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Il me l'a marqué aussi; mais comme il débutait avec moi par des sentiments auxquels je ne pouvais pas répondre, je ne jugeai pas à propos de le mettre à portée de m'en parler encore. Ce n'était pas que je le craignissse; mais M. de Prévanes était d'une jalousie qui ne lui aurait jamais permis de voir tranquillement le rival, mêmele plus maltraité.
LE DUC
Nous fites fort bien ; mais l'amour de Bourville me dérange dans mes projets.
iSn LE HASARD
CÉLIE
Quels sont donc ceux que vous aviez formés ?
LE DUC
Comme il est aimable, j'avais imaginé de l'offrir aux soupçons de la Marquise; mais puisqu'il est amoureux, cela ne se peut plus.
- CÉLIE
Bon! amoureux! parce qu'il m'a dit qu'il l'était, vous croyez que je le prendrai pour tel? De plus, il a une affaire à présent.
LE DUC
Ah! une affaire, si vous voulez : ce qu'il a ne mérite pas même ce nom-là, et je puis vous répondre qu'il n'a point de la chose une autre opinion que moi; au surplus, quand il y attacherait plus d'importance, je suis bien sûr, n'eût-il même pas déjà essayé de vous rendre sensible, qu'il ne vous verrait pas longtemps sans en avoir l'envie.
CÉLIE
Gela pourrait fort bien aussi ne pas arriver : ce qu'il a senti pour moi était peut-être moins vif qu'il ne me le disait et que vous ne l'imaginez; peut-être même ne sentait-il rien.
LE DUC
Ah ! c'est ce qui est impossible ! n'importe : comme qui que ce fût que nous prissions, s'il ne vous eût point encore dit qu'il vous
DV COIN DU FEU t 5 /
aime, il vous le dirait; toutes réflexionsfaites, rival pour rival, j'aime encore mieux Bourville qu'un autre.
CKLIE
Vrous devez être bien sûr que pour mon cœur cela revient au même.
LE DUC
Vous consentez donc que je vous le présente?
CKLIE
Oui; lui, un autre, qui vous voudrez; puisqu'il en faut un, cela m'est égal.
LE DUC
Voulez-vous que je vous l'amène demain?
célii:
Demain! cela est bien prompt! Il semblerait, à votre empressement sur cela, que vous ne pouvez vous voir assez tôt un rival.
LE DUC
Je ne dois pas avoir besoin de me justifier là-dessus; mais je vous avoue que la pénétration de la Marquise me fait trembler; et d'ailleurs, dans la position où nous sommes respectivement, tant de choses dont on ne s'aperçoit pas soi-même échappent des deux parts que, pour l'empêcher de fixer ses regards sur nous, je ne sais ce que je n'imaginerais pas, et combien promptement je voudrais le voir mettre en œuvre.
Tb2 LE HASARD
CÉLIE
Assurément! vous avez une belle peur de la perdre!
LE DUC
Je ne croyais pas que, dans le soin que je prends de vous dérober à ses soupçons, ce fût cela que vous dussiez voir.
célie [fort affectueusement)
Ah ! duc, ne nous brouillons pas !
LE DUC
Soyez donc raisonnable, et n'allez point ne voir que de l'indifférence dans des soins qui doivent si évidemment vous prouver le contraire.
CÉLIE
Eh bien donc! je les prends pour ce que vous voulez. {Après un peu de réflexion.) Mais parlez-moi naturellement, et songez que c'est ici l'honnête homme que j'interroge.
LE DUC
Soyez sûre que ce sera aussi lui qui vous répondra.
CÉLIE
Ce que je vous inspire est-il de l'amour?
LE DUC
Si je n'en avais point pour la Marquise, je ne douterais pas que ce n'en fût.
CÉLIE
Puis-je raisonnablement me flatter que le
DV COIN DV FED iS >
goût que vous avez pour moi devienne jamais un sentiment?
LE DUC
Je Tignore; mais, pour pousser la franchise jusqu'au bout, je ne le présume pas.
* 1 LIE
Vous me donnez un bel exemple, et je vais L'imiter. Je connais peu M. de Bourville : je ne sais si la froideur avec laquelle je l'ai vu venait de ma prévention pour un autre, ou si c'est parce qu'il n'est pas né pour me plaire davantage : je l'ignore exactement. Je conçois cependant qu'il est possible qu'il plaise, et je n'en dirais pas autant de tous les hommes que je vois aimés. Est-ce une disposition à lui rendre encore plus de justice? N'en est-ce pas une ? Encore une fois, je n'en sais rien. S'il est vrai qu'il ait, lui, un goût de préférence pour moi...
LE DUC
Je n'en ai pour garant que la vivacité avec laquelle, depuis trois mois, il me parle de vous ; mais il en met trop pour que votre idée ne l'occupe pas aussi fortement que je le présume.
CÉLIE
Depuis trois mois !
LE Die
Oui, plus ou moins.
LE lIASARb
CELIE
Non, vous ne vous trompez pas au temps; j'ai des raisons particulières d'en être sûre. Puisque, dans des circonstances qui ne devaient pas lui laisser le même espoir que celles où il aura lieu de me supposer, il n'a pas craint de me dire qu'il m'aimait, il y a apparence qu'il ne me verra pas longtemps sans me le redire. N'ayant plus, moi, de motif apparent pour lui imposer silence, il faudra bien, surtout avec les idées que nous avons, que je me laisse persécuter de son amour. S'il vient à me plaire? Avec la certitude que vous me donnez de ne pouvoir jamais vous voir à moi, comme je le désirerais, je ne vous cache pas que cela me paraît possible.
le duc {après avoir paru rêver un instant)
Eh bien, vous l'aimerez ! heureusement les droits de l'amant et les complaisances qu'on veut bien avoir pour l'ami ne sont point incompatibles.
celte {après avoir aussi rêvé)
Pas absolument, il est vrai, à la rigueur... Cependant...
LE DUC
Quoi! vous hésitez!
Mais non;... cela me paraît pourtant assez difficile à arranger.
DV COIN 1>C FEV