‹ Le hussard de FelsheimChapitre 27 sur 32 · CHARLES ET THÉODORE · texte numérisé non relu

CHARLES ET THÉODORE

THÉODORE

Eh tien! qu'est-ce que tu dis de tout ça? Ce n'est pas toi qui te serais si bien tiré d'afFair».

CHARLES

Oui , oh! tu nous as rendu un fameux service !... Le fait est que le roi est furieux.

Air : de Michel et Christine.

CHAH LES

De jamais le fléchir, Maintenant, je désespère.

Mais comment sa colère Voudra-t-elle ici nous punir .'

THÉODOKE.

J'ai réparé ta maladresse.

CHARLES

Tes mensonges nous font grand bien !

Il faut que tu parles sans cesse...

C'est clair, puisque tu ne dis jamais rien. Console-toi ; moij'en ai l'assiu-ance , Quand on saura toute la vérité , On nous rendra bientôt la liberté.

CHARLES

Oui... \oiI.T déjà qu'on commence.

( Pendant le couplet , on est venu jdac^ r deux sentinelles ; un officier entre. )

THÉODORE

Ah ! diable ! de nouveaux factionnaires... A moins que ce ne soit une garde d'honneur 5 je crois que tu avais raisou , pour cette fois, nous y sommes.

l'officier.

Vos épées, messieurs. ,

THÉODORE , à part.

Aye! aye! les grandes mesures ça va mal. (^Haut.^

Toilà.

{Ib remettent tous deux leurs e'pécs. )

ENSEMBLE

De jamais le fléchir, Maintenant , je désespère.

Mais comment sa colère Voudra-t-elle ici nous punir?

{Pendant cet ensemble l'officier est sorti. )

SCKNE VI.

CHARLES , THÉODORE , puis BATHILDE.

Quelqu'un vient... oh ! c'est ma cousine.

CHARLES

Bathiide.

BATHILDE, entrant par la porte de droite. Ah ! mou cousin , ah ? monsieur Charles !

THÉODORE

Qu'est-ce donc?

BATHILDE

Nous sommes perdus; le roi sait tout... il est furieux.

CHARLES

Je te le disais bien.

BATHILDE

Mais, que vois-je... Vous êtes blessé, monsieur.

CHARLES

Ce n'est rien , rassurez-vous.

BATHILDE

Cependant , vous paraissez souffrir.

CHARLES

]Non , mademoiselle ; mais quand cela serait, n'oublieraije pas tout auprès de vous?

THÉODORE

Oh! bravo..,. Le grand Amadis de Gaule n'aurait pat

mieux parlé... Voyons, continue, dis tout de suite que tu es guéri , il ne t'en coûtera pas davantage...

BATHILDE

Je ne conçois pas comment ou peut rire de choses pareilles... {A Charles.) Au moins, vous a-t-on donné tous les soins nécessaires?

CHARLES

Oui , mademoiselle ?

THÉODORE

Voyez-vous ça 5 elle y revient toujours... C'estfini, quand je serai amoureux, je me ferai Llesser aussi, parce que cela donne un petit air intéressant... Vous souffrez, monsieur — Vous a-t-on donné tous les soins nécessaires.,.. C'est parfait... Mais voyons, occupons-nous d'affaires plus essentielles.... Il s'agit de sortir d'embarras.

CHARLES

Sans doute.... E-t as-tu imaginé quelque expédient pour cela , monsieur l'homme haLile ?

THÉODORE

Pas encore , mais ça viendra... provisoirement nous allons nous former en petit conseil privé... moi, je serai le président, chacun donnera son opinion...

CHARLES

Et tu n'en feras toujours qu'à ta tête , c'est clair. Quant à moi, mon avis est que...

THÉODORE

Ah! bah ! ça n'a pas le sens commun.

Mais je n'ai encore rien dit.

THÉODORE

C'est égal... tu ne t'y connais pas... Moi, je pense, voyezvous? qu'il faudrait plutôt... Qu'est-ce que je voulais dono dire ?

CHARLES

Là... c'était Lien la pciue de m'iuterrompre.

BATHILDE

Ecoutez... Il me semble que si j'allais me jeter aux pieds du roi. .

THÉODORE

Le fait est que ça ne pourrait pas nuire \ mais tu n'osera» jamais.

BATIIILDE.

Si fait... Oh! je lui ai déjà parlé.

CHARLES

Vous avez parlé au roi i'

BATIIILDE.

Certainement , ce matin... Je lui ai dit; Oui , sire , et je n'ai pas eu peur du tout.

TIIEOD0RE.

Tu n'as pas eu peur.

BATHILDE

Non sans dou c... Et je recommencerais bien encore.

Tu crois que ça va aller comme ça tout de suite... D'abord, je serais curieux de savoir comment tu t'y prendras, et ce que tu diras quand tu seras devant Sa Majesté... Tiens, répétons... Supposons que je sois le roi... Je m'assieds là , dans ce grand fauteuil, et je H èconte.^ Il s'assied ^ et prenant les manierts et la voix du roi.) Voyons, parlez , mademoiselle.

SCÈNK YIÏ.

Les Mêmes, LE ROI et LE GOUVERNEUR. ( Lorsque le roi entre, les deux factionnaires ulent présenter les armes ^il les en empêche )

THÉODORE

Eli bien ! y es-tu?

BATHILDE

M'y voilà, m'y voilà... Sire...

THÉODORE

Et la révérence , donc... Répétons avec les gestes, je t'en prie en grâce... {Bathilde fait la rcvéreficc.) Pas mal, pas mal... Voyons, mademoiselle, que me voulez-vous?

(Ici seulement le j^oi parait dans lefond, et fait signe au gouverneur de se taire.)

BATHILDE

Sire, je viens vous demander la grâce de deux coupables qui ont osé désobéir à Votre Majesté;... l'un est monsieur Théodore de Rlumentlial , l'autre monsieur le baron de Fclsheirn... Le premier est mon cousin... le second... THEODORE, faisant semblant de prendre du tabae.

J'entends, j'entends!...

Air : de Céline.

Vous auriez pu , mademoiselle , Choisir beaucoup mieux , selon moi.

CHARLES

Eh bien ! es-tu fou ?... devant elle...

TUÉODORE.

Je dis ce que dirait le roi.

Oui, croyez-moi, ce monsieur Charlie Est un assez mauvais sujet...

CHARLES

Heiu?...

THÉODORE

C'est toujours le roi qui parle , Et tu sais bien qu'il s'y connaît.

Oui , c'est toujours , etc.

LE GOUVERNEUR , bas au î'oi.

Vous entendez, sire.

LE ROI, de même.

J'aime à voir au moins qu'ils se rendent justice entre eux.

EATHILDE.

(^Méme air. )

Sire, vraiment, le moins coupable N'est pas Théodore aujourd'hui.

Si votre colère l'accable , Ah ! pour jamais, c'est fait de lui.

J'en conviens , plus que monsieur Charle, Il s'est montré mauvais sujet.

Plaît-il?...

BATHILDE

C'est au roi que je parle , Et tu sais bien qu'il s'y connaît.

Ici , c'est au roi , etc.

THÉODORE

Allons, c'est bon... si nous en venons aux personnalités , je ne pourrai plus garder ma dignité, moi... Voyons , continuons... ( Reprenant le ton du roi. ) Je croyais, mademoiselle, c[u'on vous destinait au gouverneur de mes pages?

CHARLES

Ah! par exemple, un joli mari!

THEODORE

Silence! Eh bien! mademoiselle,..

BATHILDE

Sire, il est vrai «jue mon père... mais, moi, je ne peux pas le souffrir.

THÉODORE

Et pourquoi cela?

BATHILDE

Parce qu'il est vieux, méchant, flatteur et laid.

LE ROI , bas.

Vous entendez, gouverneur?

LE GOUVERNEUR

Oui , sire...

THÉODORE

Pour laid, mademoiselle, c'est vrai -, flatteur, c'est rrai aussi. . . C'est toujours le roi qui répond. . . car vous entendez Lien que , moi , je n'oserais pas. . . J'ai trop de resject. . . LE GOUVERNEUR ,ya/'.<a«? lin mouvement.

Mais , sire , il me semble que de pareilles plaisanteries... ( Le roi l'arrcle ., et lui impose encore silence. )

BATHILEE.

Enfin , sire , daignerez-vous m'accorder la grâce que je vous demande?

THÉODORE

Ali! diaî)le! voila le moment critique... D'abord le roi froncera le sourcil comme ça, vois-tu?... Ensuite il te dira: Vos deux protégés sont de médians garnemens... mais voui plaidez si bien leur cause, que je leur pardonne.

BATHILDE

Tu crois que le roi dira cela?

THÉODORE

Il n'y a pas de doute 5 dans sa position , il ne peut même pas dire autre chose.

LE ROI , s'avançant.

C'est ce qui vous trompe, monsieur.

TOUS , à part.

Il était là.

LE ROI

Frédéric vous prouvera qu'on ne se joue pas impunément des ordres qu'il a donnés.

i^A ce moment les officiers et la suite du roi sont entrés dans le fond. )

THÉODORE , bas.

kvt , aye , aye, ça va plus mal encore.

LE ROI

Messieurs , à partir de ce jour, le l>aron clt? Felsheiin et Théodore de Blumenthal ne font plus partie de ma maison 5 ils seront enfermés pendant trois ans à la forteresse de Spandau.

LE GOUVERNEUR

Le fait est qu'ils l'ont Lien mérité.

LE ROI

Quant à vous , monsieur , comme vous vous acquittez à merveille des commandemeiis qu'on vous confie , vous garderez les arrêts pendant quinze jours.

LE GOUVERNEUR

Oui , sire. ( Â part. ) Diable soit de moi !.. Il m'avait oublié, et je suis ià comme un imbécilie... THÉODORE , bas à Batliilde.

Parle donc... voila Xa moment.

BATHILDE , de même.

Je n'ose plus.

LE ROI , à Jlidoiore et a Charles.

Suivez cet officier, il me répoudra de vous.

THÉODORE, CHARLES, BATHILDE, eit Suppliant.

Sire !...

LE ROI

Obéissez.

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