LES MAISONS SANS ENFANTS
Et, secouant le souvenir Du flux des anciennes années, L'esprit fixé sur Tavenir, Interrogé mes destinées.
Devais-je tout entier mourir? Ma race en moi finirait-elle?
Ou devait-elle refleurir,
— Autant que la Terre — immortelle?
Verrais-je, avec des cris joyeux, Danser toujours devant mon âtre,
— Chaleur du cœur, orgueil des yeux, — Un essaim de bébés folâtre?
Mais plus de mon obscur chemin Je voulais sonder le mystère.
Plus le doute du lendemain Troublait mon songe solitaire;
Plus dans la crainte qui nous ment.
Toits sans enfants, nids sans colombes, Je vous voyais lugubrement M'ouvrir vos seuils, comme des tombes!
Oh ! les maisons vides d'enfant!
Tables sans vie I Abris sans âme !
Du froid à peine on s'y défend, Il y manque toujours la flamme!
Ici, front simple au bandeau blanc, Loge une bonne demoiselle, Qui, soir et matin, en tremblant, Dit ses chapelets avec zèle.
Pense à ses oiseaux tout le jour.
Les nourrit, les nomme et leur cause, Et les contemple avec amour :
Il faut bien aimer quelque chose!
Là, sans joie et sans avenir.
Aux printemps joignant les automnes.
Couple que Dieu devait bénir.
Vous passez vos jours monotones;
Pour alléger vos cœurs souffrants.
Vous adoptez les fils des autres :
Mais leurs baisers sont-ils bien francs? Ces enfants ne sont pas les vôtres!
Mais de tous ceux qui devant eux Ont vu grandir la solitude.
Sans goûter le plaisir douteux Du jeu, d'un chien ou de l'étude,
De tous les cœurs que doit glacer L'éternité de leur détresse Et qui ne savent où placer Tout le surplus de leur tendresse,