‹ Le hachichChapitre 9 sur 46 · G, Poucet. Précis de pharmacologie et de matière médi · texte numérisé non relu

G, Poucet. Précis de pharmacologie et de matière médi

cale. Paris, 1907, Doin, édit. p. 207.

Le bhang est préparé avec des graines vertes. Il se compose des inflorescences femelles détachées de la tige et formant une masse glutineuse mélangée de feuilles et de fruits. On l’ingère sous forme d'infusion.

Le principe actif de intoxication hachichique est encore très mal connu et le chimisme du hachich, malgré les nombreuses recherches déjà faites, est une question qui reste à l'ordre du jour. Rappelons brièvement les principaux corps successivement isolés et considérés comme principe actif.

Poucuxr estime d’ailleurs qu’il faut seulement parler, comme principes actifs véritables, de la résine isolée et signalée pour la première fois par Courrive en 1847, puis préparée et étudiée d'une façon plus approfondie par GasriNez en 1849. Chimiquement cette résine est complexe, de coloration brune, insoluble dans l’eau et les alcalis, soluble dans Palcool, l’éther et les huiles. Elle a surtout été étudiée par Courrive, GAsTINEL et Suiru qui la désignèrent sous les noms de hachichine et de cannabine. Ces premières recherches s’ap-

puyaient sur le fait bien connu, rappelé par CourTive, que dans les chennevières, l’huile essentielle volatile suffit à provoquer une légère ivresse.

« Les graines de chanvre, dit du reste Poucer !, sont oléagineuses ct alimentaires, au moins pour le bétail. Elles renferment de 20 à 30 p. 100 d’une huile qui joue sous le nom d'huile de chènevis, un rôle important dans l’alimentation de l’homme, qui est en même temps siccative et peut servir à tous les usages médicaux des autres huiles. Elle jouissait il n'y a pas de longues années de la réputation de produire des effets remarquables et on l’utilisait contre les engorgements laiteux et la galactorrhée : on employait pour cet usage de l'huile ayant séjourné sur des semences, ayant en quelque sorte épuisé des semences de chanvre, ou même on utilisait l’émulsion de ces mêmes semences. »

PERSONNE (en 1854) a obtenu, en distillant

4. G. Poucaer. — Leçons de Pharmacodynamie et de Matière médicale. Deuxième série. Hypnotiques, Modificateurs intellectuels. Paris, Doin, 4901, page 847.

une assez grande quantité de chanvre indien, un hydrocarbure liquide (Gt5 H%) auquel il donna le nom de cannabène de couleur ambrée, dont l’odeur analogue à celle du chanvre donnait Le vertige. Son hydrure de cannabène (C2 H6) est un carbure saturé appartenant à la série des paraffines. | Woop, Spivey et EASTERFIELD préparèrent des dérivés d’oxydation et d’hydratation de ces hydrocarbures. Ils isolèrent un produit le cannabinol appartenant au groupe des camphres ct dont la formule est C2 H?6 0*.

SresoLp et BranBurY (en 1881})ont isolé la cannabinine, alcaloïde liquide, volatil et peu abondant. ScHMIEDBERG découvre un autre alcaloïde.

Hay a pu isoler un alcaloïde, solide, tétanisant, la tétano-cannabine dont l’action semble analogue à celle de la strychnine.

PRÉOBRASCHENKY découvre dans le hachich une quantité très appréciable de nicotine.

Vazenra et VieNoLO auraient aussi trouvé de la muscarine dans le chanvre indien. Ces découvertes sont-elles simplement dues à des

substances étrangères unies au chanvre, à lPinsu des observateurs? C'est parfaitement vraisemblable.

Merck isole un glucoside qu’il combine avec le tannin; il obtient ainsi une poudre brune, d’odeur agréable, ayant la saveur du tannin qu’il nomme la cannabine tannique, (cannabinum tannicum) douée de propriétés hypnotiques.

BomBELoN obtient un produit extrait de la cannabine tannique après décomposition par l’hydrate de zinc du composé tannique en solution alcoolique. C’est le cannabinone, ne s’agelutinant pas à l’air, se volatisant sans résidu sur une lame chauffée au rouge.

FronuüLier obtient des résultats thérapeutiques avec de faibles doses d’une poudre d’un jaune brun, peu soluble dans l’eau et l’alcool, le tannate de cannabine.

La multiplicité des produits met en évidence notre ignorance du principe actif de l’intoxication hachichique. En France, les pharmaciens préparent d'ordinaire une teinture de chanvre et un extrait alcoolique dont l’effet

est très lent et ne s’obtient qu'après Pabsorption d'assez fortes doses; il semble en effet que le principe actif du chanvre indien soit beaucoup plus aisément dissous par la graisse que par l'alcool. De plus, cet extrait et cette teinture doivent être selon le Codex, préparés avec du chanvre indigène, moins actif, nous Pavons vu, que le chanvre indien. Lorsqu'on lemploie au point de vue thérapeutique on prescrit l'extrait aux doses de 20 à 80 centigrammes, la teinture aux doses de 2 à 3 grammes fractionnées en 24 heures.

Les produits orientaux, hafioun et dawamesc surtout, contenant tous les principes de l’intoxication, sont très utilisables soit pour les expériences de laboratoire, soit même pour la thérapeutique.

Les préparations venant d'Algérie sont généralement moins actives que les préparations que l’on vend dans les bazars du Caire et de Damas. Malheureusement ces dernières perdent souvent leur activité pendant le voyage. Il est donc nécessaire de pouvoir -préparer soi-même les produits qu’on doit utiliser. On

a ainsi le double avantage de les avoir toujours frais et de pouvoir fixer une formule qui restera constante pour toute une série d’expériences dont les résultats seront comparables entre eux.

Voici un procédé de préparation orientale que nous empruntons à M. CHances RicHer et qui lui donna les meilleurs résultats. « Jai fait bouillir pendant plusieurs heures, dit M. RicHer, avec 250 grammes de beurre et 500 grammes d’eau, 500 grammes de sommités des fleurs du cannabis indica que j'avais fait venir de Biskra.

«& À plusieurs reprises j'ajoutai de l’eau pour remplacer celle qui s'était évaporée, et, finalement, en passant le tout à chaud dans un linge, j’obtins un liquide brunâtre, aqueux, très épais, qui fut jeté; et un liquide gras {beurre fondu) fortement coloré en vert.

» Cetextrait gras wa pas été dosé au point de vue de sa teneur en substance active; mais j'ai expérimenté ses effets physiologiques, et j'ai constaté qu'ils étaient fort intenses.

» On peut faire une pâte de ce beurre avec

de la farine; on obtient ainsi des boulettes qu'on peut administrer aux animaux ou prendre soi-même. »

Nous avons nous-mêmes utiliser cette préparation en des expériences de laboratoire, et elle nous a fourni de bons résultats. Ajoutons que M. CHarces Ricuer nous a conseillé de ne pas purifier les préparations de hachich. Le hachich purifié amène surtout les nausées et les phénomènes neuro-musculaires; avec le hachich non purifié au contraire l’intoxication est suivie de phénomènes psychologiques incomparablement plusintéressants à étudier.

D'une façon générale, on peut du reste dire que les effets de l’huile essentielle sont plus physiques que psychiques, tandis que ceux du dawamesc sont plus purement psychiques.

MM. GLey, Ricugr et Ronnrau! ont aussi utilisé dans Icurs expériences sur les animaux et sur l’homme les préparations suivantes faciles à obtenir.

4, Voir GLev, RicueT et Ronpeau, Note sur le hachich. Revue philosophique, 1855, XX, p. 105.

LE HACHICH : ro

Une première préparation a été faite en traitant à froid par l’éther 500 grammes de sommités des fleurs du cannabis indica. La solution ainsi obtenue était de couleur verte, à reflets rouges; en la distillant on obtenait une huile verdâtre très dense qui était probablement le cannabène de Personne. En évaporant l’éther, on recueillait une substance verdâtre semi-liquide dont 5 cc. contenaient 50 cgr. de matières solides qui, mélangée avec de la farine et du sucre, permettait la confection de pilules facilement. absorbables.

Les mêmes auteurs employèrent concuremment du dawamesc qui leur venait du Caire et avait été fait selon la formule sui-

vante :

Sn. ms Li ms ROME IERS HOME SE MEN An —

Sommités de fleurs de cannabis indica .… . , ... ‘À partie,

Piler le tout et faire cuire pendant 15 minu-

tes. Ajouter une cuillerée à soupe de jus de citron et : |

CARGS . +. 4 « « » ratio GROS, . . « « à « «< + Apartie Cardamone. . . . . . . 41/2 — Muscade, . . , … . . . parties, MISE Te à en ue pu APE dopatlte.

Noisëètte. =. ,-. , . . 2 parties.

Amandes de pin. . . . 2 —

Un homme pour ressentir les effets de l'ivresse hachichique doit prendre de cette préparation un morceau gros comme une noisette, soit pur, soit délayé dans du café.

Deux pilules de la première préparation ne produisirent aucun effet sur des animaux (lapins, pigeons). La même dose absorbée par M. Gsy fut suivie d'effets très marqués. Comme le firent alors remarquer les expérimentateurs, ces résultats contradictoires en apparence sont intéressants en ce qu’ils montrent que le hachich, poison des centres corticaux, ne produit d’effets à faible dose que sur un cerveau très développé.

Tel est le hachich, telles sont les principales formes par lesquelles il s’offre à l’attente curieuse de qui le recherche : électuaires cachant sous les parfums et les épices ajoutées l'odeur fade et lourde de l’huile essentielle ; feuilles séchées et broyées, pastilles odorantes que l’on fumera dans la pipe elle-même évocatrice des paresses dorées de POrient.

Nous étudierons, au cours de cet ouvrage, les phénomènes physiologiques et psycho-pathologiques provoqués par ce poison de l'intelligence. Mais nous devons auparavant nous arrêter un instant à considérer la mentalité du hachichin en dehors de l’intoxication, nous devons nous demander, non en moraliste, mais en psychologue, pourquoi l’humanitésuppliante demande-t-elle la joie à des drogues stupéfiantes, et quels sont les hommes qu’attirent plus spécialement les mirages promis des paradis artificiels, — ce bonheur que certains goûtent lorsqu'ils ont passé le seuil attingible des paradis éphémères hélas! comme tous les paradis humains.

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