Rompn. — Herbier d'Amboyne, Hanau
merce aux Indes orientales, nous donne de très exactes descriptions des effets produits par le hachich. Il note que les feuilles et les graines du chanvre, sont employées aux Indes pour chasser la mélancolie et provoquer les rêves agréables ; que le chanvre mélangé au tabac provoque soit les crises convulsives, soit le rire spasmodique, soit les crises de larmes ; que ses effets varient selon les individus et qu’il en résulte parfois une sorte de folie.
Murray, en 1787, reprend l’étude du cannabis indica ct lui reconnait des propriétés excitantes et aphrodisiaques.
Lx ! semble avoir au moins entendu parler des effets du hachich. Il considère en elfet le chanvre comme un narcotique et parle d’une substance nommée Malasc par les Turcs, cxtraite du chanvre, et provoquant une exubérante gaicté.
Ramazzini? dans son Traité des maladies des artisans fait une vague allusion à l’effet pro-
À. Linné, — Ameænilales Acaudemicæ, 1162.
2, Voir Patissier. — Trailé des maladies des artisans, d'aprés RaMazziNI, Paris, 1822.
duit par le chanvre sur intelligence. Il suffit du reste de respirer une poignée de sommités séchées de chanvre d'Europe pour sentir rapidement l’action stupéfiante de cette plante.
CHarDiN ! dans un Voyage en Perse entend sous les noms divers de bang, banghie ou bueng, une préparation de chanvre, de noix vomique et de graines de pavot.
SAUVAGE parle d’un électuaire à base de chanvre indien et dont on userait aux Indes dans les cérémonies religieuses.
« On raconte, dit-il, plusieurs choses fabuleuses sur la vertu de ce philtre :on prétend, par exemple, que son effet est d’aveugler un mari, lorsqu'un adultère est prêt à entrer dans son lit pour séduire sa femme. Mais KewPrer a vu plusieurs de ces faits; tels sont les swvants : Dans le Malabar, beaucoup de vicrges, belles, bien arrangées, et tirées du temple des brachmanes, viennent en pubhc pour apaiser le dicu qui préside à l'abondance et au beau temps; lorsque le prêtre lit la for-
1. CuarDin, — Voyage en Perse el autres lieux de l'Orient. Amsterdam, 1711.
mule des prières contenues dans les livres sacrés, ces filles commencent à danser, à sauter en faisant des cris, à fatiguer leur corps, à tourner leurs membres et leurs yeux, à jeter de l’écume et à faire des actions horribles.. On reconduit ensuite ces brachmanes fatiguées dans le temple ; on les fait coucher, et, leur ayant donné une autre potion pour émousser la force de la première, on les fait voir une heure après au peuple, saines d'esprit, pour que la troupe des gentils sache qu’elles sont délivrées des génies et qu’elle croie que l’idole (Wisrnu) est paisée. »
Ajoutons que la drogue employée était dans ce cas un mélange de chanvre, de datura stramonium et d’opium.
« Kemprer lui-même reçut dans un repas, de ses amis qui l’acceptèrent de même, un bol d’un électuaire qui leur avait été donné par ceux de Bengale. Quand ils Peurent avalé, ils furent singulièrement réjouis, ils se mirent à rire et à s’embrasser ; quand la nuit vint, ils montèrent à cheval, et il leur semblait qu’ils volaient dans les airs, sur les ailes de Pégase
et qu’ils étaient entourés des couleurs de plusieurs arcs-en-clel. Arrivés chez cux, ils mangèrent avec un appétit dévorant ce qu’on leur donnait, et le lendemain ils se trouvèrent sains de corps et d'esprit !. »
L'année 1845 marque enfin la date capitale dans l’histoire européenne du hachich.
Mon£gau DE Tocrs y publie son beau livre :
Du hachich et de l’aliénation mentale, sur lequel nous aurons longuement à revenir.
ll pose, sinon la lettre, au moins les principes d'une psychiatrie expérimentale par le hachich ; 1 provoque la curiosité du public scientifique et, en 1857, la Société de Pharmacie de Paris met au concours une étude sur le Cannabis Indica. Dès lors le chimisime du hachich devient objet d’étude ; les expériences physiologiques et thérapeutiques se multiplient; les préparations orientales ou pharmaceutiques se répandent, cependant que les ateliers et les cénacles célèbrent, le plus souvent en amoureux platoniques, le délire évocateur des rêveries orientales.
4. Saovage, — Nosologie. Paraphrosynie magique. Delirium magicum. Cité d’après Moreau DE Tours,
Le hachich se présente, soit dans son pays d’origine, l'Orient, soit dans notre monde oceidental, sous l’aspect de multiples préparations. Ces préparations portent des nomsdivers, selon qu'elles doivent être fumées ou ingérées par la bouche, selon qu'elles sont ou non mélangées au tabac ou à l’opium. La plus grande partie du hachich consommé en Orient est manufacturée en Grèce où la culture du chanvre indien est assez développée. La variété officinale est surtout cultivée au nord de Calcutta sous la surveillance du gouvernement du Bengale.
La préparation industrielle du chanvre indien est très simple. Cest l’oléorésine connue sous le nom de charas qui semble contenir le véritable principe actif de la plante. On la peut recueillir peu après la floraison lorsque les graines commencent à se former. Mais on ne l’isole généralement pas des sommités fleuries de la plante. Parfois, une quinzaine de jours avant la récolte, on coupe les sommités pour donner plus de force aux feuilles. Ces sommités seront d’ailleurs utilisées. Lorsque les feuilles suffisamment grandes deviennent
visqueuses au toucher, on peut les récolter.
Elles sont alors étalées sur un tapis (Æïülim.) Dès qu’elles sont complètement sèches, on Les roule en les frottant fortement. On recueille ainsi une première poudre de qualité supérieure (sighirma), et, en continuant l’opération, on obtient le produit inférieur (Aourda).
La plus active des préparations faites avec le cannabis indica est le hafioun ou hafiou ou extrait aqueux.
Après cette préparation vient le dawamesc ou extrait gras, qui est sucré et généralement aromatisé de canelle, pistache, poivre, muscade ct additionné de muse, cantharide et noix vomique. On le chique ou on le mange avec des gelées de fruits. Il faut environ quatre parties de dawamesc pour une de hafioun.
Le madjoun algérien et le mapouchari du Caire seraient analogues au dawamesc. Nous n’avons pu nous en assurer.
Le mot hachich désigne seulement en Turquie le pavot. Un produit assez courant du chanvreindiens’y nomme esrar ce qui signi-