‹ Le harem de SytaChapitre 7 sur 29 · LES FILS DE JOIE · texte numérisé non relu

LES FILS DE JOIE

Syta s'assoupit sur le sein de sa confidente et l'image des six Grands Maris ne vint point troubler son sommeil. Ils étaient, ces heureux seigneurs, semblables à tous les hommes: ardents pour l'accomplissement de leurs désirs et sans éloquence après leur réalisation. Ils se montraient, dans l'exercice de leurs droits, brusques et volontaires, et s'endormaient irrésistiblement après avoir obtenu quelques légères satisfactions. S'ils changeaient de visage, leur âme et leurs instincts se ressemblaient. Syta les trouvait tellement pareils les uns aux autres qu'elle ne se donnait plus la peine de choisir, leur offrant, à tour de rôle, la faveur de sa couche royale.

Tous étaient ravis, à l'exception de la petite

souveraine dont le cœur demeurait vide déplorablement. Oh! comme elle eût voulu se donner autrement et mieux ! se caresser l'âme à un peu d'amour véritable ! éprouver, dans l'union des corps, non pas seulement la caresse physique, mais cet échange de deux aspirations divines, cette communion de deux esprits émanés du swarga dont parle le Védania-Saral...

Le lendemain de sa rencontre avec le Charmeur, elle se leva plus tard que de coutume, plus fiévreuse et brisée qu'après la visite de ses époux. Vêtue d'une simarre chamarrée d'or, brodée de grands oiseaux fantastiques, elle passa la revue de sa garde royale dans les cours du palais, et distribua aux éléphants sacrés et aux fauves qu'elle an'ectioniiait les habituelles friandises.

Yassoub, le beau lion familier, vint frotter sa tête énorme aux jambes de la souveraine, et, dans son œil pensif, s'alluma l'étincelle d'un vague désir, comme si tant de grâce et de bonté féminines eussent touché son cœur de bête.

Lackmama présentait à Syta une corbeille pleine de morceaux de choix, entourés de fleurs, pour que les doigts de la Reine ne fussent point rougis par la chair sanguinolente. Et les garçonnets du « Chœur des anges », dans les galeries supérieures, entonnaient l'hymne du « Salut à la Reine », accompagné par la vinâ et la tchila aux sons rauques.

« Es-tu l'éclair qui sillonne l'espace, l'arcen-ciel qui brille doucement, le Gange aux flots sacrés ou le mystérieux Océan?... Es-tu la voix d'amour qui parle aux dieux sur les sommets de l'Himavah?... (l'Himalaya).

« 0 femme, nous t'aimons!

« Es-tu le souffle brûlant (nirgalha) qui soulève le sable d'or du pays de Madijadésa?... Es-tu la brise nocturne qui gémit sur le lac de Kama et murmure dans l'herbe veloutée du cousa?...

« 0 femme ! nous te désirons !

(( Es-tu le swarga que les dévas habitent, et que les maudits regardent comme la terre d'exil? Es-tu la terre, es-tu les eaux, es-tu le

feu qui dévore, es-tu le soleil bienfaisant?...

« 0 femme, nous te possédons!

« Es-tu la vie, source de toutes les vies, l'âme de toutes les âmes, le principe de tous les principes?... Es-tu la force amoureuse qui unit tous les êtres, la force qui conserve, détruit ou renouvelle?... Es-tu la déesse de toutes les joies et de toutes les magnificences?

<( O femme, nous nous anéantissons en loi! »

— Hélas! soupira la Ranie, en embrassant le front bombé d'Yassoub, le grand lion câlin, je ne suis qu'une petite créature que les dieux abandonnent!

— Du courage, souffla Lackmama, sans doute le Charmeur se rendra-t-il à ton désir, puisque c'est lui qui cause tes tourments ! Quel est l'homme qui pourrait résister à ta grâce divine?...

Pourtant, le yoghi ne vint point. Ni ce jourlà, ni les suivants l'homme mystérieux de la forêt ne daigna se présenter au palais.

Syta, qui se consumait d'ennui, avait envoyé les ?ix Grands Maris à la recherche du

religieux, mais les brahmes du temple de Khandah-Swany, pas plus que ceux de Bahvany, de Lakmi et de Sakty n'avaient pu fournir le moindre renseignement.

La souveraine, accompagnée de Lackmama, s'était décidée à se mettre elle-même en campagne. Couverte de voiles sombres qui ne laissaient deviner que l'éclair de ses yeux et la grâce rythmique de sa démarche, elle avait visité la place des sacrifices, le marché aux maris, les carrefours, les ruelles, les impasses d'Ahmehnagara.

Le soir emplissait la cité, brouillant les érections de lingams, posés à chaque angle de rue et même contre beaucoup de maisons comme un présage de bonheur. Devant les portes, des hommes arrêtaient les matrones, les priant de les choisir pour époux, vantant leur zèle et leur docilité. De jeunes garçons, étendus sur des couches fleuries, le corps frotté de baumes et soigneusemnt épilé, chantaient doucement des hymnes à la femme, en pinçant les cordes de la vinâ.

La reine et sa suivante longeaient des mu-

railles, couvertes d'inscriptions et de bas-reliefs. Ici. une sorte d'autel portait des traces de sang, encore fraîches; des pompons de laine et des boules de papier frisé couraient en guirlande autour du piédestal d'un dieu aimable, naïvement et grossièrement taillé dans un tronc d'arbre. C'était, d'après la légende de VAvadhana-Sastra, la statue de Khristna, divin fils de Canya, la vierge. Ce tronc d'arbre avait recueilli le prince Devindra qui allait se noyer, et Indra-Mana, le père reconnaissant, avait fait reproduire, dans le bois, l'image du dieu; car ce radeau providentiel, dit encore la légende, descendit du ciel juste à point pour sauver le jeune prince qui luttait avec les éléments en courroux. Le temple de Djaggernat, dans la province d'Orixa, possède la même statue.

A côté de Khristna, se montrait une déesse noire avec des anneaux dans le nez et dans les oreilles, un diadème de phalanges humaines et d'étranges yeux de turquoises verdâtres. D'après certains, cette image représentait Canya, la vierge d'il y a vingt-cinq

mille ans! la mère du dieu d'amour; d'après d'autres, ce n'était que l'épouse inquiétante de Siva, la goule noire, qui se baignait dans le sang et se faisait une ceinture fumante d'entrailles arrachées aux suppliciés.

Plus loin se trouvait le temple d'Alu-Wihara, dans lequel se réunissait la troupe des copistes chargés de transcrire, sur des feuilles de palmier, la doctrine religieuse. Le portail, fouillé comme une dentelle précieuse, déroulait un poème de strophes en pierre racontant les aventures de Vischnou et de toutes les divinités du ciel hindou. Une partie des parois et des voûtes était ornée de peintures et de mosaïques précieuses.

La princesse voulut interroger encore les brahmes du temple de Sat-Mahal-Prasada, le temple aux sept étages et ceux de Rankoh- Dagoba qui passaient pour connaître l'avenir et la grande science des envoûtements; mais ces religieux ne purent lui apprendre ce qu'était devenu le Charmeur.

— Ah! Lackmama! soupirait la petite souveraine, je sens mon désir s'accroître de tant

de difficultés à vaincre!... Au début, ce yoghi m'intéressait simplement, il me paraît, maintenant, qu'il est nécessaire à ma vie. Jamais je n'ai rien éprouvé de semblable!... Mais où diriger nos pas?... Nous n'apprendrons rien, hélas!

— Peut-être les Fils de ioie sont-ils plus instruits que les brahmes!

— Les Fils de joie?...

— Ils voient tant de femmes!

— Allons donc les consulter.

Syta et Lackmama prirent une avenue plus large, dans le quartier élégant de la ville qui menait au temple de Kandah-Swany. Des magasins s'ouvraient, à droite et à gauche : des boutiques d'onguents, de fleurs, de fruits, de bijoux barbares, de statuettes représentant des idoles au masque de jade, d'ivoire et de bois.

Et les hommes, toujours, les sollicitaient, offrant leur gîte et leurs soins, vantant leur ardeur et la modicité du prix. Quelques-uns ks suivaient, essayant d'écarter leur voile, de

voir, à leurs joyaux, ce qu'ils pouvaient espérer de leur munificence.

Des élégantes entraient dans de belles maisons, emplies de chants, de rires et de danses. On en apercevait d'autres aux fenêtres, entourées d'un essain de dévédas (Fils de joie) somptueusement parés, les yeux peints, les cheveux tressés sous un réseau de perles. Beaucoup de femmes venaient là avec le seul dessein de se distraire, d'entendre un peu de musique dans les jardins odorants, sous le vol prestigieux des mouches d'or.

Les dévédas se mariaient rarement: ils appartenaient à toutes, et employaient leur existence à se parer, composer des hymnes d'amour, s'instruire dans l'art du chant et de la danse. Ils étaient fort considérés et choyés par les Grandes du royaume. Lassées de leurs maris, sans doute pleins de bonne volonté, mais dépourvus des dons qui charment et retiennent, elles venaient passer auprès des Fils de joie les meilleurs moments de la journée. Ces murailles peintes, ces jardins emplis d'ondes murmurantes et de fleurs

prestigieuses, plus larges que des parasols, ces ouvertures discrètes, par lesquelles sourdait un frémissement de baisers, plaisaient à leur imagination insatiable. Elles se laissaient aller aux bras des dévédas et revenaient de ces étreintes calmes et satisfaites.

Lackmama, devant un portique fleuri, adorné de la double image symbolique du lingam et du nahamam, arrêta la Ranie.

— Pourquoi, Majesté divine, n'entrerais-tu pas ici, chercher, sinon l'oubli, du moins le repos?... Tes voiles te cachent suffisamment pour que nul ne te reconnaisse. Peut-être, aussi, pourra-t-on te donner des nouvelles du Charmeur... Les Fils de joie sont renseignés sur toutes choses!

— Passe devant, Lackmama, il me semble que je commets une mauvaise action en pénétrant dans cette maison de plaisir!

— ' 0 Princesse auguste ! l'action que tu commets est agréable aux dieux, et Khristna, même, nous enseigne que nous n'avons été créées que pour l'amour, que l'amour est la raison et le but de notre vie, et que ceux qui

méconnaissent cette loi divine sont voués aux plus durs châtiments!...

Les deux femmes ouvrirent une porte orbiculaire, sur laquelle s'espaçaient des chiffres fatidiques, et pénétrèrent dans une grande salle au plafond en coupole, ouvert sur les étoiles pour permettre à la brise nocturne de circuler librement parmi les fleurs, les lanternes, les oriflammes, les somptueuses étoffes d'argent et d'or, suspendues un peu partout dans un désordre charmant. Des colonnettes de lapis-lazuli supportaient, dans le centre, sur un piédouche de pierreries, un lîngam-yoni (ou nahamam) gigantesque d'argent massif. Sur des entablements, des statuettes des trois déesses Bahvany, Lakmy et Sakty, alternaient avec des couples enlacés de mortels et de brasiers d'encens fumants qui ne s'éteignaient jamais.

Autour de la salle, sur des divans bas et des coussins soyeux, causaient, s'étiraient ou fumaient des Fils de joie, venus d'un peu partout, dont le plus âgé n'avait pas vingt-cinq ans.

Ils s'affirmaient, ces dévédas, d'une beauté saisissante, et leur grâce virile était mise en valeur par l'ingéniosité des ornements dont ils excellaient à se parer.

Les hommes du pays d'Andhra avaient les membres fins, la peau douce, plus brillante que l'or; ils montraient un goût très vif pour les gazes lamées, les turquoises, les pierres de lune montées en amulettes avec des inscriptions religieuses.

Les hommes de l'Oude, aux muscles plus puissants, aux cheveux crépus, aux lèvres épaisses, avaient l'épaule gauche couverte d'une peau de tigre et portaient sur l'oreille une touffe de plumes roses.

Les hommes d'Aparatika et de Lat, se montraient plus passionnés que les autres, et ne se paraient que d'une ceinture écarlate retenue sur la hanche par une fibule de pierreries.

Les hommes de Malva, plus câlins et plus souples, adornaient leurs poignets et leurs chevilles d'un fil de perles du plus pur orient. Ils avaient un nez légèrement busqué, des

yeux glauques et des cheveux très longs à reflets roux.

Les dévédas de Vanasi, d'Avanli et de Punjab avaient une voix haute et bien timbrée. Ils cultivaient la musique et tous les arts d'agrément.

Les Dravidiens étaient plus particulièrement poètes. Quant aux garçons de Patalipoutra, d'Avantika et de Maharashtra, on les retenait pour la danse, dès leur plus jeune âge. Ils étaient si fms et si charmants qu'ils auraient pu passer pour des filles, lorsqu'ils glissaient voluptueusement au son des dois et des tambourahs. Beaucoup d'entre eux se jaunissaient le corps avec du safran et s'ombraient les paupières d'antimoine. Tous les artifices de beauté, d'ailleurs, leur étaient connus.

Dans les familles pauvres, chargées d'enfants, on envoyait ainsi les fils les plus instruits et les mieux faits à Ahmehnagara, sachant qu'ils y seraient appréciés selon leur mérite, et reviendraient au pays avec une fortune honnêtement acquise.

SOUMATI

Syta, qui n'était point entrée chez les dévédas pour recevoir et donner des caresses, mais pour tâcher de se renseigner au sujet du yoghi charmeur, choisit un jeune poète qui accordait sa vinâ, et s'assit auprès de lui.

— Chante-moi, dit-elle, les stances au Soleil, car j'ai l'âme triste.

Il s'accouda sur les coussins, tenta de pénétrer le mystère de ses voiles.

— Aimons-nous, d'abord, je chanterai ensuite.

Elle le repoussa:

— Non, je te répète que je ne veux point, ce soir, sacrifier à Kama; mais je récompen-

serai largement ta bonne volonté, si tu consens à dissiper ma tristesse par tes vers harmonieux.

Il hésitait encore.

— Tu semblés belle, et la vue des trésors que tu me caches aurait inspiré mon cœur...

— Laisse ton cœur, dit-elle avec impatience, tu sais aussi bien que moi qu'il ne saurait être mêlé à ces choses... Tu es ici pour obéir à tes maîtresses de rencontre, et, moi, j'ai le droit de commander aux Fils de joie ; chante!...

— Soit. Je vais donc te dire cet hymne à Sourya que tu veux bien me demander.

Il leva ses grands yeux vers la voûte étoilée, et préluda par quelques accords suaves:

« Sourya, dieu du monde et du ciel, lorsque ta face resplendissante écarte les nuées, la nature entière tressaille d'allégresse... »

La chanson était longue, mais le chanteur la soupirait avec tant de charme que la petite princesse ne se lassait pas de l'entendre.

Autour d'eux, les couples faisaient silence pour profiter aussi de l'intermède inattendu,

et un peu de douce poésie berçait les étreintes éphémères, accompagnait les baisers sans lendemain des acheteuses et des vendeurs d'amour.

Quand le dévédas eut laissé mourir sur ses lèvres peintes la dernière note du chant sacré, Syta détacha les perles de son cou et les lui donna.

— Oh! c'est trop! dit-il, en repoussant le collier royal.

Mais elle le lui attacha sur la poitrine:

— Non, non, garde-le en souvenir de cette belle nuit, et, pour que moi aussi je conserve quelque chose de toi, dis-moi ton nom?...

— Je m'appelle Soumati... J'aurais voulu, pourtant, te prouver autrement ma reconnaissance...

— Tu peux encore me donner un renseignement qui me sera d'un grand secours... T'a-t-on parlé d'un yoghi, plus séduisant que Smarra, qui a dû s'arrêter à Kandah- Swany?... Les brahmes que j'ai fait interroger n'ont point voulu répondre. Mais tu vois

tant de femmes qui sortent des temples, que tu pourras peut-être me tirer de peine...

— Ce Yoghi était un charmeur, sans doute?. . .

— Oui, un charmeur qui venait de loin, car il portait la sala blanche des religieux errants. Oh! dis-moi ce que tu sais?...

— Je ne sais rien; beaucoup de yoghis passent dans la ville. Cependant, comme c'est après-demain la Sakty-poudja, tu pourras te rendre au temple, et chercher toi-même, parmi les officiants, celui qui t'intéresse. Les pèlerins de tous les pays, viennent ici, deux fois par an, pour assister à ces fêtes de la fécondation.

Cette Sakty-poudja, dont parlait Soumati, avait été instituée en l'honneur de l'incarnation de la trinité: Brahma, Vischnou, Siva, incarnation qui, suivant le culte vulgaire des Hindous, s'est opérée par l'acte ordinaire de la génération. La nature, dans son union avec la divinité, est représentée par les trois déesses Bahvany, Lakmy et Sakty. Or, comme la trinité n'affecte pas l'unité, les trois

déesses n'en font qu'une, comme les trois dieux n'en font qu'un, et l'œuvre de génération s'accomplit par un seul lingam et un seul nahamam. La nature, ainsi fécondée, a produit tout ce qui existe. Une fois la création achevée, la garde du lingam fut confiée à Siva et celle de la matrice d'or à Sakty. C'est pour cette raison que les temples, consacrés au dieu noir et à son épouse, présentent tant d'insignes des organes générateurs.

Mais il se passait, disait-on, des monstruosités à cette fête de la Sakty-poudja, et la princesse frissonnait, rien qu'à l'idée de s'y rendre.

— N'y aurait-il pas d'autre moyen de se renseigner? murmura-t-elle.

— Non, affirma Soumati; et si tu ne lentes pas cette démarche, il est probable que tu ne retrouveras jamais ton yoghi charmeur.

Le Fils de joie, câlinement, se rapprocha :

— Tu m'as donné ton collier, mais je voudrais davantage...

— Quoi donc?

— Ton baiser. C'est la première fois qu'on

méprise mes caresses, et j'aurais été si heureux de te montrer ma science!... Certes, tes maris ne sauraient lutter avec moi!

— Oh! dit-elle, je suis lasse d'amour, lasse d'étreintes et de voluptés!... Je veux connaître des ivresses que tu ne pourrais me donner!... Bénis mon indifférence qui te permettra, ce soir, de contenter d'autres désirs... Le règne des Fils de joie est court, bientôt pour eux vient la vieillesse qui est le commencement de la mort!... Profite, Soumati, des heures glorieuses que les dieux t'accordent!...

Lackmama s'était endormie entre deux dévédas qui lui avaient donné le bonheur qu'elle souhaitait. Syta secoua la suivante qui ouvrit des yeux embrumés de rêve.

Les couples reposaient sur les coussins, au hasard des étreintes. C'était, après l'ardeur des caresses, le moment des jeux et des danses. Des clameurs fusaient, accompagnant des stridulations de flûtes, des déchaînements de tchila. Un dévédas pinçait de la vinâ, avec des mouvements lascifs de la croupe et des hanches, relevant, une gaze jaune lamée d'or

sur les lignes souples de son corps. Et il était beau, ainsi, de la beauté des bronzes polis et fins, dans les flammes de son voile flottant, les gemmes de sa coiffure, de ses bracelets, de ses colliers aux grelots translucides.

D'autres Fils de joie surgissaient de tous côtés, à peine couverts de mousselines diaphanes, et leurs mouvements s'exaspéraient sous une pluie de fleurs, un égouttement de parfums qui tombaient des voûtes.

Des spectatrices entraient, encore, parfois en bandes joyeuses, et quelques-unes, s'étant dévêtues, se mêlaient aux danseurs et chantaient d'une voix haute des stances à Kama. Des bras s'enlaçaient, des chevelures de femmes se mariaient, noires, à des chevelures d'hommes; des seins bombés s'écrasaient aux épaules rondes, des mains se cherchaient et s'unissaient, des lèvres s'oubliaient en d'infinis baisers.

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