suivante, réapparition des hallucinations alcooliques en voie de rémission depuis une huitaine. Dans le demi-sommeil, des têtes de mort lui apparaissent, des animaux se dessinent dans les plis des draps et la pénombre des édredons. & 11 me semble, dit-elle, qu’on tourne, tourne mon cerveau, et ensuite il est vide. Je le vois devant moi; c’est comme un rocher. » Extérieurement cependant son attitude est très calme et ce n’est qu’en linterrogeant qu’on obtient les renseignements cidessus.

Donc, dans ce cas d’alcoolisme, en voie de guérison, réapparition des accidents toxiques sous l'influence du hachich, ce qui était d’ailleurs à prévoir, quoi qu’en disent les auteurs.

La malade Eyg., idiote, prend à deux heures 0,10 cgr. de cann. ind. Vers quatre heures, son agitation habituelle se calme. Mais à cinq heures un quart elle rit, danse, gesticule s'adressant à des personnes étrangères. Ses yeux sont brillants, elle rit dès qu’on lui parle;

toute son ivresse est cuphorique, sans trace d’anxiété à aucun moment. Elle ne s'endort qu’à une heure trente du matin. Le lendemain clle n’a pas d’accès comme de coutume ct reste calme toute la journée. Les jours suivants l’état antérieur reparaït.

Une maniaque chronique prend le 8 mai, 0,10 egr.de cannabis ind. ; le 11 mai, 0,20 cer. et le 21 mai, 0,30 cgr. La première ingestion est suivie d’unc courte crise d'excitation vite calméc; la seconde ingestion, après une ivresse un peu plus agitée, donne les jours suivants des résultats incertains; la troisième est suivi d’une accalmie de plusieurs jours:

mais l’état antérieur finit par reparaitre.

Chez tous les malades dont nous venons d'examiner les cas le hachich s’est donc surtout comporté comme un calmant; mais son action a été inconstante et assez peu durable. Dans un cas elle a été nulle ; dans un cas nettement contraire.

Chez un dément précoce B., 28 ans, aujourd'hui sorti guéri de l'asile, l'ingestion de 0,30 cgr. de cann. ind., a déterminé une as-

sez grosse crise délirante dont nous donnerons en détail Ja description, très caractéristique de ce que peut être l’ivresse hachichique d’un aliéné.

La pilule lui est donnée à midi quarantecinq dans des confitures. Il reste jusqu’à une heure et demie assis au pied d’un arbre de la cour en disant des paroles incohérentes. Le D' P, Meunier se promène alors avec le malade qui croit reconnaître en lui un de ses amis d'école, Edouard G., puis ne le reconnait plus. Il disait vouloir retrouver sa famille perdue et priait le soi-disant Edouard de l'y aider.

« Nous aurions été à l’école ensemble, à Montrouge, écrit Pauz Meunier dans les notes qu’il nous communique ; il me reconnaît parfaitement. Puis il se met à parler de Saint- Etienne-du-Mont. Mapercevant que je le fatiguais je le laissai seul et il alla s’asscoir sur un banc (deux heures un quart). »

Il parle alors de Beaumont « rajeuni par lui qui a trahi la France et ses couleurs. »

Il attend son oncle qui vient de Bethléem.

Il s’écrie soudain : « Nous sommes tous des

cochons, de vrais cochons et Paris est l'enfant de l’amour. » Et il regrette alors d’avoir € bu tout le poison venant des pays chauds. » Les confitures qu’on lui a données étaient empoisonnées, mais... Abraham le bénira. Son père, dit-il, est chirurgien-major à la Charité. Il se lève alors et fait le salut militaire « parce qu’il est trahi. » Sa grand’mère est une bretonne, une charmante bretonne. « Le ciel se perd, assure-t-il, puisque je me perds moimême, » Il se figure en effet avoir été insolent et fait le salut militaire pour se faire pardon- Hér

De trois heures à trois heures un quart, il y eut un moment d’accalmie. Le malade restait assis sur le banc, très pensif. Tout à coup il cria à d’imaginaires ennemis : (En voilà assez ; vous allez me laisser tranquille. » Puis il dit : € Je comprends maintenant; vous me défendez tous, vous êtes charmants. » Il s’endormit alors sur un.banc et dormit pendant un quart d'heure.

A son réveil (quatre heures vingt), il changea de banc, prit une fleur de tilleul dans sa

main, l’examina et affirma que c'était « la plus belle fleur de l’Ecosse, » contrée qui aurait appartenu à Jean B. en 1803.

« Jean B. était écossais, dit-il; il était en 1813, en Autriche; il a fait le tour de l'Europe; mais ce n’était pas mon père, je ne le reconnaissais pas.

» En 1817, nous avons le cœur en terre, on se le rappelle.

» À l'instant même mon père revient d’Autriche ; il est trahi par Dieu.

» Cette femme traite Joseph, fils de Dieu, d’. et c’est moi lP...

» Je m’en fous, tout va bien,

» Dieu comprend trop. » |

Un autre malade passe alors auprès de lui.

I] le prend pour Vercingétorix et le salue militairement.

De quatre heures cinq à quatre heures trente, il reste assis, pensif et examine, sans mot dire, sa fleur de tilleul. Puis, il se lève pour faire le salut militaire, s’assied de nouveau et, silencieux, contemple sa fleur de tilleul jusqu’à l'heure du diner.

Après le diner, il déclare : « Je suis condamné à trois jours de prison pour avoir fait un beau ciel; et c’est moi qui me punit. En deux coups de cuiller à pot, je le retire de là. Non, mon ami, c'est mon père qui doit venir ce soir. Nous avons une fête et ma mère y sera. Un Edouard, est mon frère; un autre Edouard est perdu. »

« Dépèche-toi, dit-il ensuite, nous allons à la campagne, à Ville-Evrard. Mais dépèchetoi donc. Ah! tu as bien une vraie tête de B.

» À ce qu’il paraît, ils ont tout vu; on boit du vin en bas, on s’amuse bien; on se fout des ..., et c’est moi le ...!

» Je me suis empoisonné, mais cela ne fait rien. Le banquet se fera, mais je serai poutêtre triste, allez messieurs.

» Cest gentil, les petites femmes!

» Il a raison, il ne faut pas le tuer pour sauver sa mère. Îl y a un traîtreici, c’est Henri, il a mis une barbe.

» Enfin cela se terminera, et ma mère aussi sera sauvée.

» C’est mon vrai sang qui a coulé chez moi;

mais mon père a trouvé le secret, donc ilsera sauvé! |

» C'est Henri D., je l'ai vu, je l’ai reconnu, je ne suis pas fou! »

S’approchant alors du D' P. Meuxier, il appelle son sauveur et veut absolument l’embrasser.

€ Un vrai secret d'église, dit-il ensuite, et je regrette que ma mère ne soit pas entrée là. Mon père ost seigneur là-bas. »

Sept heures sonnent. Le dément hachiché se lève, salue militairement ct dit :

« Je désire être marié; certainement j'aime une femme,

» Certainement ils ont tous trahi; mais mon père est sérieux, Il ne trahit pas. »

Il est sept heures dix. Le docteur part. Le malade reste assez calme, et dort bien toute la nuit.

Nous avons tenu à donner en entier cette observation où le délire provoqué par le hachich et la démence s’allient avec une si remarquable incohérence. Excitation, euphorie

et angoisse du hachich; stéréotypie et abêtissement de la démence précoce s'unissent et s'expriment de leur mieux; mais avec cette sorte de paraphasie que nous avons cru remarquer souvent chez les déments et qui fait qu’ils entendent sous les mots qu’ils emploient autre chose, ou plutôt plus de choses, que les mots n’en expriment.

Au point de vue thérapeutique les effets du hachich sur ce dément précoce ne valent pas qu'on en parle.

. Les expériences de N. Vascmine et Pauz Meu- NIER portèrent aussi sur un assez grand nombre d’hystériques et les résultats qu’ils obtinrent sur ces malades nous intéressent très particulièrement, non au point de vue de la thérapeutique immédiate, mais au point de vue des indications thérapeutiques fournies par le hachich.

Nous donnerons en exemple un de ces cas de délire hachichique chez une hystérique — s’ilest encore permis d'employer ce mot en médecine mentale.

La malade Pi., dont il s’agit à 28 ans (en

1900). Elle a eu sa première crise hystérique en 1897, six mois après son premier accouchement. Elle se montre toujours depuis déprimée, dégoûtée de la vie, anxieuse et phobique. Pas d’anesthésie cutanée cependant et pas de rétrécissement du champ visuel. Trois ou quatre mois avant sa première crise, elle s'était plainte d’une douleur oppressive au sein gauche. « C'était, disait-elle, comme si j'avais fait un crime, comme si j’allais passer un jugement. » Cette douleur céda à l’absorption de hachich et ne reparut pas pendant un mois. « Jamais auparavant, déclare-t-elle, je n’avais été aussi longtemps sans avoir eu cette angoisse. »

Le 4 mai 4900, à 2 heures, elle prend une pilule de 0,20 de cannab. indic. Elle commence à s’agiter vers 4 heures 1/2. Elle regarde au plafond où se trouvent les trous de bouche de chaleur, se met à rire et s’écrie: « Je suis belle, je suis la plus belle. » (Gar la coquetterie féminime, encore que délirante, n’abdique vraiment qu’au dernier soupir). Elle chante et crie très fort, indifférente à ce qui se passe autour delle.

Des hallucinations cénesthésiques apparais-

sont alors. Elle croit s'envoler au plafond. « Ça par exemple, dit'elle, c’est une idée de maboule. Je sens que je deviens maboule. Ma tête s’en va. Je sens que je vais devenir folle.

Cela commence à tourner. Tout tourne autour de moi, Qu'est-ce qu’ils ont ? Retenez-moi dans le lit. Je sons que je vais m’envoler, Cela n’est pas naturel. »

Des secousses musculaires dans l’avant-bras droit paraissent alors et la malade s’écrie en proie à la plus vive anxiété « Mon bras commence à marcher tout seul, »

« Ce sont alors, dit la note de P. Meunier, des cycles de vertige qui durent quelques minutes et pendant lesquels la malae crie tant qu’elle peut. La plupart du temps sur un mode rythmique, avec une allure de mélopée indéfinie.

« Puis sensation de froid dans tout le côté droit. Réchauffez-moi, crie-t-elle, je suis glacée ; je sens que je m'en vais.

« Cependant, dans l'intervalle des cycles, Pi. cause raisonnablement. Elle répond: Je

sens que j'étais folle. Qu'est-ce que vous m'avez fait prendre; je suis comme si j'étais saoüle et pourtant je n'ai rien bu.

« Les yeux sont très injectés.

« Je lui demande si elle veut être vaccinée.

— Pourquoi? — Afin déne pas prendre la variole. Elle répond que c’est absolument inutile. Puis devient grave et dit : Je sens que cela va revenir. Jai froid dans Poreille. Mon oreille est dégouttante d'eau. Je suis toute mouillée. Cela commence à s’agiter dans Îa main droite. »

Puis, elle chante :

« Je vais mourir, je sens que je m'en vais. »

Elle voit alors des chemins de fer qui s’engouffrent dans le plafond et chante en même temps, sur un ton drolatique qu’elle va mourir et que c’est fini. Elle réclame même le médecin en chef et un prêtre, Comme on lui fait alors observer qu’elle n’a jamais été erovante: « Non, répond-elle ; mais qu'est-ce que je risque ? Après tout, si c'était vrai, il vaut mieux prendre ses précautions ; si cela ne fait pas

de bien, cela ne fait toujours pas de mal. »

Puis tout à coup : « Ah! j'ai la variole! s’écrie-t-elle. Voici que j'ai la figure pleine de trous comme une écumoire; ça y est, vous m'avez donné la variole. Je m’en vais. Adieu. Je pardonne à tout le monde. »

Vers 5 heures 1/2, les crises commencent à diminuer d’intensité, mais elle délire toujours. À 8heures, on peut la remettre dans le dortoir des malades calmes où elle couche à l’ordinaire. Elle ne s’endormit pas avant 1 heure du matin, répétant: « Je vais devenir maboule; j'ai la variole; on me donne des chiquenaudes dans la figure. »

Le délire se prolongea, par auto-suggestion, les jours suivants. À quatre heures, chaque après-midi les soubresauts musculaires commençaient à s’esquisser, elle avait froid dans la moitié droite du corps et recommençait à se plaindre: j'ai le crâne vide, ma cervelle est ouverte, etc.

Le hachich a donc ici déterminé chez une malade généralement déprimée un délire intense et relativement durable, Gette hystéri-

que étant une anxieuse, son délire a naturellement pris la teinte de sa mentalité qui s’est alors exprimée avec exhubérance. De plus cet état délirant, montre en se prolongeant l’extrème faiblesse de cette synthèse mentale qui ne peut plus se reconstituer et devient le jeu d'une quelconque auto-suggestion.

Disons donc que, d’une façon très générale, l'ingestion de hachich provoqua chez les hystériques une crise d’excitation suivie d’une période de calme et de dépression qui pouvait faire croire à une amélioration, mais qui n’était que momentanée et dont les effets disparaissent bientôt.

De plus — et nous insistons sur ce point — livresse hachichique détermina chez certains malades des crises délirantes intenses et prolongées. Ces malades dévoilent ainsi leur fonds mental subconscient et le médecin peut alors être amenée à pronostiquer les cas de délire hystérique non encore déclaré. Il y a là une utilité clinique évidente et nous pensons qu’on devrait très souvent, à ce point de vue, chez tout malade présentant des tares

hystériques, prescrire une ingestion de hachich capable de renseigner le médecin sur la gravité du pronostic.

Le hachich peut ainsi devenir un excellent auxiliaire en médecine nerveuse et mentale.

D'une facon générale il peut révéler au médecin le fond subconcient du malade et surtout l’émotivité subconsciente. Que le fonds émotif soit bon, Îc pronostic on sera d'autant amé- Horé. Chez ces neurasthéniques que M. BERx- HEIM à si justement nommé des psychoneurasthéniques dans un récent opuscule, le hachich peut-être employé dans ce sens. Il devra avoir comme adjuvant le rêve euphorique provoqué pendant le sommeil naturel. Lorsqu’on aura reconnu par de faibles doses de hachich que le malade, si déprimé qu'il parraisse, est encore capable d’euphorie, on provoquera aisément pendant le sommeil léger, qui précède le réveil naturel des images mentales à cœfficient euphorique élevé en faisant respirer au sujet, diverses solutions faciles à formuler. Nous conseillerons particulièrement des solutions à base d’éther. L’essence de fou-

gère diversement aromatisée nous à aussi donné de très bons résultats. Que le scepticisme des médecins ne sourient pas trop à ce moyen de thérapeutique psychologique. Une longue étude expérimentale des rêves et du sommeil nous a permis d’en contrôler les excellents effets dans les psychonévroses.

Ajoutons que nous avons aussi expérimenté, M, le Dr A. Marie et moi la teinture de chanvre indien comme hypnotique, sans obtenir jamais de résultats satisfaisants. Ou l’action du hachich était insignifiante, ou le malade subissait une dépression accompagnée de phénomènes organiques nettement défavorables au traitement. Par contre le hachich nous a permis de suggestionner des sujets absolument rebelles tant à l'hypnose qu'aux suggestions à l’état de veille telles que les conseille Dusois DE BERNE.

Les nombreux essais thérapeutiques dont nous venons de parler établissent l’inconstance des effets du hachich. Là où d’heureux résul-

tats sont obtenus, ils semblent plus faibles

que les résultats habituellement produits par d’autres médications. Dans l’état actuel de nos connaissances, le hachich ne doit done, à notre avis, être conseillé que dans la médication des états d’excitation pour essayer, si possible un emploi de la méthode substitutive. Par contre il sera toujours très utile au clinicien et très intéressant pour le psychologue de faire un peu délirer artificiellement leurs malades ou leurs sujets dans l’ivresse hachichique.

Ainsi compris, comme guide d’une médication psychothérapique, nous avons la conviction que le hachich peut rendre de très réels services.

L’ « ivresse psychique » contribuera peutêtre alors à donner aux malades un peu de ce bonheur très terrestre, qui procure la santé ou plutôt la sensation du retour vers la santé, euphorie plus humaine, moins exhubérante, mais certainement plus désirable que l’euphorie violente de qui passe le seuil du paradis éphémère.

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