HYMNE A LA PARESSE 7 S
Tout bruit s'émousse, Dans la nacelle sur le lac, Dans le bercement du hamac,
Ou sur la mousse !
Toi qui t'enfuis en souriant Vers le ciel bleu de l'orient,
Loin des orages ; Qui te plais aux songes ailés Dans les vapeurs des narguilés
Et leurs mirages !
Toi que sait si bien supplier Le poète avec Técolier,
Charmante race; Toi que bien souvent couronna Dans le temple de Vacuna
Le doux Horace !
Vois! je t'implore en ce moment :
Mets sur mon front l'effleurement
De ta caresse!
Que, par tes charmes adoucis, Je voie alléger mes soucis,
Bonne Paresse !
Mais pourquoi te prier? J'ai tort.
Est-ce que jamais l'esprit dort, Et te possède?
Donnes-tu ce que tu promets?
Le cœur de Thomme a-t-il jamais Su ton remède?
Ton miel n'est pas toujours si doux :
Souvent la douleur fond sur nous
Comme une abeille.
Le repos n'est pas notre ami; Dans notre corps même endormi
Notre âme veille!
Qui s'affranchit de l'avenir?
Qui du passé, du souvenir
Ne sent l'étreinte?
Quelque tourment toujours nous mord C'est le désir, c'est le remord,
Et c'est la crainte !
Qui donc peut jouir du présent?
Qui sent ton calme bienfaisant?
Quelle âme humaine?
Nous ne connaissons pas l'oubli :
Toujours le cœur dans un repli
Cache une peine!
C'est en vain que nous t'invoquons :
Il n'est plus rien dans tes flacons, Enchanteresse !