SCÈNE QUATRIÈME MONTACABÈRE
Mon bon Joseph, comment vas-tu ?
U liü toud les maios.
ROMANKCHE, glacial.
Permettez, monsieur.
MONTACABÈRE, lui teDdaot tonjonrs les maios.
Très-bien, je le vois ; Ui femme aussi ? — car j’ai appris que tu t’étais marié, — et les enfants ? Il n’y en a pas encore? ça viendra.
ROMANÈCHE
Il me senablait, monsieur, que nous étions brouillés.
Tu t’en souviens ? quelle mémoire !
ROMANÈCHE
Votre dignité a été froissée...
MONTACABÈRE
Quand on a de la dignité, c’est pour qu’elle soit froissée, ou elle ne servirait à rien.
ROMANÈCHE
Votre pudeur....
MONTACABÈRE
La pudeur aussi. — Tu m’invites au Ilelder; j’y vais, et je trouve des... Comment dirai-je? le nom n’y fait rien.
ROMANÈCHE
Vous faites une scène!
MONTACABÈRE
Il le fallait. Le garçon qui nous servait était de Nîmes. Et à Nîmes on m’appelle le vertueux Montacabère; chacun tient 1 ses petits avantages. Et puis, — pour être sincère, — je n’aime pas à dîner avec de jolies femmes.
MoDtictkère, Hamaaècbe.
LE HUMAKD
HOMANÈCHK.
Ail! .
MONTACABKKK.
Parce que je me connais, je veux être aimable, Je deviens spirituel, je me fais rire, — j'avale de travers, je digère mal, et comme ce que nous avons de plus précieux au monde, c’est notre estomac...
ROMANBCIIË, so l'uppi'uclijuit.
Dis- le donc.
MONTACABÈRE
Nous n’avons même que cela d’absolument précieux. Parle- moi d’un bon dîner, en famille, lorsqu’on ne tient à flatter que le cuisinier, — ou la cuisinière. — Tu m’inviterais... invite-moi chez toi, avec ta femme, très-bien. Mais au cabaret, avec des hétaïres qui n.e surmènent l’imagination, jamais. Aussi tu vois comme je me porte : le teint frais, l’œil vif, le sourire aux lèvres, elle cœur sur la main; — soyons amis, Joseph.
ROMANÈCllE.
Tu viens me demander un service?
MONTAf.ABÈRE.
Eh bien, oui, là, — oui.
HOMANÈCHE.
11 est probable que je ne pourrai pas te le rendre.
MONTACABÈRE
Tu vas voir comme c’est simple. — Connais-tu tous les locataires de la maison que tu habites?
ROMANÈCllE, avec joie.
Je n’en connais aucun.
As-tu un concierge intelligent?
SCËNB QUATRIÈME '23
HOMXNÈCHE, du luèmu.
Une blute. — (changeant de tou.) Mais qu’est-ce que cela te fait?
MO.NIACABÈRE.
Je vais te le dire... Prends donc une chaise.
MontacAbëre ta s’asseoir sur le fauteuil à {,^aucbe de la table. ROMA.NÈCHE# à part, avec rage.
Il s’installe maintenant . (Crioata ) Mon chapeau! mon chapeau !
Moolacubère s’est assis sur le chapeau de Rouiauecliu .
MON T AC A B R R , so relevant vivement.
Hein! quoi!
ROMAN ÈCHE, furieux, pronaut son chapeau écrasé.
Mon chapeau I
MO.VTACABKRE.
11 m’a fuit peur; j’ai cru que c’était le mien, (a Rumaiièchti. ) Ce ne sera rien; je t’indiquerai un chapelier, (ii
s’assied à tlemi sur le bord do la table, domioaut Romaoècbe qni est près do
lui sur nne chaise *.) Or donc, jé suis allé volr, hier, un de mes amis, qui est médecin, — médecin distingué.
ROMANÈCHB, huchaut la tAte.
Euh !
MO.VTACABÈRË.
Q,uoi,*eub? «
ROMANÈCHE
Je dis : euh !
MONTACABÈRE
Tu ne le connais pas.
KOMANÈCUE.
C’est égal.
* Montacabère, Romanèchc.
MONTACABÈHE.
Il m’a offert un fauteuil d’orchestre pour le Gjmnase. Excellent tbeatre! (nomauéciio secouo la J’ai accepté. La pièce me passionnait ; elle est très-intéressante.
ROM ANÈr.HE.
Oh!
Quoi, oh?
ROMANÈCHE
Je dis : oh!
MONTACABÈRE
L’as-tu vue?
ROMANÈCHE, »e récriant.
Oh ! non, par exemple, oh ! non.
’ MONTACABÈRE
Eh bien, moi, je me passionnais pour cette vertueuse coupable, — qui est fort jolie d'ailleurs, — lorsqu’à la fin du second acte, au moment le plus pathétique, on me frappe sur l’épaule. — Je me retourne ; un monsieur trèspoli me fait signe de le suivre. (s« levant et falaant la pantomime de ce qu'il raconte.) Je le suis. Il me conduit au foyer. — Là, je vois, étendue sur un canapé, une jeune femme évanouie, entourée d’une douzaine d’ouvreuses éperdues. — Mon guide les écarte et me fait passer en criant : a Le médecin de service * . a
ROMANÈCHE, arec itn rire désagréable.
Hi! hi! hi!
Il sa lève.
MONTACABÈRE
Mon gredin d’ami m’avait donné sa stalle, et alors...
* Rotnanèche, Montacabère.
SCftNB QUA.TBIËME 25
. ROUANÈCHE.
Tu trouves ça drôle?
MONTACABÈRE
Pas du tout, — au contraire. — Je restai cloué sur place. Que faire? Figure-toi une femme adorable : vingt ans, de grands cils noirs, une petite bouche, dés joues roses, et une taille I — Pourquoi secoues-tu la tête?...
ROUANÈCH E, avoc ironie.
Je t’écoute.
H ON T AC A B R E, reprenant.
Une de ces tailles que le corsage dessine.
romanèche.
Hou !
MONTACABÈRE
Quoi, bou?
ROMANÈCHE
Je dis : hou!
MONTACABÈRE
Tu ne la connais pas.
ROMANÈCHE
Il y a longtemps que je suis fixé sur le néant des joues roses et le vide des corsages.
Le videl le vide! — On me crie : Elle étouffe ; docteur, dégrafez la robe, dégrafez tout. — Je me mets à dégrafer, je dégrafe, je dégrafe, — et alors... — Je ne pardonnerai jamais à mon père de ne m’avoir pas fait médecin.— Quel métier, Romanèche, quel joli métier!
ROMANÈCHE, avec dégoût.
Tu as frictionné avec la paume de la main ?
MONTACABÈRE, tvec onthousiUDie.
Des merveilles, Joseph I
LK HOMAKU
ROMAN KCHE.
Penh !
MONTACABÈRE
Uuoi, peub I