LA FARANDOLE DES BEBES
Et zou! par la terre, on chantant,
« Toujours plus folle, Et zou! se déroule et s'étend
« La Farandole! »
LA FARANDOLE DES BEBES 2o7
Dansez tous, faisant les yeux doux, Bébés Hottentots ou Tartares, Bébés Chinois, Nyam-Nyam, Hindous, Espagnols pinçant les guitares!
Et zou ! par la terre, en chantant.
Toujours plus folle.
Et zou! se déroule et s'étend
La Farandole!
Dansez tous, en mêlant vos cris, Au soleil, sous les réverbères.
Bébés du Caire ou de Paris, Bébés Patagons ou Berbères I
Et zou! par la terre, en chantant,
Toujours plus folle.
Et zou! se déroule et s'étend La Farandole !
Dansez, Bébés partout vainqueurs! Votre joug vaut mieux que le nôtre.
Portant la joie en tous les cœurs.
Dansez d'un bout du Monde à l'autre !
Et zou! par la terre, en chantant.
Toujours plus folle.
Et zou! se déroule et s'étend
La Farandole !
Dans les modernes Babylones, Où s'embrasent, rouges fanaux, Au sommet de sombres colonnes, Les aigrettes des Hauts-Fourneaux, Où sur le fer la Vapeur passe.
Où s'entre-croise dans l'espace Le réseau des fils de métal, Que deveniez-vous. Poésie, 0 Rire, ù Grâce, ô Fantaisie, Enfants du ciel Oriental?
Au Chiffre, roi des industries, L'Esprit humain était rivé; Et les fleurs, sans plaisir flétries, Tombaient, jonchant le noir pavé;
Dans les brouillards, dans les fumées, Grondait la rumeur des armées Mêlée aux bruyants cliquetis ; Et, fuyant les cœurs infidèles. Gomme un vol léger d'hirondelles.
Les Rêves étaient tous partis.
Seuls IWvarice et le Sarcasme Restaient maîtres de la cité :
Adieu la Foi, l'Enthousiasme, Et le frisson de la Beauté !
Privé des strophes cadencées, Le chœur des divines Pensées Se dispersait comme un troupeau; Dans la pesante indifférence.
Mourait ce souffle d'Espérance Qui palpite aux plis d'un drapeau.
En vain quelques derniers Orphées
Chantaient encor près des autels;
Leurs voix se perdaient, étouffées
Dans le tumulte des mortels.
De la Raison suivant l'adresse.
Sourds aux accents de la Tendresse,
Les peuples vivaient sans remords;
Le cri de la Science austère
Parcourait, triomphant, la terre :
« Ghants, taise7^-vous : les dieux sont morts I »
Or, dans ces temps, il vint un homme,
A Tesprit sublime, au doux cœur.
Qui soumit tout ce qui se nomme
Au rythme du Verbe vainqueur.
Il vint et dit : « Lisez ce livre :
« Par l'esprit seul devez-vous vivre?
« Avec le cœur vivez aussi.
« Pour vous la Poésie est morte? '
« Mes frères, je vous la rapporte;
« Elle est près de vous : la voici !
(( La fleur qui rit, Toiseau qui vole,
« Les saules sur l'étang penchés,
« Tout cela vous semble frivole,
« Et ne vous a jamais touchés?
(( Eh bien ! rassemblez près de l'âtre,
« Où danse la flamme folâtre,
« Vos enfants aux fronts radieux;
« Qu'on les voie et qu'on les écoute ;
« Et vous retrouverez sans doute
« Et tout le ciel et tous les dieux!
« Le siècle est passé des esclaves « Corrompant les fils des Romains, « Et des pères en laticlaves <( Qui se vantaient d'être inhumains;
« Le temps n'est plus de la cuirasse, « Où s'enfermait, fier de sa race, « Le seigneur, des siens éloigné; « Et les filles de la Comtesse « Vous causeraient moins de tristesse, « 0 marquise de Sévigné !
Pères, oubliez, quelques heures.
Et vos calculs et vos travaux; Femmes, fuyez en vos demeures Les triomphes de bals nouveaux!
Et dans ces yeux et sur ces lèvres.
Venez, pour apaiser vos fièvres.
Lire en riant le plus souvent.
Parfois même avec une larme, Ce poème, dont tout le charme Est d'être un poème vivant!
C'est dans cette œuvre, — dans la vôtre, —
Où l'âme a gardé sa blancheur,
Que l'on peut, — mieux que dans tout autre,
Goûter une exquise fraîcheur!
C'est un doux hymne d'allégresse.
Jaillissant, comme un chant de Grèce,
Dans la candeur du sentiment;
Sur les enfants de chaque mère
C'est le beau sourire d'Homère
Qui voltige éternellement !
« Oh! tous, apprenez à connaître « Le livre des baisers chantants, « Et de l'enfant qui vient de naître « Étudiez tous le printemps!
« Chaque page offre ses surprises; « Toutes, de tous autant comprises, « Savent toucher les plus moqueurs !
« Oh! lisez tous cette œuvre aimée, « Dont la poésie est rythmée
Ainsi parla le divin sage Aux hommes partout étonnés, Salué sur tout son passage Du sourire des nouveau-nés.
Et depuis, dans toutes les villes, En dépit des labeurs servîtes, Tressaillent les cœurs triomphants Car ils gardent, enfin saisie, La plus charmante Poésie, La Muse des petits enfants !