‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 123 sur 190 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les Sermons de l'inculpé

Dans un interrogatoire, J.-B. de Guignes a offert à Me' de Grillon de lui soumettre « les cahiers où il a noté ses prédications». Ils sont également conservés, ainsi que les autres pièces du procès, aux Archives départementales des Alpes-Maritimes. Ge n'est qu'un gros cahier qui, selon une note qui y a été mise lors du procès, contient « vingt cayers ou mémoires de prédica(ti)ons » ou brouillons des sermons que de Guignes avait prononcés. On nous permettra de les analyser. Leur lecture dut être le quatrième acte de l'affaire qui nous occupe.

1" Pour le dimanche de la Passion (ou, comme le porte une note écrite au-dessus et d'une main moins posée, pour le lundi de la semaine de Passion). — Texte : Nonne benedicimus nos, quia Samaritanus es tu et daemonium habes ? En S' Jean, ch. 8. — L'objet du sermon est la médisance. «C'est une consolation pour les serviteurs de J. G., dit saint Augustin, de lire dans l'Evangile que le Maître a été traité de séducteur et de samaritain ». Puis le prêtre distingue avec saint Bernard deux sortes de médisants, les auteurs et les témoins. Simple exorde en 2 pages \

2" Pour le second dimanche du Carême. — Texte : Hic est filius meus in quo mihi bene complacui, ipsum audite. Math., 17. — L'objet est le petit nombre des Elus. Simple exorde en 2 pages ^

1. Bossuet a laissé l'abrégé d'un sermon .sur la médisance dont le texte est presque le même: « Respondit turba et dixit : Daemonium habes, quis te quaerit interfieere ». Jean 7.20.

2. Massillon a consacré à ce sujet un sermon qui est resté célèbre par le frisson de terreur qu'il eut l'habileté de faire courir À travers la foule de ses auditeurs et par le désir de compenser l'apparente indépendance de sa morale et la manière dont ses autres discours détachaient celle-ci du dogme.

3° Pour le premier dimanche du Carême (au-dessus, d'une autre encre, l" vendredi). — Texte : Scriptum est, non in solo pane vivit homo, sed in omni verbo quod procedit de ore Dei. Math. 4. — L'objet est la parole de Dieu\ En marge et au-dessous de cette indication, on lit 4r dim. ap. la Pentecôte, la Sexagésime, 3'' dimanche du Carôme. Celui-ci est un vrai sermon, entièrement rédigé et divisé en trois parties ; il se compose de 28 pages. Le prédicateur expose, « mais sensiblement, familièrement, d'une manière claire et intelligible, ce que vous devez faire avant que d'entendre la parole de Dieu, ce que vous devez faire lorsque vous l'entendez, ce que vous devez faire après que vous l'avez entendue». Dans la première partie, je note les passages suivants : «... Pour entendre la parole, il faut chercher, comme dit saint Augustin, dans cette ennemie universelle de tous les péchés de quoi pouvoir se purifier des siens... La parole de Dieu luit, elle plaît, elle touche, dit saint Augustin... Vous avez beau courir, Augustin, traverser les mers, aller de Carthage à Rome, de Rome à Milan : vous portez la flèche de la parole de Dieu et de Monique votre mère dans votre C(pur, il faut tôt ou tard que vous vous rendiez. » Dans la seconde, ceux-ci : « Les abeilles se jettent sur les fleurs pour en exprimer le suc et en faire du miel ; les chimistes et les médecins s'en servent pour en faire des remèdes, les curieux pour flatter leurs sens et satisfaire leur odorat. Il en est de même de la parole de Dieu. Il y en a qui l'écoutent, qui la recueillent pour en faire du miel: quam dulcia faucibus meis eloquia tua ! Le miel n'approcha jamais de la douceur que j'y goure: dulciora super mel ». En lisant

1. Massillon a consacré à ce sujet un sefmoji sur le mt-mc texte ( Carême, tom. II. premier dimanche). La division est la même pour les deux premiers points ; le troisième du sermon de notre de Guignes n'est pas développé par le >;rand orateur qui déplore les progrès de l'indiUerence religieuse. Bourdaloue avait parlé de la même question (Œuvr., tom. II, dimanche de la 5"' semaine), mais en partant d'un autre texte.

ce brouillon de Guigues, je pense à la parole que ses ennemis lui reprochaient d'avoir prononcée au sujet de la jeune Isnarde et de la jeune Aussel : « la lance emmiellée ». Voici encore une mention de saint Augustin. « Il veut », dit le prêtre de Tourettes, « que, lorsque nous vous prêchons, vous receviez nos paroles et que vous vous les appliquiez à vous-mêmes comme si c'étaient des lettres qui vous fussent envoyées du ciel ». Dans la troisième partie, je note enfin ces passages : «... Demeurer dans la parole de Dieu, ce n'est pas seulement, dit saint Augustin, la louer ; c'est la pratiquer». Nous reproduirons plus loin et ces deux exordes et ce sermon à titre d'exemplaire du genre oratoire de J.-B. de Guigues.

4" Pour le premier dimanche de l'Avent. — Texte : His autem fieri incipientibus, respicite et levate capita vestra, quoniam appropinquat redemptio nostra. Luc. 21. — L'objet n'est pas indiqué en marge : je crois volontiers que c'est le jugement dernier. Le sermon est rédigé en deux parties et se compose, de 27 pages. Il a dû être composé surtout pour les femmes. J'y relève dans la seconde partie cette phrase : « Mes sœurs, que le désir de posséder Dieu vous rende fidèles : celles qui se relâchent de la perfection qu'elles avaient embrassée, sont semblables à des charbons éteints, dit saint Bernard ... Ce n'est pas une grande affaire, dit saint Augustin, de bien commencer : la perfection est de bien tinir... les autres saints ne goûteront pas néanmoins » — c. à. d. bien qu'ils soient des saints — « les mêmes délices que celles qui sont destinées pour les Vierges, dit saint Augustin... Oui, mes sœurs, les âmes brilleront au jour du jugement comme les étoiles ».

5» Pour le lundi de la S"" semaine du Carême (au-dessus, d'une autre encre, pour le jeudi de la 3"'* semaine). — Texte : Repleti sunt omnes in synagoga ira, haec audientes.

Luc. 4. — L'objet est ïenvie. Le sermon, rédigé en 20 pages, est divisé en deux parties. Dans la première je note ce qui suit : « Si l'on marche sur votre pied, dit saint Augustin, votre langue s'écrie aussitôt: Vous me blessez... » Dans la seconde, une apostrophe aux prêtres : « Mes chers et honorés confrères, vous qui recevez les confessions de tant de pécheurs », puis à une femme quelconque: « Je sais, ma sœur, que vous avez beaucoup de scrupules », puis aux fidèles des deux sexes : « mes frères et mes sœurs ».

6" Pour le vendredi de la semaine de la Passion. — Texte: Collegerunt pontificcs et pharisaei consilium adversus Jesum et dicebant : Quid facimus, quia hic homo multa signa facit? En saint Jean, ch. 4. — Le sermon devait porter encore sur Venvie. Il n'en reste que le texte et la mention de l'objet.

7° Sermon dont la date n'est pas indiquée. — Texte: Omue regnum in se divisum desolabitur.Llic. 71. — L'objet est la, charité chrétienne. Il en reste 21 pages; la seconde partie est à peine ébauchée. A noter dans l'exorde : « Ces Louvres magnifiques, où la nature et l'art font paraître à Tenvi tout ce qu'ils ont de plus rare et de plus précieux, ne seraient que des masses confuses et de tristes masures, si l'union ne soutenait et n'arrangeait les parties qui les composent ». Dans la première partie: « Ainsi que l'explique saint Augustin, comme le Père, le Fils et le S'-Esprit dans l'éternité ayant une môme essence n'ont qu'une môme volonté, de même N.-S. demande à son père que les Chrétiens qui, étant de môme nature, composent avec lui le corps de son Eglise, soient un entre eux par une môme société d'amour... Saint Augustin remarque que Dieu a formé le premier homme de ses propres mains et qu'il a voulu que tous les autres sortissent de ce principe, afin que la considération d'un père commun et d'un môme sang

servît de motif aux particuliers pour s'aimer les uns et les autres... Il y a certains miroirs artificiels qui rendent beaux et agréables les objets les plus difformes... » Je remarque en outre deux passages qui sont notés par une croix en marge, soit par l'auteur soit par les prêtres qui l'ont jugé à Vence. L'un se rapporte aux femmes dévotes : il les félicite de prier beaucoup, d'avoir leur temps réglé pour les confessions et les communions, de soigner les malades, d'avoir une admirable austérité, de ne quitter pas leur cilice, de vivre dans une abstinence continuelle. L'autre, aux prêtres contre lesquels courent de mauvais bruits: « vous déchirez par de noires calomnies ceux qui prient pour vous ».

8" Pour le jeudi d'après les Cendres (au-dessus, d'une autre encre, pour le mardi de la 4'"^ semaine). — Texte : Audiens autem Jésus miratus est et sequentibus se dixit : Amen dico vobis, non inveni tantam fidem in Israël. Math. 8. — L'objet est la, foi (en marge et au-dessous de cette indication, on lit: SS' dim. après la Pentec, et pour le mardi de la 4'"' sem. du carême). Le sermon est rédigé en 24 pages dont les 6 dernières écrites très fin, et divisé en deux parties. « Savez-vous de quoi vit le juste de Dieu? dit saint Augustin» et plus loin : « nous croyons, dit saint Augustin, qu'on ne donne point de nom sans raison et que, s'il ne fait pas ce que fait un vrai fidèle, l'homme n'a pas une vraie foi qui le justifie. . . Ce qui touchait les païens, était, dit saint Augustin, de voir que la sainte vie des chrétiens était un miracle continuel... » Dans la partie du sermon je ne rencontre pas une citation de saint Augustin.

9° Pour le lundi de la première semaine de carême. — Texte : Cum venerit filius hominis in majestate sua et omnes Angeli cum eo, tune sedebit super sedem majestatis

suae. Math. 23. — L'objet est le jugement dernier (en marge et au-dessous de cette indication, on lit : 24" dira, ap. la Pentec, et 1"' dim. de r.\vcnt). — Le sermon est rédigé en 24 pages et divisé en deux parties. Dans la première je note un passage sur l'homme ivre : « En présence de son ennemi, il écume de vin et de fureur, il se sert de tout ce qu'il trouve pour se venger, il se jette sur lui avec furie pour le mettre en pièces et s'il pouvait, il i'écorcherait et lui mangerait le cœur ». Dans la seconde une peinture de ce que de Guignes nomme « cette infâme canaille : les voleurs, les ivrognes, les blasphémateurs, les assassins, les sorciers, les parricides, les sacrilèges ».

10° Pour le dernier jour de l'octave de la Toussaint. — Texte : Beati mortui qui in Domino moriuntur. Simple titre.

11° Pour le jeudi de la 4""' semaine du Carême. — Texte : Defunctus efferebatur filius unions matris suae. Luc. 7.

— L'objet est la mort des justes (en marge et au dessous de cette indication, on lit : IS"" dim. ap. la Pentec, 1" jour du Carême, mission). — Le sermon est rédigé en 26 pages et divisé en deux parties. Dans la première je note que le prédicateur parle des sentiments que « la généreuse Monique, au rapport de saint Augustin, doublement son fils, eut à l'approche de la mort et ceux de saint Augustin luimême. » Dans la seconde, rien de particulier.

12" Pour le jeudi de la P*" semaine. — Texte effacé : Miserere mei, Domine, fili David, filia mearaale a daemonio vexatur. Matth. 15. — Second texte, maintenu : Non sum missus nisi ad ovcs, quœ perierunt domus Israël. Matth. 15.

— L'objet primitif était la Prière; on y a substitué la Miséricorde de Dieu. En marge quelques indications que je n'ai pas comprises. L'exorde seul est conservé.

13" Pour le quatrième dimanche de Carême. — Texte :

Unde ememus paues ut manducent lii ? Joann. 6. — L'objet est l'aumône. L'exorde seul est conservé.

14" Pour le mercredi de la 3"'" semaine du Carême. — Texte : Honora patrem tuum et matrem tuam ut sis longaevus super terram. — L'objet est le devoir des pères envers leurs enfants et des enfants envers leurs pères. Simple exorde.

15» Brouillon de 3 pages sur le texte : Misit de excelso et assumpsit me et extraxit me de aquis multis. Ch. 22 du 2'" liv. des Rois. — L'objet n'est pas indiqué.

16° Pour le vendredi de la é'"*" semaine. — Texte : Jésus ergo, ut vidit eam plorantem, et Judaeos qui vénérant cum ea plorantes, infremuit spiritu et turbavit se ipsum et dixit : Ubi posuistis eum ? Dicunt ei : Domine, veni et vide. Et lacrymatus est Jésus. Joann. 11. — Le sujet est Vhabitude du péché. Exorde seul.

17° Autre exorde sur le même sujet et pour le jour de la Septuagésime. — Texte : Ite et vos in vineam meam et quod justum fuerit dabo vobis. Matth. 20.

18° Pour le jeudi de la 2"* semaine de Carême. — Texte : Crucior in bac flamma. Luc. 6. — Le sujet est les peines de l'Enfer. Il n'y a que 3 pages.

19° Môme date et même texte (au-dessus et d'une encre différente, pour le mardi de la 2'™ semaine). — Il n'y a que l'exorde.

20^ Pour le jeudi de la 1" semaine du Carême. — Texte : Miserere mei. Domine, fili David, filia mea maie a daemonio vexatur'. Math. 15. — Simple exorde, en partie recopié du sermon n° 14.

2P Pour le mercredi de la 2'"" semaine du Carême. — Texte : Mortuus est dives etsepultus est in inferno. Luc. 16. — Le sujet est encore les peines de l'Enfer. Simple exorde de 2 pages.

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