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LE CHANT DU DEPART

Puis, plus loin et plus haut, tenus par les lisières,

Ils tentent les enjambements, Et bondissent parfois, comme des écuyères,

Du sol jusqu'au sein des mamans.

Puis soudain, sentant moins le faix du corps qui pèse, De leurs exploits suivant le cours,

Ils demeurent debout, seuls, devant une chaise, Sans un appui, sans un secours.

Et la chaise s'anime et marche dans la salle,

Dont elle fait bientôt le tour; Et l'on mesure alors la route colossale

Qu'une chaise suit en un jour.

Un beau matin, malgré les chutes qu'on redoute, Ils s'élancent, droits sur leurs pieds.

Il n'est que le premier de tous les pas qui coiite : Voyez les beaux petits troupiers!

La Victoire à présent leur ouvre la barrière,

La Liberté guide leurs pas; Ils peuvent jusqu'au bout parcourir la carrière.

Les braves ne tomberont pas !

Près de la rive où fleurit la spirée,

Sous le soleil, La larve obscure, à la vie attirée,

Sort du sommeil;

Puis, doucement de sa lourde cellule

La nymphe sort ; Jetant le froc, enfin, la libellule

Prend son essor!

Rapide alors sur les fleurs elle rôde

Dans un vol fou, La libellule au corset d'émeraude.

Sans savoir où ;

Belle et brillante, elle passe et repasse

Sous les rayons, Elle s'égare en chassant dans l'espace

Les papillons!

Même souvent, comme des souffles frêles

Rasant les eaux.

Elles s'en vont, deux par deux, sur les prêles

Ou les roseaux ;

Pais, poursuivant leur course coutumière

Près des étangs, Quand elles ont sous la vive lumière

Dansé longtemps,

Chacune vient, légère et l'aile ouverte,

Comme un baiser.

Sur quelque scirpe ou quelque branche verte

Se reposer I

Et de l'Aurore au soir, sans autre envie,

Tel est leur lot.

Et c'est ainsi que s'écoule leur vie

Avec le flotl

D'abord portant menton à triple étage,

Jambe en cerceau, Les lourds bébés, qu'enivre le laitage,

Sont au berceau;

Ou, caressés d'une voix séductrice.

Les beaux petits.

Bien attachés au sein de leur nourrice,

Restent blottis;

Puis, apprenant l'allure difficile

Du fantassin.

Leur pied se lève et s'agite et vacille

Sur le coussin ;

Puis leur jarret commence, plus solide,

A moins fléchir; Leur pas s'assure et de la chrysalide

Va s'affranchir ;

Enfin battant les bras comme des ailes

Et prêt au jeu.

Un beau matin, s'enfuit de demoiselles

Un essaim bleu!

Chacune alors, volant presque sans trêve,

Dès Taube en pleurs, Va butiner aux champs, de rêve en rêve,

De fleurs en fleurs 1

Et tout le jour du Caprice frivole,

En son essor.

Elle poursuit la bulle qui s'envole,

La bulle d'or!

Et jusqu'à l'heure où l'étoile pullule

Aux cieux pourprés, La demoiselle avec la libellule

Court dans les prés!

Mais ouil Monsieur, je suis Grand'Mère, Le métier n'est pas sans souci; D'autres vous le diront aussi Qu'effraya la même chimère.

Tous mes instants sont absorbés Par les derniers de la famille, Par les deux enfants de ma fille, Deux petits amours de bébés.

Ce petit monde vous tourmente, Je vous le jure! On dort bien peu; Et je me recommande à Dieu, Sitôt que l'un d'eux se lamente !

Je tremble le jour quand je sors, Près de leur lit la nuit je tremble, Et, sans cesse, des yeux ensemble Je couve mes pauvres trésors!

Parfois je perds tout mon courage; Pour faire leurs dents que de cris !

Dieu ! qu'ils ont souffert, les chéris ! Peut-on souffrir tant à leur âge !

Et pour des dents qui tomberont !

Nous en savons bien quelque chose!...

Dans ces moments tout n'est pas rose : On a beau se frotter le front,

On ne trouve point de remède ; Et c'est dur, je puis l'assurer.

De voir ses chérubins pleurer Sans pouvoir leur venir en aide !

Dans les berceaux, sur les tapis.

Que de rages! que de colères!

C'est terrible pour les molaires!

Pour les canines c'est bien pis!

Longtemps ils sucent leurs menottes, Et leurs anneaux au cou passés :

Ils geignent, sans cesse agacés Avec ces vilaines quenottes !

Puis dans des spasmes douloureux Ils se pâment; leur mal redouble, Et leur peine à ce point me trouble Que je perds la tête pour eux !

Mais enfin paraît la Première, Puis la Seconde! — Heureusement!

Il n'est pas pour Tévénement Assez de doigts ni de lumière I

Dans la famille que d'émoi!...

Mais je n'ai vraiment pas de chance!

La nourrice qui me devance Toujours les découvre avant moi !

C'est une grande observatrice!

Il est vrai que son intérêt Très volontiers multiplierait Les premières dents de nourrice!...

Et quel cri d'orgueil triomphant!

Le cœur avec l'âge est plus tendre :

Ce cri, je crois encor l'entendre Pour mon premier petit enfant !

Et je restai longtemps pensive Et toute émue, en regardant Blanchir la perle de la dent Sur le corail de la gencive !

Et depuis, avec passion, Dans celte bouche bien-aimée J ai suivi, longtemps alarmée, La merveilleuse éclosion!

Et mon esprit n'a plus de doutes!

Je viens encor de les compter :

L'un en a six à compléter, Et l'autre à présent les a toutes!

Encore quelques jours de soin I Et tous deux, luttant pour la vie Devant la table bien servie, De cure-dents auront besoin !

Gare à vos troupeaux en désordre, Tendres agneaux, bœufs renommés!

Mes gaillards, jusqu'aux dents armés.

Aux bons endroits sauront vous mordre!

« OËil pour œil, dent pour dent! » voilà Leur nouvelle et fière devise!

Ils pourront, sans qu'on les divise, .

S'asseoir aux dîners de gala!

Et maintenant, sans crainte aucune.

Pour prendre la lune, s'il faut Des dents en bas, des dents en haut.

Tous deux bientôt prendront la lune!...

Mais puis-je rire en ce moment?

Mon dernier, le cher petit être, A cette heure pleure peut-être De ce mal qui fait mon tourment !

Et je reste ici! c'est étrange :

Une grand'maman négliger

Son mignon qui peut s'affliger!

Que devient sans moi le pauvre ange?

Je vous quitte!... s'il m'appelait!...

Ah! cher Monsieur, soyez Grand-Père,

Et vous saurez alors, j'espère,

Ce que l'on souffre aux dents de lait!

LE RÉPERTOIRE D'ADELITA

Manger sa soupe et la soupe voisine

De bonne humeur; Fêter les mets, venant de la cuisine,

Par sa clameur;

Sucer des os, ou ronger une croûte

Teinte de jus; Tirer la nappe, où sont mis en déroute

Vins répandus ;

Tendre partout en caresses trop vives

Ses petits bras, Badigeonner les manches des convives

De ses doigts gras;

LE HOCHET d'OO. 4

Baigner gaîment sa poupée en la sauce,

Dans les pruneaux, Ou renverser la tour que l'on exhausse En dominos;

Sonner le timbre, appeler la servante

Qu'elle trompa; Prendre et jeter le mouchoir qui l'éventé ;

Chanter « Pa-pa » ;

Faire claquer sa langue à sa gencive, — Charmant concert! —

Et redoubler sa mimique expressive Pour le dessert;

Dire bonsoir ou merci par ses gestes.

Rire et crier ; Plonger ses doigts impatients et prestes

Au sucrier;

Lancer à terre et les clés et les verres

Et les couteaux ; Montrer des yeux tendres et peu sévères

Pour les gâteaux ;

Puis en toussant railler celui qui tousse,

Éternuer; 'De ses hourras, quand vient la crème douce,

La saluer ;

LE REPERTOIRE D ADELITA 39

Quand Tceil se trouble et qu'enfin sonne l'heure De reposer,"

§ Offrir son front que chaque lèvre effleure De son baiser :

D'Adelita tel est le répertoire

Neuf et hardi, Par les bravos de son cher auditoire

Tant applaudi ;

Voilà le jeu qui charme et qui prolonge

Tous les repas, Ce qui la nuit hante encore le songe

Des Grands-Papas !

Sur les nids à peine chantants Quand s'ouvre le tendre feuillage, Par les bleus matins du printemps, J'aime les Bébés de village.

Les uns, penseurs aux larges fronts, Auprès des fenêtres ouvertes.

Sucent couchés leurs biberons En montrant leurs chairs découvertes;

D'autres sont assis sur les seuils Des vieux logis aux tons de rouille.

Où l'aïeule, sur leurs fauteuils.

Les surveille avec sa quenouille.

Et, géants armés de bâtons.

S'amusent à mettre en déroute La flottille des canetons. Le corps di's dindons qui glougloute.

Ceux-ci, dans leurs repas surpris, Tout barbouillés mangent leurs soupes, Dans la ferme aux chaumes fleuris Où courent les poussins par troupes;

Ceux-là, demain beaux garnements Ou peut-être sages rosières.

Tentent» guidés par leurs mamans, L'essor timide des lisières,

Ou bien délivrés des maillots.

Casque en tête, les petits hommes.

Trottent avec leurs chariots.

Aussi rouges que sont leurs pommes.

Tous les autres, qu'on ne tient pas, Souillent, grands garçons sans tutelle, Les pantalons de leurs papas Attachés par une bretelle,

Et, géants armés de bâtons.

S'amusent à mettre en déroute La flottille des canetons.

Le corps des dindons qui glougloute.

Dans le chemin d'herbe bordé Où l'ornière se dissimule, Dès que le coche cahoté Berce les grelots de la mule,

Tout s'enfuit, le coq triomphant, L'oie au long cou qui se dandine, Les poussins effarés, Tenfant Qui traîne une boîte à sardine;

Tout ce monde cherche un abri Vers la grange à l'énorme porte, VA de là regarde ahuri Les passants que leur course emporte;

Puis, quand l'attelage est plus loin, La bande hardie et guerrière.

Poussant des cris, haussant le poing.

Pendant quelque temps court derrière.

Et chancelle, et roule souvent.

Et se relève, et gesticule.

Jusqu'à ce détour décevant Où disparaît le véhicule...

Ah! par les matins printaniers

Où la rosée aux branches tremble,

Dans les villages réveillés.

Que j'aime à vous voir croître ensemble,

Fleurs des sentiers, fleurs des berceaux, Bébés plus heureux que nous sommes, Petits boutons des arbrisseaux.

Petits poulets et petits hommes.

Monde frais comme l'Orient, Monde niché dans la verdure, Et que protège en souriant La bonne déesse Nature !

LA RESPIRATION DE L'AME

LA RESPIRATION DE L'AME

Comme dans la fleur encor voite On cherche le parfum aimé, Comme en Foisillon déplumé On guette déjà laile ouverte,

De même, parfois alarmé.

Nouveau-né, sur ta lèvre inerte On aspire à la découverte Du souffle de vie exprimé;

De même on veut voir sous Técorce, Quand le corps a pris de la force, Couler la sève de l'esprit :

Enfin un regard, un sourire, Un geste, un rien qui nous surprit, Nous dit un jour : « L'âme respire ! »

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