‹ Le hachichChapitre 41 sur 46 · CONCLUSIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Si nous voulons maintenant résumer en quelques lignes les notions acquises sur le hachich, nous rappelerons que le chanvre indien, quel que soit son principe actif, produit une ivresse assez persistante, qui se compose surtout d’une phase d’excitation accompagnée de délire avec intervalles lucides et d’une phase de dépression. Cetteintoxication aigué, souvent répétée, détermine un hachichisme chronique qui peut conduire à la folie et à la démence, le hachich paraissant être en effet un poison de la corticalité cérébrale et du bulbe.

Il ne semble pas que pendant l’ivresse hachique, la lucidité de l'intelligence soit augmentée comme certains amateurs en ont l'illusion ; ce n’est pas, pensons-nous, la faculté de com-

préhension qui est exhaltée : c’est notre émotivité. De plus nous avons vu qu’il convenait d’insister sur l'état d’intense suggestibilité et surtout d’auto-suggestibilité provoqué par l’absorption du hachich.

Cette exagération de la suggestibihté peut êtreconsidéréecommeunedes caractéristiques différentiant l’ivresse hachichique de la folie, avec laquelle on a voulu la confondre. Hachich, rêve et folie peuvent déterminer des états voisins, riches en analyses de détails, mais ils sont loin d'être identiques et ne doivent pas être confondus.

L’ivresse hachichique, plus que toute autre intoxication, est propre à révéler le fonds mental subconscient du hachiché. Cette propriété, ainsi que le développement de la suggestibilité et de l’autosuggestibilité, doit être employée en psychothérapie.

Il me reste maintenant à dire un mot de cette grosse question de psychologie individuelle et de psychologiesociale: Peut-on, dans notre monde occidental, prendre du hachich?

Je commencerai par faire une concession

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aux amateurs des délices orientales. À une époque comme la nôtre où l’habitude si vulgaire et si néfaste de « l'apéritif » est entré dans les mœurs, il ne convient vraiment pas de crier au scandale pour quelques grammes de confiture verte ou pour une pipe de kif.

Que des dégénérés, que des malades incurables, et que tout amour abandonne, s’intoxiquent avec le hachich, je le comprends aussi : ils cherchent dans toutes les illusions possibles le mensonge vital, et mieux vaut à leur douleur le hachich qui affole que la morphine qui souille. Certes c’est l’énergie purificatrice que je leur conseillerai avant tout. Mais la connaissance des causes profondes et la contemplation de certains maux doivent rendre le psychologue infiniment indulgent en l’aidant à comprendre.

Ajoutons que si, exceptionnellement, quelques voluptueux, réunis après le diner en quelque coin intime, aimablement décoré, goûtent au dawamesc, leur ivresse, aimablement dirigée, pourra être douceet qu'ellenetirera vrai-

ment pas à conséquence! La sensualité est une vertu secondaire, mais elle convient à certains esprits et le dawamesc alors n’en sera qu’un aspect.

Ces concessions faites, et parlant à des hommes conscients et forts, je m’élèverai pourtant contre l’usage du hachich.

Une seule fois j'ai fumé du kif, par curiosité à la fois scientifique ct esthétique. Les effets en ont été très ordinaires. Je ne recommencerai probablement pas, si ce n’est par pur amusement, auprès d’amis aimables, et à un moment où la vie me sera douce.

S'il est en effet une vertu hautement humaine, c’est la maîtrise de soi-même. Or le hachich vous l’enlève absolument. Si l’on est débarrassé du moi, {cet odieux tyran », on devient par contre la proie des choses et des êtres qui vous entourent et vous tyrannisent à leur gré avec toute-puissance.

Puis, comme BaupeLaire le dit si bien, les joies intenses de la pensée et de l'art ne suffisent donc pas à élever un homme bien né, au-dessus, bien au-dessus, de la vulgarité;

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