II. DUC
Eh bien! Madame, puisqu'il faut parler sans détour, c'est qu'il court le risque du monde le plus grand de ne la pas retrouver absolument telle qu'il l'a laissée.
CÉLIE
Ah ! c'est une calomnie bien atroce, et bien du pays d'où vous venez.
LE DUC
Ma foi, Madame, j'ignore si c'est, comme vous le dites, une calomnie du pays; en tout cas, j'y en ai quelquefois entendu dans lesquelles la vraisemblance n'était pas tout à fait si ménagée.
CÉLIE
Cela m'outre de fureur! Une femme qui l'adore! qui, de notoriété publique, ne vit que pour lui!
LE DUC
Mais, Madame, est-ce que depuis que
vous existez, vous n'avez jamais vu la notoriété aller de côté et d'autre?
LA MARQUISE
Qui lui donne-t-on ?
Rien autre chose que le petit Frécourt.
CÉLIE
Un enfant! Cela peut-il s'imaginer! Que peut-elle attendre de cela?
LE DUC
Comme c'est un calcul qu'elle n'a pas eu la bonté de faire avec moi, c'est ce que j'ignore; mais ce qui doit vous tranquilliser pour elle, c'est qu'elle a trop d'usage de ces sortes d'affaires pour qu'elle eût pris Frécourt, si elle eût cru, en s'arrangeant avec lui, en faire une si mauvaise.
eu lu:
Je n'en reviens pas! Un enfant!
LE DUC
C'est peut-être pour se délasser des hommes faits.
CÉLIE
Si ce que vous me dites est vrai, je plains bien ce pauvre d'Alinteuil, il sera encore plus désespéré que surpris.
LE DUC
Oh! pour vrai, rien ne l'est davantage, ni mieux constaté. Je les ai vus ensemble; et c'est à qui des deux s'affichera avec le moins
DU C01X DU FEU
de ménagement; mais est-ee que cTAlinteu.il comptait sur elle à un certain point? Cela ne se peut pas !
LA MARQUISE
Pardonnez-moi : le moyen qu'il pût faire autrement? C'était, de la part de Mme de Valsy, le coup de foudre le plus marqué qu'on eût jamais vu.
LE DUC
Ah! c'est autre chose: je n'ignore pas qu'elle y est sujette; et quand ce serait un mal de famille, je n'en serais pas bien étonné : il y a des races si malheureuses!
LA MARQUISE
Mais ce petit Frécourt avait quelqu'un, ce me semble ?
LE DUC
Oui, une certaine Mme de Sprée : cette grande, grande femme, qui n'a affaire nulle part, et que l'on trouve partout, et avec qui Frécourt avait tout à fait l'air d'une mouche qui se serait établie sur un colosse. Eh mais! Parbleu! d'Alinteuil n'a qu'à la prendre, lui; elle ne cherche qu'un vengeur; et j'ai vu même le moment qu'elle allait présenter un placet pour qu'on lui en fournît un.
LA MARQUISE
L'idée est assurément ingénieuse; mais si M. d'Alinteuil est désespéré de l'incons-
tance de Mmc de Valsy, il n'a qu'à regarder son aventure avec Frécourt comme une distraction, et l'attendre au réveil. Ou je me trompe fort, ou cela ne sera pas bien long.
LE DUC
Il y a toute apparence ; de plus, quand elle voudrait que cela durât, l'enfant ne le voudrait pas, lui; car il est convaincu qu'on ne saurait avoir avec les femmes de trop mauvais procédés; et en conséquence d'une opinion si raisonnable, il en a déjà perdu deux. Ah! c'est une jolie créature! Sans principes, sans mœurs, méchant déjà comme un aspic, ne disant pas un mot de vrai. Son éducation n'a sûrement pas été perdue : aussi était-il en main de maître.
LA MARQUISE
Ah! laissons, pour ce qu'ils sont, tous ces gens-là. Dites-moi un peu, je vous prie, Monsieur de Clerval, avez-vous vu là-bas la petite duchesse? sauriez-vous pourquoi je ne saurais obtenir un mot de réponse?
LE DUC
Ah! parbleu! oui, Madame, vous écrire!
Elle est vraiment bien en état de cela!
LA MARQUISE
Ah ! mon Dieu ! Vous me faites trembler ! Que lui est-il donc arrivé? Serait-elle malade?
l>t COIN DU FEV -2-