ACTE IV
SYI,VA1N.
C’est vrai que le régiment a suivi son général, mais moi, je n’ai pas suivi le régiment.
I,E DÜC.
On suit le drapeau !
J’ai fait mieux que de le suivre. Je le rapporte ; au moins, lui n’a pas passé à l’ennemi.
PHILIPPE
Je savais J)ien, moi! Oh ! je savais bienl... Racontemoi vite !
SYLVAIN
Tant qu’il ne s’est agi que des quatre commissaires, deux avocats et deux vieux bourgeois rageurs qui voulaient arrêter le général au milieu de son armée, c’était drôle ; je les trouvais assez crânesi moi, ces bourgeois, car, enfin, ils risquaient pas mal... Ah ! dit le général... vous voulez m’envoyer à Paris, à votre tribunal de malheur, qui ne l’end jamais ceux qu’il appelle; moi, je vais vous envoyer aux Autrichiens. Ça n’était pas trèslégal... mais c’était encore assez drôle.
LE DUC
Je trouve même que c’était très-drôle.
SYLVAIN
Peut-être... Mais voilà que le lendemain matin le général nous fait commander pour escorte, ün part avant le jour; on va, on va, on passe lés lignes. Bon ! les grand’gardes , très-bien. On dépasse les avantpostes autrichiens. Moi, j’avais toujours la main au sabre; je croyais qu’on allait se battre; pas du tout, nous arrivons chez les habits blancs ; on les embrasser
LE HUSSARD DE BERCIIEAY
ils nous ombrassent. Qu’est ce que c’est que tout ça! Jusqu’au moment où le colonel nous déclare que le général a quitté le service de France, et nous aussi ! Grand hourrah ! car tout Bercheny adorait le général. Tu sais, c’était un dieu pour nous; mais moi, avec l’étendard, c’est moi qui le portait ce jour-là, je sors des rangs et je vais à Dumouriez Citoyen général, adieu! lui dis-je, je m’en vas. — Où ça, Sylvain? — Dans le pays où sont enterrés le père et la mère Rozel. — N’y va pas, les vieux bourgeois te feront couper la tête. — J’aime mieux mourir là-bas que de'vivrc ailleurs. » Là-dessus, je pars au galop, j’avais le meilleur cheval de l’escadron. Les Autrichiens m’ont tiré plus de deux mille coups de fusil. Mais, voyez un peu ma chance, je n’en ai reçu qu’un... et j’ai l’étendard!
PHILIPPE
Tu es blessé ?
CLOTILDE
Mon cher Sylvain !
SYLVAIN
Rien... une écorchure. .
JACQUELEIN.
Voilà comme ça finît, ces belles choses-là.
PHILIPPE
Voyons ! voyons !
C’est fait, un bon petit frater m’a pansé cela trèsadroitement à Luzarches... Non, te dis-je, je n’ai rien i[ue faim, soif et fatigue. Ah! mais une fatigue!... A présent que je t’ai embrassé, je la sens.
ACTK TV
CLOTILDE
Il faut qu’il retourne à la maison. Ah ! je vais le faire soigner.
' LE DUC, :'i Sylvain.
Il y a un lit d’ami dans mon cachot.
SYLVAIN
Comment ! vous êtes donc au cachot, vous?
LE DUC
Au secret le plus rigoureux, dans une cage de fer... SYLVAIN, étonné.
Oh ! '
Je te conterai cela. Viens, tu dormiras là dans mon cabinet, et mieux que je n’y ai dormi cette nuit.
SYLVAIN
J’ai hâte de voir si je trouverai Suzanne bien changée depuis qu’elle est comtesse.
' PHILIPPE
Tu la verras sans sortir d’ici. Elle est là.
(Désignant la chambre à gauche.)
SYLVAIN
En prison... Ah çà! tout le monde y est alors?
LE DUC
Soyez, tranquille, vous y serez comme nous, et cela ne tardera pas.
PHILIPPE
. Tiens, sur ce lit de repos... Enveloppe-toi bien.
. Ils sortent nnsemhle
LE HUSSARD DE RERCIIENY