‹ Le hochet d'or;Chapitre 103 sur 111 · LA HARANGUE DU ROL · texte numérisé non relu

LA HARANGUE DU ROL

L'ennui me prend dans mon domaine.

Tous mes cheveux cette semaine

Seront tombés :

Pour me distraire qu'on m'amène

Tous les Bébés !

Roi des cervelles vagabondes,

Je cours les cités des deux mondes

En folâtrant ; Mais il me faut des têtes blondes :

L'ennui me prend !

Tous mes sujets ont leurs folies; Mais les vôtres sont plus jolies, Chers nouveau-nés; Pour chasser mes mélancoUes, Vite venez î

Accourez du fond de vos crèches :

Je veux longtemps, têtes si fraîches,

Regards si doux, Bouches où les dents font des brèches.

Rire avec vous !

J'aime vos gaités pardonnables; Sur des lèvres plus convenables

Le rire ment; Vous seuls êtes déraisonnables

Divinement!

Tout bouffon vous rendrait les armes; Vous nous amusez jusqu'aux larmes, Quand il vous plaît :

Votre marotte a plus de charmes Que TribouletI

J'aime vos hochets symboliques.

J'aime aussi vos fronts angéliques

Ébouriffés, Ou de coquets chapeaux obliques

Souvent coiffés!

Aimables sonneurs de crécelles.

Futurs guerriers ou demoiselles,

Je vous connais :

Que de moulins ont sur leurs ailes

Pris vos bonnets!

Montrez-nous vos fainéantises; A devancer vos convoitises

Nous sommes prêts; Faites-nous beaucoup de sottises

Pleines d'attraits !

Tous à ma Cour je vous convie :

Je vous adore et vous envie,

Frais potelés, Quand dans l'ivresse de la vie

Vous chancelez.

Quand, dans un bonheur sans mélange, Candides, vous n'avez qu'un lange

Pour vêtement, Quand vous faites la bête ou l'ange

Si tendrement.

Quand dans vos plaisantes sorties, Où vos chutes mal amorties

Ornent vos fronts.

Vous jetez le froc aux orties.

Joyeux lurons!

Allez, Bébés! dardez la langue!

Coupez de vos cris ma harangue î

Battez des mains!

Marchez, comme un vaisseau qui tangue,

Dans nos chemins I

Déchirez toutes vos brassières, Renversez toutes les saucières

Sur vos rabats ; Livrez-vous, démons et sorcières,

A vos sabbats!

Du haut de vos barcelonnettes, Rompez les cordons de sonnettes

Qui ne vont pas, Brisez les verres de lunettes

Des grands-papas.

Ennemis de tout empesage.

Soyez de geste ou de visage

Extravagants ; Au bon sens ainsi qu'à l'usage

Lancez vos gants !

Sur nos livres plaquez des taches, Dégrafez toutes les attaches

De nos pourpoints :

Suspendez-vous à nos moustaches

Avec vos poings!

Contentez vos humeurs fantasques ; Accomplissez les mille frasques

D'un écolier :

Passez-nous vos tambours de Basques

Comme un collier!

Prodiguez-nous, troupe indomptable, L'incohérence inimitable

De votre esprit :

Plus on est de fous sous la table,

Et plus on rit !

Venez! venez! c'est votre Fête !

Vous êtes de tous sans défaite

Seuls obéis :

Chacun de vous est seul prophète

Dans son pays I

Venez comme une farandole, Venez avec votre auréole

Et vos appas :

Tête de fou, tête de folle

Ne blanchit pas !

Venez, venez nous faire escorte :

La gaîté n'est pas encor morte,

Venez en chœur.

Et semez-la de porte en porte,

De cœur en cœur !

Petits hommes, petites femmes.

Distribuez la joie aux âmes

Dans les maisons; Soyez comme l'éclat des flammes

Sur les tisons !

Venez ! et, parcourant la terre, Délivrez le cœur solitaire

Du noir souci.

Et contraignez le plus austère

A rire aussi I

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