CHAPITRE V
Discussion.
Ayant éliminé l'hypothèse de manifestations hystériques, et l'influence de la suggestion ; de l'identité de nature entre l’'encéphalite et le hoquet; et l'existence de relations avec la grippe; il nous reste à essayer d'établir quelle nous parait être la nature véritable de ce. hoquet.
Un livre nous a été précieux par l’abondance de son enseignement, et la facon de présenter des connaissances déjà vieilles, sous un jour nouveau pour nous; nous voulons parler de l’'épidémiologie de Kelsch. Mieux placés que les médécins civils pour juger d’une maladie dans son ensemble, les médecins militaires sont depuis longtemps familiarisés avec ces notions de manifestations morbides subites, qui, tout d'un coup sans qu’on puisse les définir et les reconnaitre, prennent un génie épidémique nouveau et s’abattent sur une quantité considérable de victimes.
Ils sont habitués aussi à rencontrer à l’entrée de chaque hiver et de chaque pritemps, l'éclosion brusque de maladies épidémiques, que pour cette raison on nomme « saisonnières ». Ils sont plus accoutumés de tenir compte des influences des saisons, de ce qu'en général on appelait autrefois les météores.
Nous avons lu ce livre, et parcouru également les autres ouvrages de cet auteur, avec infiniment de plaisir et de profit sans doute.
Rompant avec le système de classifications trop rigides, nous avons saisi là : l’infinie variété des manifestations nosologiques d’une mème maladie, et l'influence du temps et .de l’espace sur sa physionomie clinique. La maladie a une histoire et même une géographie. Les phénomènes pathologiques ne doivent pas être considérés avec la même rigueur que les phénomènes physico-chimiques; ils sont des manifestations de la vie et comme tels doivent être regardés avec plus de souplesse et de largeur d'esprit. Point n'est besoin d'être bergsonien pour s’apercevoir que la vie et ses phénomènes, contituent une entité fuyante, changeant sans cesse, trouvant dans cette variation même sa principale raison d’être, et possédant ce privilège unique de ne jamais se répéter, de revêtir à chaque instant des formes nouvelles, sans pour cela cesser de rester elle-même : elle évolue.
Toutes les fois qu’on veut la regarder avec des instruments trop précis, la mesurer d’une façon trop mathématique, elle s'échappe ou nous condamne à des erreurs dont on doit un jour convenir. Il n'est aucun cadre exact qu'on puisse lui imposer, sans crainte de se voir démentir plus tard.
Le hoquet épidémique qui nous occupe, et qui s’est abattu sur nous au début de l'hiver dernier, nous paraît ressembler singulièrement à ces pyrexies saisonnières, à ces algies indéterminées dont parlent tous les médecins et les statistiques militaires.
Non contagieux mais épidémique (avec la notion d’une épidémicité assez légère) il nous apparaît comme le réveil de virulence sous l'influence des premiers froids humides: d'un germe banal qui n’est, ni celui de la grippe, ni celui de l’encéphalite; d’un germe peut-être saprophyte normal de nos voies respiratoires et digestives supérieures, qui pour des raisons que nous ignorons s’est élevé tout d’un coup du rang de parasite au rang de pathogène ; au point de revêtir brusquement une allure spécifique, et devenir
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capable en colonisant, pour quelques jours dans notre cavité nasale ou pharyngienne, peut-être même le long de notre muqueuse respiratoire ou digestive, d’engendrer cet état peu fébrile, mais nauséeux avec algies discrètes et courbatures, ce catarrhe gastrique si fréquent, et enfin cette irritation des filets sensitifs terminaux du pneumogastrique en donnant naissance ainsi à ce hoquet invincible, si gènant et si curieux.
Il est bien certain que le hoquet auquel nous avons affaire, n'est-pas d'origine centrale, n’est pas symptomatique non plus d’une autre affection; et qu'il est dû à une simple irritation des filets terminaux du pneumogastrique. Nous croyons les noyaux bulbaires entièrement intacts dans cette affection, dont la pauvreté symptomatologique plaide en notre faveur. |
Nous localisons l'élément infectieux au niveau des voies digestives ou respiratoires, à cause du catarrhe gastrique, des quelques phénomènes pulmonaires que nous avons pu surpreudre dans quelques cas, et enfin du mal de gorge signalé au début toujours par les malades.
Pourquoi ce hoquet apparaît-il avec cette physionomie si spéciale au début de décembre 1920 ? Ici les considérations épidémiologiques nous sont d’un grand secours : influence du froid, association peut-être de plusieurs germes, évolution normale dans le temps d’un élément qui, autrefois capable seulement d’une irritation très légère des muqueuses, à vu sa puissance augmenter par des passages en série chez de nombreux sujets, des animaux peut-être, et a acquis ce pouvoir spécial d'’irriter par sa présence ou par ses toxines, les rameaux sensitifs qui se rendent au noyau inspiratoire du bulbe. L'action du froid, suffirait peut-être à expliquer la prédominence de la maladie chez l’homme, : plus exposé aux intempéries, et aux variations brusques de température : c’est même la seule explication possible de particularité.
A la Société de Médecine et de Chirurgie de Bordeaux on