‹ Le hochet d'or;Chapitre 28 sur 111 · HYMNE A LA PARESSE · texte numérisé non relu

HYMNE A LA PARESSE

Car, hélas! il n'est ici-bas, — Et cet instant ne dure pas, — Qu'une paresse!

Il n'en est qu'une, — que j'aimais, — La seule qui ne rend jamais

Les jours moroses :

Sans regrets comme sans assauts, C'est la paresse des berceaux

Et des mains roses!

Parmi tant d'États de tout âge, Dont les chars se sont embourbés, J'admire pour maint avantage La République des Bébés !

Et je soutiens qu'en politique, Si j'en retrouvais le moyen, De leur nation sympathique Je me ferais concitoyen!

Là point d'intrigue et de querelle !

Point de pouvoir mal exercé!

On dort tout le jour sous Fombrelle, Toute la nuit on est bercé !

Point de larron, point de gendarme!

Ni ministres, ni sénateurs !

Dans leurs chambres un gai vacarme, Nul sermon de réformateurs !

Chez eux Ton vit à ne rien faire :

Tous commandent, nul n'obéit!

La joie en leur douce atmosphère Se répand et vous envahit.

Tous les jours sont jours de chômage Pour les bébés frais et rosés :

On est prince, on reçoit l'hommage Des sourires et des baisers.

On montre à tous, sans bas ni manches. Des pans de chemise hardis :

C'est toujours fête, et les dimanches N'ont après eux que des lundis !

On a sa mère pour servante :

Sans de gros gages à payer, Sa main caresse ou bien évente.

Sa lèvre apprend à bégayer.

Point de voitures faisant grèves Ou qui versent : pour phaéton.

Deux bras aimés portent vos rêves Qui surpassent ceux de Platon.

Les Bébés, sans lois arbitraires,

Ont observé, comme il fallait,

Les Droits de THomme : ils sont tous frères,

Beaucoup même frères de lait!

Ils sont, avec Polichinelle Dont le cœur bat comme un grelot.

Tous égaux devant la mamelle, Tous égaux de par le maillot !

Et libres! — pourrait-on plus l'être?

Nous en sommes déconcertés! Ils vivent nus, vivent sans maître :

Ils ont toutes les libertés!

L'étiquette est une ennemie

Dont se moquent leurs bâillements,

Et jamais une Académie

N'a réglé leurs gazouillements.

Ils font la nique aux moralistes.

Suivent le progrès, font leurs dents :

Ils sont tout à fait réalistes, Mais pas, pas du tout décadents!

Leur lèvre à peine balbutie.

Tout cède à leurs injonctions :

Rien ne vaut la « Bébécratie »

Pour gouverner les nations!

Et c'est pourquoi, comme maxime De gouvernement fort goûté, Je dis que le meilleur régime, C'est bien le régime lacté î

Et, de tant d'États de tout âge Dont les chars se sont embourbés, J'admire pour maint avantage La République des Bébés !

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