CHARLES ET THÉODORE
THÉODORE
Eh tien! qu'est-ce que tu dis de tout ça? Ce n'est pas toi qui te serais si bien tiré d'afFair».
CHARLES
Oui , oh! tu nous as rendu un fameux service !... Le fait est que le roi est furieux.
Air : de Michel et Christine.
CHAH LES
De jamais le fléchir, Maintenant, je désespère.
Mais comment sa colère Voudra-t-elle ici nous punir .'
THÉODOKE.
J'ai réparé ta maladresse.
CHARLES
Tes mensonges nous font grand bien !
Il faut que tu parles sans cesse...
C'est clair, puisque tu ne dis jamais rien. Console-toi ; moij'en ai l'assiu-ance , Quand on saura toute la vérité , On nous rendra bientôt la liberté.
CHARLES
Oui... \oiI.T déjà qu'on commence.
( Pendant le couplet , on est venu jdac^ r deux sentinelles ; un officier entre. )
THÉODORE
Ah ! diable ! de nouveaux factionnaires... A moins que ce ne soit une garde d'honneur 5 je crois que tu avais raisou , pour cette fois, nous y sommes.
l'officier.
Vos épées, messieurs. ,
THÉODORE , à part.
Aye! aye! les grandes mesures ça va mal. (^Haut.^
Toilà.
{Ib remettent tous deux leurs e'pécs. )
ENSEMBLE
De jamais le fléchir, Maintenant , je désespère.
Mais comment sa colère Voudra-t-elle ici nous punir?
{Pendant cet ensemble l'officier est sorti. )
SCKNE VI.
CHARLES , THÉODORE , puis BATHILDE.
Quelqu'un vient... oh ! c'est ma cousine.
CHARLES
Bathiide.
BATHILDE, entrant par la porte de droite. Ah ! mou cousin , ah ? monsieur Charles !
THÉODORE
Qu'est-ce donc?
BATHILDE
Nous sommes perdus; le roi sait tout... il est furieux.
CHARLES
Je te le disais bien.
BATHILDE
Mais, que vois-je... Vous êtes blessé, monsieur.
CHARLES
Ce n'est rien , rassurez-vous.
BATHILDE
Cependant , vous paraissez souffrir.
CHARLES
]Non , mademoiselle ; mais quand cela serait, n'oublieraije pas tout auprès de vous?
THÉODORE
Oh! bravo..,. Le grand Amadis de Gaule n'aurait pat
mieux parlé... Voyons, continue, dis tout de suite que tu es guéri , il ne t'en coûtera pas davantage...
BATHILDE
Je ne conçois pas comment ou peut rire de choses pareilles... {A Charles.) Au moins, vous a-t-on donné tous les soins nécessaires?
CHARLES
Oui , mademoiselle ?
THÉODORE
Voyez-vous ça 5 elle y revient toujours... C'estfini, quand je serai amoureux, je me ferai Llesser aussi, parce que cela donne un petit air intéressant... Vous souffrez, monsieur — Vous a-t-on donné tous les soins nécessaires.,.. C'est parfait... Mais voyons, occupons-nous d'affaires plus essentielles.... Il s'agit de sortir d'embarras.
CHARLES
Sans doute.... E-t as-tu imaginé quelque expédient pour cela , monsieur l'homme haLile ?
THÉODORE
Pas encore , mais ça viendra... provisoirement nous allons nous former en petit conseil privé... moi, je serai le président, chacun donnera son opinion...
CHARLES
Et tu n'en feras toujours qu'à ta tête , c'est clair. Quant à moi, mon avis est que...
THÉODORE
Ah! bah ! ça n'a pas le sens commun.
Mais je n'ai encore rien dit.
THÉODORE
C'est égal... tu ne t'y connais pas... Moi, je pense, voyezvous? qu'il faudrait plutôt... Qu'est-ce que je voulais dono dire ?
CHARLES
Là... c'était Lien la pciue de m'iuterrompre.
BATHILDE
Ecoutez... Il me semble que si j'allais me jeter aux pieds du roi. .
THÉODORE
Le fait est que ça ne pourrait pas nuire \ mais tu n'osera» jamais.
BATIIILDE.
Si fait... Oh! je lui ai déjà parlé.
CHARLES
Vous avez parlé au roi i'
BATIIILDE.
Certainement , ce matin... Je lui ai dit; Oui , sire , et je n'ai pas eu peur du tout.
TIIEOD0RE.
Tu n'as pas eu peur.
BATHILDE
Non sans dou c... Et je recommencerais bien encore.
Tu crois que ça va aller comme ça tout de suite... D'abord, je serais curieux de savoir comment tu t'y prendras, et ce que tu diras quand tu seras devant Sa Majesté... Tiens, répétons... Supposons que je sois le roi... Je m'assieds là , dans ce grand fauteuil, et je H èconte.^ Il s'assied ^ et prenant les manierts et la voix du roi.) Voyons, parlez , mademoiselle.
SCÈNK YIÏ.
Les Mêmes, LE ROI et LE GOUVERNEUR. ( Lorsque le roi entre, les deux factionnaires ulent présenter les armes ^il les en empêche )
THÉODORE
Eli bien ! y es-tu?
BATHILDE
M'y voilà, m'y voilà... Sire...
THÉODORE
Et la révérence , donc... Répétons avec les gestes, je t'en prie en grâce... {Bathilde fait la rcvéreficc.) Pas mal, pas mal... Voyons, mademoiselle, que me voulez-vous?
(Ici seulement le j^oi parait dans lefond, et fait signe au gouverneur de se taire.)
BATHILDE
Sire, je viens vous demander la grâce de deux coupables qui ont osé désobéir à Votre Majesté;... l'un est monsieur Théodore de Rlumentlial , l'autre monsieur le baron de Fclsheirn... Le premier est mon cousin... le second... THEODORE, faisant semblant de prendre du tabae.
J'entends, j'entends!...
Air : de Céline.
Vous auriez pu , mademoiselle , Choisir beaucoup mieux , selon moi.
CHARLES
Eh bien ! es-tu fou ?... devant elle...
TUÉODORE.
Je dis ce que dirait le roi.
Oui, croyez-moi, ce monsieur Charlie Est un assez mauvais sujet...
CHARLES
Heiu?...
THÉODORE
C'est toujours le roi qui parle , Et tu sais bien qu'il s'y connaît.
Oui , c'est toujours , etc.
LE GOUVERNEUR , bas au î'oi.
Vous entendez, sire.
LE ROI, de même.
J'aime à voir au moins qu'ils se rendent justice entre eux.
EATHILDE.
(^Méme air. )
Sire, vraiment, le moins coupable N'est pas Théodore aujourd'hui.
Si votre colère l'accable , Ah ! pour jamais, c'est fait de lui.
J'en conviens , plus que monsieur Charle, Il s'est montré mauvais sujet.
Plaît-il?...
BATHILDE
C'est au roi que je parle , Et tu sais bien qu'il s'y connaît.
Ici , c'est au roi , etc.
THÉODORE
Allons, c'est bon... si nous en venons aux personnalités , je ne pourrai plus garder ma dignité, moi... Voyons , continuons... ( Reprenant le ton du roi. ) Je croyais, mademoiselle, c[u'on vous destinait au gouverneur de mes pages?
CHARLES
Ah! par exemple, un joli mari!
THEODORE
Silence! Eh bien! mademoiselle,..
BATHILDE
Sire, il est vrai «jue mon père... mais, moi, je ne peux pas le souffrir.
THÉODORE
Et pourquoi cela?
BATHILDE
Parce qu'il est vieux, méchant, flatteur et laid.
LE ROI , bas.
Vous entendez, gouverneur?
LE GOUVERNEUR
Oui , sire...
THÉODORE
Pour laid, mademoiselle, c'est vrai -, flatteur, c'est rrai aussi. . . C'est toujours le roi qui répond. . . car vous entendez Lien que , moi , je n'oserais pas. . . J'ai trop de resject. . . LE GOUVERNEUR ,ya/'.<a«? lin mouvement.
Mais , sire , il me semble que de pareilles plaisanteries... ( Le roi l'arrcle ., et lui impose encore silence. )
BATHILEE.
Enfin , sire , daignerez-vous m'accorder la grâce que je vous demande?
THÉODORE
Ali! diaî)le! voila le moment critique... D'abord le roi froncera le sourcil comme ça, vois-tu?... Ensuite il te dira: Vos deux protégés sont de médians garnemens... mais voui plaidez si bien leur cause, que je leur pardonne.
BATHILDE
Tu crois que le roi dira cela?
THÉODORE
Il n'y a pas de doute 5 dans sa position , il ne peut même pas dire autre chose.
LE ROI , s'avançant.
C'est ce qui vous trompe, monsieur.
TOUS , à part.
Il était là.
LE ROI
Frédéric vous prouvera qu'on ne se joue pas impunément des ordres qu'il a donnés.
i^A ce moment les officiers et la suite du roi sont entrés dans le fond. )
THÉODORE , bas.
kvt , aye , aye, ça va plus mal encore.
LE ROI
Messieurs , à partir de ce jour, le l>aron clt? Felsheiin et Théodore de Blumenthal ne font plus partie de ma maison 5 ils seront enfermés pendant trois ans à la forteresse de Spandau.
LE GOUVERNEUR
Le fait est qu'ils l'ont Lien mérité.
LE ROI
Quant à vous , monsieur , comme vous vous acquittez à merveille des commandemeiis qu'on vous confie , vous garderez les arrêts pendant quinze jours.
LE GOUVERNEUR
Oui , sire. ( Â part. ) Diable soit de moi !.. Il m'avait oublié, et je suis ià comme un imbécilie... THÉODORE , bas à Batliilde.
Parle donc... voila Xa moment.
BATHILDE , de même.
Je n'ose plus.
LE ROI , à Jlidoiore et a Charles.
Suivez cet officier, il me répoudra de vous.
THÉODORE, CHARLES, BATHILDE, eit Suppliant.
Sire !...
LE ROI
Obéissez.