CHARLES , THÉODORE
(^Pendant cette sceiie , 1 1 nuit v.e/it peu a peu. )
THÉODORE
Dis donc , Charles , je trouve que tout ça prend une mauvaise tournure... Et toi , qu'en dis-tu ?
CHARLES
Je dis que pour rien j'irais chercher querelle à ce maudit gouverneur.
THÉODORE
Du tout , du tout... c'est moi que ça regjarde , et dès que je serai sorti de prison... il n'a qu'à se bien tenir.
CHARLES
Ah! si nous pouvions sortir dvS aujourd'hui... nous irions nous battre , nous ferions une action d'éclat , et le roi ne pourrait plus nous refuser notre grâce.
THEODORE
Il est clair qu'une action d'éclat , ça ne peut pas nuire.. Mais tâche donc d'en faire , des actions d'éclat , quand nous serons sous clef tout-à-Theure.
CHARLES
Mais j'y pense... nous sommes seuls... il n'y a pas de sentinelles de ce coté... Si nous sautions par-dessus les murs.
C'est ça même.-. Je t'attendais là . Sauter par-dessus les murs... Va donc y sauter, toi... Soixante-dix pieds de hauteur au-dessus du niveau d'eau... Avec ça que tu ne sais pas nager... Allons, viens, viens donc sauter.
CHARLES
En effet, c'est impossible... et maintenant je ne vois plus que Brantlt qui puisse nous tirer de là... Il revient... tâchons de l'endoctriner.
Les MtMEs, BRANDI.
BRANDT , en entrant.
Le diable emporte les clefs, les verroux et les grilles !
CHARLES
A cjui en as-tu donc , mon pauvre Brandt ?
BRANDT -
J'en ai, j'en ai à votre vieil enragé de gouverneur, qui vient de m'attacher à ce trousseau de ferailles... ça fait une jolie figure à coté de mon sabre, n'est-ce pas?
CHARLES
Tu es donc décidément en fonctions.
BRANDT
Ah! mon Dieu, oui... (Mn/ttra/it deux clefs énormes.) Tenez, voilà les clefs de votre appartement, . j'ai reçu l'ordre de vous y conduire tout de suite, et de vous donner tout ce qui vous sera nécessaire... c'est-à-dire du pain et de l'eau...
CtTARLES.
Et puis ?...
BRANDT
Et puis, de bons conseils.
THÉODORE
C'est ça, pour le dessert... comme c'est restaurant!... {Bas à Char l'es.) Parle donc.
CHARLES
Ail! mon cher Brandt, tu pourrais nous rendre un grand service !
BRANDT
Comment ça?
CHARLES
M. de Blumentlial est parti , sans doute?
BRANDT
Oui , à cheval.
CHARLES
Mademoiselle Bathilde et Crettle...
BRANDT
Vont monter en voiture.
CHARLES
Le gouverneur.,.
Lui , c'est différent, il va se mettre à table.'
CHARLES
En sorte, que tu es à peu près le seul maître ici?
BRANDT
Eh! bien, après?
CHARLES
Eli! bien, mon ami...
THÉODORE
Chut!...
BRANDT
Qu'est-ce qu'il y a ?
THÉODORE
Mais taisez-vous donc... Ou vous dit d'écouter... (//.î écoutent.^ Vous n'entendez pas?... C'est le canon... Voilà le deuxième coup.
BRANDT
Eh! non, c'est une porte qui se ferme.
THÉODORE
Vous croyez?... si ça avait été le canon pourtant!... quel dommage!... une bataille décisive... peut-être la dernière que Frédéric liviera.
CHARLES
Toi, qui autrefois n'en manquais pas une, et nous qui n'en avons jamais vu... quelle belle occasion! BRANDT , Cl part.
C'est vrai , mille bombes!
Voyez-vous d'ici le coup d'oeil?... L'armée ennemie est sur la hauteur... nous, nous sommes dans la plaine...
BRANDT
Comment, nous sommes dans la plaine?
THEODORE
Oui, nous y sommes.
CHARLES
Alors, le roi ordonne à sa garde d'enlever une batterie qui nous foudroie.
Air : du Volti^^eur (dans le Père Finot.)
Déjn la trompette sonne:
Tons trois on uoijs voit hientôt, An signal qne le roi donne, Nous élancer à l'assaut!,..
Rien n'arrête notre audace, Et ne résiste à noscon[)s.
L'ennemi ficmande grâce, Ou bien s'enfuit devant nous.
THÉODORE
Aussitôt le roi arrive. Il veut couiicnître les trois héros qui viennent de se couvrir de gloire... il nous embrasse. BRANDT.
Le roi nous embrasse !
THÉODORE
Tiens , je crois bien., nisis ce n'est pas tout... Charles est nommé général . sur le champ de bataille, moi, colonel, et vous .. commandant de place!...
EN s F, M BLE.
Quel plaisir ! {bis.) Ah ! pour nous , quel bel avenir !
CHARLES
( Même air. )
Mais dans l'armée ennemie, On tente un dernier effort.
Bientôt le roi nous rallie , Et nous fait charger encor.
FrédJ'ric , au loin , s'c'crie...
Nous accourons à sa voix , Et nous lui sauvons la vie En tombant morts tous les trois...
BRANDT
Tous les trois !
THÉODORE
Oui, les uns sur les autres.... Moi, j'ai reçu une balltdans la tète , lui un boulet dans la po'.trinc, et vous un biscaycn sur la joue droite... o i sur la gauche... comme vous voudrez... ça m'est égal.
BHANDT.
Et moi , donc!
ENSEMBLE
Quel plaisir! {Bis) Ah '• pour nous, quel bel aTcnir
BRA^'DT
Oui , ça serait superbe , inaj^nifrjue ! ]Mais allons lîous coucher.
CHARLES et THÉODORE.
Ah ! mon petit Brandi !...
BRA>'DT
Laissez-moi... Corijleu , avec leur récit de Lataillc , ils me feraient faire ijuelijue sottise.
CHARLES et THÉODORE.
Mon ami !...
BRANDT
Allons nous coucher , vous dis-je , il est temps.
SCÈI^'E XI.
LesM£;mes, f ATHILDE, CRETTLE.
{IlJ'ail. Il II il.)
BRANDT
Qui va là ?
BATHILDE
Chut ! . . . c'est nous. . . Le gouverneur est rentré chez lui , et nous nous sommes échappées.
CHARLES
Quel bonheur!
BRANDT
Mais par quel hasard étes-vous encore ici ?
BATHILDE
Nous ne partons pas,
CHARLES et THÉODORE.
Est-il possible ?
CRETTLE.
IIél3s! oui... la route de Breslaw est coupée.
BRANDT
Eh I l)ien tant mieux, mille bombes!.,. Nous resterons ici, tous ensen;blc, etcomme dit le proverbe ,/;/«.y on est...
THÉODORE
Oh ! oui, c'est charmant! Ça avancera joliment nos affaires de rester ici.
CHAULES.
En effet , nous avions luiiiuî un projet superbe !... Mais Brat df est iiuMirniptil-le.. . Noms voulions sortir du furt, aller nous Lattre aupris du roi, et nous faire tuer sous ses yeux!
BATIIILDE.
Comment, vo'.is faire tuer! .. Mais votre projet n'a pas le sens commun 5 et M. Braudt a fort Lieu fait d'êtie incorruptible.
TÏIÉODORË.
Eli ! non, c'est qu'il explii^ue mal la chose,,. Tout ça , vois-tu ? c'est une manière de pailer... Nous aillons nous battre sous les ye !X du roi , c'est vrai ; mais nous étions vaintjueurs , et nous ne nous faisions pas tuer du tout... ce qui est beaucoup plus raisonnable.
Oui , et en même temps nous veillions sur les jours de votre père...
THÉODORE
Nous obtenions notre grâce, et vous étiez unis...
BATHILDE
A la bonae heure , au moins ce projet - là vaut bien mieux.
THÉODORE
Sans doute , mais monsieur Brandt... {^11 frappe sur son trousseau. ) Ah!...
BRANDT
Eh ! bien , qu'est-ce que vous faites doac ?
THÉODORE
Rien... C'est seulement pour vous foire remarquer que la clef des champs est là... sous votre main droite. BRANDT.
C'est bon... qu'elle y reste... puisque c'est la consigne.
THEODORE
Laissez-moi au moins lire les étiquettes... ça ne vous
comprometfera pas.. Que vois je ? v-Cief de la poterne >>
C'est là. (// iiw/it'-e la petite tourelle a Caitglc de la batterie ) Monsieur Brandt !
CHARLES
Mon ami ! . .
( A ce moment , ou entend le canon ; Creitle et Batliilde jei.ent un cri d ejj'roi)
MORCEAU d'ensemble FINAL.
AiRKOUVEAii r^e M. Adolplie Adam.
THLODORE ET CHARLES.
Cette fois, o'e:-.t bien le canon.
THKonoKr..
Enteudez-vons? l)on !.. bon!...
CHAULES.
C'est la bataille qui coninience.
BK vNnr.
Non , non , vous vous ti ompez, je pense.