‹ Le haut commandement des armées allemandes en 1870: (d'après des documentsChapitre 22 sur 25 · C. — l'initiative dv capitaine · texte numérisé non relu

C. — l'initiative dv capitaine

DE LIGNITZ

Widdem nous conte que, causant un jour des incidents du 16 août avec un officier général, qu'il ne nomme pas, celui-ci s'écria tout à coup : « Mais enfin, qu'est-ce qui obligeait le capitaine de Lignitz à se mêler de ce qui ne le regardait pas? Tout officier d'étatmajor doit connaître la manière de faire de son général, et régler la sienne en conséquence. Le capitaine de Lignitz aurait dû se borner^ en quittant Pontà-Mousson, à apporter directement au commandant du corps d'armée les ordres qu'il avait reçus, et lui laisser le soin de donner ceux qu'il jugerait convenables. Il se seFGÛt ainsi, tout en mettant sa responsabilité à l'abri, évité bien des désagréments. Au reste, il a peut-être trop stimulé les gens, trop empiété sur leur libre arbitre... n

Cet officier général me parait appartenir à l'école abstentionniste, dont les adeptes, jadis fort nombreux dans l'armée française, n'ont pas encore complètement disparu. Ils ne sont point gens à jamais se compromettre, ni à dépasser en quoi que ce soit la stricte exécution de leur mandat. Mais aussi ils en veulent aux antres, quand ceux-ci ont par aventure une conception plus large de leur devoir.

Il est clair qu'en aucun cas, l'officier d'état-major ne doit se susbstituer à son chef. 11 n'a même le droit d'interpréter ses ordres que lorsque, manifestement, ceuxci s'appliquent à des circonstances de temps ou de lieux qui ont cessé d'exister; et j'ai déjà dit qu'une intervention personnelle trop accentuée dans la con-

duite des affaires, telle. que celle de .Brandenstein à Bomy, devait être blâmée comme abusive.

Mais ici la situation était toute différente. Le capitaine de Lignitz n'a en aucune façon imposé son autorité morale, — ou tout au moins celle que, dans rarmée allemande, on attribuait aux. aides du commandement — aux gfénéraux et officiers qu'il rencontrait sur son chemin. Il ne les a point, comme Brandenstein, poussés à des actes téméraires, sous le prétexte que, dépositaire de la pensée dirigeante, il.se faisait ^rt de justifier auprès de qui de. droit leur indépendance, et de faire ratifier les décisions qu'il leur dictait.

Il a simplement communiqué aux uns et aux autres ce qu'il connaissait de la situation g^énérale, et a donné à tous des renseigfnements qui n'étaient nullement des conseils. En quoi il me paraît avoir compris son rôle à merveille, sans qu'on puisse l'accuser d'avoir outrepassé le moins du monde son rôle d'officier d'étatmajor. Et, n'en déplaise à l'officier général qui aurait, à sa place, trouvé l'abstention plus commode, je crois son exemple bon à connaître, afin de pouvoir le suivre à l'occasion.

D'ailleurs, la morale de cette affaire est donnée par Widdern lui-même, qui l'a jugée avec beaucoup àe bon sens, u Frédéric II exigeait de ses généraux, dit-il, qu'ils eussent assez de caractère pour être prêts, dans leurs décisions, à endosser les responsabilités nécessaires, et à prendre certaines choses sur eux (sur leurs cornes, comme il disait). Dans une certaine mesure, il faut que leurs auxiliaires possèdent cette même qualité, n Heureuse l'armée où elle est l'apanage du plus grand nombre, et non le signe distinctif d'une élite à qui la défiance, sinon l'hostilité d'une multitude amorphe et passive, ne permet pas de s'ejm servir!

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