‹ Le haras humainChapitre 43 sur 55 · L*ACTE GÉNÉRATEUR · texte numérisé non relu

L*ACTE GÉNÉRATEUR

Les femmes ne seront fécondées que tous les deux ans. Chabert et Huzard remarquent que les veaux bisannuels sont mieux constitués que les veaux annuels, et il semble qu'il en soit de même pour les enfants.

Elles seront fécondées dans la décade qui suit les règles, période où les ovules sont frais.

Les mieux douées recevront Thomme au mois d'août, afin que l'accouchement se fasse en mai, le moment de Tannée le plus favorable au développement du nouveau-né.

VL — l'acte générateur

Je vais maintenant étudier les conditions dans lesquelles doit être pratiqué l'acte générateur, sans tenir compte de la morale absurde que la religion chrétienne nous a léguée.

« Qu'a donc fait aux hommes, écrit Michel de Montaigne, l'action génitale, si naturelle et si nécessaire, pour la proscrire et la fuir, pour n'oser en parler sans vergogne et pour l'exclure des conversations? On prononce hardiment les mots tuer, voler, trahir,

l88 LB HARAS HUMAIN

commettre un adultère, etc., et l'acte qui donne la vie à un être on Ji'ose le prononcer! O fausse chasteté! honteuse hypocrisie!... Ne sont-ils pas bien brutes, ceux qui nomment brutal l'acte qui leur donne le jour? ». « Celle morale, écrit Max Nordau parlant de la morale chrétienne, cette morale considère l'acte de la génération comme un crime abominable ; elle se voile la face devant lui comme devant un objet d'horreur, ce qui ne l'empêche pas de lui jeter, à la dérobée, de lubriques regards de convoitises ; elle fait, autour de tout ce qui concerne la vie sexuelle ou la rappelle, la conspiration du silence. C'est monstrueux, c'est inouï. Une telle morale ne pourrait subsister une heure, si tous les hommes sans exception, publiquement ou dans l'intimité, ne se mettaient au-dessus d'elle et ne la regardaient comme non avenue. Elle n'a pas le moindre fondement naturel et par conséquent pas l'ombre d'une justification. Pourquoi une fonction organique, qui est de beaucoup la plus importante, puisqu'elle a pour but la conservation de l'espèce, seraitelle moins morale que d'autres fonctions qui ont pour but seulement la conservation de

l'acte GéNÉRATEUB 189

l'individu ? Pourquoi manger et dormir seraient-ils des opérations légitimes que Ton peut pratiquer publiquement, dont on a le droit de parler, tandis que Taccouplement serait un péché, une honte que Ton ne peut assez cacher ou désavouer? La puberté n'estelle pas le couronnement du développement de Tindividu et la reproduction son triomphe le plus haut et sa manifestation la plus glorieuse?*. »

Comme le remarquent Montaigne et Nordau, cette morale n'est pas observée. Tous les hommes célibataires ou veufs, jouissant de leur virilité, pratiquent le coït. Il en est de même de la majorité des veuves. Quant aux jeunes filles, celles qui tiennent à conserver leur hymen intact se livrent à l'onanisme, parfois au saphisme et même (j'ai reçu, sur ce point, un certain nombre de confidences) au coït anal.

La morale sexuelle du christianisme est donc purement verbale. Elle n'a fait qu'engendrer l'hypocrisie et les anomalies sexuelles.

(i) Max Nordau ; Les mensonges conventionnels de notre civilisation. Pans, Alcan, igoS, p* aa8«

« Selon le proverbe qu'il ne faut pas parler de corde dans la maison d'un pendu, continue Max Nordau, le peuple qui a une mauvaise conscience à Tégard de sa vie sexuelle et sait fort bien à quoi s'en tenir sur ses péchés d'action et d'omission évite, avec Tangoisse d'un criminel surpris en flagrant délit, de toucher, même de loin, à ce sujet dans sa conversation et dans ses écrits \ »

Combien de fois, entendant jeter l'anathème, par des femmes réputées vertueuses, sur d'autres en puissance d'amant (celle-ci trop pauvre pour trouver un mari, celle-là vendue par ses parents à un bandit ou à un imbécile, cette autre devenue veuve avant l'extinction des désirs sexuels, mais à jamais dégoûtée d'une union avilissante), combien de fois n'ai-je pas été tenté d'arracher les masques et de crier aux mijaurées :

Vous n'avez pas d'amant, Angèle, mais, chaque soir, sur un siège différent — ainsi le veut votre fantaisie — vous vous donnez à vous-même le plaisir que donne un amant.

(i) Max Nordau. Les mensonges conventionnels de notre civilisation, Paris, Alcan, igo8, p. 264.

l'acte générateur 191

Vous n'avez pas d'amant, Julie, aux pupilles dilatées, aux paupières éternellement battues, mais, jusqu'à cinq fois par jour, vous chevauchez, dans le même but, l'accoudoir d'un petit fauteuil.

Vous n'avez pas damant, Hélène, mais, à l'instar de Madame Roland, qui du moins l'avoua, vous demandez à votre traversin l'illusion d'une étreinte humaine.

Vous n'avez pas d'amant, Agnès, mais, un jour, parlant à Madame de M, de votre amie Suzanne, qui porte un grand nom, vous avez, en riant, prononcé cette phrase : « Suzanne a de vilaines lèvres, mais elles collent si bien I »

Vous n'avez pas d'amant. Jeannette, mais, si les chiens savaient parler, la langue de votre king-charles nous en dirait long sur votre vertu.

Vous n'avez pas d'amant. Élise, mais, au cours d'une traversée, une dame entrant dans votre cabine et soulevant le couvercle d'un coffret, fut suffoquée en constatant que vos dix-huit ans s'amusaient d'un phallus artificiel.

Élise, qui n'a point d'amant, n'est ainsi

192 LE UARAS UUMAIN

plus vierge, mais vous, Yvonne, qui êtes intacte, vous avez pourtant un amant. Vous vous épuisiez réciproquement à vous donner la phtisie. Or ce n'est pas un bacille qu'on trouva dans votre salive, Yvonne à la bouche si petite qu'on la comparait à vos yeux !

Tels sont les faits authentiques qui me reviennent en mémoire chaque fois que des femmes, réputées vertueuses, stigmatisent, devant moi, le libre amour.

Résumons-nous.

Chez toute femme jeune et normalement constituée, les glandes génitales sécrètent des toxines qui s'accumulent dans leur cavité. Si ces toxines ne sont pas éjaculées, elles sont réabsorbées par les vaisseaux qui tapissent ces glandes, passent dans la circulation, viennent au contact des neurones et déterminent des désirs sexuels, puis un malaise qui augmente peu à peu jusqu'à devenir insupportable. Pour faire cesser ce malaise, la femme se livre au coït vaginal et si, pour une raison ou pour une autre, ce coït lui est interdit, elle pratique — à moins que des rêves voluptueux ne la soulagent — l'onanisme, le tribadisme, le saphisme et même le coït anal.

l'acte générateur iqS

Quant à la vertu, dans le sens complet du mot, elle ne se rencontre que chez les femmes dont le système nerveux génital ne s'est pas développé, c'est-à-dire chez les dégénérées.

Gardez donc, bambines et sadinettes, vos regards ingénus et vos mines effarouchées pour les jocrisses et les chauffe-la-couche qui vous conduiront au moûtier et vous offriront le brouet de la mariée. Vos dévotions à Sainte-Nitouche ne font qu'amuser la philosophie des gens qui, par profession, sont tenus de vous deviner.

Le coït fécondant aura lieu en plein rut, pour deux raisons.

La première est que le rut est un signe certain de performance, s'il n'est pas provoqué par un excitant, comme l'alcool.

La seconde est qu'il facilite la fécondation, probablement parce que la volupté sexuelle s'accompagne, chez^ la femme, de la dilatation de l'utérus et de l'aspiration du sperme. Ruisch et Fallope ont, en effet, trouvé du sperme Mans le col de l'utérus, immédiatement après le coït. Courty parle d'une femme parfaitement saine qui, après quinze ans

LE IIAEAS HUMAIN. .byCoO^C

de mariage involuptueux et infécond, prit un amant qui lui enseigna la volupté. Elle fut fécondée par lui, puis eut, de son mari, deux autres enfants.

Le rut résulte du passage dans le sang des toxines testiculaires ou ovariennes ^ ; il est lié, chez le mâle à la replétion des vésicules séminales, comme Ta montré Tarchanoff\ La sécrétion des toxines génitales est activée par une alimentation substantielle et par la présence du sexe opposé.

Le rut se traduit par les phénomènes suivants :

Congestion de la face et éclat des yeux ;

Sécheresse de la bouche, diminution de l'appétit et augmentation de la soif ;

Accélération des mouvements respiratoires et des contractions cardiaques ;

Exaltation de la sensibilité tactile (chez une femme chatouilleuse, un simple attouchement peut provoquer l'orgasme) ;

(i) Les toxines .de l'ovaire proviendraient des corps jaunes. Ancel et Bouin. Rapports entre les phénomènes de Vovulation, de la formation des corps jaunes tt du rut chez la chienne. Bulletin de la Société de biologie n** 3o,

(2) Joanny Roux. Psychologie de Vinstinct sexuel, Paris, Baillière, 1890.

L*ACTE GÉNÉRATEUR igB

Surémotivité qui se traduit, suivant le caractère, par des accès de gaîté, de tristesse, de colère, d'angoisse, de tendresse, d'idéalisme ou de mysticisme ;

Exaltation de l'énergie, du courage et de la force musculaire ;

Congestion des organes génitaux (érection de la verge chez l'homme, du clitoris, des lèvres et du vagin chez la femme) ;

Augmentation des sécrétions balano-préputiales ou vagino-vulvaires, accentuation de leur odeur et parfois aussi de l'odeur sudorale.

Plvi&ieurs de ces signes sont nettement perceptibles. Il sera bon. de les attendre pour pratiquer le coït fécondant.

L'acidité dw mucus vaginal pouvant altérer la vitalité des sperfiaatûzaires, le coït fécondant sera précédé d'une injection alcaline et chaude, qui neutralisera et entraînera les glaires. On emploiera par exemple le bicarbonate de soude, à raison d'un gramme par litre.

Pour que la fécondation soit sûre, il faut que le méat urinaire de l'homme s'abouche au col de l'utérus. Le sperme est alors dîrectement projeté dans cet organe, dont le

196 LE HARAS nUMAIN

mucus alcalin est très favorable à la vitalité de ses animalcules. L'intromission de la verge doit donc être aussi profonde que possible. Il sera bon, à cet effet, de placer un coussin sous le bassin de la femme.

Les cinq cents millions de spermatozoaires éjaculés à chaque coït peuvent, vivre pendant plusieurs jours dans les sécrétions féminines. Ils font, à raison de deux millimètres et demi à la minute (soit cinquante fois leur longueur, qui est d'un vingtième de millimètre), l'ascension de l'utérus et des trompes, où ils rencontrent les ovules.

Ces petites sphères, dont le diamètre est de 2 dixièmes de millimètre, sont pondues tous les 28 jours. Elles descendent des ovaires dans l'utérus, sous l'impulsion des cils vibratiles des trompes de Falloppe, en une . décade ou en une décade et demie.

Dix à vingt heures après le coït, le plus agile des spermatozoaires, celui qui mène le train, perfore avec sa tête le premier ovule qu'il rencontre et se résout dans son noyau. Il est probable que l'ovule, ainsi fécondé, sécrète une substance toxique pour les autres plastides génératrices ou qu'il les emploie à son développement, car la double fécon-

L*ACTE GÉNÉRÀTÉUH t97 "

dation aboutissant à la grossesse gémellaire est exceptionnelle.

Après le coït, les deux générateurs se mettront au repos, loin de la lumière et du bruit.

La femme enceinte suivra une hygiène sévère et sera surveillée, à ce point de vue, par l'anthropogéniste de la circonscription. Les conditions d*habitation et le régime seront les même qu'au haras. Elle évitera la constipation, portera des vêtements amples (ne comprimant ni le ventre, ni les seins), des jarretelles, des chaussures larges et à talons plats. L'exercice se réduira pour elle à de courtes promenades. Elle pourra continuer à pratiquer le coït jusqu'aux derniers temps de la grossesse, mais dans le décubitus latéral, ventre à dos, avec douceur et jamais à l'époque présumée des règles. On lui évitera les émotions pénibles et elle vivra parmi les beautés de la nature et de l'art, comme le conseillaient les anciens.

Page 1