SCÈNE III
" L»s Mûieo^ CLOTlLïÆ.
ÜLOTILDE, sur leMuil.
Voilà /Comme voua êtes galant? . ' y, y
q;:JILLOCBET, allant à elle.
Mille pardons, madame, vous savez que le matin, efl ‘ l’absence de mon ami Philippe, je descends de ma mansarde, j’apporte mon ouvrage ici, et je réponds à ses clients jusqu’à ce qu’il soit l’heure pour lui de rentrer au logis, pour moi d’aller à mon greffe. Vingt-oinq livres par mois 1 et Philippe me les donna lorsqu il en gagnaità peine soixante. C’est à lui que je dois d’avoir pu nourrir une mère et deux petites soeurs. Aussi , qu’il ait besoin de moi, Philippe, mon cher Philippe!... Quant à. dire, comme vous vouliez le savoir, si Philippe est ou n’est pas chez lès voisins...
V , , CEOTILDE. ' ■
Croyez-vous que je m’en occupe à ce point, au point d’attenter à la liberté du docteur, au point de faire violence à votre discrétion? Non, mon petit Guillochet. Philippe n'a pas d’amie plus dévouée que moi. Est-ce que nous ne nous connaissons pas depuis sept ans? Estce qu’il n’a pas été mon premier médecin ? {Elle s’assied sur . ' le canapé, à gauche.) Est-ce que je n’ai pas été sa première pratique, lorsque chacun de notre côté, à dix-neuf ans, tous deux, nous faisions campagne en Amérique, lui recousant les blessés, moi recousant les jabots? Ah! je n’avais pas épousé M. le duc en ce temps-là, je n’étais pas encore duchesse, et je le suis si peu, même aujourd’hui, qu’il faut se montrer avec moi très-gentil, mon .
ACTL' 11
petit Guillüc^iet, très-complaisant, et m’aider à tirer . pied ou aile des circonstances.
aülLLOCHET. . ■ ■
Mais pourquoi vous trouvez-vous si peu duchesse, madame? Il me semble que quand on a épousé un duc...
OLOTILDE, se levant.
Notre mariage s’est fait le 4 août 89,- à minuit; pendant qu’on nous mariait, l’Âssemblée nationale abolissait les titres de noblesse, en sorte qu’à minuit moins un quart, je n’étais pas encore duchesse, et qu’à minuit un quart, je ne l’étais déjà plus; ipais patience.
QUILLOCHET. »
Vous croyez que cela reviendra?...