‹ Le hochet d'or;Chapitre 31 sur 111 · BARCAROLLE · texte numérisé non relu

BARCAROLLE

Brises du soir, brises bien douces, Avec vos ailes de velours Venez diriger sans secousses La nacelle où sont mes amours!

La nacelle où sont mes amours Est un berceau plein de sourires :

Dieu la remplit de fleurs toujours, Fleurs que caressent les zéphires.

Fleurs que caressent les zéphires, Un, puis deux, puis trois passagers, En soupirant comme des lyres, Dorment sous les voiles légers.

Dorment sous les voiles légers Avec leur sœur deux petits mousses, Par votre haleine protégés, Brises du soir, brises bien douces!

Brises du soir, brises bien douces, Avec vos ailes de velours Venez diriger sans secousses La nacelle où sont mes amours!

La nuit, qu'une veilleuse verse Son éclat le plus adouci!

Et qu'elle soit bien douce aussi, La main qui berce !

La Nuit, drapée en son manteau.

Comme un brigand, sans bruit se glisse; Et la Peur, sa lâche complice.

Cache dans Tombre son couteau.

La Nuit, c'est la grande Inconnue Qui s'embusque au fond des vieux bois, Où les feuillages ont des voix Quand le vent plaintif s'insinue.

La Nuit aux ailes de velours Va, furtive, le long des haies, Quand les hiboux et les orfraies Frappent les airs de leurs vols lourds.

Hôtesse noire, elle pénètre Jusque dans le cœur des maisons, Sur les feux éteints des tisons.

Dans les rideaux de la fenêtre.

Alors dans la chambre on entend Marcher des pas, craquer les portes. Et dans Tâtre les cendres mortes Ont un réveil inquiétant.

Et Ton voit flotter dans l'espace Tous les monstres de Tunivers, Spectres rouges, fantômes verts, Groupe affreux qui passe et repasse.

Et les enfants, les tout petits, Dans les berceaux pleins de mystère, Frissonnants, ont peine à se taire :

Ils sont toujours trop peu blottis!

La nuit, qu'une veilleuse verse Son éclat le plus adouci ; Et qu'elle soit bien douce aussi, La main qui berce I

L'enfant crie et pleure toujours, Quand il s'endort, quand il s'éveille; Et, pris d'une frayeur pareille, Il semble implorer un secours.

Voit-il s'ouvrir un gouffre informe.

Ou se déployer un linceul?

Jamais il ne veut rester seul, Soit qu'il s'éveille ou qu'il s'endorme.

A des terreurs hors de propos Son âme est sans cesse asservie :

11 craint de rentrer dans la vie Comme d'entrer dans le repos.

Les ombres semblent sataniques Pour ses yeux d'ange frais et pur; Dès qu'il n'a plus d'astre ou d'azur, 11 retombe dans ses paniques;

Et, seulement pour l'apaiser Dans son épouvante éphémère. Il lui faut les bras de sa mère, Le miel du lait et du baiser!

La nuit, qu'une veilleuse verse Son éclat le plus adouci; Et qu'elle soit bien douce aussi.

La main qui berce !

Ainsi dans le dernier enfant On retrouve aujourd'hui les traces De l'instinct des premières races, De l'instinct qui garde et défend.

Le pauvre mignon tremble encore Comme son aïeul primitif, L'être humain inculte et chétif Qui ne vivait que pour l'aurore,

Qui, dans les nuits de la forêt.

Victime offerte à la rapine.

Et les yeux ouverts par l'épine Du souci qui le déchirait.

Sous un abri de rochers chauves.

Sur un lit de feuilles jonché, Attendait, à TafFût couché, Ses ennemis, hommes ou fauves.

Les cavernes ont fait leur temps, Les chaudes maisons sont bien closes, Et les couches sont d'autres choses Que des feuillages palpitants;

Et les berceaux, loin des tempêtes, Par le gendarme et les verroux Sont bien défendus du courroux De toutes les vilaines bêtes I

Mais, malgré les dangers détruits.

Nos bébés, qui viennent de naître, Gardent, comme le premier être, Le vertige des sombres nuits !

La nuit, qu'une veilleuse verse Son éclat le plus adouci; Et qu'elle soit bien douce aussi, La main qui berce !

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