‹ Le hochet d'or;Chapitre 22 sur 111 · LA LANGUE LES BEBES · texte numérisé non relu

LA LANGUE LES BEBES

Jamais leurs termes ne vieillissent :

Termes venus on ne sait d'où, Racines du vieil arbre Hindou, De bouche en bouche ils rajeunissent.

Jamais de scrupule trompeur

Ni de périphrase hypocrite :

La franchise est leur grand mérite,

Du mot propre ils n'ont jamais peur.

Ils vont au but sans se reprendre,

Disant crûment Tessentiel :

Leur parler est si naturel

Que leur « nounou » peut les comprendre.

Mais comme ignorants du tombeau. Sur la mort toujours ils se taisent :

Avec les « joujoux » qui leur plaisent Le mal n'est pour eux qu'un « bobo! »

Leur dialecte sans contrôle Abrège, étend, forge des mots ; Et le moindre de nos marmots Rencontre parfois le mot drôle.

<( Quenottes », « menottes », « petons », Voilà de leurs idiotismes; Leurs oncles pris de rhumatismes Deviennent pour eux des « tontons! »

« Dodo », « lolo », « bonbon », « pépéc Sont leurs lieux communs d'orateurs, Et leurs gosiers imitateurs Cultivent Tonomatopée.

Ils mettent tout à leur niveau; Tout rapetisse ou s'atténue ; Et leur diction ingénue Confond l'antique et le nouveau.

Par des métaphores hâtives Ils font des lions des « toutous », Et comme des « dadas » très doux Ils traitent les locomotives.

Aussi point de terme explétif Dans leur sobre vocabulaire, Qui compose un dictionnaire Qu'on peut appeler « portatif ».

Quand leurs langues sont débridées, Leurs petits mots pleins de raisons Ouvrent de vastes horizons Sur le monde de leurs idées :

Que de rêves dans le « nanan », Que de rêves de friandises I C'est de la crème ou des cerises, De la galette ou du faisan

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