MON FILS
Qu'on fasse ici de grandes fêtes, Qu'on invite tous nos amis!
Vous voici né, Bébé promis I Vous n'êtes pas beau, mais vous êtes Mon fils!
Cela s'est fait, je ne sais comme; Je fus ému, quand je le vis; Tous mes sens sont encor ravis.
Depuis que chez moi crie un homme, Mon fils!
J'ignore comment sont les anges, Hôtes charmants du Paradis; Mais je suis bien fier, quand je dis Au pauvre petit dans ses langes :
i( Mon fils! »
MON fils!
De joie et d'orgueil je suis ivre, Ma lèvre a presque des défis :
Dans un autre, — puisque tu vis, — A présent je vais toujours vivre.
Mon fils!
C'est toi mon œuvre et mon poème.
Fleur des buissons, chanson des nids, Etoile d'or! je te bénis, Et je t'aime plus que moi-même, Mon fils !
A l'Espoir j'ouvre ma fenêtre, A l'aube des printemps fleuris ; L'Hiver s'éloigne et je souris :
Ma vie en toi vient de renaître, Mon fils!
Enfant, par vous mon cœur est autre, Pour vous seul il n'a point d'oublis; Et, mes yeux de vos pleurs remplis.
Ma douleur deviendra la vôtre, Mon fils!
Mais, sans souffrir, que ta fleur pousse! Puissent de tes cieux éclaircis Fuir les nuages des soucis !
Puisse ta vie être bien douce, Mon fils!
Puisse toujours, de chants bercée, Loin de tous souffles ennemis, Sur des flots d'azur endormis Rêver au soleil ta pensée, Mon fils!
Pourtant, au sort qui te réclame, Tes pas des miens seront suivis :
Mes jours aux tiens sont asservis; Je te donne toute mon âme, Mon fils!