HAUTE-VOLTA. — PLANCHE IIII
donné d'excellents résultats est aujourd'hui abandonné. Il serait facile d'y intéresser les indigènes à la condition de leur garantir des débouchés.
Sous l'impulsion de l'administration qui répartit des semences entre les collectivités, la pomme de terre autrefois localisée aux environs de Sikasso s'est étendue d'abordl à Bobo-Dioulasso, puis aux autres cercles de la colonie. La circonscription de Bobo, sur une récolte totale de 12 tonnes après avoir satisfait aux exigences de la consommation locale a pu, en 1921, exporter 7 tonnes en Gôte-d'Ivoire.
Des essais de blé dur ont été tentés pour la première fois en 1921 sur les terrains administratifs des cercles; le rendement a été approximativement de 13 pour un. Ces cultures intéressantes au premier chef vont être intensifiées et un moulin sera installé à Bobo-Dioulasso.
Chaque fajnille indigène a son chajnp de tabac et ce produit donne lieu à un trafic sérieux. Mais les procédés rudimentaires de culture rendent à peu près inutilisables les feuilles récoltées. Des plantations créées par des Européens' et notamment à Dédougou au moyen de graines « mélia » ont donné des plants de 2 mètres et plus dont les plus belles feuilles sont de 15 à 20 fois plus grandes que celles du tabac indigène.
Produits industriels
La question du coton est plus que jamais à l'ordre du jour en A. 0. F. et des travaux considérables destinés à alléger la charge dont, à ce titre, nous sommes tributaires envers l'étranger, se poursuivent actuellement dans la vallée du Niger. Sa situation géographique favorable et la densité de sa population commandent à la Haute-Volta de ne point demeurer indifférente à l'effort qui se précise pour l'alimentation de nos filatures nationales. Les études et les expériences des spécialistes en la matière ont conduit à cette double conclusion : abandon du plant indigène peu susceptible d'amélioration et adaptation au pays d'espèces américaines hâtives auxquelles seront appliquées les méthodes culturales déjà en usage, perfectionnées au moyen d'un système d'irrigation. En dehors des deux cours d'eau permanents de la colonie : Niger et Volta Noire, la question d'eau qui de prime-abord peut paraître aiguë dans laboucle sera heu-
reusement résolue par l'établissement de barrages. La production moyenne des dernières années peut être évaluée à un millier de tonnes de cotonvbrut et ce rendement est suffisant pour justifier l'installation à Ouagadougou d'usines; d'égrenage dont le montage sera terminée en 1922.
L'exploitation du caoutchouc ne peut être pratiquée que dans les cercles du sud. Les peuplements ont été reconstitués et la reprise dies cours semble devoir encourager une opération dont l'intérêt se manifestera surtout avec l'avancement du rail de la Gôte-d'Ivoire.
Le Dâ (ou chanvre de Guinée) dont le rendement est environ de 1.600 kilos de fibres à l'hectare pourrait justitier de vastes exploitations très rémunératrices tant à cause de la simplicité des méthodes de culture que de la possibilité de le traiter par des moyens mécaniques.
L'absence de moyens de transports ne permet pas l'utilisation du kapok que la colonie produit en quantité considérable.
Elevage
L'élevage coinstitue sans doute la richesse la plus importante de la Haute-Volta; il est pratiqué principalement dans les cercles du nord, Say, Fada et surtout Ouahigouya et Dédougou où se trouve l'habitat dies Peuhls. Mais le climat de la colonie permet le développement de l'élevage sur toute l'étendue de son territoire.
La race chevaline ne comporte qu'un seul type dont les caractéristiques le rapprochent de celles de la race mongolique. La Haute-Volta possède plus de 30.000 chevaux d'une valeur moyenne de 300 francs, mais les beaux sujets dépassent ce prix et atteignent jusqu'à 1.000 francs. De 1 m. 45 à 1 m. 55 à Dori la taille des chevaux tombe à 1 m. 35 et même à 1 m. 28 à Bobo- Dioulasso.
Les asinés d'origine nord-africaine sont de petite taille mais robustes. Ils portent aisément 60 kilos. Il y a environ 65.000 ânes dans la colonie et le prix de l'unité oscille entre 80 et 130 francs.
Les bovidés sont de deux espèces : au nord le zébu ou bœuf à bosse dont la taille atteint 1 mi. 35 à 1 m. 45 au garrot et dont la bosse peut atteindre de 10 à 15 centimètres de haut.
Au sud de la colonie, vit le bœuf sans bosse dit du Fouta-Djallon : il a environ 1 m. 10 de haut. Malgré les épizooties qui sévissent périodiquement, le cheptel peut être estimé à 400.000 bovidés qui donnent lieu à un mouvement commercial important avec la Gold Coast. Acheté sur place, moyennant une soimme variant de 100 à 160 francs, le bœuf se vend à Koumassle jusqu'à 16 et 20 livres..
Le nombre des ovidés et des capridés dépasse un million cent mille : le prix moyen va de 8 à 25 francs suivant la taille et la qualité. Les moutons dits de « case » atteignent jusqu'à 50 et 75 fr. Cet aperçu des prix correspond aux cours actuels et à la hausse résultant de l'état de guerre. La question de l'élevage est une des celles qui intéresse au plus haut point i avenir de la Haute- Volta; elle est complexe et nécessitera aussi bien l'intervention des administrateurs que celle des hommes die l'art : la création d'un cadre complet de vétérinaires -européens, le renforcement du cadre des vaccinateurs indigènes, l'étude des affections spéciales aux régions tropicales, la création de laboratoires, le règlement des transhumances, l'établissement de barrages destinés à enrichir les pâturages et à abreuver les troupeaux sont autant de détails qui préoccupent radministration supérieure. La réalisation de ces projets aura pour effet le décuplement à brève échéance du cheptel et la transformation de la coLonie en une véritable Argentine africaine.
Produits du sous-sol
Les ressources minières de la Haute-Volta sont encore assez peu connues et des sondages sérieux seraient nécessaires pour permettre l'évaluation de la valeur du sous-sol.
La principale richesse est représentée par les placers du Lobi qui donnent un rendement moyen de 50 kilos d'or par an. Mais ii y a lieu de considérer que l'exploitation est entièrement aux mains des indigènes et que les procédés d'extraction employés sont encore tout-à-fait primitifs. L'exemple de la Guinée doit nous inciter à être provisoirement très réservés sur cette question.
Le minerai de fer est abondant et notamment dans le nord de In colonie. Il est exploité par les forgerons indigènes. L'argile et
le kaolin sont également abondants.
Le Cercle de Say possède une petite exploitation de jaspe dont se servent les forgerons pour la confection de bijoux à l'usage des femmes indigènes.
De rénumération de ces produits il ressort que la Haute-Volta est essentiellement une région agricole et un pays d'élevage. Son sol lui procure très largement tout ce qui lui est utile pour assurer le bien-être de ses habitants. La colonie n'a besoin d'aucun appel à l'extérieur : elle est déjà un pays d'exportation. Ce mouvement doit prendre une amplitude toujours plus grande avec l'augmentation de la population, le développement des débouchés et toutes les mesures qu'il nous appartient d'envisager pour favoriser l'essor économique de cette riche possession.