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LA LANGUE DES BÉBÉS

Le grand peuple des tout petits, Comme il a ses mœurs, a sa langue :

Aux besoins de chaque harangue Il trouve des sons assortis.

Ces Mirabeaux, ces Démosthènes Parfois rencontrent des accents, Qui sur nos cœurs sont bien puissants, Malgré leurs lèvres incertaines.

Dans leurs yeux comme en un miroir Tous nos sentiments se reflètent, Et nos paroles qu'ils répètent Prennent la saveur du terroir.

Ils sont bouillants, fougueux et prestes; Ils n'aiment point les longs discours; Quand le mot manque, ils ont recours Aux cris de l'âme ou bien aux gestes.

Et tous leurs naïfs bégaiements Restent toujours très explicables.

Et les premiers de leurs vocables Ne semblent pas les moins charmants.

Dans la passion qui les trouble, Dans leurs jeux ou dans leur repos.

Us composent tous leurs propos D'une syllabe qui se double,

Murmure de jolis ruisseaux Sur le gravier ou dans la mousse, Parmi les nids dont l'aile pousse Ramage de petits oiseaux!

Leur langage, très peu classique, Est pourtant le plus ancien; Sans naître Académicien, Chacun d'eux en sait le lexique.

Leur langage est universel Et très simple dans sa grammaire ; Dans tous les pays chaque mère Le trouve aimable et plein de sel.

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