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CHAPITRE VI

La Colonisation agricole, industrielle et commerciale

Colonisation Agricole

La colonisation agricole européenne n'est représentée jusqu'à ce jour dans la Haute-Volta que par deux concessions rurales de 900 hectares chacune accordées aux environs de Ouagadougou à la mission des Pères Blancs d'Afrique. Dans l'une d'elle, à Fabré, a été établi un important barrage d'une capacité de plusieurs millions de mètres cubes et destiné à l'irrigation des cultures maraîchères et des vergers; une plantation de quelques milliers de Teks obtenus au moyen de graines importées du nord de la Gold Gioast et dont certains sujets atteignent déjà 5 à 6 mètres de hauteur constitue une expérience intéressante dans un pays où le bois d'œuvre trouvera un emploi de plus en plus grand.

Lindustrie

Pour la première fois, en 1922, l'industrie européenne sera représentée à Ouagadougou par une usine électrique, une machine à glace, une huilerie et une scierie mécanique. Ces installations payées sur les fonds du budget local ont pour fin l'éclai-

rage du chef-lieu, la fourniture de glace à l'hôpital ainsi qu'à la population européenne et le sciage du bois pour le service des travaux publics.

Une mention doit être accordée à l'atelier dirigé par les religieux die la mission catholique qui fabrique des tapis de laine très appréciés , du même type que celui usité en Algérie.

Les industries sont identiques à celles des colonies voisines : tissage de bandes de coton, travail du fer, teintureries, cordonneries, vanneries, poteries, etc. La plus importante, sans contredit, est celle du tissage de bandes de coton d'une largeur dei 0,10 à 0,20, pratiquée au moyen du métier primitif qui se rencontre dans toute l'Afrique Occidentale. Ces bandes de coton donnent lieu à un mouvement commercial considérable et sont exportées notamment dans la vallée du Niger et en Gold Coast.

Les forgerons extraient par la méthode catalane leur fer du minerai qui abonde dans tout le pays. L'outillage indigène en entier (haches, hachettes, couteaux, serrures, gonds, clous, instruments agricoles, etc.) est fabriqué avec les ressources et les moyens propres du pays.

Par des procédés assez rudimentaires, les cordonniers tannent les peaux provenant de l'abattage des animaux et confectionnent divers objets, chaussures, sacoches, selles, porte-monnaie, coussins, etc.

La vannerie est aux mains des Peuhls qui utilisent la fibre des atraves et de certaines plantes de marais pour la fabrication de sacs, d'éventails, de chapeaux, de nattes, etc .

Tous ces travaux décèlent parfois du goût et une réelle habileté. La production est insuffisante et aussi trop inégale pour intéresser le commerce européen.

Le Commerce

Le courant commercial entre la Haute-Volta et la Gold Coast est particulièrement intense. Les deux principaux articles qui alimentent ce trafic sont, d'une part le bétail de la Boucle qui va approvisionner le marché ans-lai? et d'autre part les noix de kola que les colporteurs importent de la colonie britannique.

Cette situation est gravement préjudiciable h nos intérêts, en ce sens que nos possessions du Soudan français et de la Côted'Tvoire, pour ne citer que les deux colonies limitrophes de la Haute-Volta et qui auraient besoin dé notre assistance économi-

que, se voient à peu près délaissées. Cette observation s'applique non seulement au miouvoment commercial proprement dit, mais aussi à la main-d'œuvre qui se porte avec une préférence bien marquée vers les plantations de cacao, le chemin de fer ou les mines d'or de la Gold Coast.

Cet état de choses a attiré rattention de l'administration supérieure qui , après avoir déterminé la cause de l'attraction exercée .par la colonie étrangère, étudie les mesures propres à donner une orientatioin nouvelle à notre commerce et à nos travailleurs. Présentement l'autorité anglaise estimait que 100.000 bœufs et 100.000 ovidés représentant un capital de plus 5.500.000 fr. descendent chaque année du Soudan et de la Haute-Volta sur Koumassie. Sur cette somme 70 % rentreraient en territoire français sous forme d'espèces monnayées; 20 % seraient échangés contre divers articles et le reliquat correspondrait aux dépenses d'entretien.

Ces chiffres sont vraisemblablement inférieurs à la réalité.

Si l'on estime à 8.000.000 francs, chiffre' qui résulte des statistiques officielles, le montant des transactions effectuées entre la Gold Coast et la Haute-Volta, on se rendra compte qu'il représente presque la totalité du commerce de la colonie puisque la Nigeria et l'ensemble de nos grandes possessions n'entrent en ligne, la première que pour 200.000 et les autres pour 300.000 frs. seulement. A ces évaluations, il convient d'ajouter l'importation des articles européens qui s'élèvent approximativement à 1.000.000.

Il a déjà été dit que les bovidés et les ovidés alimentent l'exportation tandis que les kolas, les tissus et divers articles représentent les principaux articles d'importation. Le commerce intérieur est également actif, il porte principalement sur les denrées vivrières, le tabac, les bandes de coton, lei bétail, la poterie, la vannerie, etc.

En prenant pour base le montant de la perception des « droits de marché » les transactions intérieures effectuées chaque année peuvent être estimées à 10.000.000 environ. Elles se décomposeraient ainsi : 3.150.000 pour les produits d'importation, 350.000 pour les produits exportés sur place et 6.500.000 pour le trafic purement intérieur.

Conclusion

De ce court exposé, il ressort que la nouvelle colonie dont la situation générale est déjà si prospère autorise pour un avenir prochain les plus belles espérances.

La salubrité de son climat qui la rend habitable à l'Européen, la densité toujours croissante de la populatioin qui procurera aux entreprises publiques et privées une abondante main-d'œuvre, la fertilité de son sol qui offre les ressources les plus variées constituent des garanties certaines de son développement économique.

Ses moyens de communication qui ont été perfectionnés d'une manière sensible depuis la création de la nouvelle colonie deviendront les auxiliaires précieux des futurs tronçons du chemin de fer sur lesquels ils évacueront l'excédent de la production des riches cantons. Le rail n'aboutira sans doute pas à Ouagadougou avant une dizaine d'années : à cette époque, la colonie entière se trouvera encerclée par l'ensemble des chemins de fer en construction en A. 0. F. Il en résultera pour elle une situation tout à fait privilégiée parmi les autres colonies du groupe.

L'extension des cultures dont l'indigène a déjà pu apprécier les bienfaits, l'adaptation au pays des méthodes culturales appropriées aux divers produits, l'établissement de barrages multipliés à l'infini que les habitants ne cessent de démander, l'organisation sur des bases solides d'un service zootechnique pour la conservation et l'amélioration du cheptel, autant de mesures pO'Ur ne citer que les principales, qui se trouvent actuellement à l'étude ou en voie d'exécution.

Leurapplic.:ation intégrale qui sera l'œuvre d'une période relativement brève qui ne saurait dépasser quelques années est destinée à assurer le plein essor de la Haute-Volta.

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