SCÈNE VIII
Les Mêmes, BRANDT, M. BLUMENTHAL, CRETTLE.
Ehl bien, où allez-vous donc vous autres?.. (^ A Blumenthal. ) Rassurez-vous , mou commandant , je réponds de tout.
LE ROI
Qu'entends-je ?.. Ah! c'est toi... tu viens sans doute pour recevoir le prix de ta conduite ?
BRANDT
Non , sire , ce n'est pas pour ça 5 c'est pour vous empêcher de commettre une injustice.
LE ROI
Comment , une injustice ?
BRANDT
Oui, une injustice... Ces deux petits gaillards-là se soûl battus comme des lions , et vous choisissez mal votre temps pour les punir... n'est-il pas vrai, commandant ?
BLUMENTIIAL.
Sire, permettez-moi de prendre aussi leur défense... Le ^aron de Felsheim et mon neveu se sont exposés aux plus grands dangers ; ils ont acquis tous deux des droits à l'indulgence de Votre Majesté.
LE ROI
Qu'ont-iîs faits ?
BLUMENTIIAL.
Ils ont enlevé deux drapeaux à l'ennemi.
LE ROT
C'est Lien 5 mais ils ont désobéi et il faut un exemple. {Jlfaitunsii^iic, et on se dispose à einmener Charles et Tliéodoîe.)
BRANDT
Un instant, un instant, je n'ai pas encore tout dit... Vous ne voulez donc pas absolument leur pardonner ? Eii ! bien , alors c'est moi qui leur pardonne.
LE ROI
Tu es bien hardi 1
BRANDT
C'est vrai , mais j'en ai le droit.
( Le roi lui fait signe d^ approcher. ) Air : Epoux imprudent , Jils rebelle.
Rappelez-vous , auprès d'ia grand'battVie , Certain hussard qui s'jeta devant vous : J" crois qu'il peut dir' qu'il vous sauva la vie, En f'saut tomber vos ennemis sous ses coups, {bis Pour vous défendr' dans la nuit qui vous cache , Puisque j'vous ai r'connu comme en ]:)lein juur ; Il m'sembl' qu'ici Frédih'ic , à son tour, Devrait r'connaîtr' ma vieill' moustache.
{^Cc couplet doit ctrc accompagne piano.)
FRÉDÉRIC
Eh! quoi, vraiment , ce serait toi...
BRANDT
Certainement c'est moi ; et la preuve, la voilà. ( // iirt^ de sa sahredache le grand cordon de l'aigle de Prusse. Vous avez promis, sans me connaître, de ra'accorder la pic-
mièregrAce que je vous demanderais; eh! bien , cette grâce, c'est la leur... Maintenant, punissez-moi si vous voulez... j'attends. [IlJaU le salut militaire.)
FRÉDÉRIC
Tu es un brave , donne-moi ta main.
BRANDT
Volontiers , sire.
FFvlÎDÉRIG,
Je tiendrai ma parole.
BRANDT
J'y compte.
FRÉDÉRIC
Mais dis-moi, quel intérêt si puissant te fait sacrifier au jeune Felsheim ce que tu pouvais espérer pour toi-même de ma reconnaissance ?
BRANDT
Quel intérêt , sire?..
(^11 prend la main de Charles et V amène près du roi.) Air : Vaud, dp Turenne.
Dans sa famill' on prit soin d'ma jeunesse , Le vieux baron n'm'abandonna jamais ; Mais à grands pas arrive la vieillesse , J'n'ai plus long-temps à jouir de ses bienfaits. ( Bis.) P'tèt ' qile déjà ma feuilï' de route est prête , D'un jour à l'autr' mon congé peut venir. J'dois tout au père... Eb bien , avant d'partir, Au fils je veux payer ma dette...
(// serre de nouveau la main de Charles.)
LE ROI, à Bathilde.
Quant à vous , mademoiselle , vous aviez aussi une autre grâce à obtenir.
BATHILDE
C'est vrai, sire , mais devant tant de monde...
LE ROI
Oh! rassurez-vous... Parlez-en a votre père, c'est de lui qu'elle dépend, et j'espère qu'il ne sera pas pins inflexible que moi.. Vous, monsieur, n'oubliez pas les arrêts.
LE GOUVERNEUR
Oui, sire.
(Zc roi fait un signe d'adieu et i' éloigne.)